Tout juste remis de l’excitation procurée par la visite chez les Gauchos, le GPS du chauffeur UBER indique que nous sommes arrivés à destination. J’aurai sûrement du prendre la peine de vérifier les coordonnées de ce lieu mythique car rien ne laisse présager qu’une partie de l’histoire du GAME s’est écrite ici. Son nom aussi loin que je puisse me rappeler a toujours été gravé sur mon disque dur cérébral. J’imagine que les cassettes VHS toujours trop usées qu’on se faisait tourner entre aficionados du basket transatlantique et les quelques images du mensuel 5MAJEUR ont dû contribuer à entretenir le mythe. Avant de m’extraire du véhicule, je fais un rapide tour d’horizon de ce spot légendaire d’HARLEM situé entre la 155th Street et Frederick Douglass Boulevard.

Ouverture et claquement de portière, salut amical à mon compagnon éphémère (francophone pour ne rien gâcher) qui doit enchainer sur sa prochaine course, premier pas sur le bitume de ce quartier situé au nord de Central Park, avec, la démarche assurée de celui qui connait le secteur et ne souhaite pas attirer le regard des habitués sur son apparence de nouveau venu dans l’arène (peine perdue, je ne suis jamais venu et je suis un touriste…). Je pars à la recherche de l’objectif et déjà la « cage » rentre dans mon champ de vision. Puis à mesure que je m’approche, j’aperçois les arceaux que j’ai vu se faire martyriser sur les highlights disponibles sur la toile même si rares dans les 90’S. Je bloque sur le gradin reconnaissable à tous les autres situé en dessous du panneau d’affichage mais surtout sur cette tour de béton qui domine le terrain de jeu.

Elle est pourtant semblable à tant d’autres de BROOKLYN ou du BRONX mais celle-ci semble avoir été érigée en fonction de l’emplacement du « court », comme pour faire de l’ombre durant les chaudes journées d’été aux joueurs et spectateurs. Le pont en ferraille blanc de la W155st d’une mode architecturale passée qui surplombe ma tête permet à un flot de voitures bruyantes de rejoindre le BRONX voisin d’un petit mile en traversant l’Harlem River. A quelques encablures et sur sa rive opposée, celui-ci accueille un voisin légendaire : le YANKEE STADIUM. Ajoutez à ce décor les quelques « shop » au corner de la street, l’atmosphère influencée par les communautés majoritairement latino et afro de ce quartier, l’Histoire de ce borough longtemps considéré comme un « ghetto » et mon esprit s’emballe et replonge quelques instants dans l’univers bibliographique de ICEBERG SLIM, l’un des écrivains afro-américains contemporains les plus influents, ( nickname repris depuis par le swingman hall of famer George GERVIN ou plus récemment attribué par Jalen Rose à KD…les pseudos ICE CUBE et ICE T viennent de lui aussi).

Mais très vite je reviens à l’essentiel : le BASKET-BALL.

Je me trouve au centre du HOLCOMBE RUCKER BASKETBALL COURT, en référence au bien nommé HR qui décida en 1950 que le basket-ball serait la solution aux maux sociaux et sociétaux de sa communauté.

Les possibilités de découverte de l’univers basketballistique à NYC sont nombreuses et le temps, même limité, ainsi que l’intérêt de venir au « Rucker » un dimanche après-midi pluvieux de septembre ont un vrai sens pour le passionné que je suis.
En d’autres termes, une passion n’a pas besoin d’être justifiée et les quelques noms ayant foulés le bitume me rappelle la raison de mon passage sur ce terrain mythique : Lewis Alcindor Jr., Earl « THE GOAT » Manigault, Julius « DR J » ERVING et plus récemment Allen « THE ANSWER » IVERSON, Kobe « BLACK MAMBA » BRYANT, Kyrie « UNCLE DREW » IRVING…. et on pourrait continuer cette liste encore longuement. Les voisins GAUCHOS de toutes époques (voir article précédant Work Hard-Play Hard-Give Back si tu ne connais toujours pas…), sont bien sûr venus se tester ici (Kenny Anderson, Kemba Walker, Stephon Marbury, Chris Mullin…).

A l’époque, lassés du basket-ball business ou des questions d’assurance, de repos pour back to back répétés, de DNP pour manque de motivation sur un match de fin de saison sans enjeu ou encore en prévention d’une blessure hypothétique, ces joueurs venus défier des amateurs simplement pour assouvir leur addiction arriveraient presque à me rendre nostalgique.

Il est temps de quitter les lieux car NYC n’attend pas mais en quittant ce playground une série de flashback de quelques vidéos finissent de me convaincre du bien fondé de ma venue : l’arrivée devant une foule hystérique du LORD OF THE RINGS A.K.A KB8 en 2002, les ravages de THE ANSWER en 1998, les 66pts de KD un jour de 2011, la silhouette de DR J s’élevant au-dessus de l’arceau d’un bon demi bras. Mais surtout les images du tournoi annuel avec un DJ au bord du terrain balançant les sons de RAKEEM et autres NASIR JONES ou BIGGY, pendant que les moves les plus dingues prennent naissance dans cette enceinte grillagée. Je souris en me dirigeant vers l’entrée du métro en regardant une dernière fois la planche et en repensant à cette histoire du GOAT allant chercher un billet de 10$ déposé en haut de celle-ci pour répondre à un défi. L’avantage de cette après-midi pluvieuse, sans match, c’est qu’elle constitue une bonne raison (s’il fallait m’en convaincre) de revenir ici lors d’un prochain voyage pour déguster du streetball.

J’étais venu me ressourcer à la source du GAME et l’objectif est atteint. Cependant le « RUCKER » ce n’est pas juste un terrain de jeu, c’est le symbole d’une époque, de mouvements de protestations, de leaders historiques. Il parait que le passé est juste une base pour écrire le futur et je m’interroge sur l’héritage d’Holcombe RUCKER.
Qui sait, si ce dernier n’aurait pas plié le genou un soir de 2016 en écoutant l’hymne national dans la baie de San Francisco ? Peut-être aussi trouver un écho, en un certain représentant d’AKRON, en jugeant de l’hommage que la communauté de Cleveland et tout l’Ohio lui a rendu un soir de novembre 2018 pour son engagement et son impact sur une génération.

« Thank you LBJ for what you did on the court…..but we all know it’s bigger than basket ball ».

Antoine & Romain #NBAers