article écrit avant la rencontre du 02 au 03/11/2017

J’avais proposé, suite au début de saison en fanfare des Los Angeles Lakers l’année dernière, un état des lieux de ce qui fonctionnait et de ce qui était largement perfectible des deux côtés du terrain. L’optimisme engagé fut cruellement balayé par la réalité d’une équipe probablement en surchauffe et qui n’avait réussi pas à se remettre, mentalement notamment, des blessures à répétition du mois de décembre. Chat échaudé devrait craindre l’eau froide, mais je ne résiste pas à la tentation de renouveler l’exercice alors que les Lakers affichent après sept matchs un bilan négatif (3-4).

Tout a été dit ou presque sur l’intersaison mouvementée à LA. Magic et Pelinka ont lancé les grandes manœuvres en visant le homerun à la Free Agency 2018, et ont fait le pari Lonzo Ball pour relancer une énième itération du Lake Show sur fond de fast pace. Depuis le mois de juillet, les fans sont passés par tous les états émotionnels. Le trade de Russell a donné la nausée à plus d’un sans que l’arrivée quasi-inespérée de Caldwell-Pope n’en efface complètement l’arrière-goût rance. Le vrai rayon de soleil est venu de Las Vegas où, malgré des débuts poussifs, l’équipe joueuse et shooteuse à souhait, s’adjuge le titre final. Lonzo MVP de la Summer League, Kyle Kuzma MVP des Finals, l’enthousiasme était à son comble. Et si les prémonitions de play-offs du père Lavar allaient se réaliser ? Puis vint la pré-saison qui doucha les ardeurs de toute une communauté. Les Lakers ont eu la bonne idée de ne rien programmer contre les Warriors, mais cela ne les a pas empêché de se prendre de belles gifles contre les Wolves, les Nuggets (deux fois) et le Jazz. Et vu l’allure des victoires faméliques contre les Kings, puis contre l’équipe C des Clippers, pas de quoi pavoiser. Une défense aux abonnés absents, une attaque en berne, un young core qui tire la langue, voilà qui n’annonçait rien de bon pour la saison régulière.

La branlée inaugurale contre les Clippers se situait parfaitement dans la continuité. S’ensuit une victoire contre des Suns en perdition (défensive), une défaite contre les Pelicans, une victoire de prestige contre les Wizards, deux défaites face aux Raptors et au Jazz et une belle victoire face à des Pistons qui avaient corrigé un peu plus tôt Clippers et Warriors (excusez du peu). Pas de quoi grimper au rideau, mais pas de quoi rougir non plus, puisqu’à l’exception du premier match, les Lakers ont toujours su rester dans les rencontres, en ne cédant que dans les dernières minutes face à plus fort qu’eux. Sept matchs, c’est certes peu pour se faire une idée de comment tournent réellement ces Lakers, mais l’échantillon reste assez représentatif dans ce qui a changé par rapport à l’an passé. Voilà donc le moment de ressortir les statistiques[1], avancées de préférence.

  Valeur Rang Valeur max Valeur min Valeur 2016/2017 Rang 2016/2017
Defensive Rating 100 6ème 95,1 111,3 110,6 30ème
Rebond % 49,8 18ème 53,9 45,8 49,5 21ème
Points concédés après turnover 22,1 28ème 11,3 22,7 18 27ème
Points concédés dans la raquette 50,3 27ème 36,8 52,8 47,4 28ème
Opp 3pt % 33,8 7ème 28,6 41,8 37 26ème
Opp Fg % 45,3 13ème 41,1 50,8 48,3 30ème
Turnovers provoqués 16,9 7ème 19 11,7 14,5 11ème

