6 jours durant nous aurons été pendus à la décision de Kawhi Leonard. Une prise d’otage qui paraissait sans précédent depuis que la free agency vivait au rythme des réseaux sociaux. Une horreur pour les fans des 3 franchises impliquées dans le choix du dernier MVP des finales (Lakers, Raptors, Clippers) qui réactualisaient frénétiquement leur fil d’information. Leonard, à sa manière, s’est posé en objecteur de conscience dans cette NBA dopée à l’instantanéité, comme s’il nous rappelait qu’on pouvait prendre son temps et apprécier le suspense. Il fallait toutefois bien frapper, de préférence avant que le 6 juillet prenne feu et que les meilleurs agents libres non restreints n’aient déjà choisi leur destination.

Pendant des jours, les insiders ont multiplié les déclarations, expliquant que la bataille se jouait entre un Big 3 des Lakers et un titre à défendre à Toronto. Peut-être ont-ils oublié un peu trop vite qu’il y a un an, les Clippers avaient les faveurs de l’ailier et que dans l’ombre, Jerry West avait encore quelques coups de dague à distribuer. C’est finalement à 23H à Los Angeles, 2h à New-York que Kawhi se décide à parler : il rejoint Los Angeles. Pas pour former le fameux trio de légende avec James et Davis mais pour devenir le leader des Clippers.

Ce choix, dans un premier temps nimbé de mystère, n’aura mis que quelques minutes à trouver son explication: Leonard avait en réalité fixé une seule condition à Jerry West et son équipe. S’ils réussissaient, ils les rejoindrait. Cette condition était simple: une seconde star pour l’accompagner.

Alors que les fans des angelinos sont en liesse, au loin sonne le glas..

Lawrence Frank et son équipe viennent de réaliser un coup de maître: acquérir Paul George. Moyennant une énorme collection de tours de draft, Shai Gilgeous-Alexander et Danilo Gallinari, les Clippers ont réussi à complètement redessiner la NBA dans un rééquilibrage des forces qui laisse pantois. Les fans eux-mêmes croient halluciner.

Reste désormais, dans le feu de l’instant, à parler de tout ce que cela pourrait impliquer. Pour toute la ligue.

Les Clippers force majeure

Les Clippers ont forcé l’admiration de toute la NBA depuis 2 ans. Avec une pléthore de bons joueurs, ils ont réussi à monter une équipe compétitive, unie, adaptable et de toute évidence sans peur. Ce tour de force était récompensé de deux victoires face aux Golden State Warriors durant ce premier tour de Playoffs. Une élimination aux allures de victoire qui rendit certainement les fans plus fiers que jamais de leur équipe de cœur.

Néanmoins, l’objectif fixé avec l’arrivée du Logo en coulisse était tout autre : récupérer une ou plusieurs stars et faire des Clippers un prétendant au titre. En ce sens, l’appel du pied de Leonard l’été dernier était clairement un signe positif. Plutôt que de se jeter sur la demande de transfert du joueur et donner mille et une compensation à des Spurs désireux de sauver les meubles, la franchise jouait la carte de la patience et espérait profiter d’un travail d’assainissement des finances tout au long de la saison pour le signer l’été prochain. Cet été.

A l’aube d’une intersaison charnière, deux éléments venaient contrarier les plans de Jerry West : les Raptors venaient d’être sacrés champions NBA avec Kawhi Leonard en figure de proue tandis que les Lakers jetaient toutes leurs armes dans la bataille pour former un duo LeBron James – Anthony Davis. Le tout en gardant la marge pour signer The Klaw. De quoi faire passer les Clippers pour la dernière roue du carrosse aux yeux de tous.. Mais pas aux yeux du principal concerné, et finalement, ce matin du 6 juillet 2019, c’est bien chez les voiliers que Leonard vint poser ses valises.

