Le College Basketball nous fournit chaque semaine son lot d’upsets, et ce début de saison est particulièrement intéressant de ce point de vue là. Loyola-Chicago qui va gagner à Florida, Boston College qui bat Duke… la semaine dernière, une autre surprise majeure s’est produite, avec pour coupables les Wofford Terriers, et leur super shooter, l’arrière junior Fletcher Magee.

Si vous êtes un hoophead assidu, vous avez déjà entendu parler de Trae Young. Le meneur freshman d’Oklahoma ne cesse d’impressionner le monde du basket, avec des performances toujours plus incroyables qui lui permettent, fait inédit, d’être à la fois le meilleur marqueur et le meilleur passeur de NCAA Division I, à la mi-saison. Son jeu tout en finesse, fait de dribbles chaloupés, de passes fantasques et de tirs improbables n’est pas sans rappeler un certain Stephen Curry. Il reçoit déjà la reconnaissance des plus grands, comme du King en personne.

Mais vous n’avez probablement jamais entendu parler de son dauphin au classement des meilleurs scoreurs. Fletcher Magee est actuellement dans sa troisième saison au service des Terriers de Wofford, et lui aussi a réussi à s’attirer des comparaisons avec Curry. Et pour cause, lui aussi est un shooter, et un très bon (55% de réussite cette saison, avec 8,5 tentatives par match !!), qui sévit dans la Southern Conference, comme l’ancien joueur de Davidson (la fac a depuis changé de conférence, intégrant l’Atlantic-10). Briller dans la SoCon est un bel accomplissement, mais pas assez pour s’attirer les lumières du reste du pays et du monde du basket. Le Davidson de Stephen Curry était en cela une anomalie, les Wildcats étaient passés à une possession du Final Four en 2008, ils avaient éliminé des gros programmes comme Wisconsin, Georgetown ou Gonzaga. Pour Wofford et Magee, il y a deux moyens simples de se faire remarquer : le mois de mars, forcément, mais aussi la première partie de saison, lors de laquelle on affronte des équipes hors conférence, potentiellement des powerhouses, un bon moyen de renflouer les caisses du département sportif d’une petite fac, et de s’attirer un petit coup de projecteur.

Il s’agit généralement de jouer les victimes consentantes pour le plus petit programme, certains se concoctent des calendriers impossibles mais lucratifs, comme Texas Southern, qui n’a pas encore gagné cette saison, et qui n’a d’ailleurs pas encore joué à domicile, préférant voyager aux quatre coins du pays pour jouer les sparring partners chez des gros programmes comme Kansas, Baylor ou encore Oregon. Le Georgetown de Patrick Ewing a lui fait l’inverse, et s’est attiré encore plus de critiques, en se préparant un calendrier excessivement simple, renonçant au très compétitif PK80, le tournoi organisé à Portland en début de saison, pour se contenter d’une très faible opposition, avec un seul match à l’extérieur, et des matchs face à des programmes très faibles comme Alabama A&M. Le but ? Gonfler le bilan de l’équipe et du coach, pas sûr que ça soit suffisant pour recevoir un ticket pour la March Madness si les Hoyas ne se montrent pas performants dans la Big East.

Mike Young, le coach de Wofford, ne tombe dans aucun de ces extrêmes, mais quand il emmène ses Terriers à Chapel Hill pour affronter North Carolina, on ne donne forcément pas cher de leur peau. Surtout que loin de leurs bases, les coéquipiers de Fletcher Magee connaissent de grandes difficultés, leurs quatre défaites cette saison ont eu lieu loin de leur toute nouvelle salle, le Jerry Richardson Indoor Stadium, et il a fallu attendre la cinquième tentative, face à Costal Carolina, pour que les Terriers gagnent enfin à l’extérieur. La saison dernière déjà, ils étaient solides à domicile, mais trop friable en déplacement, un facteur rédhibitoire en fin de saison.

Pourtant, la semaine dernière, le Dean Dome de North Carolina a bien été le théâtre de l’un des upsets les plus retentissants de la saison, peut être le plus incroyable, car en battant les Tar Heels, Wofford a fait tomber pour la première fois de l’histoire du programme une équipe du Top 25, classée #5 en l’occurence, et à l’extérieur. La faute à un Cameron Jackson omniprésent (18 points, 9 rebonds, 3 passes, 3 interceptions, 6 contres) et à un Fletcher Magee qui malgré des pourcentages en berne, par rapport à ses incroyables standards du moins (57% au tir dont 55% à 3pts, troisième pourcentage du pays au tir de loin), a quand même inscrit 27 points, plus que sa moyenne de 24,1 points (deuxième du pays). Face à Theo Pinson et Kenny Williams, il avait pourtant sur lui deux des meilleurs défenseurs extérieurs du pays. Mais qu’importe, avec une main devant le visage, en déséquilibre dans les airs, parfois à une distance NBA, le sniper sanctionne. En difficulté lors de la première mi-temps, alors que son équipe est en retard, il finit par trouver son rythme avant la pause. Menés 33 à 26 à quelques minutes de la mi-temps, les Terriers vont infliger un 18-4 aux Tar Heels à cheval entre les deux périodes, avec 13 points de Magee, dont trois tirs primés. Wofford ne lâchera jamais son avance, qui se réduit pourtant à un point à 1:12 de la fin. Les Tar Heels tentent une presse tout terrain, mais les Terriers jouent bien le coup et Magee marque de l’autre côté d’un lay-up. Wofford ne craque pas, les Terriers tiennent la plus grosse victoire de leur histoire.

Et ils la doivent en grande partie à leur shooter star. La question est toujours la même pour ce genre de joueur qui brille dans une mid-major : comment les plus gros programmes ont-ils pu le laisser passer ?

Originaire d’Orlando, Fletcher Magee est fan des Florida Gators et de leur shooter Lee Humphrey. S’il a des contacts avec Billy Donovan, ceux-ci ne sont jamais concrets et son rêve de jouer pour les Gators ne se réalise pas. La faute sûrement à son manque d’exposition au lycée déjà, où il joue pour une équipe peu scrutée. C’est tout l’inverse en AAU, dans les ligues d’été, puisqu’il est coéquipier de Ben Simmons et Antonio Blakeney, deux McDonald’s All-American qui ont ensuite joué ensemble à LSU le temps d’une saison. Magee est dans l’ombre de ces stars, et n’attire pas vraiment les scouts. C’est même par hasard qu’il est repéré par Dustin Kerns, ancien assistant de Mike Young, devenu depuis le head coach de l’équipe de Presbyterian.

C’est ce même Kerns qui retrouvait Magee seul dans l’ancienne salle de Wofford, la Benjamin Johnson Arena, avec les lumières éteintes, pour mieux travailler sur son dribble, avant que le head coach Mike Young ne force le joueur à quitter les lieux pour éviter la fracture de fatigue.

Fletcher Magee est un bourreau de travail, son incroyable tir est le fruit de centaines voire de milliers d’heures de travail. Finalement, ce travail paie et le monde du basket en prend conscience. Avec la NBA en ligne de mire, Magee va continuer de dominer la Southern Conference, avec pourquoi pas un second tour de Draft à la clé. Tant mieux pour Wofford, et tant mieux pour nous, les fans, qui pourront profiter de ses coups de chaud. Jusqu’à la fin mars, pourquoi pas.