Après un été des plus agités dans le Minnesota, l’effervescence autour de la franchise était à son paroxysme. L’arrivée de Jimmy Butler, celle de Teague – plus controversée -, ainsi que l’explosion de Karl-Anthony Towns et Andrew Wiggins : tout était réuni pour que les Wolves suscitent l’intérêt et attirent l’attention. Une telle hype autour des Timberwolves, ça ne s’était pas vu depuis l’époque Kevin Garnett. Pour la première fois depuis longtemps, les fans ont de véritables espoirs de vivre les Playoffs après 14 ans de disette. En réalité, terminer dans le Top 8 est même une obligation pour les Wolves, et tout autre résultat serait une terrible désillusion. Presque deux mois de compétition sont passés, et QI Basket vous propose de décortiquer le parcours des Loups.

Un bilan comptable positif

Tout d’abord, mettons tout de suite un terme aux excès de fans frustrés – souvent à juste titre, nous le verrons – et devenus subitement très exigeant. A l’heure actuelle, les Wolves détiennent un bilan de 15 victoires pour 11 défaites, soit 58% de succès, et squattent la 4ème place de la Conférence Ouest. Si l’on estime que le Thunder n’est pas à sa place, et qu’un fauteuil dans le Top 4 était tout de même plus envisageable pour OKC, cela mettrait Minnesota à la 5ème place de l’Ouest. Qui,en début de saison, voyait les Wolves plus haut que la 5ème position? Pas nous, et même si rien ne leur interdit de terminer en tête de leur Conférence, on peut dire que la franchise respecte le contrat et répond aux attentes en ce qui concerne son classement. La saison passée, à la même date, le bilan était de seulement 6 victoires pour 15 défaites. Pour voir les Wolves atteindre la barre des 15 victoires, les fans avaient du patienter jusqu’au 19 janvier et une victoire sur les Clippers. Ceci évacué, il est temps de rentrer dans le contenu proposé par les hommes de Tom Thibodeau. Des choses à dire, il y en a, dans le positif comme le négatif.

Une attaque qui tourne… Presque rond

C’était l’un des sujets d’inquiétude suite à l’arrivée de Butler. Quid de la complémentarité entre lui et Wiggins, aux registres relativement similaires? Comment palier au manque de spacing criant malgré le recrutement de Jeff Teague, plus adroit que ses petits copains? Si ces problématiques n’ont pas été complètement résolues, les Wolves ont rassuré de ce côté du terrain. KAT (19.8 pts), Butler (18.9 pts) et Wiggins (18.5 pts) s’approchent de la vingtaine de pions chacun, auxquels Buckets ajoute 4.8 passes décisives. Jeff Teague de son côté assure plutôt bien la distribution de la gonfle, avec 7.5 assists de moyenne. Le backcourt assure en grande partie la gestion du ballon, et Minnesota se place 12ème en moyenne de passes par match (22.8 pts). Le talent des joueurs sur le terrain n’est pas le seul facteur de succès pour la franchise, mais il faut reconnaître que plusieurs victoires ont été acquises sur des coups de chaud de Butler ou Wiggins.

L’ancien joueur des Bulls apporte d’ailleurs beaucoup de ce côté du terrain dans son nouveau rôle, auquel il s’acclimate plutôt bien. Moins scoreur, il porte moins la balle qu’à Chicago, et se montre capable de s’effacer lorsque ses coéquipiers sont chauds. Leader vocal, Buckets sait aussi être décisif lorsqu’il le faut, en témoigne son 4ème QT à 20 pts face aux Clippers la semaine passée. Il présente d’ailleurs les mêmes pourcentages de réussite qu’à Chi-Town.

L’intégration de Jeff Teague est également satisfaisante. Distributeur, adroit derrière l’arc (42,5%, son meilleur pourcentage en carrière sur un des plus hauts volumes de tirs), le meneur apporte sa pierre à l’édifice. Il joue plutôt juste, implique ses coéquipiers, et montre une certaine régularité en attaque.

