millNouvelle trade deadline et nouvelle période agitée pour les Los Angeles Lakers ! Rien ne va plus depuis qu’Anthony Davis a annoncé via son influent agent Rich Paul, qu’il ne signerait pas d’extension avec sa franchise demandant par là-même un trade sous les plus brefs délais. Bilan du séisme : la communauté NBA passe sa journée en actualisant sa TL twitter en guettant avec avidité la future Woj Bomb, interprète et surinterprète la moindre saillie d’un insider voulant vendre du papier ou du clic, et se délecte par avance du dénouement du drama. La secousse est telle pour la planète Lakers qu’elle me sort momentanément de ma léthargie hivernale et me pousse à m’activer les doigts pour vous faire part de mes quelques pensées sur les tenants et aboutissants de ce trade. Loin de moi l’idée de vous divulguer (j’en serais bien incapable) les arcanes des plans de Magic et Rob Pelinka ou de pointer la chouinerie habituelle de Popovich et consorts, mais plutôt de réfléchir autour du concept d’une « offre juste » qui pourrait faire céder le GM des Pelicans. Vous vous doutez que je suis animé d’un léger biais d’évaluation dû à ma position d’ardent supporter de la maison pourpre et or, mais au diable l’objectivisme absolu et admettons qu’une passion légère puisse colorer notre jugement.

L’art délicat d’échanger une (super)star en NBA

Qu’on se le dise le boulot de General Manager n’est pas de tout repos et je n’ose même pas imaginer le poids de la pression sur les épaules de Dell Demps. Certes, après les péripéties du trade de Chris Paul (c’est toujours trop tôt pour en parler), il vit pour la deuxième fois le cauchemar de tout dirigeant d’un petit marché : voir partir sa superstar sans qu’il ne puisse rien faire pour la convaincre de rester. Ce type de situation est un cas idéal-typique de double-peine puisque vous devez vous séparer de votre meilleur élément sans que vous n’ayez de contrepartie sportive équivalente, vous imposant par la sorte un processus de reconstruction particulièrement incertain. Dans le cas des Pelicans/Hornets, le trade de Chris Paul est uniquement gagnant grâce à la probabilité 13,7% quand la lottery leur a accordé le first pick en 2012 en la personne …. d’Anthony Davis. Me revient ainsi en tête l’adage prononcé par Stan Van Gundy après l’arrivée de Blake Griffin aux Pistons « celui qui gagne un trade est celui qui obtient le meilleur joueur ». Difficile de lui donner tort lorsque l’on voit les contreparties « réelles » (comprenez durables) obtenues par les GM « vendeurs » lors des échanges récents :

  • Trade de Demarcus Cousins aux Pelicans : Buddy Hield + Justin Jackson + Harry Giles
  • Trade de Kyrie Irving aux Celtics : Collin Sexton, Larry Nance Jr (oui je triche en incluant le deal ultérieur avec les Lakers)
  • Trade de Jimmy Butler aux Bulls : Lauri Markkanen + Zach Lavine + Kris Dunn
  • Trade de Paul George au Thunder : Victor Oladipo + Domantas Sabonis
  • Trade de Blake Griffin aux Clippers : Shai Gilgeous-Alexander, Jerome Robinson (+ Tobias Harris pour peu qu’il prolonge ou que le cap space soit comblé par une superstar)
  • Trade de Kawhi Leonard aux Raptors : Demar DeRozan + Jakob Poeltl
  • Trade de Kristaps Porzingis aux Mavericks : Dennis Smith Jr + cap space.

Sans manquer de respect aux joueurs cités, aucune des contreparties n’atteint le niveau des stars/superstars impliquées, et c’est peu de le constater. Je subodore que les fans des Bulls ou des Pacers voudront me sauter à la jugulaire, mais Markkanen et Lavine n’ont pas (encore) franchi le cap du « prospect prometteur » et quand on voit les performances actuelles de Paul George, il me paraît évident qu’Oladipo ne joue pas tout à fait dans la même cour (même si Pritchard a eu le nez creux en lui offrant un contexte où l’arrière a complètement explosé). Sans prendre en compte les succès (ou insuccès) des opérations de reconstruction, céder une star équivaut dans l’échange à une perte sèche de talent. Autrement dit, il s’agit essentiellement pour le GM « vendeur » de limiter au maximum les dégâts.