Évidemment, pour ce faire, il fallait une star et disons-le tout de suite, si le Thunder est devenu la clé de cette association, ils auront vendu chèrement leur peau dans les négociations. On vous laisse apprécier :

  • Danilo Gallinari
  • Shaï Gilgeous-Alexander
  • 1er Tour de Draft Clippers 2022, 2024, 2026 sans protection
  • 1er Tour de Draft Miami 2021 (sans protection), 2023 (protection 1-14)
  • Possibilité d’échanger leur Tour de Draft avec celui des Clippers en 2023 et 2025

L’avenir des Clippers ne sera donc plus renforcé par la draft ou alors de manière très marginale. Tel est le prix à payer pour s’offrir deux stars dans la force de l’âge et effrayer toute la NBA. Cerise sur le gâteau: la majorité du roster qui a réalisé cette sublime saison 2018-2019 reste en place. L’intersaison commence à peine pour la franchise, et c’est d’ores-et-déjà cet effectif qui disponible :

Patrick Beverley – Landry Shamet – Paul George – Kawhi Leonard – Montrezl Harrell

Derrière ce beau monde, une multitude bonnes pioches : Lou Williams, Rodney McGruder, Ivica Zubac, Maurice Harkless, Jerome Robinson et ce alors, que JaMychal Green devrait revenir suite à ces doubles arrivées.

Cette équipe n’est pas parfaite, mais possède énormément de qualités qui devraient rapidement en faire un des favoris pour les fans et parieurs de la NBA. Versatilité défensive et offensive, spacing, stars dans leur prime et de nombreux joueurs capable de prendre feu en cas de besoin. Los Angeles a désormais deux forces majeures dans la même ville et les affrontements promettent d’être suivis avec une ferveur, peut-être, enfin trouvée.

Le Thunder abandonne ?

Sous l’apparente unité du duo Russell Westbrook – Paul George, il semble que la pomme de discorde ait été jetée depuis un petit moment déjà. Alors qu’on pensait le Thunder parti pour une troisième tentative dès l’an prochain, ils ont accepté d’engendrer un nouveau monstre en échangeant Paul George. Un choix dont les contreparties laissent pourtant des doutes sur la suite. Avec Westbrook en tête d’affiche, OKC semblait vouloir jouer crânement sa chance, même après le départ de Kevin Durant.

En récupérant Gilgeous-Alexander et Danilo Gallinari, la franchise s’offre deux très bons joueurs qui pourraient soutenir une saison avec de l’ambition. Pourtant, Sam Presti visait surtout l’obtention d’une légion de tours de draft dont les échéances courent de 2021 à 2026.. soit dans deux ans. En l’état, le Thunder n’obtient rien d’autre qu’une réduction du montant de la luxury tax d’environ 50% (60M à 30M environ). La suite s’annonce mouvementée pour les fans d’OKC…

Malgré un roster de qualité, il n’est pas à exclure que Sam Presti ait l’intention d’appuyer sur le bouton rouge et de reconstruire pierre par pierre. Auquel cas, qui sera menacé ? Est-ce que d’autres joueurs historiques prendront la porte ? Verra-t-on le nom de Russell Westbrook dans des rumeurs, voire même dans un échange ? Indéniablement, le coup de tonnerre (vous l’avez ?) qu’a été ce trade de Paul George a fait trembler la franchise jusque dans ses fondations. Personnellement, quelque chose me dit que la NBA n’est pas au bout de ses surprises alors que les principaux noms de la free agency sont désormais tous placés.

Toronto, la gloire et l’amertume

Autre grand perdant de cette matinée (française), le Canada. Dans une liesse sans précédent, l’ensemble du pays fêtait il y a quelques semaines un titre riche en émotion et en péripéties. Vainqueurs derrière un Kawhi Leonard flamboyant, Toronto se prenait à rêver d’un statut de favori pour réitérer l’exploit l’année prochaine. L’équipe était cimentée, l’engouement sans pareil et il eut suffit que The Klaw reste pour que toute l’équipe puisse défendre sa couronne.

