La reprise NBA a été marquée par un affrontement, nouvelle preuve d’une évolution certaine de la NBA. Exit tous les grands, la bataille finale s’est jouée entre des meneurs et une légion d’ailiers. Pourtant, on ne parle pas de 2 incomplètes qui se tapent sous une avalanche de blessures. On parle d’un favori pour le titre et d’un de ses concurrents les plus attendus. Autrement dit, ce à quoi nous avons assisté, n’est pas une situation forcée, mais le résultat d’une évolution du jeu. Si certains approuveront ce basket basé sur le spacing et la mobilité, d’autres y verront une atteinte à l’image du basket et à l’importance des postes. Toujours est-il, que cette tendance laisse en suspens une question : est-ce la fin des big men ? Et plus généralement, est-ce que la taille a encore tant d’importance ?

Si la première question est déjà un choc, la seconde l’est encore plus dans un sport qui a toujours été considéré comme l’apanage des géants, et pour la NBA qui a connu de longues ères de domination sous l’égide de joueurs de 2m10 et plus qui portaient des équipes, bien ancrés dans la raquette. Mais il fallait bien contrer ces équipes qui vous brisaient en entassant des colosses, et le spacing allant de plus en plus loin, la domination des Warriors opérant avec ce basket de courses et de shoot longue distance, voici que la NBA est un produit nouveau remettant en cause la nécessité de posséder une panoplie de géants. Alors, on creuse ça ensemble ?

L’évolution des postes

On le remarque désormais depuis quelques années, la NBA a vu ses 5 postes remis en cause. Le découpage Meneur – Arrière – Ailier – Ailier Fort – Pivot a évolué.

Dans un premier temps, les meneurs-distributeurs ont évolué vers des statuts de meneurs capables de scorer, et a donc poussé le poste à changer généralisant l’apparition de combo-guard. Ce terme défini des joueurs hybrides entre le meneur (celui qui gère le jeu) et l’arrière, qui avait pour vocation d’être un shooteur, un scoreur. Peu à peu, les meneurs scorant de plus en plus, des arrières bons manieurs de ballon sont devenus meneurs (ou ont du incorporer certaines de leurs qualités, tout du moins), rendant le poste plus pauvre, avec des joueurs comme James Harden mutant rapidement vers le rôle de point guard. Au pire, ils doivent être capables de créer également tant il est devenu capital d’avoir 2 à 3 joueur sur les 5 à même de produire du jeu. C’est à dire être à même de forcer des décalages pour eux ou leurs coéquipiers. Résultat, là ou il y avait 2 statuts bien marqués, il y a désormais des équipes qui peuvent évoluer avec 2 meneurs, au sens où on l’entend aujourd’hui : donc des combo-guards.

Un peu plus tard, c’est le poste d’ailier fort qui a été modifié. Si au début des années 2010 il y avait encore une masse d’ailiers forts classiques, ils avaient tout de même de plus en plus besoin d’être capable de s’écarter pour continuer à garder leur influence sur le jeu. Si un tir à 3 pts était un luxe, il fallait au moins avoir un jeu à mi-distance solide. L’importance du spacing était bien là, la mobilité était aussi plus importante qu’à l’époque où la paire Tim Duncan et David Robinson représentait une peinture idéale. Mais depuis peu, il devient fréquent de voir des ailiers forts grands jouer les pivots en intérim, tandis que des ailiers surdimensionnés deviennent des ailiers forts, ou plutôt, cohabitent avec d’autres ailiers. S’il est faux de dire que la NBA s’accélère comme jamais elle ne l’a fait, et qu’éliminer les postes est une aberration, n’oublions tout de même pas que le jeu des années 80 était marqué par un jeu très rapide et beaucoup de points. N’omettons pas que si un tir longue distance était un luxe au début des années 2010, il est devenu maintenant quasiment indispensable. On voit de plus en plus de big men s’écarter également (DeMarcus Cousins, Anthony Davis, Marc Gasol pour ne citer qu’eux).

Bref, le jeu a changé, les postes ont changé.