Quel prix pour Anthony Davis ?

Une fois cette « loi basketballistique » établie, il n’y a donc aucune raison pour qu’il en aille autrement avec Anthony Davis. Remettons un peu de contexte dans cette affaire, mais à l’instar des précédents échanges, Davis possède un contrat court (un an et demi avant de faire sauter la banque) et a mis la pression sur les éventuels acquéreurs en se positionnant comme une « location » avant de partir sous les cieux qui l’attirent vraiment. Paul George rule oblige, une location peut se concrétiser en achat définitif, mais cela rajoute un facteur risque non négligeable qui fait tirer à la baisse la valeur de la contrepartie. Oui mais voilà, on parle d’Anthony Davis. Aucun doute, Griffin, George, Butler ou Irving sont des stars de cette ligue. Mais AD c’est la catégorie au-dessus, c’est la race des seigneurs, c’est un monstre qui peut détruire à lui seul une franchise les soirs où il ne répond plus de rien. Si les autres noms mentionnés sont des stars (à l’exception de Kawhi Leonard), Anthony Davis est une superstar. Extrêmement complet en attaque et efficace dans tous les secteurs (post up, transition, iso, spot up 3), on tend d’ailleurs à sous-estimer ses talents de créateur à la passe, il est bien sûr ce monstre de dissuasion en défense (au sol ou dans les airs). Des joueurs aussi impactant des deux côtés du terrain, il y’en a très peu et il est justifié que cette rareté extrême bouleverse les règles de l’échange.

C’est probablement ce que doit se dire Dell Demps qui doit contrer le facteur risque de l’échange en jouant sur l’avidité de certains de ses pairs. Et des GM qui sont à la tête d’une franchise attrayante sportivement et bien fournie en assets, il n’y en a pas 36. En l’occurrence, Demps s’est trouvé en la personne de Danny Ainge le parfait allié. Le General Manager des Celtics, du fait de la Derrick Rose rule[1], ne peut faire autrement que d’attendre l’été et qu’Irving soit Free Agent pour monter son échange. Demps peut donc soit jouer la montre sachant que les Lakers présenteront sensiblement la même offre en juillet qu’en février, soit provoquer un panic move de Magic pour lui soutirer un maximum d’assets. La stratégie est fine, même si l’on peut se dire qu’il n’y a pas de raison pour que l’offre des Celtics soit sensiblement différente en juillet que ce qu’Ainge a pu laisser filtrer dès maintenant, et l’on peut donc assumer que le Front Office possède une bonne vue d’ensemble de la valeur de la future contrepartie des Celtics, à l’exception peut-être d’un coup du sort à la lottery. Toujours est-il que c’est dans ce mano a mano Lakers/Celtics que Demps espère pouvoir faire suffisamment monter les enchères. Pour ne pas paraître aussi perdant qu’il devrait l’être, voire même gagnant, évidemment.

De la valeur des assets des Boston Celtics

Les Celtics fans aiment mettre en avant la valeur de leurs gros contrats comme facilitateurs du futur échange. Il est indéniable que Boston s’est judicieusement doté de contrats pour leur permettre de s’immiscer dans n’importe quelle négociation. Néanmoins, si j’étais Dell Demps, j’estimerais leur valeur à 0 ou presque.