En réalité, les interrogations se trouvent plutôt autour des deux jeunes stars en devenir, Wiggins et Towns. Destinés à dominer leurs postes dans le futur, ils semblent aujourd’hui bridés par l’organisation offensive des Wolves et l’arrivée de Butler et Teague. Oui, le recrutement de ces derniers devait faire baisser leurs moyennes de points respectives, mais quelques questions se posent autour des deux hommes. Wiggins tout d’abord, dont le très bon début de saison effaçait déjà les doutes concernant sa cohabitation avec Butler. Mais depuis début novembre, l’ailier marque le pas, et n’a finalement pas encore atteint la barre des 30 pts cette saison. Concernant KAT, le problème est peut-être plus profond. Le pivot, très dominant la saison passée, manque clairement de ballons au poste haut, une position dans laquelle il excelle. Moins performant au scoring comme au rebond, il reste néanmoins le plus gros fournisseur de double-double cette saison (20, devant DeMarcus Cousins). En moyenne, Towns prend 4 tirs de moins que l’année dernière. Au vu de ses pourcentages, presque identiques (52.6% dont 36.7% du parking), cela représente quelques points en moins pour la franchise. Or, il reste la meilleure arme offensive des Wolves à ce jour, et les joueurs de Thibodeau ont perdu plusieurs matchs de moins de 5 points ces derniers jours. Le manque de progrès de Wiggins et KAT est donc problématique, surtout au vu de leur talent.

Néanmoins, l’attaque tourne bien, et compte parmi les plus efficaces de la Ligue. Statistique intéressante, le faible pourcentage de pertes de balle (14.1%, 4ème). Les Wolves détiennent la 5ème Offensive Rating (108.9), derrière des équipes réputées pour leurs attaques démentielles. En revanche, la franchise ne se classe qu’à la 11ème place en terme de points/match (107.5), mais ceci n’illustre en rien un manque d’efficacité. Deux facteurs expliquent cette statistique : le style de jeu des Timberwolves, et le manque de spacing.

En terme de rythme, Minnesota pratique un jeu plutôt lent et, il faut le dire, pas vraiment spectaculaire. On est bien loin des Rockets ou même des Sixers. La PACE des Wolves (nombre de possessions/48 min) ne s’élève qu’à 98.41, soit le 22ème total de la Ligue. Avec un jeu moins rapide que la moyenne, Minnesota score donc moins que ses concurrents du haut de classement, à l’image des Spurs. A titre de comparaison, le Magic, également à 107.5 pts de moyenne, présente une PACE plus élevée de 102.67 (6ème)… Mais une Offensive Rating de 104.7 (17ème).

Deuxième facteur d’explication, le manque évident de spacing. Seuls Jeff Teague et Nemanja Bjelica sont au-dessus des 40% derrière l’arc, pour des volumes n’excédant pas 4 tirs par match. Wiggins, unique joueur à dépasser les 4 tentatives (4.3), affiche seulement 31.5% de réussite. D’ailleurs, Minnesota est la deuxième équipe qui tire le moins du parking, avec 22.7 essais par match… Pour une réussite tout juste moyenne (36.2%, 17ème). Seuls les Kings prennent moins de tirs à 3pts dans la Ligue. Forcément, le manque de points engendrés allègent les moyennes de la franchise au scoring.

Une défense en questions

C’est peut-être le plus gros point noir de la saison des Wolves à l’heure actuelle. Depuis l’arrivée de Tom Thibodeau à la tête de l’équipe, de gros progrès sont logiquement attendus de ce côté du terrain. Si la saison dernière, nous mettions les carences défensives sur le compte de la jeunesse des loups, ils n’ont plus aucune excuse cette année. Avec l’arrivée de Butler, pointure en défense, ainsi que celles de Gibson et Teague, loin d’être ridicules dans le domaine, nous sommes en droit d’attendre plus de Minnesota. Pourtant, les Wolves affichent la 26ème Defensive Rating de la NBA (108,1), en compagnie des cancres de la Ligue. Comment expliquer un tel constat ?

