Chaque saison ou presque, la NBA nous offre de belles histoires. De celles dont on se souviendra longtemps, et que l’on appréciera se remémorer d’un air mi-enjoué, mi-nostalgique. Parmi elles, les renaissances de joueurs font figures de favorites, permettant de remettre en cause les notions de logique ou de fatalité. Et cette nouvelle saison régulière nous offre une belle cuvée, même si Carmelo Anthony n’en fait pas partie. En revanche, trois hommes revenus sur le devant de la scène partagent un point commun, celui d’avoir évolué au sein d’une même équipe il y a sept ans. Et non, il ne s’agit pas de Phoenix, bien que l’anecdote en aurait été d’autant plus savoureuse, mais de Chicago. Ces joueurs, ce sont Derrick Rose, Joakim Noah, et Luol Deng.

Les Bulls 2011

Cette équipe des Bulls de 2010-2011, connue de tous les fans de la grande ligue, coachée par Tom Thibodeau – on ne parlera pas de renaissance pour le Pingouin cette année – et emmenée par un collectif solide, qui achèvera la saison régulière avec 62 victoire pour 20 défaites, soit le meilleur bilan de la NBA devant les Spurs. Chicago n’avait plus atteint cette barre des 60 victoires depuis la fin de l’ère Jordan. Cet effectif des Bulls a marqué l’esprit de la communauté NBA à bien des égards, mais également les livres d’histoire de son empreinte. Bien sûr, l’événement le plus marquant fut le couronnement de Derrick Rose, devenu le plus jeune MVP de tous les temps à seulement 21 ans. Cette distinction exceptionnelle entraînera d’ailleurs la création d’une règle contractuelle particulière, une telle précocité n’ayant jamais été vue auparavant. Il faut dire que le meneur a roulé sur la saison régulière, enchaînant les performances monstres et les highlights. La NBA est en extase devant celui qui n’en est encore qu’à sa troisième saison dans la ligue, et qui affiche des statistiques tout bonnement impressionnante (25.0 pts, 4.1 rbds, 7.7 passes). D’ailleurs, le maillot de Rose 2011 reste l’un des plus achetés et désirés, et le meneur a conservé une côte de popularité hallucinante à travers les années.

Derrière lui, c’est une équipe de soldats et une défense de fer qui permettent aux Bulls de réaliser cette saison de haute volée. C’est bien simple, Chicago est la franchise qui accorde les moins bons pourcentages aux tirs à ses adversaires, que ce soit à 2pts (45.6%) ou derrière l’arc (32.6%). L’équipe termine la régulière avec la meilleure Defensive Rating (100.3), à égalité avec les Celtics. Avec un jeu plus lent que la moyenne et une dureté défensive sans relâche, Chicago domine la ligue et le United Center affiche de loin la plus forte affluence en NBA. Au cœur de ces préceptes de jeu, deux hommes partagent l’affiche aux côtés de Carlos Boozer en tant que lieutenants de Derrick Rose : Luol Deng et Joakim Noah. Tous deux âgés de 25 ans, ils confirment leurs prédispositions au plus haut niveau, et s’imposent comme les éléments essentiels du système Thibodeau. Parfaitement adaptés défensivement, bien utilisés en attaque avec des rôles complémentaires autour de Rose, ils réalisent de superbes saisons individuelles et contribuent au succès collectif. Deng démontre sa polyvalence en attaque et ses aptitudes défensives alors que Boozer manque une partie de la saison et sera nommé All-Star pour la première fois, pendant que Noah s’affirme comme le patron de sa raquette et joue les facilitateurs sur les phases offensives. Malheureusement, le pivot est lui aussi perturbé par une blessure à la main qui le tient éloigné des terrains une bonne partie de la régulière.

