Contrairement à ce que peut penser Frédéric Beigbeder, en NBA, l’amour dure quatre ans, enfin presque. Parce qu’en quatre ans, soit la durée d’un contrat rookie lambda, il peut se passer beaucoup de choses. En fin de saison, ce sont les joueurs issus de la Draft 2015 qui seront agents-libres. Mais alors, lesquels peuvent prétendre à un gros contrat ? Quels sont ceux qui vont devoir s’employer pour aller chercher le graal ? Enfin, lesquels vont revoir leurs prétentions à la baisse ? C’est parti pour un passage en revue de la cuvée de Draft 2015.


Leur banquier est déjà en vacances

Karl-Anthony Towns — Pick #01 —  Minnesota Timberwolves

Aucun problème de sécurité financière pour KAT, puisqu’il a signé une extension de 158 millions sur 5 ans le 22 septembre dernier. Et ce n’est pas volé du tout. Aidé par l’arrivée de Jimmy Butler l’an passé, le pivot a passé un cap, permettant aux Wolves de retrouver les Playoffs. Il a même battu le record de points sur un match de la franchise, en collant 56 pions aux Hawks la saison dernière. Jimmy Butler étant parti, c’est désormais lui qui possède les clés du camion, et pour cause. En quatre ans, il n’a raté aucun match et maintient sa moyenne au-dessus du 20/10. De plus en plus régulier, le pivot a de moins en moins de mal à assumer son rôle de franchise player. Toutefois, Minnesota va avoir du mal à retourner en Playoffs cette année, la faute à une équipe pas assez mature, et surtout à une concurrence très forte. Déjà All-Star l’an passé, le joueur de 23 ans devrait retrouver le match des étoiles cette année. Et même si ce n’est pas le cas, il n’y a pas de doute sur le fait qu’il y retournera tôt ou tard, une bonne nouvelle pour les Wolves.

Justise Winslow– Pick #10 —  Miami Heat

Bien sûr, avec 39 millions sur 3 ans, on est loin de l’extension max signée par KAT. Et pourtant, c’est un salaire plus que satisfaisant pour Justise Winslow, et ce pour deux raisons. Tout d’abord, l’ailier est loin de briller par son niveau depuis trois ans. Contrairement à Towns, il a manqué beaucoup de matchs (seulement 12 joués sur la saison 2016-2017), et n’affiche qu’une moyenne de 10,5 points par match en 28 minutes. Très athlétique, il dispose tout de même d’une marge de progression intéressante. C’est d’ailleurs pour cette raison que le Heat a investi sur lui alors que les finances ne le permettaient pas forcément. A 13 millions de dollars la saison, Winslow garde un rapport qualité-prix correct et une bonne cote pour un éventuel transfert. Sa chance ? Ce sont les nombreuses blessures qui touchent actuellement Miami, et lui permettent d’intégrer le cinq majeur et de se montrer davantage.

Myles Turner — Pick #11 —  Indiana Pacers

Sans être brillant, connaissant même des périodes compliquées, le pivot s’intègre parfaitement dans l’effectif d’Indiana. A son arrivée, c’était encore l’équipe de Paul George, mais désormais, cette équipe est avant tout un collectif, avec Victor Oladipo en tête bien entendu. Point d’ancrage dans la raquette, il n’a pas volé son extension de 72 millions sur 4 ans signée le 15 octobre 2018. Sa complicité avec Thaddeus Young, Kyle O’Quinn et surtout Domantas Sabonis n’est plus à prouver, et la franchise ne s’en porte que mieux. Régulier, le pivot est pour l’instant le meilleur contreur de la Ligue, avec 2,8 unités par match. Malgré cela, il doit encore travailler sur plusieurs aspects, dont sa défense et son agressivité. Ce dernier paramètre est essentiel pour qu’il progresse au rebond, avec seulement 7 prises par match, il a encore de la marge.

Devin Booker — Pick #13 —  Phoenix Suns

Six joueurs ont déjà marqué 70 points dans un match : Wilt Chamberlain, Elgin Baylor, David Thompson, David Robinson, Kobe Bryant et Devin Booker. A seulement 20 ans, l’arrière marquait déjà l’histoire de son empreinte, et l’avenir s’annonçait radieux. Deux ans plus tard, son talent est toujours là, mais l’avenir attend toujours. Pas le sien, mais celui des Suns, qui sont empêtrés dans le tanking depuis bien trop longtemps. Quoi qu’il arrive, le visage de la franchise, c’est lui, et l’extension de 158 millions sur 5 ans signée cet été le confirme. Avec une ligne de statistiques qui dépasse les 24-6-4, il ne manque plus qu’une chose à Devin Booker pour jouer le All-Star Game : le résultat collectif. Bon, et bien ça ne sera pas pour cette année…

