C’est désormais officiel, les Minnesota Timberwolves joueront les Playoffs NBA cette saison, 14 ans après leur dernière participation. Un soulagement énorme pour les fans, et un aboutissement pour une franchise qui a connu de nombreux déboires au cours des 20 dernières années. Cette récompense, les Loups l’ont décrochée au terme d’un match incroyable face à de valeureux Nuggets, qui méritaient tout autant leur place en postseason. Retour sur un parcours du combattant, achevé sur une lutte épique.

14 ans de disette

Cela était, et reste pour le moment la plus longue période d’absence d’une franchise en Playoffs NBA. En brisant cette série noire, Minnesota met fin à un refrain qui ne cessait de se répéter, année après année. Aujourd’hui, et pour ne pas les citer, ce sont les Kings qui pourraient venir contester ce titre, avec une série en cours de 12 ans sans postseason.

Du côté de Minny, on voit ici l’aboutissement d’un travail de longue haleine, de redressement d’une franchise à bout de souffle après la saison 2004. Car après 7 éliminations consécutives au premier tour depuis l’arrivée de Kevin Garnett, les Wolves arrachaient cette saison-là 58 victoires, et réalisaient surtout un superbe parcours en playoffs, qui les emmènera jusqu’en Finale de conférence. Cependant, la situation délicate de l’effectif, qui tendait à s’essouffler en raison de l’impossibilité d’être renouvelé (salaires, et surtout suppression des tours de draft 2001,2002, 2004 et 2005), aura raison des Timberwolves la saison suivante. Manque de motivation, blessures, et une première absence des playoffs malgré une saison à 44 victoires. Flip Saunders est remercié, Kevin McHale s’auto-proclamant head coach.

La suite ? Le départ de Garnett en 2007, des échecs successifs lors de la Draft, des choix managériaux douteux… Jusqu’à l’arrivée de Kevin Love. L’ailier fort insuffle un vent nouveau à Minny, mais ne parvient pas à emmener sa meute en playoffs. A nouveau, les dirigeants bousculent les choses, et récupèrent Andrew Wiggins qui vient d’être choisi en première position de la draft par les Cavaliers. Le tanking continue, et l’année suivante verra Karl-Anthony Towns débarquer en premier choix de la draft 2015. L’été dernier, un gros coup d’accélérateur fut donné au développement de la franchise : l’acquisition de Jeff Teague, Taj Gibson, Jamal Crawford et surtout Jimmy Butler. L’objectif est clair : retrouver la postseason, enfin.

Une saison délicate

Les attentes placées en début de saison était hautes. Pourtant, c’est une saison régulière compliquée qu’ont connu les Wolves. Des premiers pas brouillons – mais victorieux -, des difficultés d’adaptation et de complémentarité, et surtout de grosses lacunes défensives. Au fil des matchs, Minnesota monte finalement en puissance, sous l’impulsion d’un énorme Jimmy Butler, qui prend le leadership de l’équipe, bien aidé par l’expérimenté Taj Gibson.

Pendant longtemps, les Wolves squattent le top 5 de la Ligue, se plaçant en outsiders sérieux à l’Ouest. Certes, les gros matchs restent compliqués, mais les victoires face à OKC et surtout contre les Cavs montrent les qualités d’un groupe solide et combatif. Chacun trouve son rôle, l’intensité défensive monte d’un cran, et Minny enchaîne les performances abouties.

Lorsque l’équipe perd Jimmy Butler, lourdement touché au ménisque, c’est tout l’équilibre de la franchise qui vacille. Incapables de tenir la cadence de la fin de saison, manifestement épuisés, les Wolves craquent sous la pression et perdent des matchs inquiétants. Et ce qui semblait impensable quelques semaines plus tôt devient réalité : jusqu’au bout, Minnesota devra lutter pour gagner sa place en playoffs. Pire, les performances des concurrents génèrent une situation incroyable à l’Ouest, et Minnesota se retrouve devant la guillotine, face aux Denver Nuggets. Une seule franchise avancera vers le billot, la sentence sera prononcée au terme des 48 minutes… Minimum.

Un final épique

2h du matin en France, l’heure est venue de connaître l’issue d’une saison plus ouverte que jamais. Le Target Center préchauffe, et les premières minutes du match donnent le ton d’une rencontre sous haute pression. L’engagement est déjà bien présent, mais l’enjeu se fait ressentir. Les Nuggets semblent alors plus libérés, sous l’impulsion d’un Will Barton à l’énergie débordante. En face, les Wolves ne paniquent pas, et recollent rapidement. Towns et Butler maintiennent Denver à portée, et c’est avec surprise que le banc de Minnesota fait la différence. Bjelica insuffle sa hargne même en défense, et ce sont les hommes de Thibodeau qui prennent une courte avance.

