Si vous suivez la NBA un temps soit peu et que vous êtes actifs sur les réseaux sociaux qui nous entourent, vous connaissez forcément le site TrashTalk. Depuis 2012, ce qui au départ n’était qu’une idée, qu’un délire de pote, est devenu une place forte du basket américain en France, si bien que certains n’hésitent pas à parler de la plateforme comme d’un média de référence désormais. Jamais en panne d’idées, l’équipe du site en question accélère sans cesse la cadence, et pourtant comme ils aiment le rappeler, ils ne font que « préchauffer« . Début 2018 sur Twitter, l’équipe a propagé une vague de teasing sur l’ensemble du réseau. Du lourd était à prévoir, un truc vraiment costaud. Mais quoi ? Impossible d’avoir la réponse avant ladite date annoncée du 31 janvier. Une appli pour la TTFL ? Une tournée en province pour le documentaire Lenny Cook ? Une raclette géante ? Et finalement, le jour venu, difficile de passer à côté de l’annonce : TrashTalk sortait son livre. « Trashtalk, le basket américain en 300 listes » pouvait-on lire sur la couverture, disponible le 14 février aux éditions Marabout. Très vite la couverture jaune a envahi les fils d’actualité de chacun, le #LeLivreTrashtalk s’est propagé à une vitesse folle, les précommandes ont été faite en masse, et le livre était déjà un succès avant sa sortie.

Une fois retombé l’emballement de l’annonce, quelques questions faisaient surface. JR Smith et Javale McGee en couverture ? Ils auraient pas dû mettre LeBron et Curry pour parler au plus grand nombre ? Un livre de listes ? Mais genre comment ça, vraiment que des listes ? Après l’excitation, venait le mystère. Qu’est-ce que vaut vraiment le livre de Trashtalk? Après des heures passées à le feuilleter, voici ce qu’il en est pour votre serviteur.

Une patte reconnaissable d’entrée

Dès les premières pages, on sait où l’on est. Oui, les gars de Trashtalk ont écrit un bouquin, et on les reconnait directement. Impossible de se tromper si l’on est déjà habitué du site ou de la chaîne YouTube. Partout au fil des pages, vous reconnaitrez la patte des maîtres des lieux : dans les mini-listes, dans les plus grandes, dans les punchlines bien cachées, dans les photos choisies, les titres, les explications et même dans les remerciements… Le livre est imprégné de l’ADN du site. Comme un prolongement du travail fourni tous les jours, mais entre vos mains et sur papier.

A la lecture d’une liste cachée en bas de page, il arrive plusieurs fois qu’on se dise par exemple « Ça c’est Giovanni qui l’a écrit, c’est obligé« . Quand ça parle de pompes ? « Ça, ça doit être David« . Et même si la réalité serait toute autre, là n’est pas l’important : on est venu lire un bouquin écrit par l’équipe Trashtalk, et on n’est pas déçu. Pour les plus sceptiques, dites vous que l’intérieur est à l’image de l’extérieur. Parmi tous les sites basket que vous lisez, lequel serait assez inconscient pour poser une photo de JR Smith et Javale McGee en couverture, sur fond jaune ? Authentique on vous dit.

Pour ceux qui ne connaissent rien du site, de la chaîne ou des auteurs, le style utilisé peut étonner, mais il marche tout aussi bien. « T’as vu, ils ont fait un espèce de graphique pour comparer les tailles, ils ont mis Mimie Mathy et Sarkozy bordel, ils ont rien respecté » dixit la compagne de votre serviteur, morte de rire. Dans le mille. Et en plus, le livre est soigné. Sûrement en hommage à Carmelo Anhony, l’un des joueurs préférés de la rédaction, le livre est teinté d’orange, bleu, blanc et noir, Knicks mode. Sans être un expert du style, je peux vous le dire : oui, il est beau.

Les listes ? Ça marche

Quand le principe des listes a été abordé, certains ont pu douter. Des listes ? Genre une compilation de top ten ? 300 en plus de ça ? Mais c’est bof non ? Bah non, pas du tout même.

D’emblée, le lecteur est accueilli par une première liste : un rappel des 13 premières règles du basketball inventées par James Naismith, traduites pour l’occasion. 299 autres vont suivre. Et si vous vous attendiez à une compilation de top sans intérêt, ce n’est visiblement pas la bonne adresse. Chaque chapitre (14 en tout) à son propre thème, et ses propres listes. Et de la même manière, chaque liste a son intérêt : de la simple liste « à la con« , présente pour la déconne pure et dure (une pensée pour la liste des joueurs moches « Cheum on you« , vrai coup de cœur) à la liste détaillée et historique, pour apprendre l’histoire de la balle orange.

Au fur et à mesure que les pages avancent, on multiplie les lectures de ces fameuses listes, si bien qu’au bout de 15 ou 20 minutes, on se dit facilement « Bon, j’ai dû bien avancer là non?« . Et en vérifiant le numéro de page, on constate encore une fois qu’on s’est trompé. Parce que même si en pensant « liste » on a vite fait de penser « rapidité », dois-je vous rappeler que le livre en compte 300 ? Autrement dit, vous aurez de la lecture pour des heures entières. Parce que oui, même si chaque liste se lit vite et qu’on ne perd jamais 10 minutes à essayer d’en comprendre une, chaque page est utilisée avec soin pour en apprendre le maximum, et avec 300 listes, le plaisir est sans cesse prolongé.

