C’est clairement la série la plus attendue du premier tour à l’Est. En début de saison, peu d’éléments nous laissaient penser que nous pourrions assister à cet affrontement aussi tôt. C’était sans compter les infortunes diverses rencontrées par les Celtics et les Pacers. D’un côté, un favori annoncé qui n’a jamais trouvé la formule pour assumer ce statut de manière durable. De l’autre, un outsider qui a longtemps cru pouvoir se faire une plus grande place au soleil avant d’être ramené à la réalité par un cruel coup du destin. Deux franchises ayant dû faire face à beaucoup de vents contraires pour mener, tant bien que mal, le navire à bon port. Deux équipes avec un bilan quasiment similaire, mais des dynamiques et des ambitions bien différentes. Gros plan sur ce choc entre Boston et Indiana.

Le bilan des saisons

Il y a des saisons régulières tranquilles qui suivent la trame annoncée, et il y a la saison 2018-2019 des Celtics. On savait que l’alchimie ne se créerait pas instantanément, et que l’incorporation de Gordon Hayward et Kyrie Irving dans le commando du printemps dernier allait demander du temps. Mais on pensait tout de même que ça finirait par se mettre en place à un moment. Malheureusement, les Celtics n’ont jamais réussi à trouver leur rythme de croisière. Si l’on a pu bénéficier de quelques aperçus de ce que peut accomplir cette équipe lorsque tout le monde arrive à partager la gonfle comme il se doit, on a aussi constaté de belles traversées du désert, ponctuées de sorties médiatiques pas toujours maîtrisées et symptomatiques d’un groupe en manque de repères. Au final, tout cela nous donne un bilan décevant (49-33), loin de celui espéré en début de saison et surtout à peine suffisant pour accrocher l’avantage du terrain au premier tour. Les Celtics arrivent avec beaucoup plus de doutes que de certitudes et vont avoir beaucoup à faire pour rassurer leurs fans.

Du côté de l’Indiana, la saison n’a pas été de tout repos non plus, mais ce constat est surtout dû à une dose de malchance assez démesurée. Solidement accrochés au podium de la conférence après une excellente première partie de saison (32-15 avant le drame), les Pacers ont pris un énorme coup de bambou sur le crâne avec le forfait pour tout le reste de la saison de leur franchise player Victor Oladipo, encore parti sur les bases d’une saison All-Star. Le genre d’événement qui fait basculer une saison, mais qui a également resserré encore plus les liens dans le groupe, conscient du fait qu’il fallait continuer à faire naviguer le navire privé de son capitaine. Les Young, Matthews ou Bogdanovic sont autant de lieutenants aguerris et professionnels qui connaissent la recette du succès dans les luttes âpres de la grande ligue, et ils nous l’ont prouvé sur la fin d’exercice. La terrible nouvelle digérée, les Pacers sont passés en mode survie pour terminer sur un 16-19 honorable compte tenu du calendrier, mais malheureusement insuffisant pour garder l’avantage du terrain. Indiana arrive dans la peau de l’outsider qui n’a rien à perdre, Indiana est donc dangereux.

Les match-up clés

Turner/Sabonis vs Horford/Baynes

Les Pacers auront tout intérêt à contrôler le rythme de la série pour espérer une issue favorable, et dans cette optique, la bataille dans la raquette sera déterminante. A la jeunesse de Myles Turner et Domantas Sabonis s’oppose l’expérience d’Al Horford et Aron Baynes, dans un match qui sent la poudre. Nous avons là 4 intérieurs capables d’écarter le jeu et de libérer la raquette, mais aussi de féroces combattants en-dessous. Elément capital dans la conquête du tempo de la rencontre, le secteur du rebond offensif vaudra le détour, car les deux équipes ne sont pas forcément exemplaires dans la sécurisation des boards sur les tirs adverses (Boston 16e, Indiana 23e).

