Dire que la saison 2018/2019 des Los Angeles Lakers aura été décevante tient du doux euphémisme. En matière d’amertume, elle laisse un arrière-goût bien plus désagréable que la 2012/2013 qui, en dépit des échecs Howard/Nash, avait révélé le plus grand Kobe de tous les temps. Même les années de reconstruction, immondes sur le plan basketballistique, nous maintenaient plus en haleine pour apprécier les progrès des jeunes prospects.

Pour faire oublier ce Year One de Lebron déprimant, les instances dirigeantes des Lakers ont décidé d’être plus Hollywoodiennes que jamais en la jouant saison 8 de Game of Thrones : imbécilité stratégique au sommet, irrationalité à tous les étages ou presque, marginalisation des dernières personnes compétentes, incohérences scénaristiques embarrassantes, descente aux enfers des anciens héros et j’en passe. N’en profitez pas pour y lire un appel à l’assassinat de Jeanie Buss par son frère… Toutefois, à la différence de GOT, les fans des Lakers ont tout de même bénéficié d’une intervention divine, un ultime rayon de soleil au crépuscule d’une franchise pleurant ses dernières larmes de sang. Tout tient dans ce chiffre : 2,8%.

Non ce ne sont pas les pourcentages à 3pts de Kyle Kuzma cette année, mais les probabilités pour qu’il nous ramène le quatrième choix à la draft. Un cadeau inespéré pour raviver les espoirs d’un trade au soir du 20 juin si les GM des Pelicans et des Wizards acceptent de prendre l’appel de Pelinka. Un cadeau inespéré pour rajouter aussi à moindre coût un joueur talentueux alors que notre roster brille par son incomplétude.

C’est cette deuxième option que j’ai décidé d’explorer aujourd’hui en me focalisant sur les deux joueurs qui ont réellement retenu mon attention avec le quatrième choix : Jarrett Culver et De’Andre Hunter. Avant d’étudier leur cas respectif, et partant du postulat que RJ Barrett ne sera plus disponible, il me faut justifier l’absence de deux candidats qui reviennent pourtant souvent dans les rumeurs pré-draft :

  • Cameron Reddish. L’ailier de Duke a tout sur le papier (talent, physique, impact des deux côtés du terrain) pour susciter l’intérêt du Front Office. Le hic, c’est que c’est sur le papier uniquement. Streaky shooter, défenseur pas toujours concerné, en galère à la finition, QI discutable, mental et moteur friables, Reddish a en fait toutes les qualités pour s’effondrer définitivement chez nous dans un roster qui présentera les mêmes défis, au décuple, de celui qu’il a connu aux Blue Devils. Mon idée n’étant pas de miser sur le potentiel pour ce pick, Cameron est naturellement écarté de la liste. A croire d’ailleurs que le destin s’est mis en travers de ce brave Cameron puisqu’il s’est blessé après avoir jeté le premier jet de cet article. Six semaines en dehors des parquets et donc des workouts qui annoncent une probable chute le soir du 20 juin.
  • Darius Garland. Ici, le choix est plus cornélien. Au-delà de la situation de Lonzo Ball, force est de constater que notre ligne arrière est décimée. Dans une ligue où les meneurs de talent se font rares, et ce ne sont pas les précédentes drafts qui ont ramené énormément de talent à ce poste, la tentation Garland est forte. Car le bonhomme est sans conteste le PG le plus talentueux de cette fournée. Excellent au ball-handling, au shoot, créatif et malin à la finition, capable d’évoluer off ball, les arguments ne manquent pas pour s’enthousiasmer. De là à le comparer à Curry ou Lillard, comme le font certains, il y a un pas que je ne franchirai pas. Deux soucis se présentent. Sa taille, plus proche du 6’2 (1m88) que du 6’3 (1m91) conjuguée à une envergure moyenne (1m96) et un athlétisme faiblard ne plaident pas pour un transfert en douceur en NBA. Comme Garland a décidé de zapper le combine, rien ne nous rassure sur ce point. Et c’est de l’autre côté du terrain que cela va poser encore plus problème. Sa taille lui impose de coller à son attaquant sous peine de se faire scorer dessus car son contest des shoots est limité. Du fait qu’il est très léger, il va donc soit mourir dans les écrans, soit être exposé au moindre switch. Si ce type de profil est parfait pour un choix plus bas dans la lottery, je ne suis pas prêt à céder un #4 pour un joueur dont ne sait pas encore quelle serait la viabilité en fin de match.