Commençons par LE gros point d’amélioration constaté cette saison : la défense. Et oui mesdames et messieurs, les Lakers défendent, et plutôt bien. 6ème au def rtg, ça doit faire depuis le dernier titre NBA en 2010 qu’ils ne sont pas aussi hauts dans cette catégorie. Si l’on décortique ces quelques chiffres, on se rend compte de deux choses : les Lakers concèdent beaucoup trop de points après les pertes de balle, ce qui influe très certainement sur le nombre, là encore trop élevé, de points encaissés dans la raquette, et sur le FG% de leurs adversaires (seulement 13ème de la ligue). « Defense leading to offense » aiment clamer les commentateurs d’Outre-Atlantique, mais dans le cas des Lakers « offfense leading to defense » est une des axes d’amélioration. Le corollaire de ce point faible, c’est évidemment la très bonne tenue défensive sur demi-terrain en général, et au périmètre en particulier. En tenant leurs adversaires à 33,8% à 3 pts, cela montre que les efforts consentis en la matière depuis l’année dernière sont conséquents. Sur ce point, il faut évidemment créditer notre recours à des line-ups small ball avec Randle en pivot accompagné de Kuzma. Leur capacité à permuter sur les écrans limite considérablement la vulnérabilité à 3 pts et impose aux arrières adverses de prendre des tirs parfois très compliqués (John Wall se souviendra longtemps de sa soirée au Staples). D’une manière générale c’est d’ailleurs le banc, emmené par ce duo d’intérieurs, qui s’est montré le plus capable d’enchaîner les stops spectaculaires, comme l’atteste le come-back contre les Wizards. Ce n’est pas pour rien que le rugueux et volontaire Josh Hart s’est taillé une belle part dans la rotation grâce à ses efforts et à sa capacité à annihiler les match-up défavorables après la permutation sur Pick and Roll. Ceci dit, on ne devrait pas trop dénigrer le travail des titulaires en défense. Certes, Lonzo Ball reste friable sur Pick and Roll, surtout quand il doit composer avec Lopez ou Bogut qui accentuent la vulnérabilité sur le drive ou le midrange. Néanmoins le cinq de départ, de loin le line-up le plus utilisé cette année, affiche un def rtg de 98,9, ce qui reste plus que correct. KCP, Ingram et Nance, mais aussi Ball et Lopez font montre d’une belle discipline collective, notamment en contestant les lignes de passe, ce qui se traduit par une belle position quant aux turnovers provoqués. Il est difficile de se prononcer sur la solidité réelle de cet édifice, mais il est certain que c’est sur ce socle que se sont construites les victoires des Lakers à la différence de l’euphorie offensive qui caractérisait les succès de l’an passé.

  Valeur Rang Valeur max Valeur min Valeur 2016/2017 Rang 2016/2017
Offensive Rating 97,1 28ème 118,7 90,6 103,4 24ème
PACE 104,95 4ème 108,5 96,87 100,8 6ème
TS% 53 26ème 63,8 48,2 53,7 25ème
To% 17,3 3ème 13,4 18,6 15 27ème
Assist % 58,2 12ème 69,4 47,6 53,2 26ème
Tentatives à 3pt 24,3 27ème 44,7 20,8 25,7 19ème

En ce qui concerne l’attaque, c’est la Bérézina. Les Lakers, avec un off rtg famélique, se débrouillent de faire encore pire que la saison passée. Un des symptômes des difficultés rencontrées est le tir à 3pt. Le volume de tirs pris reste sensiblement le même, mais les pourcentages se sont effondrés, ce qui se ressent sur le True Shooting Percentage, toujours aussi médiocre (26ème de la ligue contre 25ème en 2016/2017). Les « coupables » se trouvent tous dans le cinq de départ. Avec respectivement 30,4%, 28% et 27%, Caldwell-Pope, Ball et Lopez ne tirent certainement pas l’efficacité vers le haut tandis qu’ils prennent à eux trois près de 55% du total des tirs « from down town ». Rappelons que l’an passé ils tournaient à 35%, 41% (avec la distance NCAA) et 34%. Si un joueur perd 10 points d’une année à l’autre, je mettrais ça sur le compte de la méforme. En revanche, si trois joueurs majeurs sont touchés par la maladresse, c’est vers le système tactique qu’il faut diriger le feu de la critique. Nous y reviendrons. Au final, les leaders à 3pts sont Jordan Clarkson (38,5%), pourtant connu pour son inconstance dans cet exercice, et Ingram qui s’est sensiblement amélioré par rapport à l’an passé (33% contre 29%). Pas de quoi faire trembler les défenses adverses. On observe que la second unit s’en sort globalement le mieux. En prenant les 3 men line-up (avec plus de 55 minutes passées sur le parquet), on constate que les meilleurs off rtg sont posés par des relations du banc : Clarkson/Kuzma/Randle (106 off rtg), Hart/Kuzma/Randle (117,3 off rtg), Clarkson/Hart/Kuzma (109,2 off rtg), Brewer/Kuzma/Randle (112,3 off rtg), Clarkson/Hart/Randle (119,5 off rtg). L’énergie défensive, la présence de meilleurs shooteurs (Kuzma, Clarkson, Hart) doivent être prises en compte, mais mentionnons aussi le fait que Clarkson est un des meilleurs en isolation de la ligue et que Randle est un des joueurs les plus efficaces en NBA de ce début de saison (98ème percentile au POE[2]). Si l’efficacité offensive dépend à ce point du talent individuel des jeunes Lakers, il y a donc quelques soucis à se faire au niveau de l’animation collective. Le détail des types d’actions jouées par les Lakers l’illustrent plutôt bien.