Et ce n’est pas tout, puisque ces changements ont commencé à partiellement modifier la vision que les GMs et coachs avaient d’un roster équilibré. Le temps où il fallait des spécialistes à chaque poste (soit 5 postes) arrive tranquillement à son crépuscule. Et pour expliquer la nouvelle vision, quoi de mieux que de citer certains des coachs les plus respectés de la ligue ?

Brad Stevens :

« Je ne considère plus qu’il y a cinq postes. Je pense qu’on peut simplifier les choses en trois postes désormais : le porteur de balle, l’ailier et l’intérieur. C’est très important. Les joueurs sont devenus plus polyvalents avec l’évolution du jeu. »

Erik Spoelstra :

« Vous nous connaissez, on se fiche des postes », ajoute Erik Spoelstra . « On se fiche des rangements conventionnels. On pourrait tout à fait faire jouer cinq gars de plus de 2m06 sur certaines séquences, sans meneur pour obliger l’adversaire à s’adapter. Il faut avoir cette capacité, disposer de différentes palettes de talents. »

Alors, de quoi dire que les grands n’ont plus leur place ?

Les standards de taille en NBA, c’est quoi ?

Il convient dans un premier temps de connaître, en gros, ce que sont les standards de taille sur les 5 postes ancestraux, à ce jour.

Taille moyenne des meneurs en 2016 = 189cm

Taille moyenne des arrières en 2016 = 198cm

Taille moyenne des ailiers en 2016 = 204cm

Taille moyenne des ailiers fort en 2016 = 209cm

Taille moyenne des pivots en 2016 = 211cm

La taille moyenne d’un 5 NBA serait donc = 202cm

Voilà donc un repère de ce que vous devez posséder sur le terrain pour entrer dans les standards. Sachant cela, quelles équipes jouent petit/grand, et quel succès ces rosters ont-ils… ?

La taille en NBA, ça donne quoi… ?

Pour essayer de juger de comment se joue le basket, avec quelle taille à disposition, il s’agit d’étudier les line-ups qui fonctionnent. Comme il est trop tôt pour juger avec la saison en cours, les échantillons étant trop faibles pour avoir des statistiques représentatives, j’ai étudié celles de l’année 2016/2017. Voici quelques remarques, mais avant, entendons-nous sur quelques clichés fondés qui vont expliquer ce qui va suivre : les petits sont plus souvent de bons shooteurs, plus souvent plus rapides dans leurs courses de déplacement. Les grands sont plus souvent dissuasifs défensivement, mais moins mobiles.

La taille des line-ups et efficacité offensive/defensive

Lorsqu’on se penche sur les line-ups les plus utilisées l’an passé, on remarque qu’avoir beaucoup de taille rend souvent moins efficace offensivement. Dans cette NBA d’athlètes amateurs des courses et du tir, aligner beaucoup de taille fait souvent mal à votre offensive rating. Quelques exemples ?

Le 5 Reggie Jackson – Kentavious-Cadwell Pope – Marcus Morris – John Leuer – Andre Drummond affiche 102,8ptspour 100 possessions seulement.

Le 5 Derrick Rose – Courtney Lee – Carmelo Anthony – Kritstaps Porzingis – Joackim Noah affiche 106,3pts pour 100 possessions seulement.

Le 5 Matthew Dellavedova – Tony Snell – Giannis Antetokoumpo – Jabari Parker – John Henson affiche un faible 105,2 pour 100 possessions.

A l’inverse ?

Le 5 small ball des Warriors Stephen Curry – Klay Thompson – Andre Iguodala – Kevin Durant – Draymond Green pèse 122,8pts par match pour 100 possessions.

Le 5 small ball des Wizards John Wall – Bradley Beal – Kelly Oubre Jr – Otto Porter Jr – Marcin Gortat pèse 117,9pts par match pour 100 possessions

On continue ?! Hé bien non, on ne continue pas. Parce que tout cela n’a au final, et après une étude de de 250 line-ups, aucun sens. Vous avez bien entendu, on n’arrive pas à faire ce travail en trouvant une règle établie. Et pas uniquement parce que les équipes ont des niveaux différents, et que cela influence grandement ce que l’on observe, non. C’est parce que la différence ne se fait pas sur la taille, mais sur les qualités des joueurs. Il en va évidement de même pour la défense.

