C’est dans une ambiance moite où résonne le oud et le tulum que je m’apprête à vous parler de Cedi Osman. Non pas parce que je me trouve à la terrasse d’un thé à Skopje profitant de la douce mélodie que me joue un ensemble de musique folklorique se mélangeant aux flots ruisselants du fleuve Vardar, non. Ce qui explique la moiteur c’est une crève tenace laissée par la dernière offensive hivernale et un radiateur de bureau que je peine à régler avec justesse. Pour la partie musicale, on dira que c’est mon goût prononcé pour l’exotisme qui m’a poussé à aller voir ce que donnait les sons folk macédoniens sur Youtube.

De fruits ou de légumes pour certains, la Macédoine est surtout pour Cedi Osman la patrie qui l’a vu naître d’un père turc et d’une mère bosnienne le 8 avril 1995. Il a un frère, Dzaner, lui aussi joueur pro de basket. Je ne vais pas vous faire mon Michel Drucker plus longtemps en vous comptant l’histoire d’un jeune berger devenu basketteur dans la grande ligue parce que c’est pas tellement l’ambiance chez QIbasket. Et que Cedi n’a jamais gardé les moutons. Parlons basket.

En 2001, il intègre les équipes de jeunes du KK Bosna de Sarajevo (devenu Bosna Royal en 2014). Un club qui compte à son palmarès une Euroleague remportée en 79 à Grenoble face à la formation italienne de Varese, véritable ogre à l’époque sur le continent européen. La star locale ayant été Mirza Delibasic (HOF FIBA, 50 GOAT FIBA,….). Bref une bonne petite équipe avec quelques trophées ce qui est toujours une bonne base pour ratisser les jeunes talents des environs. Mais Cedi n’est pas juste un jeune talent des environs et en 2007 il attire le regard des scouts de l’Efes Pilsen (Anadolu Efes depuis 2011), qui le recrute dans les équipes de jeunes.

Tout s’y passe très bien et il part pour la saison 2011-2012 dans l’équipe couveuse de l’Anadolu, Pertevniyal. Naturalisé Turc de par son paternel, il démarre cet été là son 1er tournoi avec les U16. L’année suivante ce sera avec les U18 et il en profitera pour revenir à la maison mère signer son premier contrat pro avec l’Anadolu Efes en 2012.

En 2014, avec les U20, il remporte le championnat d’Europe et est élu MVP du tournoi avec 13.7pts 4.1rbs et 2.5ast. Il est aussi dans le 5 de la compétition aux côtés de Willy Hernangomez entre autre.

2015 sera sa première grosse année pro puisqu’il est starter à 12 reprises avec son équipe et termine 3ème meilleur jeune européen derrière Dario Saric et Giannis Antetokounmpo. Il sera battu par le Fener au game 6 des finales du championnat turc.

Le 25 juin 2015, les Minnesota Timberwolves draftent Cedi en 31ème position et échangent immédiatement ses droits (ainsi que ceux de Rakeem Christmas et un tour de draft) contre les droits de Tyus Jones détenus par les Cleveland Cavaliers.

Il continuera à jouer en Turquie jusqu’en juillet 2017, après quoi il paraphera un contrat de trois ans pour 8.3 millions avec la franchise de l’Ohio.

Cedi débarque donc au training camp avec une tête de 1er de la classe, pourtant, il a déjà un sacré vécu. C’est vrai que ce n’est pas le 1er européen qui débarque en NBA avec un certain CV mais je n’en avais pas pris complètement conscience avant d’écrire cet article. Jouer l’Euroleague et la tête du championnat turc, ça habitue déjà à supporter certaines choses qui ne sont pas toujours là chez les jeunes draftés ricains.

Très peu utilisé par les Cavs en début de saison, il reçoit son premier lot de minutes significatives le 20 novembre lors de la large victoire des siens face aux Pistons. En 14 minutes il compile 7pts, 4rbs, 1ast et 1blk. Il reçoit encore du temps de jeu mi décembre en cumulant sensiblement toujours autant de stat. Les joueurs et la presse qui suit les Cavs au quotidien décrivent un jeune garçon plein d’énergie positive qui a une grande soif d’apprendre et alors qu’on se dit que la saison des Cavaliers et de Cedi sont lancées, arrive le mois de janvier 2018.

