Puisque je suis fan des Cavs, j’ai donc droit à des démonstrations de coaching flinguées assez régulièrement. J’aime tellement ça, que j’en ai fait une chronique vidéo pour expliquer des phases ou systèmes de jeu. Mais avant de mettre tout cela en place, il y a bien un début, un premier contact, le moment où on découvre son équipe et où notre équipe nous découvre.

Aujourd’hui, j’ai donc décidé de parler des débuts d’un coach qui arrive dans un club sans connaitre un seul joueur. Je vais vous donner ma vision personnelle de ce qu’un coach peut/doit faire avec une nouvelle team pour ne pas se retrouver à faire du Tyronn Lue.

Découvrir son effectif 

De mes années de joueurs, j’ai gardé des souvenirs tactiques de mes coachs mais aussi humains. Un coach drôle, sévère, sérieux, bosseur, méticuleux, bref j’ai eu de tout et la première impression est souvent tenace ici comme dans n’importe quel domaine au final. Ainsi la façon dont vous allez vous présenter et laisser les joueurs se présenter va déterminer une première accroche ou son contraire.

Plusieurs méthodes s’opposent. La « team building d’entreprise » : les joueurs sont en cercle, on se passe la balle en disant son prénom et son poste de prédilection, parfait si vous voulez passer pour un chef scout mais un peu moins avec des U18 qui vont vous prendre pour un ringard intersidéral. Le « One Man Show » où le coach va forcer les vannes sur TOUT ce que vont lui dire ses joueurs, encore une fois très efficace à partir des U16 histoire de bien passer pour un guignol.  La « Dis moi tout Brandon » Oui c’est le coach qui ne vous regarde pas mais qui vous fixe comme s’il essayait de rentrer dans votre crâne pour essayer de finir vos phrases pour montrer à quel point il vous a tout de suite cerné et qui se termine en général par un « Ne me dis rien Brandon, toi tu aimes shooter à 3pts, je le sens. » et Brandon de répondre « Meuh pas du tout je suis pivot ». Enfin la « Je suis malin je vais en profiter pour faire de l’exercice » alors là on est sur le coach pour qui tout est prétexte à être intégré dans un entrainement, donc si quelqu’un se trompe dans un prénom, hop 5 pompes.

Il en existe presque autant qu’il existe de coach mais le meilleur moyen de faire connaissance c’est de simplement donner son nom et entendre celui des autres. POINT. Pour connaitre les qualités de vos joueurs, il ne faut surtout jamais leur demander sinon vous vous exposez à tomber sur le gars qui a décidé de changer son rôle à l’intersaison parce qu’il a subitement envie de briller. Faites des exercices simples pour voir qui excelle en quoi, pour moi la vraie base d’une construction d’un 5 potentiel est là.

Des basiques de handles (30sec de dribble main droite, gauche, croisés, entre les jambes, dans le dos tout ça en regardant droit devant soi pour spotter les gars qui vont collectionner les turnovers en dribblant), de shoot (lancer franc, powershot, mi distance en sortie d’écran, 3pts pour savoir quels sont vos véritables ailiers shooters ou éventuellement un poste 4 qui sait planter d’un peu plus loin, ou bien encore un meneur qui peut envoyer une mine cachée devant ou derrière écran), de rebonds (les pivots en 2 contre 2, le but étant que la balle touche le sol juste en jouant de son physique en protection de balle), des exercices de sprint (pour savoir qui lancer en contre en cas de rebond ou perte de balle favorable à vos gars). Bref uniquement du basique pendant lequel vous devez prendre des notes suivant vos observations. Tout cela vous servira pour coller au mieux à votre animation offensive fétiche ou une autre qui sera adaptée à votre effectif. Faites bien faire à tout le monde leurs gammes sinon ça revient à dire « Toi tu seras le gros qui se met sous l’anneau, qui choppe les ballons et qui arrive en retard en attaque ». Ne pas mettre des joueurs dans des tiroirs. Ca viendra plus tard.

A la fin de ce petit tour de chauffe, les joueurs seront contents d’avoir pu toucher un peu tous les postes et ça sert d’excellente remise en forme globale. Ne perdez pas de vue non plus que vos observations nécessiteront plusieurs affinages (un shooteur peut avoir un jour sans). N’oubliez pas non plus, à la fin de la première séance, de fixer les règles de base de vos entraînements (heure de début, heure de fin, sanctions en cas de non respect…) et de donner votre « mantra » du basket, ce qui régira toute votre façon de travailler avec les joueurs mais aussi votre vision du basket. Ca aide les joueurs.