JARRETT CULVER

Texas Tech, Sophomore, 20 ans, 2m (6’675), 87kg

18,5 points, 3,7 assists, 6,4 Rebonds, 2,7 To, 1,5 steals, 46,1 FG%, 30,4 3PT%, 70,7 FT%

Au terme de la saison 2017/2018 couronnée d’une sortie en Elite Eight contre les futurs vainqueurs de la compétition, il n’était pas évident de prédire que Texas Tech allait faire mieux l’année suivante. Avec les départs de Keenan Evans et de Zhaire Smith, le programme perdait ses deux plus belles armes. Pour faire mieux en accédant à la finale du tournoi de la NCAA, il aura certes fallu compter sur les valeurs sûres comme Tariq Owens ou Matt Mooney mais surtout sur l’explosion surprise du sophomore Jarrett Culver. Revenons sur les raisons qui font de cet ailier racé un des prospects les plus intéressants de cette promotion.

Attaque

En quelques mois, Jarrett Culver a dû se muer de joueur d’équipe à première option offensive, dépositaire du jeu. Preuve de cette prise de responsabilités, un usage % de 32,2 en augmentation de dix points par rapport à son année de freshman. Dont acte pour le natif de Lubbock qui était cette saison de très loin le joueur le plus talentueux d’une équipe solidaire mais laborieuse. Les indicateurs de Bball Index attestent de cette Culver-dépendance : 1er de son équipe au Luck Adjusted On/Off[1] (+6,85), 1er au Player Impact Plus Minus[2] (+8,97), 1er aux victoires ajoutées (8,35).

Dans les faits, cela donne souvent un joueur qui maintient son équipe en vie face à des rosters plus talentueux (Kansas, Duke) ou à l’origine des runs pour revenir de situations délicates (West Virginia, Memphis). Puisque nous en sommes au département des statistiques avancées, le tableau suivant qui détaille l’efficacité de Culver selon les types d’actions dépeint un joueur à l’aise dans tous les compartiments de l’attaque.

Statistiques offensives de Jarrett Culver (via Synergy Sports)

Type d’action Fréquence d’utilisation Nombre de possessions Points Points par possession Rang (percentile) Evaluation
Pnr Ball Handler 26,90% 201 162 0,806 63ème Bon
Spot Up 15,50% 116 109 0,94 58ème Bon
Isolation 13,50% 101 96 0,95 77ème Très bon
Transition 11,40% 85 95 1,118 67ème Très bon
Off Screen 9,50% 71 70 0,986 64ème Bon
Cut 5,90% 44 53 1,205 62ème Bon
Put Backs 4,40% 33 29 0,879 20ème Mauvais
Post-Up 3,80% 28 25 0,893 68ème Très bon
Hand Off 1,30% 10 13 1,3 94ème Excellent

Ce tableau doit pouvoir s’apprécier de deux manières. D’une part il éclaire un joueur à qui il incombait de faire continuellement quelque chose balle en main, comme le montrent les nombres élevés de possessions sur PnR et isolation (40% de son attaque) et dont on sait que l’efficacité n’est jamais idéale. D’autre part, il suggère des axes d’amélioration, dont certains ne sont pas uniquement imputables aux faiblesses collectives de Texas Tech.

  • Drive

A l’heure actuelle, le drive est de très loin l’arme numéro 1 de Jarrett Culver. Que ce soit sur Pick and Roll, en isolation ou en transition, le swingman est particulièrement agréable à regarder sur son aptitude à aller régulièrement au cercle où il fait parler son excellente finition (69%), que ce soit main droite ou main gauche. Dans un article détaillé et (légèrement) dithyrambique, Ross Horman[3] explique que l’atout principal de Culver tient dans la flexibilité et la force de ses jambes et genoux qui lui permettent de contorsionner ses chevilles et genoux rendant de fait chacune de ses pénétrations difficilement lisible pour le défenseur. Rajoutez à cela un bel équilibre corporel et vous obtenez un joueur capable de se mouvoir dans les défenses les plus resserrées.