  • Horford : un des meilleurs (si ce n’est le meilleur, ça dépend des goûts) pivots de cette ligue. Il sera en contract year et aussi talentueux soit-il, je ne le vois pas faire passer un cap aux Pelicans. Les chances de le voir partir en 2020 sous un environnement plus favorable sont donc très fortes.
  • Hayward : je le vois dans une situation relativement similaire à celle d’Horford, malgré l’année supplémentaire dans son contrat. De deux choses l’une, soit il retrouve son niveau, et il voudra s’extraire d’une franchise en reconstruction (après tout il n’a pas signé comme UFA aux Celtics pour se retrouver deux ans plus tard à gratter le fond de la conférence Ouest). Soit il ne le retrouve pas, et il devient un asset négatif pour les Pelicans.
  • Smart : attirer un des meilleurs arrières en défense n’est jamais une mauvaise chose. Attaquer une ligne Smart-Holiday peut s’avérer effrayant pour pas mal d’équipes. Le problème reste néanmoins entier pour le profil du joueur. Fondamental dans un environnement en bonne santé sportive auquel il peut faire passer un pallier, il est difficile d’anticiper son impact dans un contexte de reconstruction, à moins d’être certain de redevenir compétitif à court terme, ce qui me semble hasardeux.

D’aucuns mettront en avant que ces gros contrats pourraient permettre aux Pelicans de se délester de leur côté pour assainir leur situation salariale. La portée de l’argument, sans être dénué de bon sens, me paraît limitée. On sait que Randle, Mirotic et Moore sont déjà sur la liste des transferts. D’ailleurs, les deux premiers sont en fin de contrat (si l’on estime que Randle n’activera pas sa player option à 9 millions), et Moore, ainsi que Hill, le seront en 2020. Avec le contrat de Davis en moins, je ne pense que pas que le cap space soit un problème à court terme pour des Pelicans en reconstruction qui pourront, à l’instar des Sixers du grand Sam Hinkie, devenir la poubelle de la ligue pour se doter d’un matelas moelleux de picks de draft.

Sans en faire le meilleur GM de la décennie (comment ignorer le travail de Myers à Golden State), Ainge est probablement celui qui sait tirer le plus de profit des échanges dans lesquels il s’implique. Depuis le fameux trade de Pierce et Garnett aux Nets, je ne l’ai pas vu sortir une seule fois perdant d’un deal. Il a notamment su se constituer une réserve impressionnante de picks de draft, dont la valeur a exponentiellement augmenté ces dernières années. Un pick n’est jamais autant sexy que lorsqu’il ne se concrétise pas en joueur (souvent décevant). Il concentre en effet tous les espoirs d’un GM en quête de gemme en devenir. Dès cette année, les Celtics peuvent proposer le pick de Sacramento (entre la 11ème et la 14ème place) et celui des Clippers (lui aussi autour de la 14ème place, s’ils devaient être chassés des Play-offs par les… Lakers). Ils peuvent aussi inclure le pick 2020 des Grizzlies mais sachant que ce dernier est protégé (1-6), et que Memphis ne sera pas dans la meilleure des postures, il est guère envisagé de tabler dessus, à moins d’estimer que leur cycle de tanking se prolongera voire s’aggravera en 2021 quand le pick n’est plus protégé. On se retrouve donc avec une situation quasi-similaire au trade de Griffin qui avait permis aux Clippers de choisir aux positions 12 et 13 dans la dernière draft. Il est toujours possible de trouver le futur de la franchise (cf Donovan Mitchell ou Devin Booker) mais aussi de se contenter de bons joueurs qui ne changeront pas votre destinée comme SGA et Robinson. Les voies de la draft sont souvent impénétrables, et le bilan des scouts de New Orleans ne m’incite pas à l’optimisme. Je rajouterais aussi que si un pick en milieu de premier tour de draft est si attrayant que ça, les Lakers en possèderont un dans ce range avec leur premier tour de draft 2019.

Une fois l’équation rééquilibrée, la bataille entre Lakers et Celtics ne se résume en définitive qu’à une simple comparaison entre leurs young cores respectifs puisque ce sont eux qui symbolisent le mieux une politique de reconstruction sur le moyen terme avec, dans l’optique où les rookies sont prolongés sur un deuxième contrat,  huit ans de Wagner/Williams, sept ans de Ball/Tatum/Kuzma/Hart, six ans d’Ingram/Brown, cinq ans de Rozier. Mettons de côté les draftés de 2018 dont la valeur reste assez faible et le vrai duel se joue donc entre Ball/Ingram/Kuzma vs Tatum/Brown/Rozier. Je vais couper court aux débats stériles qui opposent tel ou tel joueur en 140 signes maximum, cela n’est jamais très intéressant. A mon sens il n’y a qu’un seul moyen définitif pour trancher dans les cœurs de fans enamourés, c’est recourir à la froideur impitoyable de l’indicateur. Au jugement dernier de l’objectivation chiffrée, seules les statistiques avancées accordent la lumière à qui veut bien les lire.

