Depuis combien d’années parlons-nous des « sublimes losers », les Ewing, Malone, Barkley ou autre Baylor, qui, malgré de superbes carrières, n’ont jamais eu en main le fameux graal, le trophée O’Brien ? Que de regrets, de talents non récompensés. Avec le temps, les fans de NBA ont fait émerger le terme de « sublime losers ». Mais durant les années où LeBron peinait à obtenir son premier titre (oui, cette époque a existé), un gag récurrent faisait surface dans la websphère des basketteurs : « Scalabrine a plus de titres que LeBron ». Est alors apparue la catégorie que nous appellerons les « golden losers ». Par ce terme, on entend des joueurs improbables, qui posent les pieds sur un parquet NBA, d’une discrétion telle que personne ne se rappellera qu’ils étaient là. Et pourtant, ces petits gredins terminent leurs carrières NBA dans l’oubli, mais dans leurs cartons, il y a un petit anneau qui manque injustement à tant de stars ! Chez QiBasket, on adore fouiller pour trouver ces petites perles de notre NBA history. Neuvième profil, neuvième « Golden Loser ».

Mister nobody dans une équipe de légendes

Ah les Lakers 1999-2000, quelle équipe, quelle époque ! Une nouvelle salle, si moderne et si neuve, le Staples Center; un nouveau coach pour faire passer un cap vers le titre, Phil Jackson. Et quel effectif ! Shaquille O’Neal, Kobe Bryant bien sûr, à l’aube de leur première dynastie, mais aussi Derek Fischer, Robert Horry, les role players qui collectionneront les bagues, et puis Ron Harper, fidèle relais de Phil Jackson, déjà triple champion. Et que dire de Glen Rice, Brian Shaw et bien entendu le légendaire A.C. Green qui revint pour une dernière pige dans son équipe de toujours, qu’il avait quittée à l’époque des grands Magic et Kareem. Et puis, il y avait les cinquièmes roues du carrosse : un certain Tyronn Lue, Devean George ou encore John Salley qui, comme Harper et Jackson, avait connu la gloire des Bulls de 1996. Enfin, des inconnus comme Sam Jacobson, ou Travis Knight.

Et là vous me direz que j’ai fait le tour de l’effectif. Et bien, à vrai dire, derrière les role players, derrière les ombres des role players, et derrière ces ombres d’ombres, il y a, en fin de liste, un ultime chanceux qui va profiter d’une année sabbatique en NBA pour aller attraper un petit anneau, en 16 matchs seulement ! 16 petites rencontres entre le 15 novembre 1999 et le 14 avril 2000. Ce qui signifie que notre ami a même eu le luxe de ne pas à avoir à se bouger pendant les playoffs.

Au milieu de cette flamboyante équipe de Los Angeles redevenue candidate au titre, armée de l’un des plus grands duo de l’histoire du basket, bien avant Adam Morrison (voir Golden loser #8), avant Sun Yue (voir Golden loser #3), il y eut… John Celestand !

Regard gêné…

Parcours anonyme dès le départ ?

Pour connaître John, n’allez pas sur Basketball Reference, ni sur Wikipedia, le mieux pour savoir ce qu’il en est de ce champion NBA, c’est finalement d’aller sur LinkedIn… Parce que sa fiche profil sur NBA.com se résume assez sobrement à « 502 : Bad Gateway ».

Sauf qu’en 1999, LinkedIn, y’a pas ! Alors comment ce petit rookie s’est infiltré dans la franchise la plus titrée des années 2000 ? On sait que John naît dans le Texas, à Houston, en 1977. Il a donc 41 ans aujourd’hui, ce qui laisse le basket comme activité assez relativement récente chez la plupart des professionnels à cet age. Et pourtant, l’an 2000, c’était il y a 19 ans… Donc où est passé ce jeune homme ? Il est assez difficile de retracer tout le parcours de ce joueur hors du commun. En effet, tout ce que l’on sait, c’est que la famille de John s’établit dans le New Jersey peu après sa naissance. Grand garçon, mais plutôt léger (1m93 pour 81kg), il fait du basket son amour au lycée de Pis…Pisaca…Piasacata………Piscataway Town, qui compte certes quelques alumni notables du sport US, mais dont il est le seul et unique représentant NBA.

Mais malgré ce profil discret, Celestand s’insère dans un chemin plutôt prometteur, puisqu’en sortant du lycée, ses talents de basketteur lui offrent une place à Villanova University ! Une école prestigieuse et connue des basketteurs, car aujourd’hui triple championne NCAA et surtout, pour les connaisseurs du sport universitaire, actuel champion en titre ! Ce n’est donc pas n’importe ou que John fout les pieds en 1995. Mais comme je le disais, ce profil est discret, très discret.