Culver est critiqué pour son manque d’athlétisme en général, et sur son premier pas quelconque. Toujours d’après Horman, il compense ce dernier par un deuxième et troisième pas qui lui permettent de créer de l’espace avec ses jambes et épaules. Joueur cérébral et patient, il analyse aussi la situation avant de se lancer à l’attaque. Il faut d’ailleurs noter qu’il force très rarement son jeu, se contentant d’une passe simple si rien de mieux ne se présente à lui. Hesitation moves, head fakes, jab fakes, il possède cette panoplie pour susciter une déconcentration de l’adversaire et la punir immédiatement.

Certaines séquences me laissent aussi dubitatif sur cette réputation de joueur non-athlétique, d’autant qu’il n’est pas un produit physiquement fini (épaules larges, prise de masse récente). Les deux actions qui suivent dévoilent un joueur capable de finir au-dessus du cercle sans trop de difficultés (à noter que la charge offensive face à Kansas n’a pas lieu d’être sifflée).

Enfin, Culver est capable de sortir un plan B si l’accès au cercle lui est interdit. C’est un joueur malin profitant des instincts défensifs pour faire sauter son adversaire dans le vide et/ou provoquer les lancers. A l’instar de son spin move particulièrement clutch sur Hunter, il saura se doter d’un arsenal varié et adaptable aux différentes situations.

Tout n’est évidemment parfait. Culver doit impérativement améliorer son handle s’il entend garder son rôle de slasher/finisseur en NBA. Le handle est souvent trop haut, prompt à la perte de balle, notamment quand il est lancé. Les advanced moves comme le dribble dans le dos ou les crossovers dévastateurs ne sont pas son fort, ce qui lui joue régulièrement des tours quand il cherche à créer de l’espace face à un défenseur compétent. Certes, il n’aura pas à subir le manque de spacing comme il a dû le faire à Texas Tech, mais il y a du travail dans ce secteur.

  • Passe

Malgré la présence de Mooney et Moretti à Texas Tech, Culver était le premier et véritable créateur de l’équipe. Entre ses saisons freshman et sophomore, son Assist % est passé de 13,7 à 26,1 sans que cela impacte son To% (13,7). Il est un excellent passeur en transition, scannant vite le terrain pour voir à qui l’outlet peut bénéficier. Sur demi-terrain, c’est tout aussi satisfaisant. Au poste, sa distribution est très intéressante puisqu’il punit les joueurs plus petits en profitant de ses 2m00 ou les prises à deux en ressortant dans le timing sur le côté opposé.

Sur le Pick and Roll, c’est également probant et il n’y a pas une lecture qu’il ne sache pas faire : drive and finish, skip pass vers le corner, drive and lob. Avec des coéquipiers plus talentueux et de meilleurs schémas tactiques, nul doute qu’il maintiendra ses belles statistiques. On comprend dès lors tout l’intérêt de posséder un deuxième créateur de 2m00 sur les lignes arrières, pouvant soulager Lebron, Lonzo ou Ingram tout en s’appuyant sur leurs propres talents de cutters.

  • Tir

C’est sans aucun doute le plus gros chantier de Culver. Son 58ème percentile sur spot up n’est pas satisfaisant. Les chiffres sont d’ailleurs moins reluisants lorsqu’ils isolent le catch and shoot : 34ème percentile quand il est défendu, 41ème percentile quand le tir ouvert. Passant de 38% à 3pts à un vilain 30% en année sophomore, il est indispensable que Culver se dote le plus vite possible d’un tir relativement fiable pour être employable dans notre roster actuel. La plupart des jeunes joueurs sont en difficulté sur ce secteur et il n’est pas dit que Vogel fasse preuve d’une grande patience avec lui alors que la victoire est plus que jamais impérative à LA.