Et même si les Bulls ne franchiront pas le cap des finales de conférence face au Heat de LeBron, Wade et Bosh, l’avenir semble radieux pour ces joueurs encore jeunes et déterminés à poursuivre leur progression. Malheureusement, les blessures en décideront autrement. La saison suivante, aucun des trois joueurs ne participera à l’intégralité de la régulière. Rose ne joue que 39 matchs, pendant que Deng et Noah en comptent 54 et 64. Et lors du Game 1 du premier tour de Playoffs face aux Sixers, le cauchemar des Bulls se réalise. Derrick Rose se tord le genou gauche, et est évacué du parquet sur civière. Le verdict sera sans appel : rupture du ligament croisé antérieur. Pourtant, pendant que le meneur affiche une saison blanche en 2012-2013 pour se remettre de sa blessure, les Bulls font belle figure et retournent en demi-finale de conférence, notamment sous l’impulsion de Nate Robison et du sophomore Jimmy Butler. Deng et Noah ne sont pas étrangers à ce succès, les deux joueurs étant nommés All-Star, et le retour de Rose est attendu de tous. La saison suivante, le MVP 2011 ne jouera que 10 matchs, la faute à une nouvelle grave blessure (ménisque, du genou droit cette fois), et Luol Deng en affiche seulement 23, l’ailier étant envoyé à Cleveland au mois de janvier. Insuffisant, et si le collectif des Bulls leur permet d’arracher une fois encore une place en Playoffs, c’est surtout Joakim Noah qui impressionne à nouveau. Le pivot termine la saison régulière auréolé du titre de Defensive Player Of the Year. Il sait également se muer en passeur redoutable dans le système Thibodeau, réalisant même 4 triple doubles. Cette saison sera la dernière jouée sous le même maillot pour nos trois protagonistes.

Le lent déclin de Deng

Deng a donc été transféré en cours de saison chez les Cavaliers, contre Andrew Bynum, un premier tour et deux seconds tours de Draft. L’ailier, agent libre au terme de cet exercice, ne restera pas dans l’Ohio, et rejoindra le Heat l’été suivant. A Miami, Deng réalise deux saisons pleines en tant que titulaire d’une équipe qui lutte pour les Playoffs, et continue de proposer ce qu’il sait faire : défendre, mettre ses tirs, et gratter son lot de rebonds. Complet et toujours aussi important dans une rotation, Deng montre que les blessures et la trentaine presque atteinte ne l’ont guère affecté. D’ailleurs, Miami lui a fait confiance, en lui accordant une player option pour la seconde année de son contrat. Au terme de cette deuxième saison régulière en Floride, Deng retrouve les Playoffs face aux Hornets. Lors du Game 1, il réalisera une superbe performance, avec 31 points inscrits à 11/13 au tir.

A 31 ans, l’ailier est de nouveau agent libre, et choisit de sécuriser son compte en banque. Pour 72M de dollars sur 4 ans, il décide de rejoindre les Lakers, pour encadrer une équipe remplie de jeunes talents à haut potentiel que ce sont les Ingram, Russell ou Randle. Deng vient jouer les vétérans dans une reconstruction qui peine pourtant à passer la seconde. D’ailleurs, alors que Magic Johnson arrive à la tête du management et que le tanking est de nouveau en marche après une cinquantaine de matchs, Deng finit pas être mis sur le banc pour laisser Ingram se développer. L’ailier finira même par être sorti du groupe, et ne participera pas aux 22 dernières rencontres de la saison 2016-2017. Triste trajectoire pour un professionnel émérite reconnu pour son comportement exemplaire.

Blessures et extra-sportif, chemins croisés pour Rose et Noah

Après le départ de Deng, les deux hommes réalisent deux saisons supplémentaires chez les Bulls. Le meneur n’est plus le joueur qu’il était, ayant perdu son explosivité et ses capacités athlétiques hors-normes qui lui permettaient de scorer inlassablement. Les meilleurs marqueurs se nomment Pau Gasol, tout juste arrivé de Los Angeles, et Jimmy Butler, nouvelle star de la franchise. Surtout, Rose connait encore un problème au ménisque, qui le tient éloigné des parquets sur la seconde partie de saison. Il ne retrouvera les parquets que lors des Playoffs, avec des performances marquantes voire décisives, comme face aux Cavs. Joakim Noah, de son côté, peine à conserver son rôle en jouant aux côtés de Gasol, et affiche ses moins bonnes statistiques en carrière. Les deux joueurs ne sont plus All-Star, et la saison suivante ne changera rien, bien au contraire. Mis sur le banc par l’arrivée de Mirotic qui décale Gasol en 5, Jooks ne jouera que 29 matchs, la faute à une vilaine blessure à l’épaule qui le poursuivra toute la saison. Pour Rose, les jours s’éclaircissent, et ce malgré une fracture au visage en pré-saison. Le meneur réalise une bonne saison, avec des performances de choix, mais les Bulls ratent les Playoffs malgré un bilan positif. Pourtant, des rumeurs évoquent des tensions entre les anciens (Rose, Noah, Gibson) et les plus jeunes, Jimmy Butler en tête. L’ailier souhaiterait être reconnu comme le leader de l’équipe, et il semble alors logique de confier les clés à un joueur plus jeune et en bonne santé. Résultat, fin juin, les Bulls décident de transférer Derrick Rose, direction New-York et les Knicks pour le meneur.