D’une part, Minnesota joue beaucoup le rebond offensif. Ce que les Timberwolves réussissent plutôt bien, avec un des plus hauts pourcentages dans le domaine (25.6%, 5ème) et une place sur le podium des franchises qui laissent le moins de rebonds défensifs aux adversaires (31.2 Opp Reb Def, 3ème). Problème, en jouant la deuxième chance, les Wolves prennent de gros risques en transition, et sont souvent en retard pour défendre les remontées de balle adverses. Avec pour résultat des statistiques catastrophiques en défense sur transition : 1.17pts encaissés/possession (30ème), et 20.5 pts encaissés en moyenne/match (28ème). Dans la NBA actuelle, c’est un problème considérable, d’autant que les Wolves sont également à la ramasse en défense sur jeu rapide (13.8 pts, 26ème). Mais ce qui agace, c’est que ce constat est particulièrement dû à un phénomène récurrent à Minny : le manque d’effort.

Butler a enfin mis un mot en public sur cette carence de l’équipe au sortir de la défaite face au Heat. L’arrière pointait alors du doigt un manque d’implication défensive fatidique. A travers ses déclarations, Buckets illustre les problèmes des Wolves lorsqu’il s’agit de revenir rapidement en défense, mais aussi une attitude générale de ses coéquipiers. Deux hommes sont notamment à pointer du doigt : Wiggins et Towns. Si le premier montre de légers progrès défensifs cette saison, cela reste clairement insuffisant dans l’engagement et la concentration. L’ailier apparaît encore trop souvent perdu sur certaines phases de repli ou de défense sur demi-terrain. En ce qui concerne Towns en revanche, ses performances défensives sont de plus en plus critiquées, à juste titre. En cause, un manque de concentration évident et une incapacité à défendre le cercle criante. Les Wolves encaissent ainsi 46.4 pts de moyenne dans la raquette, soit le 26ème total de la Ligue. Taj Gibson n’est évidmment pas à épargner, mais c’est surtout KAT qui est à mettre en cause.

Et si le système défensif ICE de Thibodeau, censé limiter les shoots ouverts à 3pts et les lay-ups faciles en défendant le pick-and-roll, fonctionne plutôt bien en forçant les adversaires à prendre des tirs à mi-distance, ce sont bien les points encaissés près du cercle qui pourrissent la défense des Wolves.  Et c’est en regardant la décomposition des pourcentages adverses que l’on comprend la responsabilité de Towns. En dehors de la « zone de restriction », les adversaires de Minny ne sont qu’à 36.5%, soit une des meilleure défense à cette distance. En revanche dans cette fameuse zone de restriction (sous le cercle), les Wolves sont bons derniers de la Ligue avec 68.5% accordés aux joueurs adverses.

Récapitulons : si les hommes de Thibodeau acceptent, via le système ICE, de laisser prendre les mi-distances – estimant qu’ils sont moins « rentables » -, mais qu’ils échouent complètement dans leur défense intérieure, le résultat obtenu devient médiocre. La défense sur tir à 3pts est satisfaisante, heureusement, hormis quelques trous d’air comme à Miami. Mais affronter une équipe en feu est une chose, ne jamais se remuer pour protéger son cercle en est une autre. A Thibs de trouver les solutions pour remuer ses intérieurs. KAT a largement les capacités pour devenir un bon défenseur, notamment grâce à sa mobilité. Le problème, c’est qu’il manque clairement d’intelligence dans ses aides défensives, allant souvent soutenir un coéquipier alors que ce n’est pas nécessaire. Or, l’efficacité du système ICE dépend grandement de la qualité et de l’intelligence des aides autour des défenseurs directs.

Ce sont ces problématiques défensives qui ont plombé les Wolves sur plusieurs rencontres. Car lorsque l’attaque ne tourne pas rond, Minnesota prend des raclées. En attestent les lourdes défaites face aux Pistons ou encore aux Warriors. C’est d’ailleurs un paradoxe de cette équipe, qui avait tendance à perdre ses matchs de très peu la saison passée. Les dernières défaites se rapprochent néanmoins plus de ce modèle, avec des matchs non maîtrisés et perdus sur le fil.

Point positif, la faculté des Wolves à voler des ballons, notamment avec Teague et surtout Butler. Exemple récent, les 17 pertes de balle forcées sur les Hornets, pourtant leader au pourcentage de ballons perdus.