Néanmoins quelques facteurs plaident en sa faveur. En devenant la première menace offensive, la qualité des tirs pris a forcément baissé. Plus important, Culver est en phase de changement de mécanique afin de rompre avec la mécanique lente et inconstante qui était la sienne. Preuve que ce changement est bénéfique, ses pourcentages aux lancers francs sont passés de 64% à 70 %. Les adaptations in game ne sont jamais évidentes et au moins Culver aura su maintenir un volume élevé de tirs de loin. Quand il aura trouvé de la constance dans sa nouvelle mécanique, il ne sera pas un poids sans ballon à qui le défenseur laisse un bon mètre pour l’inciter à lancer sa brique. RJ Barrett pourra d’ailleurs témoigner de l’équilibre de son tir en sortie de dribble.

  • Jeu Off Ball

Même si ce n’était pas sa prime utilisation, Jarrett Culver a tout pour être un joueur intéressant sur le jeu sans ballon. En transition, il fait parler sa fluidité et ses grands segments pour se projeter rapidement vers le cercle. Le tir mis à part, il développe une très belle activité sans ballon à Texas Tech. Il multiplie et varie ses coupes, en étant très peu récompensé par ses coéquipiers. Mais avec Lonzo et Lebron à ses côtés, tout porte à croire que sa capacité à se libérer, notamment lorsqu’il slip l’écran, et sa bonne finition en feront une belle arme à disposition de Vogel. Je l’ai vu également multiplier les types d’écrans, pin downs, backscreens, sans toujours créer le contact, mais qui attestent là aussi d’un joueur qui joue avant tout pour les autres et qui ne se contente pas de regarder passivement le jeu dans son coin.

Défense

Jarrett Culver fait indéniablement partie des two-ways players. Les statistiques d’impact sont plus dures avec lui en défense qu’en attaque, mais il n’en reste pas un des meilleurs joueurs dans une équipe particulièrement redoutée pour sa défense (3ème aux points concédés sur 353 équipes). Le Defensive On/Off le place au 4ème rang de Texas Tech avec un petit +0,59 tandis que le Defensive PIPM en fait le 2ème joueur le plus impactant de ce côté du terrain avec +4,56. Nous verrons que le Defensive On/Off réserve bien des surprises et n’est pas toujours cohérent avec les statistiques d’efficacité.

Statistiques Défensives de Jarrett Culver (via Synergy Sports)

Type d’action Fréquence d’utilisation Nombre de possessions Points Points par possession Rang (percentile) Evaluation
Spot Up 43,00% 122 83 0,68 90ème Excellent
Isolation 17,60% 50 36 0,72 59ème Bon
Pnr Ball Handler 15,10% 43 24 0,558 86ème Excellent
Post-Up 8,50% 24 18 0,75 64ème Bon
Off Screen 7,00% 20 19 0,95 37ème Moyen
Pnr Roll Man 2,80% 8 4 0,5
  • On Ball

Le précédent raconte deux histoires différentes sur la défense sur le porteur de balle. Seulement « bon » en isolation et « excellent » sur le ball handler en situation de pick and roll, la vérité doit se situer entre les deux. Elle se situe notamment en corrélation avec le nombre relativement faible de ce type de possession : 93 sur l’ensemble de la saison, soit moins de 3 par matchs. Il est évident que Culver n’était pas tellement exposé que ça en défense et il y a là encore deux moyens de lire la chose. Soit on estime que les entraîneurs adverses ne voulaient pas envoyer leurs joueurs sur Culver, soit que l’entraîneur de Texas Tech l’a délesté des tâches principales.

Une nouvelle fois, la vérité se situe entre les deux. Il faudrait déjà écarter toutes les séquences, et elles ne sont pas rares, où Texas Tech appliquait une défense de zone, toujours compliquée pour jauger la compétence des joueurs en la matière. Sur les séquences en marquage individuel, j’ai plutôt vu un joueur à l’aise sur du « switch everything », notamment au périmètre où il est rarement pris en défaut, sinon face à des PG particulièrement véloces ou des clients sérieux (RJ Barrett par exemple). S’il n’est donc pas possible d’en faire un lockdown defender, Culver ne sera jamais un handicap et pourra notamment faire parler sa taille et sa capacité à coulisser correctement pour gêner les meilleurs arrières de la ligue.