Si Boston a suffisamment d’atouts par ailleurs pour compenser un apport faible de sa paire d’intérieurs en termes de points, il n’en est rien des Pacers. Turner et Sabonis, ce sont 27 points et 16 rebonds par match en cumulé, ce qui fait d’eux les 2e et 3e scoreurs de l’équipe si on enlève Oladipo. Les deux larrons sont cruciaux pour la bonne tenue de leur franchise, et croyez bien que Baynes et Horford l’ont compris et que le plan de jeu défensif mettra l’accent sur ce point.

Le duel entre Turner et Horford se fera face à face mais également à distance. Nous avons là les deux pierres angulaires défensives de leur équipe, les cornacs de deux des édifices les plus solides du pays. Là encore, l’opposition de style est belle, entre un Horford sobre mais toujours bien placé et un Turner aérien, auréolé du titre de meilleur contreur de la ligue mais dont l’apport va bien au-delà de la distribution de crêpes. Le matchup extérieur s’annonce plus déséquilibré, en revanche la lutte dans la raquette promet de valoir son pesant de cacahuètes.

Le doute face à l’assurance

Avec un énoncé pareil, on est plus sur un sujet de philo du bac que sur de l’analyse basket, mais vous pardonnerez l’auteur, un peu trop heureux de voir arriver ces playoffs pour tromper la quiétude de sa misérable existence. Bref, en une saison, les Celtics sont passés par tous les états, ont déçu à de nombreuses reprises et ont entaché l’image (trop ?) idéale bâtie tout au long de l’exercice précédent. Bien malin qui pourrait prédire dans quel état d’esprit ils se présentent au lendemain d’un nouveau coup dur avec l’annonce du forfait de Marcus Smart, considéré comme l’âme de l’équipe. Pendant des mois, on nous a dit que les playoffs étaient un autre monde, que personne ne pouvait vraiment triompher d’eux en 7 matchs et que la machine allait se mettre en route au moment où il le fallait. Il va être temps de le prouver, et Indiana est peut être l’adversaire idéal pour cela.

En effet, à cet amoncellement de talent mal exploité s’oppose un groupe moins flamboyant sur le papier mais conscient de ses forces et faiblesses, avec une pléiade de vétérans qui sait qu’une cohésion absolue sera la condition sine qua non pour s’ouvrir la voie de l’upset. Depuis la blessure d’Oladipo, les victoires sont plus difficiles à aller chercher mais de gros clients comme le Thunder ou les Nuggets sont tombés dans le piège, preuve du niveau encore très respectable de cette escouade démunie. Le fan de balle orange aime les triomphes des équipes soudées face aux sommes d’individualités, et la victoire d’Indiana serait une douce mélopée dans ses oreilles. Cependant, le contexte pourrait aussi grandement bénéficier aux Celtics : le fait de rencontrer une forte adversité dès le premier tour va les forcer à se mettre la tête dans le guidon tout de suite, car toute tergiversation se paiera cash. Un adversaire trop fort pour vous autoriser à jouer de manière relâchée mais pas assez armé pour vous faire tomber si vous mettez les bons ingrédients, a tout de l’adversaire idéal pour mettre en place une bonne dynamique dans cette campagne de playoffs.

Brad Stevens vs Nate McMillan

Question coachs, cette série est plutôt bien lotie et les stratèges en présence auront un impact non négligeable sur l’issue de la série. Stevens jouissait d’une grosse cote de popularité jusqu’à cette saison, mais sa première expérience aux commandes d’une armada aussi complète est calamiteuse, mettant un peu plus de pression sur ses épaules à l’heure où les matchs vont vraiment compter. Au-delà de l’aspect tactique et du fait qu’il faudra trouver de quoi contrer les Pacers, son rôle dans l’état d’esprit de l’équipe sera déterminant. On n’attend plus simplement un coach de qualité, on attend un véritable meneur d’hommes, capable de taper du poing sur la table et de remobiliser les troupes quand le navire tangue. La saison écoulée nous a donné peu d’éléments rassurants dans ce domaine, il est temps, comme pour ses joueurs, de nous apporter des réponses.