Défonçons quelques clichés

On nous dit par exemple que les Warriors jouent petit, et que c’est pour ça qu’ils dominent. Premier détail, avoir un ailier de 2m13 en la personne de Kevin Durant change complètement la donne. En prenant la saison passée, on remarque par exemple que le 5 le plus destructeur (+31,1pts de moyenne infligé aux adversaires) est constitué de Curry, Klay Thompson, Kevin Durant et McGee tous supérieurs en taille à la moyenne du poste et de Draymond Green, seul joueur sous-taillé. Pourtant, c’est un 5 qui joue vite et attaque très fort. La taille moyenne ? 204,5cm.

A Milwaukee, c’est également un 5 de grande taille qui attaque le plus fort avec Jason Terry, Malcolm Brogdon, Giannis Antetokoumpo, Mirza Teletovic et Greg Monroe. Là encore le net rating est énorme (+37), avec une attaque dominante et une défense énorme. Taille moyenne ? 202,8cm.

Vous trouverez ci-dessous d’autres 5 dominants :

On remarque tout de même que la plupart sont composés de plusieurs grands. Mais le maître mot de la majorité d’entre eux, est souvent la mobilité. En effet, lorsqu’on regarde, ce qui permet à ces 5 de bien fonctionner, c’est d’avoir un intérieur dissuasif, mais surtout un ailier de grande taille, athlétique et mobile. Le maître mot en NBA aujourd’hui, ce n’est finalement pas la taille, elle est un atout, mais c’est surtout la mobilité permettant de switcher sur plusieurs positions en défense, mais également de tourmenter l’adversaire en attaque en imposant du rythme, et de préférence en étant capable de créer du spacing. Le small ball est en vérité une arme surcotée, si elle n’est pas portée par un roster capable d’encaisser défensivement son déficit de taille. De même évidemment, aligner deux intérieurs imposants mais très lents est une véritable catastrophe.

 

Des compositions idéales et à éviter ?

Le 5 équilibré

L’étude du premier tableau et d’autres line-up que vous pouvez trouver ici, si vous souhaitez approfondir, m’amène à penser que la formule de Brad Stevens selon laquelle il y a un meneur des ailiers et un pivot, est soit une exagération, soit une erreur.

Il faut en effet, qu’il y ait un porteur de ballon, de préférence capable de dégainer à longue distance. On le voit avec les présences de Patty Mills, Kyle Lowy, Kyrie Irving, Stephen Curry, Malcolm Brogdon ou encore Dennis Schroëder. Dante Exum faisant office d’exception.

On remarque également qu’avoir un véritable arrière, au sens bien anglais de shooting guard est bien plus efficace qu’un ailier polyvalent. La tendance pourrait peut être changer, mais il semblerait que des Khris Middleton, Danny Green, Rodney Hood, Manu Ginobili, Tim Hardaway Jr soient très utiles, même s’ils ne sont jamais les meilleurs joueurs dans ces rotations. De même, on a confirmation qu’un pivot de métier reste capital, en témoignent ces 5 qui possèdent tous à l’exception du premier de Cleveland (et qui a peu joué), un véritable pivot de formation.

Enfin, viennent les ailiers. On remarque qu’il y a encore beaucoup d’ailier forts à la mode qu’on décrivait au début des années 2010, sur le plan offensif. C’est à dire qu’ils peuvent s’écarter, mais qui sont en revanche assez mobiles en défense. Pas de Karl Malone de nos jours. L’autre set up, c’est effectivement d’avoir 2 ailiers pour jouer 3 et 4. La plupart du temps avec un ailier plus grand que la moyenne à son poste. On remarque également, que très souvent, les équipes dominantes ont pour meilleur joueur leur ailier : Kevin Durant, Kawhi Leonard, LeBron James, Giannis Antetokoumpo ou encore Gordon Hayward sont souvent les leaders offensifs de ces 5.

La formule serait donc :

Meneur shooteur + Arrière + FP sur-taillé + Ailier + Pivot défensif

A noter que posséder un 5 mobile latéralement, c’est à dire capable de défendre sur des extérieurs plus mobiles, à la manière de Joël Embiid ou Steven Adams, est une denrée encore plus précieuse et rare.

