Placé sous les radars à cause des résultats désastreux de son équipe et de la couverture médiatique intensive – et légitime – dont bénéficie Luka Doncic, DeAndre Ayton est un premier choix de draft plutôt discret. Confronté à des problèmes de régularité durant ses premiers mois dans la ligue, le pivot a pourtant bien augmenté la cadence dernièrement, de quoi donner de réels espoirs pour la deuxième partie de saison.

Si vous ne regardez jamais de matchs des Suns, il va peut-être falloir vous y mettre. Pas d’inquiétude, ça va bien se passer. Personne ne remettait en cause son talent et quelques 20-10 tombaient ça et là pour rappeler à l’ordre ceux qui étaient tentés de le faire, mais on sentait bien que le potentiel d’Ayton ne s’exprimait pas pleinement jusqu’à présent. Un constat frustrant dont la principale cause était l’irrégularité de ses performances, le pivot étant capable de planter 20 points puis de disparaître pour en inscrire seulement 6 le soir suivant. Une situation agaçante pour tout le monde et en particulier pour le coach Igor Kokoskov qui n’hésita pas à bencher Ayton le 6 décembre dernier face aux Blazers, pour lui faire comprendre que le statut de n°1 ne le dispensait pas de fournir le minimum syndical en terme d’effort.

On ne sait pas si le coach serbe a su trouver les mots pour remotiver son poulain, si l’intensité de tous les instants de sa doublure Richaun Holmes a fait des émules ou si les raquettes “faiblardes” rencontrées récemment ont permis à Ayton de se gaver (Boston sans Horford et Baynes, Washington sans Howard, Brooklyn sans… ah ouais non ils ont personne de base – bon ok, Jarett Allen), toujours est-il que l’impression dégagée par le n°1 de la draft n’a jamais été aussi forte que sur les 5 matchs précédant celui de cette nuit contre Orlando : 22.8 pts et 15.6 rbds à 67.1% aux tirs et 84.2% sur la ligne de réparation. Et ce n’est pas de la petite statounette dans le vent puisque les Suns présentent un bilan de 3-2 sur ces rencontres. Ayton performe, et ça compte.

Au-delà du scoring, qui s’avère parfois destructeur (13/16 à Brooklyn) mais qui n’est pas une surprise en soi tant le potentiel initial est élevé (ce spin mon dieu), le véritable progrès se situe au niveau de l’agressivité et de la défense. Ces deux domaines étaient des craintes légitimes avant le début de la saison, et le sont encore tant la passivité d’Ayton sur certaines séquences peut provoquer des crises d’angoisse aiguës chez tout spectateur un minimum attaché au concept de “défense”. Mais une progression certaine se ressent, notamment dans la protection de cercle. Le pourcentage de réussite adverse sur les tirs contestés par Ayton est ainsi passé de 57.7% en octobre à 45.4% au mois de décembre, une moyenne bien plus respectable et pas si éloignée de celle de protecteurs de cercle référencés comme Rudy Gobert et Joël Embiid. De là à dire qu’Ayton a les moyens d’approcher ce niveau à court ou moyen terme, il y a un gouffre que nous ne nous amuserons pas à franchir car nous tenons au peu de crédibilité qu’il nous reste. Cependant, si le développement se poursuit et se combine à sa capacité à gober les rebonds défensifs par camions (28.9%, 10e de la ligue au % de rebonds défensifs), il pourra tout à fait être considéré comme un défenseur intérieur des plus corrects d’ici peu. Un constat inespéré il y a de ça quelques semaines.

En parlant de rebonds, les dégâts causés par le natif des Bahamas au rebond offensif sont autant de raisons de penser qu’un déclic est en train de se produire dans l’attitude. Sur la période de 5 matchs évoquée ci-dessus, Ayton tourne ainsi à 6 prises par match, offrant 15.6 points en deuxième opportunité aux Suns, ce qui les classe à la 2e place de la ligue dans ce domaine. Autant vous dire que nous n’étions pas forcément habitués à ce genre de perf’ dans l’Arizona. En plus de générer des points supplémentaires, Ayton envoie un message clair à ses coéquipiers : je domine au rebond, vous pouvez balancer des lay-ups contestés plutôt que d’aller chercher des passes impossibles, je m’occupe du reste. Et ce que ce soit à la 3e ou la 45e minute du match. On a ainsi pu voir Ayton cavaler de raquette en raquette dans des fins de match, pour aller gratter de précieux rebonds (spéciale dédicace Boston) et permettre à son équipe de contrôler le tempo du match. Plus globalement, c’est toute sa panoplie offensive qui bénéficie de ce regain d’intensité, Ayton n’hésitant désormais plus à prendre un tir à 4-5m si son adversaire lui en donne l’opportunité. Son tir manque encore de fiabilité (39.3% à mi-distance, avec une vraie fragilité dans les tirs sur la droite du panier comme l’indique la shot chart suivante) mais dans un soir où ça tombe, l’équation défensive est quasiment insoluble. On est bien loin du joueur de début de saison qui ne levait même pas la tête vers le panier lorsqu’il recevait la balle.

Ce que l’on espère maintenant, c’est que ses coéquipiers sauront s’effacer et le gaver en-dessous lorsque son adversaire ne pourra pas le tenir. Contre Orlando, Ayton n’a pris que 7 tirs pour 8 petits points, c’est bien peu malgré la victoire. On a trop souvent vu le n°22 démarrer sa rencontre en trombe avant de disparaître au fil du temps, alors que le match s’offrait à lui. Les Suns doivent apprendre à appuyer là où ça fait mal pour donner de la confiance à leur pivot et obtenir des tirs ouverts lorsque celui-ci subira des prises à deux. Si Kokoskov veut qu’Ayton continue à se muer en pivot dominant, il doit faire en sorte que son colosse reçoive plus de ballons. Il a récemment reçu de belles garanties de la part d’Ayton au niveau de son engagement, la récompense doit venir. Avec un plan de jeu cherchant à le mettre encore plus en valeur, le 20-10 occasionnel pourrait se transformer en 25-15 régulier dans les prochains mois.