Plus que tout autre sport collectif, le basketball est une discipline faite pour les stakhanovistes, ceux qui n’ont pas peur se lever à l’aube et de s’enfermer seuls dans un gymnase pour sans cesse répéter leurs gammes. Mais la réussite dans ce sport dépend aussi beaucoup de certaines prédispositions héréditaires, accordées tant par la génétique que par une culture instillée très tôt.

Né à Lubbock dans le Texas, Trae Young, le rookie des Atlanta Hawks, fait partie de cette catégorie de joueurs, nés d’un père basketteur. A la fin des années 90, l’arrière Rayford Young faisait les beaux jours de l’équipe de basket de Texas Tech, quittant la fac avec un diplôme en poche et le petit Trae dans ses bras. Comme Kobe Bryant en Italie, comme les frères Curry à Charlotte ou Toronto et comme tant d’autres encore, Trae Young a pu être ce petit garçon qui attendait la mi-temps pour aller shooter sur les grands paniers, ou qui tirait sur les petits pendant que son père s’entraînait, développant son art en prenant exemple sur les meilleurs, depuis tout petit.

Un autre enfant de Lubbock, bien que né à Dallas, Jarrett Culver a également pu compter sur un père qui lui a instauré sa propre culture pour aider ses enfants à avancer. Le pasteur Hiawatha Culver n’a pas appris à son fils Jarrett à dribbler ou tirer, mais il lui a transmis sa foi, qui aujourd’hui est la principale source de confiance de Jarrett Culver sur un terrain de basket.

Les deux clans se croiseront sans jamais se retrouver, puisque la famille Young a finalement déménagé à Norman, Oklahoma, là ou Trae jouera pour les Sooners, tandis que les Culver s’installaient à Lubbock. Chacun jouera pour la fac locale, résistant à des offres attractives venant d’universités au moins aussi prestigieuses et performantes. Conséquence cruelle du destin, le fils de l’ex-star locale Rayford sera hué et moqué lors de sa visite à Lubbock sous le maillot des Sooners.

Une performancee remarquée au Madison Square Garden

Les près de 20.000 spectateurs qui avaient rempli le Madison Square Garden le 20 décembre dernier, avec parmi eux un parterre de stars comme Jimmy Butler qui avait fait le déplacement pour l’occasion, venaient pour assister au show de Zion Williamson pour sa première dans « la plus célèbre arène du monde ». En difficulté et même expulsé à quelques minutes de la fin après avoir écopé de sa cinquième faute, le phénomène athlétique et médiatique de Duke se fera finalement voler la vedette, car malgré une nouvelle victoire, les Blue Devils vivent une soirée difficile, voyant leur tâche compliquée par un homme presque seul, le sophomore des Red Raiders, Jarrett Culver.

Le texan « vole le show » pour traduire littéralement l’expression très américaine, disséquant par sa technique et ses qualités athlétiques une défense de Duke qui ne trouve pas de réponse sur les séquences d’isolation de Culver, qui marque 25 des 58 points de son équipe, et qui avec ses 4 passes se retrouve impliqué sur plus de la moitié du scoring des Red Raiders.


Sous les lumières les plus scintillantes du monde du basket, celles du MSG, Jarrett Culver a ainsi écarté Zion, RJ Barrett et Cam Reddish de la scène pour faire de cette soirée la sienne, et se présenter aux stars de la grande ligue de la plus belle des manières. Dans le public, il y a pourtant un joueur NBA qui le connait déjà bien. Avec son bonnet rouge sur la tête, qui se confond au milieu des fans de Texas Tech et se démarque face au bleu de Duke, Trae Young n’est pas rancunier, puisqu’il vient encourager ses anciens adversaires à la veille de son match face aux Knicks dans cette même arène.

Scouting report

La « breakout season » de Jarrett Culver était attendue par de nombreux observateurs, le joueur devant, après une très belle saison freshman, prendre le relais de ses anciens coéquipiers Keenan Evans et Zhaire Smith. La mission est pour le moment une totale réussite, avec une augmentation conséquente dans toutes les catégories statistiques principales.

Pour mieux comprendre le jeu de Culver et ce qui le rend si dangereux sur un terrain, Sam Vecenie de The Athletic a découpé quelques séquences qui permettent d’analyser certains éléments observables cette saison chez le Red Raider durant les matchs de Texas Tech.

Il y a d’abord son tir extérieur, qu’il a modifié après sa saison freshman, malgré une réussite déjà honnête de loin (38%). Culver arme son tir plus rapidement, et atténue ce réflexe qu’ont beaucoup de shooteurs à saisir la balle trop bas, presque au niveau de la ceinture, perdant du temps au moment d’armer et pouvant même perturber le transfert d’énergie et le rythme du tir.


Dans les faits, son pourcentage de loin est en baisse malgré un volume similaire par rapport à la saison dernière, mais le contexte de ces tirs est différent. Culver est maintenant la première option de son équipe et est par conséquent plus ciblé par les défenses adverses. Une des transformations dans son jeu est l’augmentation du nombre de tirs pris en sortie de dribble, parfois dans des situations d’isolation, pour un résultat globalement satisfaisant.


Cette aisance en sortie de dribble est en partie due à un « footwork » précis et bien maitrisé, qui lui permet également d’être dangereux en pénétration, avec aussi une bonne maitrise de son dribble qui lui permet de bien attaquer les angles, qu’il lit globalement très bien en bon esthète du drive.


Le tir est menaçant et le dribble est maitrisé, il ne lui manque donc plus qu’à être un passeur efficace pour devenir une vraie triple-menace. Culver a justement doublé ses stats à la passe, avec cette saison une moyenne de 3,9 assists.


De l’autre côté du court, un travail important reste à réaliser, car si la mentalité du joueur est bonne et le rend relativement efficace sur l’homme, ses attitudes loin du ballon sont moins bonnes, avec des aides défensives souvent mal gérées qui permettent au shooteur côté faible de se retrouver souvent trop seul, et d’obtenir des tirs ouverts.


Dans une Draft présentée comme relativement faible ou peu profonde comparée aux précédentes, un arrière/ailier comme Jarrett Culver, capable de représenter la triple-menace attendue maintenant des cinq joueurs présents sur le court, prend une valeur importante, surtout quand son talent permet à son équipe de survivre et même d’être tout à fait compétente dans l’une des conférences les plus compétitives du basket universitaire. Alors que certains le voient déjà sélectionné dans les 14 premiers en juin prochain, Jarrett Culver garde la tête froide, et comme son père lui a bien enseigné, il garde foi en celui qui lui a confié son talent.