L’inquiétude : les temps de jeu

Vous avez peut-être remarqué qu’aucun remplaçant n’a été mentionné jusqu’ici. L’explication se trouve sur l’image ci-dessous.

4 des 10 joueurs les plus utilisés de la saison se trouvent dans la même équipe. Tout simplement incroyable. On connaît évidemment la tendance de Thibodeau à faire jouer ses titulaires – bien – plus que la moyenne, mais cette saison dépasse l’entendement. A ce rythme, le cinq majeur sera cramé avant même le Nouvel An. Jusqu’à la semaine passée, les temps de jeu posaient déjà problème, mais les rotations douteuses étaient plutôt la cible des critiques – aucun mélange titulaires/remplaçants sur le terrain). Mais lors de ces derniers matchs, Thibodeau a tourné avec 8 joueurs seulement, avec 3 remplaçants à peu de minutes (11 pour Jones, 17 pour Crawford, 21 pour Dieng). Et les inquiétudes engendrées par ce choix du coach sont multiples : outre la fatigue et le risque de blessures, comment mettre en confiance des joueurs qui ne mettent pas un pied sur le terrain ou si peu ? Comment espérer un rendement correct s’ils ne touchent jamais la balle ?

A la décharge de Thibs, Shabazz Muhammad est catastrophique (4 pts/match), et Bjelica comme Dieng ont manqué plusieurs matchs. Mais c’est tout ce que l’on peut trouver pour « excuser » le coach des Wolves – et c’est bien assez maigre. Bjelica a notamment été sous-utilisé alors que son apport en attaque était plus qu’intéressant, notamment pour le spacing. Tyus Jones a montré de belles choses à la mène mais n’a jamais vraiment eu sa chance, même lors de l’absence de Teague pour plusieurs matchs. Jamal Crawford, quant à lui, fait ce qu’il sait faire de mieux, scorer, et ne pas défendre. Mais sa faculté à prendre de feu, notamment du parking, n’est pas du luxe pour ces Wolves.

Pour la première fois cependant, il se murmure que les remplaçant commencent à s’agacer de cette situation, et Jimmy Butler a déclaré – sur le ton de l’humour – vouloir discuter avec Thibodeau de ce problème. Espérons pour Minnesota que le coach entendra raison – c’est pas gagné.

Le coup de cœur : Taj Gibson

Pour terminer sur une note positive, mentionnons les bonnes performances de Gibson, qui surprend depuis son arrivée à Minneapolis. On connaît les qualités du bonhomme, mais il effectue pour le moment une très bonne saison dans son registre. Dur sur l’homme, important dans les moments difficiles, il s’est montré capable de défendre sérieusement comme de marquer des points précieux. Avec 11.4 pts et surtout 8.3 rebonds, l’ailier fort réalise une de ses meilleures saisons en carrière. D’accord, il joue presque 5 minutes de plus que lors de sa précédente plus haute moyenne de temps de jeu, mais il mérite ce coup de cœur.

Si nous avons pointé de nombreux défauts des Wolves dans ce papier, c’est parce qu’il y a encore beaucoup de marge de progression pour les hommes de Thibodeau. Ce ne sera pas facile d’améliorer tous ces points, et il faudra aux joueurs une grande implication et plus de concentration. Par exemple, arrêter de lâcher des avances de 10 pts ou plus, notamment en 2ème mi-temps. Ce qui permettrait d’utiliser plus le banc, et de ne plus « forcer » Thibs à laisser les titulaires ou les remettre sur le parquet. Cela passera par de meilleures prestations défensives, et beaucoup plus d’efforts à fournir par nos amis Wiggins et Towns.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, le bilan reste très positif pour les Wolves, qui ont déjà affronté les Spurs (à 2 reprises), le Thunder (à 3 reprises) et les Warriors. Et qui ont devant eux un calendrier très accessible jusqu’à Noël : une série de matchs à domicile (Mavs, Sixers, Kings, Suns, Blazers), puis des déplacements chez les Nuggets, les Suns, et les Lakers pour le Chistmas Day. A eux de corriger leurs défauts et de continuer à progresser en attaque. Le talent est là, reste à consolider une place qui sera chère dans le Top 8, et même le Top 6 si possible.