En revenant au coaching, et en prenant également la main sur les opérations basket de la franchise des Wolves, désormais gorgée de talents, la liesse fut générale pour l’ex-gourou des Chicago Bulls. Les prédictions de gloire, de victoires s’amoncelaient dans ses nouveaux quartiers à Minnesota. Personne ne pourrait l’empêcher de transformer ces louveteaux, encore tendres, mais ô combien talentueux, en machine à gagner. En les disciplinant, en leur apprenant son art favori, la défense, il en ferait des loups. Et lui, au sommet, dépositaire du coaching, mais désormais affirmé comme un membre chevronné du staff, il ne serait plus mis à défaut par une bande de bureaucrate obsédé par l’argent. En négociant son arrivée, il faisait en sorte d’entrer par la grande porte, celle dont on l’avait privé lors de son départ forcé de Chicago. Oui, en ces nouvelles terres, coach Thibodeau était roi.

Mais pas le temps de bavasser, pas le temps de s’extasier ou de s’autocongratuler. S’il est arrivé jusqu’ici, si on lui a fait confiance, c’est parce que ses mots d’ordres sont bien connus : travail et discipline. Et du travail et de la discipline, c’est ce qu’il allait inculquer à la jeune bande de superstar en herbe. Que ce soit Zach LaVine, Andrew Wiggins ou Karl Anthony Towns, il allait les prendre en main, et à la fin de l’année 2017, il les ferait passer de jeunes talents à danger de premier plan. Avec eux, ici à Minnesota, il recréerait une force de frappe qui inquièterait les meilleures équipes de la ligue, de ses role players, il ferait des alliés, des exemples, des relais. Comme au bon vieux temps, comme à Chicago, il trouverait des hommes de main, des soldats, des talents et des durs au mal. Il recréerait cette alchimie qui le liait à ses hommes, avec eux il parlerait, il saurait reconstituer un cour, faite d’hommes de confiance, de joueurs de devoir. Au milieu, ses 3 jeunes seraient les joyaux de son équipe, et comme Derrick Rose en son temps, ils profiteraient de la légion qu’il leur aurait forgé.

C’est ainsi qu’arriva Tom, c’est ainsi qu’il voyait son projet. Mais aussi vrai qu’une première fois quelle qu’elle soit est toujours précieuse, cette nouvelle expérience n’a pas commencée comme il l’espérait. Malgré du talent à revendre, les victoires escomptées ont tardé à pointer leur nez. Malgré les efforts, malgré l’abnégation qu’il voulait instiller, les jeunes se laissaient souvent dépasser, incapables de gagner leurs batailles. Ils dominaient des engagements, oui, et souvent même – mais à la fin, ils défaillaient. Parfois trop timorés, parfois trop peu consistants, parfois trop sûrs d’eux. Autour de son trio, pas assez de soldats, pas assez de dureté. Et il avait beau exécré cela, il avait beau chercher à les guider, à les endurcir, l’histoire se répétait. Bien sûr, les équipes alentours étant plus faibles que par le passé à l’Ouest, ils purent conserver l’espoir. Arrivé un moment de l’année, il montrèrent les crocs. La bave aux lèvres, enfin, ils arrachaient des victoires. Il entrevit alors du mieux, et il fit tout pour les pousser. Mais on ne se débarrasse pas comme cela de ses faiblesses, on ne les masque par du jour au lendemain, et plus vous poussez, plus vous risquez de vous exposer à un moment ou à un autre. Et ce temps vint, et ils échouèrent. Parmi les moins bonnes écuries de la ligue, ils n’avaient pas fait de ses jeunes, des loups.

Dans sa déception, un voile passa devant ses yeux. Le sentiment qu’il recherchait à la tête d’une équipe, laissait place à un goût amer. Il était désorienté, et plus ce sentiment tournait dans son esprit, plus il laissait un autre ressenti grandir : la nostalgie. En y repensant bien, ses taureaux n’étaient pas plus talentueux que les gars qu’il avait aujourd’hui. Mais ils avaient des différences fondamentales. Ils possédaient un feu qui tardait à s’exprimer dans sa jeune meute. Il craignait de ne pouvoir leur inculquer assis depuis son banc, s’agitant derrière sa ligne de touche. Il commença à douter. « Est-ce que Rubio est bien l’homme qui me faut ? Est-ce que Zach est assez dur ? Est-ce que Dunn peut vraiment progresser ? Comment puis-je changer cela ? » Bien sûr, il se doutait que Rome ne se construirait pas en un jour pour lui. Il savait à son arrivée que des améliorations seraient à faire, et il s’était arrangé pour avoir assez de pouvoir en ces lieux pour le faire par lui-même, sans entraves majeures pour le détourner de sa course. Plus il revoyait les hommes à sa disposition, et plus il se prenait à revoir ses plans. Et si finalement, son départ de Chicago n’était pas une fin en soi ? Et si certains de ses anciens guerriers, n’avaient pas accomplis la fin de leur route à ses côtés ? Peut-être que finalement, il restait un chapitre inachevé ? Ce qu’il avait construit à l’époque, ne serait en fin de compte que la base même de son futur empire. Il avait construit là bas une véritable légion d’hommes de confiance, et le talent avait fait défaut. Ici, il possédait le potentiel… En fusionnant les 2, il aurait ce qui lui manquait. Il aurait ses relais, des gars qui pourraient montrer par l’exemple ce qu’il souhaitait transmettre.

Oui, c’était ça. Alors il briqua son plan pour être prêt pour son été 2017. Il n’était certainement pas trop tard pour transformer sa jeune meute, et en ramenant ses plus fidèles guerriers, il franchirait un nouveau cap dans sa stratégie. Ainsi commença-t-il son été, quitte à sacrifier certains d’entre eux. Le 26 juin, Jimmy Butler débarque dans le Minnesota. Le 2 juillet, ce fut le tour de Taj Gibson. Ricky Rubio laissait place à Jeff Teague, qu’il pensait plus adapté à ses besoins. L’été serait long, et il espérait que cette fois, la liesse de l’année passée serait justifiée. L’heure de viser les sommets est arrivée.