L’heure de tester votre défense

On peut très bien avoir un cinq performant en attaque mais complètement merdique en défense (Croyez moi je sais ce que c’est) et un bon moyen de le tester est de le confronter à votre second unit qui, en principe, auront à coeur de montrer qu’ils pourraient être titulaire. Encore une fois tout est question d’observation dans un premier temps donc laissez jouer vos joueurs même s’ils font des choses horribles. Dites vous bien que pendant un match vous ne pourrez pas stopper le jeu sans arrêt pour replacer les gars, donc jaugez les comportements naturels de chacun. Quand vous voulez tester un ajustement pour votre 5 avec un joueur de la second unit pour équilibrer le ratio attaque/défense, faites le. Le but est que votre 5 explose la second unit sinon c’est que vous faites fausse route. Je suis parti sur un effectif de 10 joueurs mais si vous en avez plus, ajustez aussi la second unit pour la rendre aussi bonne que possible.

Une fois que vos rotations sont établies dans votre tête, ne mentez pas aux joueurs, surtout ceux en fin de banc, ne leur faites pas miroiter des minutes qu’ils n’auront pas. Avec le temps vous verrez que beaucoup de problèmes qui peuvent surgir en cours de saison auraient pu être réglés avant que celle-ci ne commence.

Animation avant système

Dernier point avant d’attaquer le coeur de votre coaching, l’animation offensive et défensive de votre équipe. Je différencie beaucoup les deux car pour moi l’animation est une routine et le système répond à un besoin précis. Ainsi la première va constituer le corps de votre équipe. Les mouvements que l’on fait sans réfléchir, les aides, les switchs, les écrans, bref tout ce qui se fait sans qu’on ait besoin de prendre un temps mort pour le spécifier. C’est l’identité de votre équipe, son style de jeu. C’est vraiment important d’avoir cela dans une équipe parce que les systèmes sont là pour créer des opportunités spécifiques dans des moments précis selon moi. Si votre animation offensive est un peu moins efficace contre une zone 2-1-2 par exemple, et que vous constatez que vos gars ont du mal en début de match à attaquer la zone, c’est à ce moment là qu’il faudra appeler les systèmes qui viennent soutenir l’animation et apporter les réponses qu’elle n’a pas su trouver. Idem en défense. Donc, ne proposez pas des systèmes qui font double emploi à votre animation c’est le meilleur moyen d’embrouiller la tête de vos joueurs et surtout de ne pas répondre à vos besoins en match.

Pensez à bien expliquer chaque phase et pas seulement celle où les 5 sont autour de la raquette, une attaque commence au rebond défensif et une défense au rebond offensif. Les joueurs doivent savoir qui fait quoi et quand.

Enfin, dernier aspect sur la tactique qui est parfois négligé. Expliquez votre raisonnement à vos joueurs, non pas pour vous justifier mais pour qu’ils la comprennent au mieux et développent ainsi leur propre QI basket, qui se fait de plus en plus rare. Petit à petit ils vont se mettre à penser comme vous sur le terrain et vous utiliserez vos temps morts non plus pour réexpliquer une chose vue à l’entrainement mais simplement pour apporter une légère modification,  casser le rythme adverse ou faire souffler les joueurs, c’est-à-dire des temps réellement utiles puisque le reste est censé être connu en semaine.

Conclusion

Je le redis, il existe beaucoup de méthodes différentes et toutes ne vont pas marcher avec tout le monde. Je vous donne la mienne mais la vôtre ne marchera que si vous y croyez. Ne prenez pas les joueurs pour des aveugles, vous n’êtes pas leur premier coach, donc ils sauront assez vite de quoi vous êtes fait. Et même si vous jouez au plus bas de l’échelle, ne le faites jamais sentir aux joueurs sinon vous ne serez pas en droit de leur demander de se donner comme des pros par la suite. Travailler de manière décontractée ne veut pas dire s’en foutre, loin de là. Voilà j’ai l’impression d’avoir encore mille choses à dire et en même temps d’avoir fait le tour de la base du coaching selon moi, libre à vous de partager votre expérience.