Que vous suiviez la NCAA ou non, vous avez forcément entendu le nom de Trae Young quelque part. Le nouveau Steph Curry, comme beaucoup aiment désormais l’appeler,  est en train de réaliser une saison exceptionnelle, à tel point qu’il est passé d’un pauvre second tour de draft à une place dans le top 10 de la prochaine draft, voire un top 5 pour les plus optimistes. Avec plus de 29 points de moyenne à 41% à trois points, et quasiment 11 passes décisives par match, Trae Young se révèle au grand jour et montre tout son talent avec son équipe d’Oklahoma qui cartonne avec 11 victoires et une seule défaite. Mais qui est Trae Young ? Quel est son jeu ? Possède t-il un avenir en NBA ?

Une première partie de saison parfaite

Le 12 novembre 2017, alors qu’il sort de deux énormes saisons dans sa petite école de Norman North High School et de plusieurs matchs d’exhibitions réussis quelques jours avant le début de la saison NCAA, Trae Young entre dans le grand bain face à Omaha. Titulaire, le meneur d’1m88 pour 82 kilos, d’apparence assez petit et frêle, semble très stressé. Malgré une belle passe décisive pour débuter le match, il réalise une entrée très poussive avec un vilain air ball pour son premier tir longue distance. Maladroit toute la partie (4/13 dont 1/6 à trois points), il prend des tirs difficiles, forcés, et décide de se muer en passeur avec 10 passes décisives. Il finit avec 15 points et un double-double pour sa première rencontre, ce qui est non négligeable, et une victoire facile 108-89 pour son équipe. Mais le rendu visuel n’est pas de qualité. Un premier match en NCAA qui ne semble pas forcement de bon augure pour la suite. Et pourtant ce match n’était qu’une anecdote.

Le jeune Trae Young (né en 1998) va se « réveiller » dès son deuxième match face à Ball State avec 22 points, 13 passes, à 7/15 au shoot dont un excellent 5/10 longue distance. Ça y est, Trae Young fait déjà parler de lui au bout de deux matchs. Mais les américains n’étaient pas prêts pour la suite. Sur les 12 premiers matchs de la saison, il tourne à 29,6 points par match et 10,7 passes avec des cartons quasiment chaque soir : 43 points face à Oregon, 32 points et 10 passes face à North Texas, ou encore il y a quelques jours face à TSU avec 39 points et 14 passes. Mieux encore, il égale le record de passes décisives avec 22 unités face à Northwestern State, en plus de ses 26 points à 9/16, rien que ça. Trae Young est totalement on fire. Sur le seul mois de décembre : 30,3 points et 12.5 passes. Des statistiques affolantes. Mais, au-delà de ces chiffres impressionnants, ce qui fait aujourd’hui qu’il entre dans le potentiel top 5 à la prochaine draft 2018 aux côtés des Luka Doncic, Deandre Ayton ou encore Michael Porter JR, c’est le jeu qu’il délivre, son visuel.

Un Steph Curry 2.0

Trae Young est un attaquant bourré de talent. Il possède une palette de jeu assez large mais ce qui fait le plus réagir, c’est son shoot, et surtout sa sélection de shoots. Son tir à proprement parlé n’est pas des plus élégant. Sa mécanique n’est pas très académique mais efficace. Si Lonzo Ball est décrié en ce moment pour sa mécanique douteuse et ses pourcentages médiocres, Trae Young est tout de même un peu plus souple dans son tir et surtout beaucoup plus efficace. Mais ce qui est le plus intriguant, c’est sa sélection de shoot. Là clairement, on se rapproche du style Curry. Plus de 10 tirs à trois par match, dont plus de la moitié à 2-3 mètres de la ligne à trois points (qui est à 6m32 en NCAA contre 7m24 en NBA). Il shoot loin, très loin avec une aisance et une facilité déconcertante. Cela en devient même de l’insolence par moment pour ses adversaires, mais aussi pour ses coéquipiers et son coach. Voir son meneur de jeu prendre plus de la moitié de ses shoots à 8-9 mètres, il y a de quoi s’énerver parfois sur le banc, mais quand ce dernier aligne des matchs à 50 ou 60% longue distance, on ne peut rien dire. On se tait et on se régale.