Première lecture : avantage Tatum

Nous ne nous relancerons pas dans un éternel débat de qui prime entre l’eye-test ou la statistique (nous nous sommes déjà longuement exprimés sur ce sujet ici-même)[2]. Evidemment les deux approches sont complémentaires, et nous prenons le choix ici de mettre uniquement en avant la deuxième afin de repousser au maximum la tentation du ressenti, souvent décevante. Alors certes je pourrai me contenter de poser ce genre tableau[3].

Néanmoins privilégier l’approche brute des chiffres pose plus de problèmes qu’il n’en résout, l’oeil étant souvent attiré sur les chiffres ronflants (par exemple les Points, les Rebonds et les Assists), sans que ces derniers ne donnent de véritables indications sur les dynamiques des productions individuelles ramenées aux autres performances ou aux collectifs basketballistiques. Fort heureusement, le site Bball Index[4] a désormais mis à disposition[5] toute une pléthore d’outils bien plus pertinents. Les programmateurs de Bball Index ont développé trois grandes familles d’indicateurs :

  • Le Points Over Expectation (POE) qui se base sur les types d’action[6] (isolation, post up, spot up, etc…) en rapportant la performance d’un joueur à la moyenne. C’est donc un indicateur qui mesure l’efficacité d’un joueur. Il se scinde en deux sous-indicateurs, un qui s’intéresse à l’attaque (CPOE) et l’autre à la défense (DPOE).
  • Le Player Impact Plus Minus (PIPM) qui est une version améliorée du Plus Minus (qui a, si je m’en fie aux commentaires sur les réseaux sociaux et certains analystes, le vent en poupe) et du Real Plus Minus (RPM) d’Espn, en expurgeant au maximum le facteur chance. C’est un indicateur qui mesure l’impact d’un joueur en isolant son influence sur le court d’une rencontre. Lui aussi se divise en une version « attaque » (O-PIPM) et « défense » (D-PIPM).
  • Le Luck adjusted On/Off qui compare l’impact d’un joueur en attaque et en défense rapportée sur 100 possessions, selon qu’il est présent ou pas sur le terrain. Plus que le PIPM, il parvient ainsi à extraire la bonne influence d’un joueur sur un collectif même si ce dernier est globalement en difficulté. On distingue un on/off offensif de son pendant défensif, dont la différence nous donne un on/off net rating.

Pour revenir à nos six prospects[7], voici un tableau récapitulatif de ce qu’en disent les indicateurs précédemment décrits

POE %ile DPOE %ile CPOE %ile PIPM O-PIPM D-PIPM On/Off Off rtg On/Off Def rtg On/Off net rtg
Ingram 70.90% 97.50% 32.40% -1.77 -1.45 -0.32 -1.42 0.63 -0.79
Kuzma 59.80% 62.60% 59.50% 0.05 0.52 -1.46 3.14 0.82 3.96
Ball 3.50% 22.60% 3% -0.11 -1.35 1.24 -2.8 3.54 0.74
Tatum 88.20% 86.90% 80.90% 2.62 1.27 1.36 3.53 0.75 4.28
Brown 35.70% 76.90% 21.40% 1.28 -1.78 1.04                      ?                      ?                   ?
Rozier 52.50% 89.40% 27.10% -1.03 -1.54 0.51                      ?                      ?                   ?

Premier bilan : large avantage à Tatum. Des six joueurs, il possède le meilleur POE (88ème percentile[8]), PIPM et On/Off net rating. Surtout, il est le seul à montrer une constance d’excellence (du moins d’impact positif) des deux côtés du terrain ce qui le classe tout bonnement parmi les meilleurs joueurs de la NBA.