A noter qu’il est aussi particulièrement discipliné, ne se jetant jamais inutilement, ne faisant pas de faute grossière ou inutile, ce qui accroît sa propension à rester longtemps sur le terrain.

  • Off Ball

En défense sans ballon, Culver est encore plus intéressant. Il est extrêmement volontaire sur les rotations défensives et ne s’endort que très rarement en restant focalisé sur le porteur de balle. Je suis particulièrement saisi par ses efforts en transition où il est souvent un des premiers à revenir pour contester un lay up ou provoquer une 50/50 ball. Dans une défense en zone, il devait par séquence tout aussi bien tagguer le roll man puis ressortir en trombe sur le shooter au périmètre quand la balle ressortait. Etant donné que son envergure est moins grande qu’annoncée, sa marge sur les contests n’est pas si grande que ça et il faut qu’il soit près de son attaquant pour l’étouffer.

Elle reste suffisamment grande pour que, conjuguée à sa vivacité et son intelligence, elle lui permette d’être actif sur les lignes de passe ou de faire payer des handles un peu trop lâches, comme le suggèrent ses 1,5 interceptions par match. Là encore, sa discipline n’en fait pas un joueur prompt au gamble, ce qui n’est pas pour me déplaire après deux ans à subir les interventions inconsidérées de KCP.

Comme je le disais à propos de sa capacité à jouer au-dessus du cercle, Culver est-aussi sous-estimé pour sa capacité à protéger le cercle. Certes, son envergure n’est pas démesurée, mais son sens du timing lui permet de venir cueillir, avec ou sans élan, un attaquant un peu présomptueux. Un profil qui n’est pas sans rappeler ce dont est capable un Lonzo Ball.

DE’ANDRE HUNTER

University of Virginia, Sophomore, 21 ans, 2m03 (non confirmés), 102 kilos (non confirmés)

15,2 points, 5,1 rebonds, 2 assists, 1,4 to, 0,6 steals, 52 FG%, 43,8 3PT%, 78,3 FT%.

Après avoir vécu le deuxième upset le plus grand de l’histoire de la March Madness en 2018, UVA étant éliminée au premier tour par la modeste University of Maryland Baltimore County (UMBC), De’Andre Hunter a décidé de rempiler une nouvelle saison à Charlottesville. A sa décharge, une blessure au pied l’avait privé de March Madness, mais grand bien lui a pris car, accompagné des tauliers Kyle Guy, Ty Jerome et Mamadi Diakite, il a lavé l’affront en menant cette année son université jusqu’à la victoire finale face à Texas Tech.

Une superbe saison pour laquelle Hunter y est pour beaucoup. A la différence de Jarrett Culver, il n’est toutefois pas le joueur le plus impactant de son équipe, puisqu’il occupe « seulement » le 3ème rang au Luck Adjusted On/Off, le 3ème au Player Impact Plus Minus (+ 7,82) et encore le 3ème aux victoires ajoutées (7,55). Mais à rôle différent, impact nécessairement différent. Voyons maintenant pourquoi les Lakers auraient toutes les raisons de le sélectionner le 20 juin prochain.

Attaque

L’évolution de De’Andre Hunter entre ses saisons freshman et sophomore met en évidence une solide prise de responsabilité offensive au sein des Cavaliers. Mais c’est moins une évolution qualitative, son rôle étant sensiblement le même (son usage% est même en baisse sur sa saison sophomore), que quantitative qui se traduit par plus de minutes sur le terrain (32 minutes contre 20), plus de tirs pris (10,4 contre 6,5) et donc plus de points marqués (15,2 contre 9,2). A contrario des statistiques d’impact, les indicateurs basés sur l’efficacité montrent un tout autre joueur qui se résume à un mot : propreté.