De plus, ce ne sont pas des catchs & shoots, ou des shoots ouverts, il se créé la quasi-totalité de ses tirs, parfois des tirs très difficiles, forcés, pris alors qu’il reste 25 ou 28 secondes au chrono de la possession. La voilà son insolence. Dès qu’il remarque un petit espace entre lui et son défenseur, il peut à tout moment dégainer. A côté de son shoot de qualité, il possède un jeu de passe nettement au-dessus de la moyenne. Ses passes sont précises, dosées. Il possède une belle vision ce qui lui permet d’avoir un timing parfait pour des alley-oops ou des backdoors. Il anticipe bien le jeu, il le lit très correctement. Quand il le veut, il sait lâcher le ballon au bout moment, ce qui est assez paradoxal. Parfois, il va décider de shooter à 9 mètres dès les premières secondes de la possession, alors que quelques minutes plus tard, il va savoir lâcher la balle pour un coéquipier ouvert ou bien situé. Cela illustre une sorte de lucidité.

Des lacunes visibles mais pas insurmontables

Cependant attention, Trae Young n’est pas exempt de tout reproche. Pour le moment, l’adresse est de son côté et cela est beau à voir. Toutefois, elle va forcément, un jour ou l’autre, diminuer. C’est là que Trae Young devra varier son jeu et travailler sur ses autres possibilités offensives, et notamment son jeu en pénétration. Le jeune meneur n’est pas mauvais mais pas excellent non plus. Bien qu’il possède un centre de gravité très bas, qu’il va vite avec le ballon en transition, ce qui lui permet de dépasser facilement ses adversaires directs, il a encore beaucoup de mal dans la finition. Il force une bonne partie de ses doubles-pas alors que souvent, un coéquipier est libre et ouvert ou bien placé. Néanmoins, il possède une agressivité et une vitesse qui montre qu’il peut travailler sur cet aspect du jeu. Mais l’un de ses plus gros défauts reste son physique. 1m88 pour 82 kg, sur le papier, la taille est tout à fait correcte pour un meneur  Toutefois, son envergure est beaucoup trop limitée (1m93), ce qui le limite en pénétration donc surtout en défense.

En effet, on ne peut pas dire que Trae Young soit un bon défenseur. Son physique le freine dans sa capacité à défendre sur les meneurs taillés à la Westbrook ou Wall, ultra physiques et rapides. Même quand il est actif en défense, il se fait vite dépasser par son manque de longueur de bras. De plus, il ne semble pas très impliqué pour les tâches défensives. Il ne revient quasiment jamais en défense sur une perte de balle, même les siennes, il est souvent déconcentré, à du mal à contenir ses adversaires dans le jeu sans ballon, parfois trop naïf sur les réceptions… Un passage à la salle de musculation ne fera pas du mal à son jeu défensif mais aussi à ses pénétrations qui manquent de poigne. Tout n’est pas à jeter de ce côté, mais clairement, il n’est pas à l’aise en défense. En revanche, quand on voit ce qu’il peut faire en attaque, ses lacunes sont vite oubliées et compensées par ses coéquipiers.

En somme, Trae Young est un phénomène très agréable à regarder jouer. Si vous n’avez pas l’habitude de regarder la NCAA, Trae Young va vous faire aimer le basket universitaire. Hâte de voir si la hype T-Y va continuer jusqu’à la March Madness et la draft 2018 ou si tout ça n’était qu’illusion. Dans une NBA où le shoot à trois points est roi, Trae Young a de quoi se faire une belle place, mais ça ne sera pas de tout repos.