En face, on retrouve une tête bien connue en la personne de Nate McMillan. Le technicien est comme un poisson dans l’eau aux commandes de ces Pacers et il gagne en crédibilité d’année en année, une sacrée prouesse au regard de la réputation de celui-ci il y a encore quelques temps. Un nouveau test l’attend cette saison, et celui-ci est ardu. Il va falloir à la fois contenir du mieux possible la puissance de feu verte, et faire en sorte que cette attaque moribonde puisse rencontrer du succès face à la muraille de Boston. Un tel plan de jeu ne se met pas en place du jour au lendemain et on imagine que les réunions du coaching staff doivent être animées. La tâche est immense mais la pression quasi nulle sur le résultat devrait donner à McMillan la latitude d’essayer des choses et de, peut-être, sortir de ses schémas classiques si ceux-ci s’avèrent inefficaces. Pour lui comme pour ses joueurs, cette série est l’occasion d’accomplir de grandes choses.

À quoi s’attendre ?

Quel visage proposeront les Celtics ? De la réponse à cette question dépendra en grande partie la physionomie de la série. Soyons clairs deux secondes : si Boston joue à l’endroit et évite de tomber dans la caricature des isolations à chacun son tour pendant plusieurs minutes sans que personne ne soit fichu de mettre le hola, ça devrait se passer assez tranquillement. Les Pacers le savent pertinemment et ne manqueront pas d’essayer de semer le doute dans les esprits adverses en cassant le rythme – 24e PACE sur la saison – et en étant très agressifs sur les lignes de passe pour casser la circulation de balle. Les Celtics ne sont pas forcément des adorateurs du 7 seconds or less mais leur défense est source de nombreuses opportunités de jeu en transition, parfaites pour se mettre en confiance et lancer des runs. Marcus Smart n’est pas là mais avec Jaylen Brown, Jayson Tatum et Terry Rozier, il y a largement de quoi voler des ballons à la pelle pour lancer la cavalerie derrière. Indiana devra donc être extrêmement précautionneux avec la gonfle pour ne pas permettre aux ailes bostoniennes de se déployer.

Problème pour les joueurs de McMillan, en l’absence de réelle menace en isolation, le salut offensif ne pourra venir que d’un jeu de mouvement léché et de nombreuses passes, pour espérer créer des décalages et se montrer un minimum efficaces en attaque. Il y a beaucoup de joueurs de qualité mais aucune terreur à proprement parler depuis le forfait d’Oladipo, et même si tout le monde fait son maximum, l’équilibre de l’équipe s’en ressent. Avec seulement le 21e offensive rating de la NBA depuis le All-Star break, la situation ne prête pas vraiment à l’optimisme, surtout lorsque l’on considère le niveau de la défense qui se présente en face. Bojan Bogdanovic verra sans doute d’un oeil bienveillant l’absence de Marcus Smart sur cette série, qui lui permettra de souffler et de pouvoir prendre un peu plus de responsabilités offensives, comme il a désormais l’habitude de le faire en l’absence du franchise player maison. Cependant, les clients cités au-dessus auront à coeur de montrer que le n°36 n’est pas le seul chien de garde en rayon, ce qui promet un traitement de faveur pour tous les extérieurs d’Indiana de manière générale. On ne présente plus le potentiel athlétique des extérieurs de Boston, parmi lesquels Kyrie Irving fait office de point faible, ou plutôt de seul défenseur moyen au milieu de l’armada. McMillan sera probablement tenté de le cibler, et ce seront Jaylen Brown et Terry Rozier qui devront enfiler le costume de Marcus Smart pour assurer la bonne tenue du backcourt et venir compenser les éventuels trous laissés par le n°11.