Du rookie au veteran

Et le contenu dans tout ça ? Et bien là-aussi, les gars de Trashtalk surprennent. Faire des listes c’est bien, en faire des aussi diversifiées et aussi fournies, c’est fort. Le boulot de documentation est énorme. On se doute bien que toutes les informations et anecdotes qui viennent agrémenter les 288 pages du bouquin ne sont pas toutes sorties de la tête des rédacteurs comme ça, et que le tout est le résultat d’un travail monumental abattu en amont. Au fil des 14 chapitres que comptent le livre, tous les aspects du basket sont abordés : l’histoire, les français, le style, les règles, l’international, les stats, les coachs, les records, les rivalités, du old-school, du new-school, … Non, le bouquin à la couverture jaune n’est pas un livre technique, tactique, ou qui parle de basket pur et dur dans ses aspects les plus fins. Mais toute la NBA est passée au peigne fin, si bien que chaque chapitre regorge de son lot d’anecdotes et d’histoires folles et parfois inconnues.

Mais là où le livre réussit son coup, c’est que tout le monde peut y trouver son compte. Forcément, certaines listes vont plutôt parler à ceux qui s’y connaissent déjà un peu, qui pratiquent, qui connaissent l’univers NBA ou son histoire, mais pour la majorité elles sont accessibles à tous. Toutes les explications sont claires, même quand il s’agit d’expliquer à l’écrit un mouv’ spécifique, ou de resituer un contexte ou une époque. Du rookie NBA au vétéran, tout le monde peut y trouver son compte.

Vous voulez un exemple ? Un jour que je révisais tranquillement – oui, votre serviteur est accessoirement étudiant – Madame a attrapé le livre à la couverture jaune et a commencé à fouiller – « Je te préviens, il y a des trucs où tu vas pas peut-être pas trop comprendre ». Après 5 minutes, alors qu’aucun bruit ni aucune question de sa part n’avait fusé, un « Aaaaah mais c’est dégueulasse » franc et sincère se fit entendre. Madame était en train de chercher sur Google les images des chaussures les plus moches, qui ont droit à leur propre mini-liste. Quand je vous dis qu’il y en a pour tout le monde.

Plus sérieusement, il y en a vraiment pour tous les goûts, tous les niveaux de connaissances, et toutes les curiosités. Comme dit précédemment, il y a de la lecture en balle et ce quasiment à chaque page. Le débutant apprendra à connaître le monde NBA à travers des listes plus ludiques, plus funs, plus accessibles, tandis que le public averti saura trouver son bonheur en baladant ses yeux sur des noms qu’il n’a jamais vu auparavant, des histoires méconnues, des souvenirs qu’il avait oublié, …

Bilan ?

Vous l’aurez compris facilement, ce bouquin est un must-have selon moi – ça vaut ce que ça vaut hein – pour tout fan NBA.

Déjà, les livres traitant de la NBA en France sont trop rares pour être ignorés par nous, les fans. Faites l’expérience par vous-même. Il suffit de vous poser devant le rayon Sport de votre librairie la plus proche et de regarder l’offre concernant le basket. De base, l’offre Sport est déjà assez pauvre. La partie basket, quand elle existe, se résume parfois en 2 ou 3 livres. Alors quand un média français spécialisé s’attaque au sujet et décide de sortir un livre, il faut le soutenir. Pour montrer déjà que oui, le basket peut faire vendre. Mais aussi et surtout pour montrer qu’on peut écrire des choses de qualité dessus, sans forcément viser un public averti et hyper-ciblé.

Ensuite, le contenu. Beaucoup de lecture, beaucoup d’anecdotes inconnues, oubliées, de faits parfois complètements barrés, d’histoires improbables, de souvenirs remémorés, … C’est un régal pour n’importe quel fan NBA. Sans faire un historique détaillé de l’histoire du basket NBA et sans rentrer dans le « trop technique », le bouquin traverse toutes les époques et les aspects de la balle orange pour servir le lecteur. Et chose toujours utile : vous pourrez le relire dans 6 mois ou 1 an que vous continuerez d’apprendre des choses.

Enfin, parce que ce livre apporte sa pièce à l’édifice du basket et de la NBA en France. J’ai commencé le basket très tôt, et très vite, j’ai eu des bouquins entre les mains qui abordaient ce sport qui commençait gentiment mais sûrement à faire partie de mon train de vie. « Le basket de A à Z« , les fameux Livres d’Or, les premiers bouquins sur TP, d’autres sur Jordan … Tous m’ont aidé à aimer ce sport encore plus et à m’y intéresser davantage. Des années après, Trashtalk prend le relais et perpétue la tradition avec ses 300 listes. Après avoir refermé le livre, on en connait plus, et on a envie d’en connaitre encore plus. Je crois que c’est ce qu’on peut appeler un pari réussi.

Chapeau à vous !

Sources images : TrashTalk, Icon Sport/B.Fernandez