Statistiques offensives de De’Andre Hunter (via Synergy Sports)

Type d’action Fréquence Nombre de possessions Points Points par possession Rang (percentile) Evaluation
Spot Up 30,40% 158 166 1,051 76ème Très bon
Isolation 13,70% 71 66 0,93 75ème Très bon
Cut 12,50% 65 87 1,338 81ème Très bon
Post-Up 10,60% 55 56 1,018 88ème Excellent
Off Screen 7,90% 41 41 1 69ème Très bon
Put backs 6,70% 35 49 1,4 92ème Excellent
PnR Ball Handler 4,20% 22 26 1,182 97ème Excellent
PnR Roll Man 2,50% 13 25 1,923 100ème Excellent
Hand Off 1,20% 6 7 1,167
  • Drive

Il est évident qu’avec Guy, Jerome et Clark dans l’effectif, De’Andre Hunter n’avait ni le rôle de premier ou second créateur. En additionnant les catégories où il est mobilisé balle en main au périmètre, on obtient seulement 18% de ses possessions offensives. Doit-on en conclure qu’il est limité en attaque ? Oui et non.

Oui, car en regardant le joueur évoluer, il est tout sauf flashy. Le handle est basique, un peu trop haut, les moves sont rigides et un peu bruts et Hunter déroge rarement à la règle du tout droit sur ses drives. Néanmoins, on aurait tort de le sous-estimer car être dans le 75ème percentile en isolation en fait un joueur particulièrement efficace. Et pour cause, ce qu’il fait, à défaut d’être esthétique, reste bigrement rentable. En l’état, Hunter montre qu’il est surtout un joueur intelligent dans sa prudence, en ne sélectionnant que les drives dont il est certain qu’il peut les exploiter.

Il montre même quelques flashes de moves plus avancés. En agrémentant son drive d’un cross, d’un spin, de feintes, on sent qu’il y a un potentiel à aller chercher avec du travail.

Petit défaut, Hunter reste dépendant de sa main droite pour la finition. Couplé à son manque de toucher, cela peut lui poser quelques soucis à la finition.

  • Passe

N’attendez pas grand-chose d’Hunter dans ce secteur. Ce dernier sait quelles sont ses limites balle en main et se contente de jouer simple. Il reste cependant un joueur altruiste, qui sait trouver le partenaire libre au périmètre ou au cercle. Comme pour le drive, quelques flashs laissent entrevoir un plafond plus haut que soupçonné, mais ce ne sera pas pour ces qualités qu’il sera utilisé en NBA.

  • Tir

Le tir est clairement un argument pour sélectionner Hunter très haut dans cette draft. A l’instar de sa production offensive globale, tous ses pourcentages sont en hausse. Il passe de 48,8% à 52% sur les FG, de 38,2% à 43,8% à 3pts en doublant quasiment ses tickets shoots (2,8 contre 1,7), et de 75,5% à 78,3% aux lancers francs. Au périmètre, Hunter bouge parfaitement pour se libérer et proposer une solution aux créateurs. Sa mécanique est certes lente, mais suffisamment propre pour punir avec constance les ruptures défensives. Il est aussi capable d’utiliser les écrans posés par ses coéquipiers pour proposer une solution de passe. Il a démontré que son sang-froid était à toute épreuve, comme en attestent ses tirs clutchissimes en finale face à Texas Tech.

Ses capacités au tir ne se limitent pas au spot-up, car il est capable d’abuser les mismatchs au poste, que ce soit avec du face-up game ou encore un turnaround après avoir confortablement pris position.

  • Jeu Off Ball

Cet aspect vient d’être partiellement discuté, mais on peut noter deux choses dans l’utilisation de Hunter à UVA. Tout d’abord, les actions off ball ne sont pas légion, et il n’est pas possible de savoir si Hunter sera un poseur d’écran efficace pour libérer ses petits camarades. Il m’a semblé que la plupart de ses poses ne créent pas de contact mais peut-être que les schémas mover/blocker ne le sollicitaient pas de ce côté. En revanche on peut regretter qu’il n’ait pas été utilisé dans un rôle plus classique de roll man. Sur 2,5% de ses possessions, il est dans le 100ème percentile ce qui prouve qu’il est indéfendable sur des relations 1/4 ou 2/4 en faisant parler sa force et son agilité. Sachant qu’il est compétent sur les lectures de type short roll et efficace en spot up, il devrait être utilisé bien plus de cette manière en proposant des solutions de passe sur le roll ou en pick and pop.