De l’autre côté, évidemment, Kyrie Irving est capable d’en planter 35 tous les soirs, aussi bonne la défense des Pacers soit-elle. Cependant, la saison écoulée nous a montré qu’un Kyrie au four et au moulin est rarement le symbole d’une organisation offensive efficace dans le Massachusetts. Il ne faut pas non plus les prendre pour des références absolues, car le contexte de la saison régulière n’a rien à voir avec les playoffs, mais les chiffres sont intéressants : sur les 4 confrontations avec les Pacers, le meneur all-star tourne à seulement 19.3 pts, 3.3 rbds et 4 ast. Le bilan ? 3-1 Boston, avec plus de 116 points inscrits en moyenne. Si Irving n’est pas obligé de tout faire, cela signifie que les autres talents de l’équipe bénéficient des tickets shoots dont ils ont besoin, et que ces shoots rentrent. Le danger vient alors de tous les côtés et l’adversaire peut rapidement prendre l’eau. Quand Jayson Tatum score 18 points ou plus, les Celtics sont à 71% de victoires. Quand c’est Gordon Hayward, on monte à 80%. Sur séquences, l’attaque de Boston fait tout simplement partie du gratin de la NBA, reste à savoir si ces séquences pourront se reproduire sur un rythme suffisant durant cette série, et au-delà si l’aventure se poursuit.

On insiste sur le partage du ballon mais ne vous attendez pas pour autant à voir Irving se transformer en facilitateur pur. Nous sommes en présence de deux défenses de grande qualité, et il ne serait pas impossible de traverser quelques périodes arides au cours des rencontres, où les paniers se feront rares et vaudront d’autant plus cher. Dans ce contexte, l’équipe qui peut se targuer d’avoir un scoreur de cette trempe dans ses rangs a forcément de plus grandes chances de forcer le verrou adverse. Indiana pourrait d’ailleurs choisir de laisser Irving faire ce qu’il veut et se concentrer sur les autres menaces, comme on le voit régulièrement en playoffs dès qu’il s’agit de contrer une équipe possédant un talent de calibre all-NBA. Frustrer les autres membres de l’équipe peut être un pari gagnant, surtout quand on considère le parcours chaotique des Celtics cette année. Malheureusement pour Indiana, et malgré le forfait de Smart, l’effectif de Boston est toujours d’une profondeur impressionnante : si Hayward et Tatum prennent le relais au scoring par intermittence, si Rozier et Morris flairent l’odeur du sang et retrouvent de l’allant, si Jaylen Brown continue sur son excellente lancée, cela risque de faire beaucoup de monde à museler pour Indiana, et peut-être même un peu trop. Cela fait beaucoup de « si », également, mais les fans de Boston sont habitués, après 82 matchs à se chercher des certitudes.

Calendrier

Game 1 : Boston – Indiana, le 14 avril à 19h

Game 2 : Boston – Indiana, le 18 avril à 1h

Game 3 : Indiana – Boston, le 20 avril à 2h30

Game 4 : Indiana – Boston, le 21 avril à 19h

Game 5 (si nécessaire) : Boston – Indiana, le 24 avril, horaire à déterminer

Game 6 (si nécessaire) : Indiana – Boston, le 26 avril, horaire à déterminer

Game 7 (si nécessaire) : Boston – Indiana, le 28 avril, horaire à déterminer

Pronostic

Boston Celtics 4 – 1 Indiana Pacers

Le score peut sembler sévère, mais on ne voit pas comment cette équipe d’Indiana diminuée, qui a terminé la saison par 9 défaites sur ses 13 derniers matchs, pourrait faire trembler les Celtics au point de mener la série au-delà d’un match 5. Boston doit faire taire un paquet de critiques et après avoir parlé à tort et à travers pendant la saison régulière, tout le monde les attend au tournant. Une victoire dans cette série ne lèvera pas tous les doutes, mais constitue un premier pas indispensable. Les Celtics doivent assurer et gagner sereinement pour ne pas passer pour de gigantesques guignols, et ils le savent. Indiana va se battre, c’est indéniable, et on aura probablement droit à de bons matchs âpres et serrés, surtout au Bankers Life Fieldhouse. Mais l’écart en termes de talent et d’expérience ne laisse que peu de doutes quant à l’issue de la série.