Après une telle prise de risques de Masai Ujiri, il n’était guère étonnant de voir le choix de l’ailier scruté, ce dernier finissant traqué par des hélicoptères et des fans épris lors de sa visite des locaux. En quelques semaines de Playoffs, Kawhi était devenu l’enfant chéri de toute une nation, bien au-delà de la seule ville de Toronto.

Mais voilà. Comme tout le monde le savait à l’issue de la saison, tout était possible, notamment un revers. Le joueur avait accompli sa mission et pouvait partir sans trop de remords.. Chose dont il ne s’était d’ailleurs pas encombré pour quitter San Antonio. Résultat, son départ entraîne celui de Dany Green (vers les Lakers), laissant un trou béant dans le cœur des champions en titre. Toronto repartira défendre son titre les armes à la main, mais cette fois, il semblerait que l’issue de la bataille leur soit nettement moins favorable.

Dans ce marasme, existe-t-il une bonne nouvelle ?

A la fin de la saison, Kyle Lowry, Serge Ibaka et Marc Gasol seront en fin de contrat. La franchise aura au moins toute la flexibilité nécessaire pour reconstruire sur les ruines de la gloire de cette année. Ceci dit.. la NBA bouge vite. Très vite. Est-ce que le grand ménage pourrait commencer plus tôt que prévu ? Pas impossible.

Dans tous les cas, le champion en titre n’est plus en mesure de défendre son trône. Et c’est bien triste.

Lakers, dindons de la farce

On a rêvé de faste. On a rêvé d’un coup retentissant, l’un des plus grands dans l’histoire d’une franchise qui en compte déjà beaucoup. Les Lakers ont eu un rêve : rassembler trois des dix (cinq ?) meilleurs joueurs de la NBA dans une même équipe. Pour cela, ils ont échangé la quasi-totalité de leur effectif et fait de la place pour accueillir Kawhi Leonard.

La proposition était dingue. Los Angeles, le soleil, le business, un trio pour la légende dans la franchise la plus mythique de la NBA. Que demande le peuple ? Pas la même chose que Leonard, de toute évidence. Pourtant ce fut crié sur les toits, les Lakers étaient devenus les favoris. Oui, Masaï Ujiri avait fait forte impression. Mais l’ailier rêvait de Los Angeles. Les Clippers, eux, semblaient battus sur la ligne de départ.

Alors LA a pris le risque, et a regardé la free agency se dérouler sans bouger, conservant fermement ce pactole de 32M et des poussières pour offrir son matelas de billets au double MVP des finales. Sans sourciller, ils ont vu de précieux talents se diriger dans toutes les écuries concurrentes de la NBA. Puis la guillotine tomba. Kawhi Leonard arrivait à Los Angeles, oui, mais chez l’ennemi si souvent moqué.

Il est maintenant l’heure de s’activer, de tenter de récupérer ce qui peut l’être et de négocier au mieux. Mais restera très probablement une rancune à l’issue de ce choix de l’ailier. Alors que le duo James-Davis aurait pu être entouré pour optimiser le tandem, il va maintenant falloir faire avec les moyens du bord pour sauver un été qui aurait pu être idyllique. Danny Green a déjà ceint la tunique violine et or tandis que JaVale McGee vient de resigner. Tous les deux ont néanmoins pris des contrats de deux ans, prouvant qu’il n’est plus possible de se contenter de deal d’un an pour ré-attaquer l’été prochain de la même manière.

Quoi qu’il arrive, cet été aura un goût d’inachevé pour les fans de la franchise aux 16 bannières. Comme si Leonard leur avait tiré une balle dans le pied. Un jour, peut-être, écrirons nous, « Et si… ». Et si Kawhi avait donné une réponse le 1er juillet ? Et si les dirigeants avaient décidé de passer leur tour ? Refusé d’être pris en otage pour entourer James et Davis ? Cela ne restera qu’une hypothèse.