Le deuxième quart-temps pose définitivement les bases du match. D’un côté, KAT et Butler mènent la meute, pendant que Jamal Murray commence à chauffer aux côtés de Nikola Jokic. La défense des Wolves provoque quelques pertes de balle, et les coéquipiers de Buckets prennent une longueur d’avance. La première mi-temps s’achève sur une tension palpable, symbolisée par la nervosité des deux pivots stars. D’un côté, Jokic frustré par les coups de sifflet oubliés. De l’autre, Towns hors de lui après sa troisième faute, évitable, en toute fin de période. Minny caracole en tête à la pause, Denver semble avoir lâché prise pendant quelques minutes, mais les dernières secondes sont annonciatrices de la suite des événements.

Au retour des vestiaires, les rôles sont clairement inversés. Towns est sorti de son match, pendant que Jokic a su calmer ses nerfs. Le pivot serbe roule sur les Wolves, littéralement. Au cours du troisième quart-temps, il fait la totale à ses adversaires : mi-distance, provocation de fautes et trois points dévastateurs (3 consécutifs!). Pourtant, les Nuggets ne parviennent pas à prendre les devants, bafouillant leur basket et perdant de précieux ballons lorsque les opportunités se présentent à eux. En face, Teague et Wiggins réalisent un match propre, avec des tirs importants et une efficacité primordiale, notamment en l’absence de Butler.

Le quatrième quart-temps démarre à 99-91 en faveur des joueurs de Thibodeau. La pression s’intensifie, si tenté que cela est possible. Les Nuggets ne paniquent pas, et l’heure de Jamal Murray est arrivée. L’arrière de Denver enchaîne les possessions plus dingues les unes que les autres, plantant des gros tirs sur la tête de Wolves impuissants. Et ce qui n’avait plus eu lieu depuis le 1er quart arriva : égalité à 101 partout, et un peu moins de 2 minutes à jouer sur l’horloge. Et alors que Butler détient une quasi balle de match à 28 secondes du terme, la possession est aussi mal gérée que bien défendue. L’ancien Bull prend un tir trop compliqué, et c’est désormais Denver qui bénéficie d’une vraie balle de match, avec environ 5 secondes à jouer. Ballon donné à Jokic, qui subit une énorme défense de Taj Gibson. Non content de contenir le pivot serbe, il lui enlève le ballon et le sauve de la sortie. Résultat, une ultime opportunité avec moins de 2 secondes sur l’horloge, et une possession à nouveau mal gérée. Prolongations, comme si la pression n’était pas suffisante.

En overtime, Barton répond à Butler pour donner enfin l’avantage aux Nuggets. Cependant, Teague arrache un floater au buzzer pour faire repasser les siens en tête. Derrière, les joueurs de Denver ratent plusieurs occasions, donnant l’opportunité à Andrew Wiggins de clore les débats sur la ligne des lancers. Le Target Center explose, leurs Minnesota Timberwolves arrachent le dernier siège en playoffs. Il y a 14 ans, ils manquaient la qualification pour une victoire, au profit de Memphis. Cette saison, ils décrochent le graal sur la même marge. La récompense d’une saison semée d’embûches, acquise en équipe.

Depuis le mois d’octobre, si la régularité n’a pas toujours été au rendez-vous, on ne pourra que reconnaître la faculté des Wolves à vivre et mourir ensemble. Chaque joueur a apporté sa contribution et a connu ses moments de faiblesse. Le match d’hier soir en est le symbole : rien de simple, mais des rôles respectés, et des facteurs X qui ont répondu présent. Si KAT et Butler ont globalement mené l’équipe, Teague et Wiggins ont su apporter les points et l’efficacité nécessaire. Si le banc n’a que peu joué, circonstances et tradition Thibodienne oblige, le véritable héros de cette rencontre se nomme bel et bien Taj Gibson. Remarquable d’abnégation et de professionnalisme tout au long de la saison, l’ancien Bull est l’auteur de l’intervention décisive sur Jokic en fin de temps réglementaire, avant de contenir la furie du pivot serbe en prolongations. Une performance défensive de haut vol, et la diffusion d’une expérience essentielle auprès de ses coéquipiers.

Les Wolves avaient le couteau entre les dents. Les Nuggets aussi. Les deux équipes nous ont offert un superbe spectacle, et si l’on avait pu offrir un siège à chacun d’eux, on l’aurait fait sans hésiter. L’heure est à la fête à Minny, mais elle sera de courte durée. Car au premier tour, ce sont les Rockets de James Harden et Chris Paul qui se présentent face aux Loups. Ça va bien faire l’objet d’une petite preview non ?