Défense

Le cas De’Andre Hunter révèle tout le paradoxe de certaines statistiques avancées. Pion essentiel dans la meilleure défense du pays, Hunter est le mal-aimé des statistiques d’impact. 9ème de son équipe au Luck Adjusted Defensive On/Off avec -1,49, seulement 4ème au Defensive PIPM avec +2,26, Hunter est probablement victime de ses performances moyennes au rebond (seulement 9,8 de TRB%), aux interceptions (0,6 par match) et aux contres (0,6 par match ce qui influence très certainement ces deux indicateurs qui valorisent ce qui met fin aux possessions offensives. Cette faiblesse au rebond questionne malgré tout un profil destiné à la bataille des peintures en évoluant au poste 4. Une partie peut-être imputable à ses bons fondamentaux dans le box out, mais son envergure, sa force et sa taille doivent lui permettre d’être plus performant en la matière. Fort heureusement, les statistiques d’efficacité racontent une toute autre histoire.

Statistiques défensives de De’Andre Hunter (via Synergy Sports)

Type d’action Fréquence d’utilisation Nombre de possessions Points Points par possession Rang (percentile) Evaluation
Spot Up 46,70% 142 123 0,866 63ème Bon
PnR Ball Handler 15,80% 48 21 0,438 94ème Excellent
Off Screen 11,80% 36 19 0,528 87ème Excellent
Isolation 8,60% 26 21 0,808 46ème Moyen
Hand Off 7,60% 23 14 0,609 77ème Très bon
PnR Roll Man 6,60% 20 7 0,35 96ème Excellent

Statistiques défensives de De’Andre Hunter selon les types de tirs (via Synergy Sports)

Tirs pris sur demi-terrain Fréquence Possessions Points Points par possession Rang Evaluation
Jump Shots 72,80% 190 151 0,795 82ème Très bon
(avec moins de 4 secondes) 4,60% 12 0 0 100ème Excellent
Runner 8% 21 8 0,381 90ème Excellent
Au cercle (hors post-up) 16,50% 43 28 0,651 92ème Excellent
  • On Ball

Je ne vais pas vous mentir, la défense sur le ballon est l’argument principal pour sélectionner Hunter avec le pick #4. Il est élite sur le ball handler en situation de pick and roll et sur les hand off plays. Cela montre une aptitude exceptionnelle à rester face à l’attaquant et à lui rendre la vie impossible. La statistiques moyenne en isolation se doit d’être pondéré par le faible nombre de possessions mais aussi par sa défense au cercle (hors situation de post-up) qui est élite. Pour faire simple, quand De’Andre Hunter verrouille l’attaquant, il l’éteint. L’eye test confirme évidemment les chiffres. Il faut tout d’abord remarquer que les attaquants fuient Hunter pour ne pas avoir à subir sa punition. Il est agile, a des appuis rapides pour suivre facilement les postes 1-4 et leur pourrir la vie au cercle. Pour citer quelques prospects destinés à la lottery, Nickeil Alexander-Walker de Virginia Tech et Jarrett Culver peuvent en témoigner.

Sa force et son envergure doivent aussi lui permettre de faire face à toutes les situations au poste, voire même, avec du travail de musculation supplémentaire, d’aller défier par séquences les pivots adverses. Les profils capables de défendre 1-5 ne courent pas les rues, et seuls Hunter et Brandon Clarke de Gonzaga semblent remplir ce cahier des charges dans la promotion 2019.