Quelques jours plus tard et alors qu’il est agent libre, c’est Joakim Noah qui rejoint la Big Apple, pour un contrat déjà critiqué à l’époque. 72M sur 4 ans, comme Luol Deng le pivot profite d’un été complètement dingue sur le marché de la Free Agency. Malheureusement, Jooks ne justifiera jamais cette somme mirobolante, et vit une première saison cauchemardesque. Rapidement gêné par une nouvelle blessure, Noah touche le fond lorsque la NBA décide de lui infliger 20 matchs de suspension pour usage de produits illicites. Coopératif, le pivot ne conteste pas la sanction et n’entrave pas l’investigation. Il sera d’ailleurs reconnu que c’était une erreur involontaire, et non pas un cas de dopage conscient, mais l’issue ne peut être différente. Fin de saison pour Joakim, qui cristallise les critiques. De son côté, D-Rose reprend des couleurs sous le maillot new-yorkais. Capable de reproduire des performances au scoring, il n’est plus le joueur qui a remporté le MVP mais réalise une saison deuxième saison consécutive à plus de 60 matchs. Pourtant, la deuxième partie de saison de Rose inquiète. Il y eut d’abord cette altercation avec le management, alors que le joueur était parti à Chicago sans prévenir la franchise, ayant donc disparu sans donner de nouvelles. Quelques semaines plus tard, il devra mettre un terme à sa saison pour subir une énième intervention au genou. En fin de contrat et conscient des opportunités limitées qui se présentent à lui, le meneur accepte de rejoindre Cleveland, pour un contrat d’un an à seulement 2.1M de dollars.

2017-2018, la saison noire

Coïncidence, alors que nos trois anciens coéquipiers sont dans des situations peu réjouissantes au terme de l’exercice 2016-2017 – Rose s’en sort le mieux -, la saison suivante sera pour eux un long calvaire, probablement le plus difficile à gérer de leurs carrières. Luol Deng ne jouera qu’un pauvre match lors de cette campagne, pour remplacer Caldwell-Pope suspendu lors de l’opening night. Il ne fera pas de bruit, attendant patiemment que la situation ne se débloque. Ce n’est qu’en septembre dernier que les Lakers annoncent le buyout de l’ailier, marquant la fin d’une triste chute pour le joueur qui rejoindra ensuite les Minnesota Timberwolves.

A New-York, le cauchemar se poursuit pour Noah, qui manque les premiers matchs de la saison, toujours suspendu. Au cours de cet exercice, il ne disputera que 7 petits matchs, n’entrant pas dans les plans du coach Jeff Hornacek. Le torchon brûle entre le management des Knicks et le pivot, qui sera même envoyé en G-League. La situation semble être une impasse, le joueur disposant de plus de deux années de contrat à plus de 18M et donc considéré comme intransférable. La seule solution évoquée reste un buyout, qui finira par intervenir à l’aube de la saison actuelle. En presque 2 ans, Jooks n’aura donc disputé qu’une poignée de matchs, pour un temps de jeu infime. Et même si quelques vidéos le montrent à l’entraînement – rentrer des tirs derrière l’arc – le joueur semble perdu pour le basket. La retraite est même évoquée, et les franchises ne se bousculent pas au portillon. Ce n’est qu’en décembre que Memphis décide de donner sa chance au français, en le signant pour le reste de la saison.

Pour Derrick Rose, la saison 2017-2018 a bien failli marquer la fin de sa carrière. Empêtré dans de nouvelles blessures à Cleveland, le meneur rechute systématiquement lorsqu’il croit revenir en forme. Fin novembre, il n’a disputé que 7 rencontres, et doit encore s’absenter à cause de sa cheville. La coupe est pleine pour le meneur, qui disparaît des radars. La rumeur enfle, et bien que Tyronn Lue tente d’évoquer des problèmes personnels, la vérité ne reste pas dissimulée. Moralement détruit par ses blessures à répétition, D-Rose envisage sérieusement de mettre un terme à sa carrière. LeBron James prononcera ces mots lourds de sens :

On espère que ce n’est pas la fin, mais si cela devait être le cas, j’aurais été heureux d’avoir eu l’opportunité de passer quelques mois avec lui et le regarder être le grand meneur qu’il a été

Finalement, Rose persiste et revient même sur les parquets au mois de janvier. Lors de la trade deadline, il sera pourtant envoyé à Utah dans échange à trois. Il ne portera jamais le maillot du Jazz, coupé immédiatement. L’incertitude règne autour de l’avenir du MVP 2011, qui enchaîne les désillusions et les épreuves morales. C’est Tom Thibodeau, comme pour Deng quelques mois plus tard, qui lui tendra la main en lui proposant un contrat. Rose termine la saison chez les Wolves, où il retrouve Gibson et Butler, et retourne même en Playoffs. Son apport est limité mais il est encore capable de rendre de bonnes copies. Reconnaissant de la confiance qui lui est donnée, il décide de signer un nouveau contrat à Minnesota.

