JÉRÉMY PEGLION  /  FONDATEUR QI BASKET

Il y a quelques jours, au sortir d’une défaite embarrassante de ses Clippers, Chris Paul déclarait « si nous étions prêts maintenant, nous serions en forme trop tôt ». Pour certains, cette formulation peut passer pour de la langue de bois dans l’optique de ne pas s’attarder sur un problème latent, pour d’autres pour un manque de compétitivité de la part du meneur. En réalité, on peut trouver un tas de justifications en tout genres pour discréditer sa déclaration, et dans certains cas nous pourrions avoir raison. Pourtant, je vais choisir de la prendre au pied de la lettre, car il y a je le pense une réalité certaine qu’il pointe là.

Et si cette vision peut marcher pour toutes ces équipes, dont on attend plus en post-saison que ce qu’elles produisent à ce jour : Clippers, Raptors, Warriors, Cavaliers – il y a aussi le cas inverse qui est en soit, plus décevant. En effet, certaines équipes réalisent une seconde partie de saison absolument foudroyante, et on peut légitimement s’interroger dans le cas d’une équipe comme les Wizards que rien ne semble pouvoir arrêter, s’ils ne sont pas en surrégime trop tôt dans leur saison, comme on a déjà pu voir certaines équipes s’effondrer par le passé.

Lorsque l’on regarde la franchise, et que l’on connaît Washington, cette saison à plusieurs choses qui sautent aux yeux. Tout d’abord, nous n’avons pas été habitués à voir cette équipe carburer avec autant de régularité et aussi durablement les saisons passées, ce qui peut légitimement inquiéter quant à leur capacité à maintenir l’effort jusqu’au bout de l’exercice, tout en étant parfaitement frais pour la post-saison. Parce que ces dernières années, si l’on excepte un exercice passé en guise d’anomalie, cette équipe a toujours répondue présente pour les joutes de fin de saison, créant plusieurs surprises et faisant douter certains favoris. Mais si l’on se souvient bien également, leurs saisons ont souvent été gênées, écourtées, voire pourries (si l’on revient à l’an dernier) par une tendance certaine aux blessures, et n’ont jamais été portées par des temps forts aussi importants que ce à quoi l’on assiste depuis début 2017.

Mais avant de nous attarder sur le cas Wizards, basons nous sur l’expérience. En dépit d’une superbe saison, est-ce qu’il est fréquent de voir des équipes autour des 63% de victoires ou plus, perdre dès le premier tour ?

Bien. L’an dernier, seules 5 équipes avaient un bilan de cet acabit. Une seule a chuté… Les Clippers, battus principalement en raison d’une avalanche de blessures. Si l’on regarde encore la saison précédente, 8 équipes étaient au dessus des 63% (dont 6 à l’ouest). Aucunes n’ont chuté sans être opposées à une autre équipe avec un % élevé. On peut donc en conclure que les Wizards sont bien partis pour faire au moins une demi-finale de conférence ? A priori, si les blessures les épargnent, ils seront de véritables favoris, on peut aussi se pencher, sur des équipes qui ont réalisé des bouts de saisons tonitruants, avant de balbutier leur basket, on peut se pencher sur le cas des Pacers 2014 ou des Hawks 2015. Ces 2 équipes ont en effet dominé la ligue, avant de vivre une post-saison compliquée. Mais là encore, elles se sont hissées en finale de conférence, en dépit d’un jeu informe comparé à ce qu’elles produisaient quelques semaines auparavant. A vrai dire, l’autre point qui peut rassurer les fans de Washington, c’est que les 2 équipes susmentionnées avaient démarrées leurs saisons respectives pieds au plancher, avant de se ramollir en seconde partie d’exercice – là où – les Wizards étaient absolument catastrophiques début 2016.