  Fréquence Lakers Fréquence min Fréquence max Efficacité Lakers Efficacité min Efficacité max Evaluation
Isolation 7,7% 3,9% 13,4% 0,87 ppp 0,67 ppp 1,14 ppp Moyen
Post up 6,1% 0,9% 12,5% 0,74 ppp 1,35 ppp 0,56 ppp Médiocre (volume faible)
PnR Ball Handler 17,1% 9,8% 24% 0,72 ppp 0,52 ppp 1,08 ppp Médiocre (gros volume)
PnR Roll Man 8,4% 3,6% 11,8% 1,03 ppp 0,79 ppp 1,55 ppp Bon
Transition 19,6% 9,1% 21,7% 1,13 ppp 0,90 ppp 1,36 ppp Excellent
Spot Up 17,2% 14,2% 26,6% 0,83 ppp 0,77 ppp 1,16 ppp Médiocre
Handoff 3,6% 0,7% 8,4% 0,76 ppp 0,33 ppp 1,76 ppp Médiocre
Cut 5,7% 4,2% 11,8% 1,33 ppp 0,93 ppp 1,56 ppp Excellent (volume faible)
Off Screen 3,7% 1,2% 11,4% 1 ppp 0,56 ppp 1,47 ppp Très bon (volume faible)

Tout n’est pas à jeter dans ce tableau, loin de là. Certaines directions prises par le staff sont mêmes plutôt bonnes. Avoir circonscrit l’isolation et le post-up, deux tirs généralement compliqués et peu efficaces, à une utilisation réduite est un choix que l’on doit saluer. Luke Walton a martelé pendant tout l’été son envie de courir et de favoriser le jeu en transition, dont acte. Les Lakers sont la deuxième équipe à jouer le plus en transition avec une efficacité redoutable. Le jeune coach veut d’ailleurs accentuer cette tendance, et l’on comprend pourquoi. Néanmoins, le jeu en transition est structurellement limité car l’équipe qui la pratiquera plus d’une fois sur trois n’est pas encore née. Reste donc le jeu sur demi-terrain, et c’est là que les choses se corsent. Quatre types d’actions illustrent ces difficultés : PnR Ball Handler, Spot Up, Cut, Off Screen. A leur lecture, on en déduit que les Lakers prennent beaucoup trop de tirs en sortie de PnR (gros volume, faible efficacité), que les tirs qu’ils se créent en spot-up sont moyens et que si les cuts et tirs en sortie d’écran sont efficaces, leur volume est bien trop faible. Ces quatre tendances sont liées et se résume à cette seule phrase : les systèmes offensifs dessinés par Luke Walton sont mauvais. L’attaque sur demi-terrain repose essentiellement sur le high screen and roll. Le ball handler appelle un écran et se charge d’orchestrer le jeu. Plusieurs problèmes découlent de ce manque d’imagination offensive. Premièrement, les tirs de ce type sont extrêmement difficiles, ce qui impacte négativement l’efficacité des joueurs qui en abusent (KCP ou Ingram me viennent en tête). Deuxièmement, si le ball handler n’est pas capable de mettre la pression sur la défense (comme Harden, Giannis, Durant pour citer la crème de la crème), cette dernière ne s’écroule pas et les tirs créés sont moins ouverts quand la balle ressort au périmètre. Aussi doué soit-il, Lonzo Ball n’est pas Westbrook et il n’a jamais basé l’essentiel de son jeu sur une attaque ultra-agressive du panier. Troisièmement, c’est une attaque relativement statique puisqu’au moins trois joueurs ont tendance à attendre de recevoir sagement la balle à leur position. Si la première séquence est avortée, l’attaque ne dispose d’aucun contre-mouvement pour surprendre la défense. Non contente d’être ennuyeuse, elle devient alors relativement prévisible. On ne compte plus le nombre de fins de possession qui se concluent au petit bonheur la chance (par exemple Nance rentrant un panier sur fadeaway). En conséquence, en sur-utilisant un type d’action où ils n’excellent pas (encore ?), les Lakers ne peuvent se créer de bons tirs ouverts (d’où l’efficacité famélique en spot-up), et du fait du manque de mouvement ne peuvent se créer autant de tirs rentables issus des coupes ou des sorties d’écran. Il est assez étonnant que Luke Walton, qui a pourtant joué (et bien joué) le triangle de Phil Jackson, mais aussi appliqué les principes de la motion offense à Golden State, n’ait pas retenu les fonctions essentielles du mouvement, des coupes et des écrans. Non seulement, on pourrait reprocher à Walton de ne pas saisir une des tendances actuelles de la NBA, mais aussi d’utiliser son personnel à contre-emploi. Le symbole de cette incompréhension n’est autre que le rookie auquel il confie son attaque : Lonzo Ball. Comparons la répartition de ses actions à UCLA et aux Lakers.