Celestand stoppant net son action, alors qu’on lui montre son ticket pour la NBA…

L’inexplicable ascension vers la NBA…

Oui John est discret, mais cohérent dans sa progression. Sa première année 95-96 à Villanova est sobre : 3.3pts/match, 1.2reb et 1.5ast. Puis sur les trois suivantes, on passe à 8, 13 et 14 points. Évoluant au poste de meneur, il progresse également à la passe en atteignant une moyenne correcte de 5ast/match. Des signes positifs également montrés dans la confiance établie par ses coachs, puisque Celestand joue presque tous les matchs, et passe près de 24 minutes sur le parquet en moyenne sur ses quatre saisons.

Donc un joueur correct, qui a su progresser, mais quelle suite ? Le bonhomme a fait ses études, il peut entrer dans le monde professionnel avec une belle dette de 30 ans aux fesses, comme tout bon étudiant américain qui se respecte (Dieu bénisse les études françaises à 4.50€ en boursier échelon zéro). Mais non, au bout du parcours étudiant, John tente sa chance, il s’inscrit à la Draft. Au final, pourquoi pas ?

Surtout que John a une équipe qu’il kiffe bien… Qui joue en pourpre et or… Sur la côte ouest. Depuis le « 5th grade » il aime cette équipe, il a toujours rêvé de jouer pour elle. Surtout que dans cette franchise se trouve un coco qu’il avait croisé sur les parquets du lycée… De Lower Merion. Et devinez quoi ? Et bah c’est exactement cette équipe avec ce joueur qui va le drafter, en 30e position du deuxième tour, très loin derrière les Elton Brand, Steve Francis, Baron Davis, Lamar Odom, Rip Hamilton, Shawn Marion, Jason Terry, et Fred Weis bien sûr (bien joué les Knicks).

 

En 1999 cette image est considérable comme HD

… Et le titre

Et nous voilà donc avec John Celestand, numéro 11 des Lakers ! Bon, on sait que Los Angeles, c’est pas non plus la grande gloire depuis 1991 et les dernières finales de Magic. Shaq est arrivé en 1996, mais les associations avec Elden Campbell, ou même Dennis Rodman (oui, cette raquette a existé) n’ont pas encore apporté un bon équilibre. Derrière, il y a bien Van Exel, Eddie Jones ou Robert Horry, mais il en faut plus. Alors oui, il y a Kobe, mais le jeune padawan prend encore quelques baffes pour apprendre le mode légende.

Alors John Celestand se demande si il peut être au final ce plus. Mais non, hein, faut pas déconner, c’est Phil, Phil Jackson, qui arrive, ça reste un poil plus fiable. Et voilà LA plongée dans la dimension titre ! Le master Zen peut compter sur un duo fabuleux Shaq-Kobe, des role players expérimentés comme Horry, A.C.Green, mais surtout Ron Harper et Glen Rice, et quelques jeunes loups comme Derek Fischer. Los Angeles cartonne sous le coach aux huit bagues (et on est qu’en 1999…), l’attaque en triangle renaît et Shaq montre toute sa force. LA monte en puissance au cours de la saison et se hisse en finales face aux Pacers du grand Reggie Miller. Le bilan est sans appel, Shaq détruit la raquette d’Indiana, Kobe joue les héros dans le game 4, le travail se termine au Staples Center au Game 6.

Et John ? Oh… Tranquilou, faut pas forcer hein : 16 matchs, 2.3 points de moyenne, 1.3 passes, 0.7 rebond, et surtout un bon 33% au shoot, dont 22% à trois points. Alors, l’avantage de ces joueurs comme John, c’est que sur basketball-reference.com, vous avez pas besoin d’aller plus bas dans la page pour détailler vos stats, vous regardez le bilan carrière, et vous obtenez exactement ce que je viens de vous décrire.

Maillot Celestand, en promo ? Non, en vente interdite…

La suite va vous surprendre

Alors on n’en est plus à nos premiers Golden Losers où l’on pouvait encore se dire que certaines choses paraîtraient inattendues dans le parcours d’un joueur. Mais là non, je ne vous mentirai pas… Les 16 matchs de NBA, c’est vraiment tout ce qu’on a.

La suite ? Le classique… Direction les Slam du Nouveau Mexique (et oui c’est le jeu ma pauvre Lucette) dans une ligue professionnelle mineure qui n’exista que deux misérables années. D’ailleurs, il ne fera même pas une année complète, puisque, pendant que Kobe et Shaq se vengent de l’offense d’Iverson faite au Game 1 des Finals 2001, Celestand lui s’éclate sur les parquets allemands au Basketball Löwen Braunschweig, alors appelé le Metabox Braunschweig, jeune équipe de Bundesliga 2. Un petit tour d’Europe ? Allez, direction l’Italie ! Mais là, rendons à John ce qui appartient à John, puisque c’est au Skipper Bologna qu’il atterrit. Et Bologne reste une petite terre de basket au milieu du glorieux football italien. Surtout qu’à cette époque, Bologne joue les premiers rôles de la Serie A. Le souci… C’est que tout cela ne se passe qu’en l’espace de quelques mois à peine.