Les Wine and Gold font la gueule en ce début d’année et Cedi en fait les frais avec des minutes réduites et un sentiment de colère gronde dans l’Ohio. Ca y est le drama est amorcé. Ca se tire dans les pattes, les joueurs ne se cachent plus sur le terrain pour montrer à quel point la franchise est dans le mal et on ressort les articles qui prédisent la destination de LeBron lors de la future free agency. Mais au milieu de ce cirque, on voit passer un post Instagram montrant Cedi lors d’un workout légendé « Always working, always smiling ». Alors je suis pas pour le côté fleur bleue mais je me souviens assez bien de ce post en me disant « le gars est juste content de jouer, c’est cool »

Quelques jours plus tard, les….Minnesota Timberwolves rendent visite à des Cavs malade à la Q Arena. A l’aller, le match avait tourné court tant les hommes de Thibodeau avaient écrasé leurs adversaires. Frustré, Isaiah Thomas avait même été expulsé après une manchette sur Wiggins. Aaaaah le karma.

Ce soir là, Cleveland semble vouloir un peu jouer au basket et les Wolves moyen. Mais au delà de cela, il y a un gars qui court partout et sur tout, c’est Cedi. 21 minutes sur le parquet et une énergie communicative qui sera saluée par le King en personne en interview postgame qui parle à ce moment là de « pureté dans son jeu », qui ne se soucie pas des problèmes, qui aime le jeu. Ce soir là IT sera benché quasiment à chaque possession à défendre et à la place Cedi viendra définitivement s’imposer dans le coeur des fans grâce à sa frénétique envie de récupérer tous les ballons.

Quelques jours plus tard, la trade deadline est là et on insuffle un vent de jeunesse à l’équipe. Cedi a sans doute inspiré cette nouvelle République de Krouchevo. A l’instar des rebelles Macédoniens issus du peuple de 1903 qui avaient renversés les Ottomans pour prendre le pouvoir pour 10 jours, Cedi n’en a mis que 2 pour amener Cleveland à revoir sa politique de recrutement en se débarrassant des noms ronflants, des torpilleurs de vestiaire, des paresseux.

LeBron n’a jamais aimé faire confiance aux jeunes. Dans ses équipes et surtout depuis son retour à Cleveland, on l’a vu bâtir des murailles d’expérience pour faire avancer son navire et cette année était sans doute celle de trop pour tout le monde. Je ne dis pas que Cedi est responsable de cela à 100% mais si j’en juge par les déclarations de LeBron après ce fameux match remporté au buzzer, je me dis que ça n’a pas du le laisser indifférent. Il a vu qu’un jeune macédonien armé d’envie pouvait lui être plus utile qu’un meneur scoreur qui cherchait à forcer son retour en blâmant les autres de ses propres lacunes. C’est peut-être même ce qui a décidé le deal avec les Lakers plutôt que celui menant à DeAndre Jordan et lorsqu’on voit le match contre Boston et ce qui s’y est passé, je pense que LeBron a compris que la jeunesse pouvait aussi jouer en sa faveur. Alors oui ce n’est qu’un match mais pour quelqu’un qui suit les Cavs, vous n’imaginez même pas le virage complet qui a été opéré et qui a été visible au TD Garden.

Alors je ne sais pas ce que Cedi a encore sous le pied. Il peut encore progresser dans bien des domaines (lancers francs, shoots extérieurs, dunks en contre attaque…) mais l’énergie et l’insouciance dont il fait preuve pourrait être un atout important lorsqu’il faudra se retrousser les manches en poste saison et ceux qui pourraient avancer le manque d’expérience de Cedi, n’oubliez pas ce qu’il a déjà vécu car ce serait faire insulte au basket européen de ne pas considérer cela comme un passé solide.