Quatre joueurs sont clairement plus à leur avantage en défense qu’en attaque. Pour Ingram, Ball, Brown et Rozier, les indicateurs offensifs sont particulièrement sévères avec des efficacités médiocres (sinon catastrophique pour Lonzo Ball). De l’autre côté, c’est bien mieux, même si l’on retiendra plus la tendance que ces chiffres dégagent que leur valeur. En effet le delta entre le DPOE et le PIPM est assez suspect et l’on peut estimer que le DPOE d’Ingram est très flatteur, tandis que celui de Ball sous-estime très largement son impact défensif. Nous reviendrons sur ces cas un peu plus loin. On notera également que les trois jeunes de Boston sont des défenseurs de qualité (87ème, 77ème et 89ème percentiles au DPOE), ce qui nous amènera un peu plus tard à nous interroger sur l’influence de certains facteurs exogènes à leur talent.

Enfin, seul Kyle Kuzma se présente comme un joueur résolument offensif (son DPOE est là aussi assez flatteur) comme l’atteste son impact au on/off rating. Émettons là-aussi l’hypothèse que sa capacité à se projeter vers l’avant tout en maintenant un bon spacing permettent à l’attaque des Lakers de trouver la faille plus facilement.

Des synergies plus étonnantes

Bball Index ne se contente pas de nous donner les seuls chiffres du On/Off, mais nous permet grâce à deux outils de mesurer les synergies entre joueurs. Dans un premier temps, intéressons-nous à l’impact entre deux joueurs sur le On/Off.

Du côté des Lakers cela donne ceci :

 

Du côté des Celtics nous obtenons :

On se rend immédiatement compte que toutes les synergies entre le young core des Lakers sont positives puisque quand ils sont sur le terrain, le net rating est systématiquement favorable et passe en négatif quand ils le quittent. Difficile d’en dire autant pour les Celtics puisque seule la relation entre Brown et Tatum semble fructueuse. La synergie Tatum/Rozier est négative et celle entre Brown/Rozier est tout simplement embarrassante puisque les Celtics sont largement plus efficaces quand les deux sont en dehors du terrain (+10,5 de net rating). A ce stade, on peut déjà avancer le constat que Terry Rozier n’est résolument pas un argument sérieux dans les négociations et que seuls Tatum/Brown ensemble sont une option envisageable dans le trade pour Anthony Davis.

Nous disposons aussi d’une autre mesure intéressante à propos du On/Off qui s’intéresse à l’impact d’un joueur sur tous ses coéquipiers. Là encore, nous avons quelques surprises.

Pour les Lakers :

Pour les Celtics :

On constate tout de suite un effet Lonzo Ball (même si ses possessions avec James ou Rondo sont mystérieusement absentes) qui a tendance à bonifier l’efficacité globale de ses partenaires (ce qui est surtout le fait de son impact défensif). On retrouve aussi l’effet entraînant de Kuzma en attaque et l’apport globalement négatif d’Ingram (ce qui n’est pas étonnant tant Brandon a du mal à se révéler dans les indicateurs de type impact). Chez les Celtics, on observe en revanche que Tatum entraîne peu ses partenaires dans le sillage de ses bonnes performances tandis que Brown semble mieux s’accorder avec les joueurs du banc qu’avec les premiers rôles, à l’exception de Tatum. Rien d’alarmant mais l’absence de capacité à transcender ses coéquipiers doit nous amener à questionner leurs profils.

Peut-on évaluer le potentiel de star ?

Difficile de répondre avec certitude à ce type de question. Les statistiques avancées apportent cependant quelques pistes en la matière. Bball Index propose ainsi depuis cette saison un système de notation segmenté pour cibler les secteurs où les joueurs sont les plus (ou moins) performants. Ce système pondère également ces notes selon la position occupée sur un terrain (le shoot sera toujours plus impressionnant chez les pivots que chez les arrières, à l’inverse de la roll gravity). On retrouve ainsi les caractéristiques classiques du tir, du jeu au poste ou du rebond, mais certaines catégories comme le un-contre-un ou le playmaking permettent d’isoler ceux qui possèdent en eux l’étincelle supplémentaire pour se transcender ou transcender les autres. Dans le détail cela donne :