Une belle histoire de renaissance

Derrick Rose et Luol Deng ont donc entamé cette nouvelle saison sous le même maillot, quatre ans et demi après que leurs chemins se soient séparés. La signature de l’ailier ne fait pas l’unanimité, le joueur sortant d’une saison blanche et désormais âgé de 33 ans. Surtout, il renforce l’armée d’ancien Bulls déployée par Tom Thibodeau chez les Wolves, provoquant les moqueries de la communauté NBA. Faire du neuf avec du vieux, voilà ce que semble essayer le Pingouin. Et si Thibs sera licencié au cours de la saison, et que Butler s’en est allé avec fracas, les autres « TimberBulls » sont bel et bien présents. Deng, très peu utilisé jusqu’à la mi-saison, revient sur les parquets avec l’arrivée aux commandes de Ryan Saunders. Les blessures à répétition et l’absence prolongée de Robert Covington permettent à Deng de se montrer, et l’ailier fait le boulot. Appliqué et capable de rentrer des tirs importants, notamment dans des moments délicats, il apporte sa pierre à l’édifice en sortie de banc. Il a même dépassé les 20 minutes de temps de jeu à maintes reprises depuis janvier, et même si les Wolves ne sont plus vraiment dans la course aux Playoffs, le retour en forme de Deng fait plaisir à voir, lui qui a toujours été reconnu pour son professionnalisme. Il a notamment reçu le NBA Sportmanship Award en 2007, récompensant les joueurs exemplaires sur les parquets, ainsi que le J. Walter Kennedy Citizenship Award pour son implication dans la communauté.

Pour Rose, c’est une saison complètement dingue qui se déroule sous le signe de la résurrection. En bonne santé (jusqu’à de petits pépins ces dernières semaines), le meneur est revenu à un superbe niveau, lui permettant même d’être un prétendant plus que sérieux au titre de 6ème Homme de l’année. De nouveau spectaculaire, capable d’acrobaties pour scorer, et même sniper derrière l’arc sur la première moitié de saison, D-Rose revit littéralement cette saison. Si son jeu reste parfois agaçant d’un point de vue collectif, il offre des performances de haut niveau, et a tiré Minnesota de sacrés bourbiers. Avec, en point d’orgue, cette soirée exceptionnelle qui a vu l’ancien MVP retrouver son niveau d’antan, et inscrire 50 points sur le Jazz dans un Target Center en feu. Une performance intemporelle que seule la NBA peut nous offrir, qui s’est achevée dans les larmes de D-Rose, submergé par l’émotion sous les « MVP MVP MVP » du public. Un career high à ce moment de sa carrière, après les épreuves que l’on sait, personne n’aurait pu le prévoir. Et le meneur ne s’arrête pas là, lui qui continue d’enchaîner les bonnes performances. Une renaissance comme on a rarement vu en NBA.

Reste Joakim Noah, dont l’avenir semblait tout aussi perdu que celui de Rose, et qui a finalement trouvé un point de chute à Memphis. Lors de sa signature, l’optimisme était d’ailleurs de mise, car il était difficile d’imaginer une meilleure destination pour le pivot. Jeu lent, dur en défense, on se disait alors que Jooks pourrait avoir une chance de briller à nouveau. Quelques semaines plus tard, force est de constater que son choix fut le bon. Noah retrouve le sourire, et nous a gratifié de quelques performances de choix. Contre les Pelicans, il claque un 19-14, avant de passer un 22-11 sur la tête des Lakers. Dans l’attitude surtout, Noah est de retour. Cris de guerrier, tapes sur le torse, le pivot est de retour, et devrait trouver un nouveau contrat cet été, que ce soit à Memphis ou ailleurs.

Trois chemins, trois renaissances de joueurs ayant porté le même maillot et revenant sur le devant de la scène au même moment. De belles histoires dont on se souviendra, et qu’on aimerait voir êtres prolongées quelques mois, voire quelques années encore. Si ces trois là ont passé la trentaine, ils ont encore quelques beaux moments à nous offrir. Espérons surtout que les blessures les laissent tranquilles, et que leur carrière respective s’achève sur une note positive après des années de galères.