  • Off Ball

Hunter est tout aussi impressionnant dans sa défense sans ballon. A l’instar de Culver, il est un défenseur impliqué, discipliné et prêt à faire les efforts pour ne jamais lâcher son opposant, notamment à travers les écrans. Il meurt très rarement dans les écrans, maîtrise parfaitement le hedge and recover. En résumé c’est un défenseur intelligent qui se met au service de l’équipe. Je ne l’ai vu qu’une fois faire un choix douteux sur une prise à deux superflue qui a eu pour conséquence directe de libérer un shooter de Virginia Tech (point fort de cette équipe). De part son envergure (entre 2m13 et 2m18, ce qui reste à confirmer) et ses excellents instincts, il est aussi un cauchemar sur les lignes de passe, même si ses statistiques sur les interceptions et les contres sont en-deçà des attentes pour un joueur de cette réputation.

 

Mais alors on prend qui : Culver ou Hunter ?

La question est épineuse car les deux ailiers répondent à des besoins diamétralement opposés. Les deux sophomores cochent les mêmes cases : ce sont des joueurs intelligents, au service du collectif, des bosseurs avec une bonne mentalité, qui seront capables les deux côtés du terrain dès leur arrivée en NBA. Dès lors, privilégier l’un au détriment de l’autre doit se faire sur une analyse des besoins :

Jarrett Culver doit être avant tout sélectionné pour ses qualités de créateur. Selon les comparatifs de Bball Index, le jeu de Culver se rapproche le plus de Lance Stephenson (saison 2013/2014), Deron Williams (saison 13/14), Paul George (saison 17/18) Jrue Holiday (saison 17/18). A contrario d’Ingram, lui pourra et devra être utilisé comme un point guard de grande taille. En raison de ses difficultés au shoot , il y a une incertitude sur son futur en NBA mais son plafond n’est pas encore atteint. Il est bon en défense, mais il n’est pas ce chien de garde au périmètre que nous cherchons pour créer un backcourt de l’enfer avec Lonzo Ball. A minima nous aurions un joueur intelligent et racé mais qui nécessite des schémas qui optimisent son skillset pour créer un casse-tête permanent à l’adversaire. C’est votre appétence au risque qui vous convaincra ou pas de le préférer.

De’Andre Hunter est un choix de sagesse. Un pur 3&D, là encore intelligent. Il est ce que Kyle Kuzma devrait être : un vrai stretch 4, qui ne joue jamais au-delà de ses limites et ne se prend pas pour le joueur qu’il ne sera jamais. Hunter collera le périmètre pour punir les défenses et s’occupera avec sérieux du meilleur ailier adverse prenant un malin plaisir à lui faire passer ses plus mauvaises soirées de la saison. Mais Hunter est déjà plus âgé qu’Ingram avec une marge de progression somme toute limitée. Le prendre fait sens, mais est-ce que cela n’est pas douloureux d’opter pour un profil 3&D avec un choix si élevé ? Sans manquer de respect à OG Anunoby, ce dernier était prévu dans une tranche 8/12 et Hunter est assez proche de l’ancien pensionnaire d’Indiana. Les comparatifs de Bball Index révèlent des similarités moins sexy : Lance Thomas (saison 14/15), Harrison Barnes (saison 15/16), Dario Saric ( saison 16/17).

Il n’y a pas de vérité dans ce sport et il m’est difficile de trancher entre les deux. J’espère seulement que si le pick devait être conservé, que ce soit un de ces deux noms qui soit appelé à la tribune par Adam Silver. Ma confiance en Ryan West et Jesse Buss étant infinie, vivement le 20 juin !

[1] Le Luck Adjusted On/Off mesure le différentiel pondéré d’un joueur sur l’offensive et le defensive rating de son équipe quand il est présent ou non sur le terrain. Il se scinde en un offensive on/off et un defensive on/off.

[2] Le Player Impact Plus Minus (PIPM) est une version améliorée du fameux +/- qui a fait une entrée fracassante dans les commentaires twitter cette année. Mis au point par Jacob Goldstein, il est encore plus fiable que le Real Plus Minus d’ESPN.

[3] https://www.thestepien.com/2019/04/05/projecting-jarrett-culver/