Autrement dit, dans un passé proche, nous avons vu peu d’équipes qui déroulaient durant la saison, vraiment s’écrouler contre des équipes plus faibles. L’exemple « récent » de contre-performance historique étant les Mavericks (81,7%), qui en 2007 tombent au premier tour contre des Warriors (51,2%) 8eme, en étant amenés par un Dirk sur le point d’être sacré MVP.

Nous voilà donc rassurés ? Regardons de plus prêt l’effectif. Si l’on souhaite aller loin en post-saison, il est souvent primordial d’avoir une second-unit capable de prendre le relais des stars, pour laisser souffler, mais aussi pour se permettre des largesses sur la gestion du jeu. Parce que oui, les Spurs de Popovich ont désormais lancé une mode : reposer ses cadres en vu des Playoffs. Si ce fut d’abord un épiphénomène relatif à San Antonio, nous ne sommes pas sans remarquer que les derniers finalistes et champions ont tous adopté ce processus, petit à petit depuis le dernier sacre des Spurs (justement) : Golden State, Cleveland en tête. Arriver en ordre de marche est donc primordial, quitte parfois à lâcher une ou deux places au classement.

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Justement où en est le temps de jeu des Wizards ? A l’heure actuelle, le 5 de départ affiche entre 65 & 69 matchs joués chacun. John Wall et Bradley Beal ont démarrés 67 et 65 matchs, respectivement pour 37 et 35 minutes de jeu par match. Autrement dit, pas de repos sans raisons valables pour les cadres de l’équipe, et un temps de jeu relativement important pour les stars. Pourtant, dans les faits, si leur banc est encore statistiquement un des pires de la ligue en minutes jouées (29eme), points inscrits (29eme) et différentiel (30eme), il n’en reste pas moins de plus en plus efficace. Si Marcin Gortat clamait haut et fort en début de saison que son équipe possédait « la pire second-unit de la ligue », force est de constater que cette seconde force set met au diapason. Encore plus depuis les arrivées successives d’un Bojan Bogdanovic saignant, et d’un Brandon Jennings qui peut faire un précieux back-up à John Wall. D’ailleurs, si l’on prend les 10 derniers matchs, le banc remonte alors aux 27eme, 24eme et 19eme places des catégories précitées. Pas encore de quoi en faire l’élite de la ligue, mais honorable compte tenu du temps de jeu moyen accordé.

Toutefois, un problème réside. Avec Scott Brooks fraîchement débarqué l’été dernier, l’équipe a opté pour un coach à même de cadrer les jeunes, de les pousser à exploiter leur potentiel, mais à propos de qui, un certains nombres de doutes subsistent. Tout d’abord, ses capacités tactiques ont toujours laissées à désirer, et il n’a jamais vraiment su instauré un jeu collectif lors de ses années au Thunder. Une absence de fond de jeu compensée par le niveau stratosphérique de ses stars (Westbrook, Durant, Harden…), mais qui coûtait parfois cher en Playoffs. En outre, nous l’avons souvent vu inapte à laisser du repos à ses joueurs phares, et Kevin Durant notamment, avait semblé complètement épuisé l’année de son sacre de MVP. Des reproches que l’on pouvait certes attribuer à l’ancien pensionnaire, Randy Wittman, mais dont les ajustements en post-saison étaient en revanche, eux, tout à fait honorables.

En somme, avec seulement 13 matchs à jouer pour atteindre les 82, les Wizards semblent finalement être dans de bonnes conditions pour réussir leur post-saison. Bien sûr, « réussir » dépendra des attentes du Front-Office. Certes, ils ont un coup à jouer, mais ils semblent en l’état difficilement capables de faire trembler les Cavaliers de LeBron James. On peut imaginer qu’une bonne conclusion pour eux, serait de faire mieux que les autres prétendants à une finale de conférence : Raports, Celtics, Hawks et dans une moindre mesure, Pacers. Avant cela, il faudra certainement continuer à se battre pour une place de second, à en croire la stratégie de la franchise, et espérer que tout le monde – et particulière leur duo Wall/Beal reste en forme. Il est temps pour la capitale de franchir un cap.