Montrezl Harrell — Pick #32 —  Los Angeles Clippers

L’année passée, quand le front office des Clippers fut contraint de refondre son effectif (départ de Chris Paul puis échange de Blake Griffin, et adieux de DeAndre Jordan dans un troisième temps), on pensait la franchise californienne bonne pour le tanking. C’était sans compter sur les Williams, Gallinari, Harris et Harrell, qui ont haussé leur niveau de jeu pour maintenir la franchise dans la course. Drafté en 32e position, le pivot est une excellente surprise. Véritable energizer en sortie de banc, il fait du mal à toutes les équipes qu’il croise de par son physique athlétique et son expansivité. Avec plus de 15 points et 6 rebonds par match en 25 minutes, il méritait bien d’être prolongé. Son extension de 12 millions sur 2 ans, qui a pris effet dès cette saison, fait de lui un des meilleurs rapport qualité-prix de la Ligue. A seulement 24 ans (et bientôt 25), Montrezl Harrell est le joueur que chaque équipe veut. En plus d’avoir une grosse cote sur le marché des transferts (au cas ou), c’est une pièce sur laquelle les Clippers peuvent s’appuyer pour construire leur nouveau projet cet été. Rappelons qu’avec plus de 40 millions de dollars disponibles en banque, le front office aura des options cet été.

Josh Richardson — Pick #40 —  Miami Heat

Avec le recul, on peut clairement dire que JRich est le steal de cette Draft 2015. Au fil des quatre ans qu’il a passé à South Beach, Josh Richardson a pris confiance, jusqu’à s’imposer comme un titulaire depuis la saison passée. Avec les multiples blessures, il a pu montrer sa polyvalence, en jouant aussi bien meneur ou arrière, qu’ailier. Ses responsabilités ayant augmenté, son salaire a suivi, puisqu’il a signé une extension de 42 millions de dollars sur 4 ans, active depuis cette saison. Mieux, avec 18,7 points, 3,9 rebonds et 3,6 assists, il fait partie des candidats au titre de Most Improved Player. Logique, quand on s’impose comme le nouveau franchise player du Heat, non ?

Ce n’est plus qu’une question de temps

D’Angelo Russell — Pick #02 —  Brooklyn Nets

Malheureusement pour lui, DLo n’a pas réussi à convaincre du côté de Los Angeles, qui a préféré l’échanger avant de le voir imploser. Un mal pour un bien pour le meneur, qui a réussi à trouver une certaine constance à Brooklyn. Auteur de 4 matchs à plus de 30 points depuis le début de saison, il semble être comme chez lui au Barclays Center. 18 points, 6.2 assists, 3.8 rebonds, des statistiques qui font de lui un titulaire indiscutable pour Kenny Atkinson. Et pourtant, il n’a pas encore été prolongé, alors même que son suppléant Spencer Dinwiddie l’a été. Il va falloir laisser du temps à Sean Marks, qui va devoir faire beaucoup de choix dans les mois qui viennent. Lui qui a réussi à faire de la place dans le salary cap des Nets, il va vouloir attirer de gros free agents dans sa franchise. Évidemment, la prolongation de Russell dépendra de signatures ou non de stars dans l’effectif. Mais si ce n’est pas aux Nets, il devrait trouver un joli contrat dans une autre équipe à la recherche d’un meneur performant.

Kristaps Porzingis — Pick #04 —  New York Knicks

Elle est loin l’époque où le Letton se faisait huer par le Madison Square Garden. Désormais, tous les fans des Knicks espèrent son retour de blessure. Malheureusement, les derniers retours confirment que l’ailier-fort ne reviendra pas cette saison, une sage décision sur le plan médical. Le problème, c’est qu’il arrivera cet été dans la free agency sans avoir joué depuis un an et demi. Cela ne devrait pas avoir d’impact sur l’effectif des Knicks, puisque ce choix a été fait d’un commun accord l’an passé, pour assainir les finances New-Yorkaises. Avec plus de 22 points et 6 rebonds, il avait été nommé au All-Star game l’an passé, et, s’il n’y a pas de rechute après son retour, il y retournera. C’est la pierre angulaire du futur des Knicks, par conséquent, il devrait signer un contrat max dans les mois qui viennent.