Ces notes réhabilitent globalement le potentiel du young core des Lakers, à l’exception du tir où ils semblent tous en difficulté. Sans trop de surprise, Ball est elite en playmaking, à la défense au périmètre ainsi qu’au rebond défensif, ce qui reste un profil avec énormément de valeur dans une ligue tournée vers le jeu rapide et sur une défense orientée vers le switch à tout va (cf son B en défense intérieure). Kuzma est excellent en un-contre-un et à la finition. Ceci explique pourquoi il attire les défense (roll gravity) ce qui libère son potentiel au playmaking. Ingram montre aussi de belles dispositions dans ces secteurs ainsi qu’à son jeu au poste. Les deux Lakers (surtout Ingram) possèdent ainsi en puissance les atouts des premières options offensives, du moins du type de joueurs autour duquel on peut construire une attaque. Tatum sort de très belles notes, mais qui paradoxalement tendent à le fixer comme un joueur dépendant d’un point de création. Il est notamment elite à la finition ou au jeu au poste tout en restant extrêmement solide au shoot et sur le jeu sans ballon, mais est plutôt décevant à la création ou sur le un-contre-un (notamment si l’on rapporte ses performances à sa position). Quant à Brown, c’est probablement celui qui est le plus en retrait des cinq, malgré des chiffres flatteurs en défense, en un-contre-un et au playmaking. Sans l’exclure totalement de la réflexion, toute équipe a besoin de  bons role players, il ne devrait pas rentrer tant que ça en compte dans la réflexion de Dell Demps. Et pour les esprits curieux qui trouveraient que j’ai ostracisé Rozier un peu trop vite :

L’importance du coaching staff

Jusqu’à présent, j’ai débattu des chiffres en faisant quasiment abstraction des environnements dans lesquels ils évoluaient. Il y aurait évidemment un immense biais de réflexion si Demps venait à évaluer les deux young cores sans prendre en compte l’influence de leurs coaching staffs respectifs dans leur développement. Vous trouverez ainsi peu d’analystes NBA qui oseront faire de Luke Walton un meilleur entraîneur que Brad Stevens. Ce dernier semble d’autant plus avoir gagné ses galons de magicien l’an passé en amenant un effectif jeune et décimé jusqu’à un game 7 en finale de conférence. Si vous suivez un peu le compte @LALakersFR, vous savez combien nous avons la dent dure contre notre jeune entraîneur et combien nous lui imputons en immense partie les difficultés de nos meilleurs jeunes, souvent livrés à eux-mêmes en attaque. Mais est-il possible de mesurer cette influence extérieure sur la production des jeunes joueurs ? Bball Index se propose de le faire avec leur indice d’optimisation de roster qui évalue justement cet impact. Sans trop de surprise, les résultats sont sans appel :

Il apparaît que Brad Stevens est avant tout un grand optimiseur de défense. C’est seulement cette saison qu’il figure dans la moitié haute de la ligue en ce qui concerne l’attaque (65,4ème percentile). Luke Walton est relativement un meilleur coach défensif qu’offensif, mais en étant dans le 34ème percentile, il n’y a pas de quoi de pavoiser. En revanche, si en attaque, on tourne autour du 7ème percentile, c’est que l’on a dépassé le stade de l’incompétence.

Pour les jeunes joueurs, il y a donc de fortes chances pour que leur niveau intrinsèque soit quelque peu faussé. On pourrait ainsi conclure que s’ils venaient à changer d’environnement, les joueurs des Celtics seraient bien moins intéressants en défense, surtout si Gentry restait en place (5ème percentile quant à l’optimisation de talent en défense cette saison). A contrario, si Ingram, Ball ou Kuzma venaient à évoluer sous les ordres d’un des meilleurs coaches offensifs de la ligue (86ème percentile cette saison), ils parviendraient, à l’instar de D’Angelo Russell qui vient d’être nommé au All-Star Game, à exprimer leur plein potentiel et devenir le joyau que de nombreux scouts vantaient avant leur draft à Los Angeles. L’argument du « ne vous inquiétez pas, ils vont exploser chez vous » peut prêter à sourire mais quand on voit effectivement comment jouent Russell ou Randle, mais il y a de quoi se poser de vraies questions à la Nouvelle Orléans. Surtout si l’on commence à s’attarder sur les joueurs qui ont quitté Brad Stevens et qui peinent à retrouver le niveau qui étaient le leur à Boston (Bradley, Crowder, IT par exemple)… S’il y a bien un joueur qui risque de connaître le même sort, c’est Jaylen Brown, ce qui devrait l’exclure de la catégorie des contreparties intéressantes pour un projet de reconstruction.