  Fréquence Lakers Efficacité Lakers Percentile Fréquence UCLA Percentile UCLA
PnR Ball Handler 38,5% 0,72 ppp 41,8ème 17,94% 72ème
Spot Up 19,6% 0,59 ppp 9,8ème 29,15% 94ème
Off Screen 0 0 0 10,31% 82ème

Ces trois types d’action montrent à quel point Luke Walton utilise Lonzo Ball à contre-courant de ce que lui demandait de faire Steve Alford à UCLA. Deux petites choses à propos du jeu pratiqué dans la faculté californienne[3]. Parfois comparés à tort à la philosophie de Mike D’Antoni, les systèmes d’Alford diffèrent sur deux points essentiels quant à la pratique du Pick and Roll : l’interdiction de tirer pour le ball handler et le fait que le screener devait slip, au lieu de poser l’écran, afin de provoquer le premier décalage directement exploité par la qualité de passe de Ball. Ce dernier avait alors tout loisir de se repositionner et d’utiliser son QI Basket pour se rendre disponible au périmètre ou de couper de manière agressive. L’idée qu’il faut retenir est que Ball, à l’instar de tous les arrières à UCLA tendait plus à se comporter en off guard (avec une part très importante de jeu sans ballon) que du traditionnel Point Guard en NBA. En doublant ses responsabilités en tant que ball handler, Walton commet en définitive deux erreurs : d’une part il surexploite le point faible de son rookie ; d’autre part, il sous-exploite ses qualités, voire les transforme en faiblesses. Malgré cela, Lonzo Ball continue d’avoir un impact, notamment dans l’organisation offensive, alors qu’on lui demande de mener une attaque pour lui inédite. C’est dire le talent du gamin.

Alors que les Lakers sortent d’une très belle victoire face aux Pistons, faut-il céder à la critique facile de Walton et de son staff ? Oui et non. Non, car il faut bien le créditer des progrès défensifs. Après tout, il avait affirmé haut et fort que son training camp était uniquement consacré à cela, et les résultats commencent à payer. Oui, car supporter cet ersatz d’attaque va être compliqué à subir et justifier. Est-ce que demander plus de mouvements, de coupes, d’écrans, d’actions sur le weak side, bref plus de basket collectif tient de l’impossible ? J’ose espérer que non et que Luke Walton prendra rapidement acte de la froide réalité de son jeu. Après tout, il n’est pas seulement question du bon déroulement de la saison de son équipe, mais de sa réputation de head coach compétent en NBA.

[1] Les données restituées dans les tableaux suivants ont été récoltées le 1er novembre, et en partie actualisées le 2 novembre le classement dans certaines catégories ayant bougé alors même que les Lakers ne jouaient pas.

[2] Points Over Exception. Développé par Cranjis McBasketball (@T1m_NBA), le POE est un indicateur qui mesure les points marqués par un joueur selon les types de tirs qu’il prend par rapport à l’efficacité moyenne de ces mêmes tirs.

[3] Pour plus de détails, je vous renvoie à l’excellente vidéo consacrée à Lonzo Ball et UCLA par Cranjis McBasketball, précédemment cité. https://www.youtube.com/watch?v=jFhSvYyX47s.

 

Article par @Thereisandend