Larry Nance Jr. — Pick #27 —  Cleveland Cavaliers

Le fils Nance fait partie des bonnes surprises de cette Draft 2015. Dégoté par les Lakers, il porte désormais la tunique des Cavs, avec qui il a joué les NBA Finals l’an dernier. Cette année, il tanke avec son équipe, mais son niveau de jeu n’a pas baissé pour autant. Avec plus de 8 points, 7 rebonds et 3 passes, il est très bon en tant qu’intérieur remplaçant. Pas de quoi taper l’extension max, bien sûr, mais largement de quoi convaincre Koby Altman de signer une jolie petite extension pour ne pas le laisser filer. Parce qu’à coup sûr, si Cleveland ne le sécurise pas, il pourrait intéresser beaucoup de franchises dont la rotation est trop faible à l’intérieur…

Il va falloir se bouger

Willie Cauley-Stein — Pick #06 — Sacramento Kings

13 points et 8 rebonds, ce sont des statistiques assez correctes pour un pivot. Ça s’apparente un peu plus à du gâchis quand on fait 2m13 et qu’on est capable de galoper. S’il est sûr de ne pas ramasser le pactole cet été, WCS dispose d’une chance : il joue aux Sacramento Kings. Disposant de beaucoup d’argent en banque, la franchise tentera de faire venir des gros poissons à Sactown, mais ce ne sera pas facile. Le début de saison est une bonne publicité, mais il faudra que ça tienne. La vraie bonne nouvelle pour Willie, c’est qu’à part DeMarcus Cousins, il n’y a pas énormément de pivots disponibles. Il ne serait donc pas étonnant de voir Cauley-Stein resigner à Sacramento cet été, mais ce sera à bas prix, de quoi voir sa consommation de plante médicinale à la baisse…

Emmanuel Mudiay — Pick #07 —  New York Knicks

Vous trouvez bizarre de voir Mudiay dans cette catégorie ? On vous conseille de regarder quelques matchs des Knicks. Ca n’a pas l’air d’être un cadeau comme ça, mais figurez-vous qu’il a pris confiance en lui, et cela se ressent dans son jeu. 13-3-3, c’est une ligne de statistique qui ne mérite pas de gros salaire, mais l’extension ne semble pas être totalement exclue. Le meneur monte en puissance, et, s’il ne prolonge pas à New York, qui pourrait le laisser partir pour dégraisser la masse salariale, il devrait intéresser d’autres écuries dépourvue de meneur. Reste évidemment que le QI Basket du joueur inquiète toujours, et que la qualité des tirs pris fait toujours un peu peur. Un cas qui sera intéressant à suivre.

Kelly Oubre Jr.– Pick #15 —  Phoenix Suns

Récemment débarqué à Phoenix, Kelly Oubre ne devrait pas avoir de mal à se fondre dans l’effectif des Suns, puisqu’il est assez jeune et l’équipe manque de talent (Booker, Warren, Jackson, Ayton). De là à dire que la resignature est en très bonne voie ? Non. Car avec environ 30 millions en caisse l’été prochain, les Suns devraient jeter leur dévolu sur un gros calibre, en particulier un meneur, poste en friche dans l’Arizona. Il reste encore du temps à l’ex-Wizard pour augmenter sa moyenne de 12.9 points et 4.5 rebonds. Une tâche qui ne sera pas des plus faciles pour un joueur qui ne semblait pas particulièrement souhaité en Arizona.

Terry Rozier — Pick #16 — Boston Celtics

Révélé l’an dernier avec les blessures de Kyrie Irving et Marcus Smart à Boston, Terry Rozier risquait de poser de gros maux de tête à Danny Ainge. Quelques mois plus tard, la donne a changée. En 23 minutes, le meneur peine à cumuler 8 points, 4 rebonds et 2 assists et ne répond pas aux attentes placées en lui lors des Playoffs. Pas à l’aise avec le retour d’un rôle plus réduit, il va devoir trouver un nouvel élan, et, nul doute qu’il envisage cet avenir ailleurs qu’à Boston si besoin est.

Rondae Hollis-Jefferson — Pick #23 — Brooklyn Nets

Très performant l’année dernière, RHJ est quelque peu décevant cette saison. Avec un poil plus de 10 points et 5 rebonds en 25 minutes par match, il s’est éloigné de son rendement de l’année dernière. Moins bon que D’Angelo Russell, il a moins de chance d’être prolongé au prix fort. Toutefois, il y a fort à parier que ses velléités salariales seront moins importantes que celles de son coéquipier. Dans ce cas-là, Sean Marks serait bien inspirer de le prolonger, RHJ pouvant s’avérer un très bon atout.

Espérons que le GM soit clément

Mario Hezonja — Pick #05 — New York Knicks

Alors, comment dire. Plus haut, nous vous avons conseillé de regarder des matchs des Knicks pour observer de plus près Emmanuel Mudiay. Si vous le faites, ne soyez pas étonnés de voir Mario Hezonja rater des dunks ou des layups, c’est malheureusement devenu monnaie courante. Logiquement, son temps de jeu s’est réduit, et en 17 minutes par match, le Croate ne dépasse pas les 7 points (à 38% au shoot). Lâché par le Magic l’été dernier, il a été récupéré par New York à bon prix (6,5 millions). Un conseil ? Qu’il profite de ses derniers salaires, car il ne devrait plus toucher autant d’argent avant un bon moment, fin de contrat rookie oblige…