Quel package pour Anthony Davis ?

Si l’on enlève Jaylen Brown du tableau, le cœur du débat se situe en définitive autour de Tatum. Il va s’en dire que tout package de Danny Ainge qui ne l’inclut pas devrait être retoqué avec force par les Pelicans. Si Demps doit comparer l’offre des Celtics avec celle des Lakers, il doit se demander ce que vaut réellement l’ailier de Duke. Plus que Kuzma ? Certainement. Plus qu’Ingram ? Probablement. Plus que Ball ? C’est déjà moins sûr. Plus que deux d’entre eux ? Certainement pas. Reprenez les évaluations individuelles et il me semble évident que Tatum n’est pas plus attirant que deux joueurs capables d’exploser et de prendre à leur compte le jeu des Pelicans.

Revenons donc à Magic et Pelinka. Entre les dernières sorties d’Irving et le trade de Porzingis, le sort leur sourit, puisque New York sans la licorne lettone a déjà beaucoup moins à proposer à New Orleans et jamais Ainge n’osera se dépouiller totalement pour Davis si son meneur superstar se fait la malle. Dans ce contexte, les dernières rumeurs d’une offre centrée autour de Kuzma et Ingram ne sont pas étonnantes, en tout cas bien moins qu’un supposé all-in alors que les négociations n’ont pas officiellement débuté. Ce all-in (Ingram + Kuzma + Ball) semble d’ailleurs être le rubicon que de nombreux commentateurs pro-Lakers appellent à franchir. « Whatever it takes », comme on dit au pays de Kobe. Au sein de Lakers France, nous sommes bien moins emballés à l’idée de dire au revoir à Ingram ET Ball. Pas parce que nous surévaluons outre-mesure notre young core, mais parce que nous estimons que le GM des Pelicans n’aura objectivement pas de meilleure offre, en égard aux risques que voudront prendre d’éventuels prétendants.  Un package incluant Ingram (OU Ball) + Kuzma + deux premiers tours de draft + n’importe qui parmi Hart/Zubac/Wagner/Svi est donc tout sauf insultant pour un an de contrat d’Anthony Davis. Tout le monde veut jouer la montre dans le dossier, mais le temps tourne peut-être en notre faveur. Une déclaration par-ci, une autre par-là, et Dell Demps devra peut-être se résoudre à vendre à la baisse son diamant… comme tous les autres.

[1] La Derrick Rose rule stipule qu’un rookie peut être prolongé à la fin de son contrat au-delà du rookie scale s’il a été méritant (récompenses individuelles, présence dans une team All-NBA, etc…). Une équipe ne peut pas avoir deux contrats de ce type dans son contrat. Irving comme Davis ayant bénéficié de cette règle, il faut attendre qu’Irving prolonge (ou parte) pour que Davis soit échangé aux Celtics

[2] https://www.qibasket.net/2016/12/04/faut-il-ceder-au-culte-du-chiffre/

[3] Source : www.basketball-reference.com

[4] www.bball-index.com

[5] Pour la somme modique de 5 dollars par mois.

[6] Il fut un temps où les « play types » étaient librement consultables sur le site de la nba. Ce n’est malheureusement plus le cas.

[7] Pour des raisons qui m’échappent, les chiffres du luck adjusted on/off pour Jaylen Brown et Terry Rozier sont manquants.

[8] Le percentile définit la position de la performance du joueur. En l’occurrence, cela veut dire que Tatum est plus efficace que 88% des joueurs évoluant en NBA.