Mais un parcours de Golden Loser reste un parcours de Golden Loser, c’est pour cela que notre champion NBA va injecter un peu de fromage dans son parcours de Laker, et rêvant de frenchlose, il va s’installer à Villeurbanne !

Quand tu finis dans les archives du basket en 12 mois…

Une fiche de stats sur lequipe.fr !

Bienheureux qui aurait pu prédire qu’un champion NBA avec Shaq et Kobe se retrouverait à Villeurbanne en Pro A en l’espace de 12 mois à peine ! Et voilà enfin un Golden Loser chez nous ! Et Cocorico pour la peine ! Mais moins Cocorico pour le bilan : 8.1pts par match, c’est mieux que rien, mais ça envoie pas du rêve. Mais c’est là que ça devient féerique : le gars ne dure même pas dans les couloirs de l’Astroballe et parvient à laisser quelques traces de chaussures à l’Elan Chalon, mais sans photo, sans stats, sans rien, bref, de toute façon, en 2002, la France c’est devenu ringard, direction Berlin, mais avec une fiche de stats sur l’equipe.fr, un nouveau trophée à mettre à côté de la bague on imagine.

Ah, l’Alba Berlin… Fut un temps on pouvait jouer avec eux sur NBA 2K. Mais bon, le contrat d’un Golden Loser, c’est la fameuse clause « un an et puis s’en va ». Donc après eine kleine saison à l’Alba, direction l’Ukraine au BK Kiev, avant que notre ami John ne devienne nostalgique des bières allemandes et revienne à Braunschweig.

Image rare de John Celestand allant marquer un panier, sous les acclamations du peuple français.

Reconversion expresse

Et puis ? Plus rien. En 2000, John Celestand est champion NBA, en 2005, même la Bundesliga 2 ne le retient pas. En cinq ans, le meneur à joué dans sept clubs différents, dans quatre pays. Celestand raccroche les baskets, avec une bague de champion NBA, et une photo dans une douche de champagne au Staples Center entre Kobe et Shaq. Il va rapidement se tourner vers le business, tout en essayant de maintenir son lien avec le basket. Il commentera des matchs de NCAA, des post games des Sixers. Mais comme plusieurs de ses compères losers, John a su aider aussi le monde du basketball en transformant sa passion des parquets en passion d’aider son prochain. Dans une interview pour le fameux journal…Istatusclothing.com…en 2008, il ne manquera pas d’expliquer à quel point son amour du jeu et le plaisir de voir du beau jeu son restés intacts, même si voir et commenter le match n’est évidemment pas la même chose.

Bon je ne résiste pas à l’envie de vous montrer cette interview quand même…

Avec sa nouvelle carrière, John se fait un joli carnet professionnel, à l’image de son profil LinkedIn aujourd’hui. Il faut reconnaître que Celestand travaillera d’arrache pied à la promotion des valeurs du basket dans les quartiers où il grandit avec notamment la fondation « I Can », qui encourage l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, tout comme avec l’Association « Heroes and cool kids », pour laquelle il vint encourager les jeunes à étudier. Son profil d’orateur sera finalement découvert et salué à travers les années, passant d’universités en universités, de lycées en lycées pour des conférences, des colloques, à chaque fois pour des prestations très saluées.

De John Celestand, j’aimerais également conclure sur son sentiment à propos de la relation Shaq et Kobe, une petite décla pas anodine d’un témoin des premiers âges de leur légende : « C’était deux joueurs très différents, dans les couloirs, il y avait des clashs, il y avait des différences, mais sur le terrain, ils étaient capables de tout accomplir, et c’est tout ce qu’on avait besoin de savoir. »

John, ta carrière professionnelle en dehors du basket est admirable, et le restera surement dans les années à venir. Nous te saluons bien bas pour ton action sociale. Néanmoins, lorsque le journal Fansided cite il y a deux jours à peine, à propos de Kyle Lowry, « …qu’il sera peut-être le prochain ex-joueur de Villanova à soulever le trophée O’Brien depuis John Celestand (c’est qui ?)… » alors c’est qu’on l’a quand même cherché un peu…Tu gagnes donc tes lauriers : Golden Loser numéro 9 !

Carte de John Celestand, dédicacée. Elle n’est pas à vendre, on est même payé pour la récupérer…