L’ère des duos !

Nous aurons donc un nouveau duo de stars : Paul George – Kawhi Leonard. Deux joueurs longtemps comparés pour leur statut de « two-way players ». Ils seront désormais à la lutte avec un autre duo : James-Davis.

L’enjeu ?

Le contrôle de la ville de Los Angeles. Un scénario typiquement Hollywoodien qui ne manquera pas d’être mis en avant par les médias. Mais lorsqu’on y pense, la NBA et l’Ouest a fortiori sont désormais menés par de nombreux tandems très identifiés. Si certains pourront être considérés comme inférieurs, toujours est-il qu’il y a de quoi trouver en ce point un espoir d’homogénéité, d’équilibre des forces retrouvé en NBA :

  • Leonard – George
  • James – Davis
  • Harden – Paul
  • Antetokoumpo – Middleton
  • Curry – Thompson
  • Simmons – Embiid
  • Jokic – Murray
  • Aldridge – DeRozan
  • Irving – Durant
  • Lillard – McCollum
  • Walker – Tatum
  • Doncic – Porzingis

Certains sont de véritables duos de stars, d’autres sont plutôt des axes majeurs. Bien sûr, tout cela est avant tout un argument marketing. Difficile de voir Golden State comme un duo avec Draymond Green comme argument majeur. Les Sixers sont bien plus qu’un simple tandem; Tatum n’est pas encore une star, tout comme Murray à Denver. Toujours est-il que les grands favoris ont reculé, tandis que d’autres forces montent en puissance.

Le rapport Est/Ouest à nouveau creusé

Dernier point et pas des moindres, le fossé Est-Ouest.

La conférence Est était déjà la moins dense des deux. De loin. S’il existait 5 équipes d’un très bon acabit l’an dernier, toujours est-il que la compétitivité n’était pas la même au sein de la conférence. Derrière les Bucks, Sixers, Raptors, Celtics et Pacers, on luttait pour un bilan autour des 50%. Un runing-gag sans fin depuis de trop longues années. Malheureusement, si le début de la free agency a vu les Nets et le Heat faire un bond en avant dans leurs projets, le reste des équipes de l’Est n’ont pas spécialement accru leurs chances de faire une grande saison. Pire, dans le même temps, le top 5 de l’Est, qui avait le mérite d’être compétitif et d’avoir 3 voire 4 sérieux prétendants au titre ont tous régressé ou au mieux stabilisé leur niveau. Toronto vient de s’effondrer, les Celtics ont remplacé Kyrie Irving mais perdu l’importantissime Al Horford, les Bucks ont laissé filer Malcolm Brogdon et Nikola Mirotic, tandis que les Sixers bricolé pour compenser les départs de Redick et Butler.

A l’inverse, la conférence Ouest continue de produire des projets capables de jouer le titre tout en abritant un nid de franchises prêtes à décoller dans les années à venir. Tout le monde ou presque semble s’être renforcé et seul le Thunder a chuté. Bien qu’il soit trop tôt pour tirer des conclusions, la donne n’a pas changé : les places seront très chères à l’Ouest, tandis que l’Est offrira sont lot d’équipes « négligeables » en Playoffs.

La Free Agency 2019 a livré l’essentiel des retournements de situations qu’elle pouvait offrir. Toutes les têtes d’affiche sont désormais placées. Kawhi Leonard aura prolongé le suspens alors que la bataille des chéquiers a fait rage dès les premières heures. La NBA ressort probablement plus dense et incertaine qu’elle ne l’a été durant ces 4 dernières saisons. Une victoire pour l’essentiel des fans, alors que quelques équipes devront panser les plaies d’un été douloureux. Le bouquet final nous aura en tout cas offert un réveil en fanfare : Kawhi Leonard et Paul George évolueront désormais chez les Los Angeles Clippers.

To be continued…