 

Les désastres

Voici un tableau des pires naufrages qu’a connu la NBA en termes de 5.

On remarque comme susmentionné qu’avoir 2 pivots en même temps est toujours synonyme d’éclats monstrueux, et ce, des 2 côtés du terrain. De même, on remarque que tenter de jouer sans meneur de métier est souvent désastreux, comme en témoigne par exemple le 5 de Toronto, qui sans manieur de ballon ne fonctionne pas offensivement. Si on extrapole, Denver nous prouve avec son 5 (dernière position) que pouvoir faire du spacing n’est pas payant si le meneur ne peut pas y participer, et que le pivot ne lui laisse pas le chemin vers le panier.

La tentative de jeux à base de combo guard est aussi compliquée, le manque de taille est souvent dévastateur en défense, même avec un pivot comme Hassan Whiteside, pourtant idéal pour un bon 5. Surtout quand aucun meneur de métier ne se trouve sur le terrain, le partage de balle est aussi complexe offensivement.

En continuant, on remarque d’autres évidences : ne pas faire jouer un meneur sous-taillé (Isaiah Thomas, Tyler Ullis) sans un défenseur d’élite à ses côtés. Ne pas faire cohabiter des combo guards sans un bon tir à 3 pts avec de véritables meneurs (Monta Ellis est un véritable casse-tête pour les coachs), jouer sans shooteur à la façon des Bulls l’an passé est souvent un problème insoluble, tout comme la faible densité athlétique peut vite devenir une tannée, les Mavericks en font déjà l’expérience en ce début de saison, avec une réserve bien trop faible.

Résumé : Jamais 2 pivots ensemble. Jamais plus de 2 combo-guards. Les meneurs sans shoot sont de moins en moins valuables (sauf si l’équipe est faite pour eux). Il faut du spacing. Il faut des athlètes. Les meneurs de très petite taille doivent être bien entourés. En somme, pas mal d’évidences pas toujours intégrées par les coachs et/ou GMs.

Dernier point notable

Au cours de la rédaction de cet article, un graphique m’a tout de même beaucoup attiré. Celui-ci, a d’ailleurs à l’origine été le déclencheur de celui-ci. Ce graphique, met en avant que des line-ups composées de joueurs de tailles très proches sont en général beaucoup plus efficaces. En somme, plus le joueur le plus petit, et le joueur le plus grand sur le terrain sont proches (donc plus l’écart-type est faible) en taille, et plus l’équipe va avoir tendance à être très efficace défensivement. Évidemment, ces données se basent sur l’an passé, et démontrent un écart flagrant entre les Warriors, qui comme susmentionné, sont qualifiés d’équipe small ball plus en raison de leur capacité à courir et shooter, que pour leur taille (qui est en réalité élevée) et les Celtics avec leur back-court IT/Smart de petite taille qui souffrait énormément en défense, malgré la présence de bons défenseurs (dont Smart fait parti) à leurs côtés. On pourrait ajouter Tyler Ullis, même si les Suns ont présenté une défense ridicule toute la saison, tous 5 confondus. Celles avec le meneur de poche ont néanmoins, comme le prouve le graphique, été les pires.

 

En somme, la taille est toujours important en NBA, dans la mesure où on cherchera toujours des joueurs capables de pénétrer et dominer par leur taille, et de gêner l’adversaire en défense. Sauf qu’il ne faut pas chercher midi à quatorze heure, le vrai étalon de la NBA est le talent, donc plus le joueur est grand et complet, plus il est intéressant. Nous sommes à l’heure des grands mobiles, particulièrement sur les ailes avec Kevin Durant comme premier prototype – désormais rejoint par Giannis Antetokoumpo, Ben Simmons, Brandon Ingram, ou très récemment Jonathan Isaac. Ce n’est pas pour rien que ces joueurs, même inaboutis s’arrachent, car le constat établi plutôt, doit résonner dans quelques têtes en NBA. On finira là dessus, la formule 2016/2017… :

Meneur shooteur + Arrière + Ailier FP sur-taillé + Ailier + Pivot défensif (mobile latéralement si possible)