Entame idéale pour Boston au TD Garden (108-83). Les Celtics surfent sur leur invincibilité à domicile pour prendre l’avantage dans cette finale de conférence au terme d’un match maîtrisé de bout en bout.  Comment expliquer l’ampleur de cette démonstration ? 

Le plan de jeu défensif des Celtes

Brad Stevens et son staff auront eu 4 jours pour préparer ce Game 1 et cela s’est vu dès les premières minutes. Au programme : des switchs de partout agrémentés d’une petite surprise pour punir la chasse au mismatch des Cavs.

Quelques possessions auront suffi pour comprendre que les deux équipes allaient changer sur la plupart des écrans, les Cavs appuient d’entrée sur le Pick&Roll entre LeBron James et Kevin Love et obtiennent le résultat souhaité :

 

Love provoque une première faute puis sanctionne Morris en sortant un tir avec la planche façon Tim Duncan. Quelques secondes plus tard Boston tentera d’éviter le switch mais trop lentement, poussant Morris à prendre sa deuxième faute (Stevens le laissera sur le terrain à la grande surprise de Nate MacMillan).

L’objectif numéro 1 des Cavaliers fut de cibler Terry Rozier notamment parce que l’arrière présente le mismatch le plus avantageux pour LeBron James.

Or Brad Stevens et son staff avaient tout prévu et les Celtics allaient contrer cette stratégie en adoptant une variante du « scram switch », une stratégie mise en place par Golden State en misant sur la polyvalence et la lecture défensive de Draymond Green :

 

 

Le « Scram Switch » ou switch d’urgence a pour but d’éviter les duels avantageux au poste bas qui résultent souvent d’un changement après un écran. L’attaque dispose ainsi d’un mismatch et souhaite l’exploiter en lui libérant généralement un ¼ de terrain pour le faire. L’idée du Scram Switch est d’avoir un joueur capable de changer avant même (ou pendant) que la passe puisse se faire. Ainsi le mismatch est avorté et l’attaque se trouve en difficulté puisque la possession est bien entamée et qu’il reste donc peu de temps pour trouver un bon shoot.

Cette stratégie est difficile à mettre en place notamment car il y a peu de joueurs capables de jouer le rôle que tient Draymond Green dans la vidéo et même si c’est le cas elle demande une communication et une coordination parfaites entre les défenseurs concernés.

Boston va effectuer une variante de cette stratégie en employant différents joueurs pour effectuer ce changement en utilisant le temps que la passe lobée met pour arriver pour effectuer cette rotation défensive :

 

 

Ici l’action des Cavs démarre par un Pick&Roll classique entre Clarkson et Love. Boston change. Love tente de poster Rozier mais Tatum profite de la lenteur de la passe lobée pour quitter Hood dans le corner opposé afin de réaliser le switch. Rozier n’a plus qu’à reprendre la place initiale du rookie pendant que les Cavs ont perdu l’avantage qu’ils pensaient avoir gagné après le pick&roll.

 

 

Pick&Roll entre Hill et Love. Switch de Boston. Marcus Morris vient du corner opposé pour venir défendre sur Love, Tatum (qui était prêt à le faire également) glisse dans le corner alors que Rozier va défendre sur JR Smith.

 

 

Horns de Cleveland. Switch de Boston et Rozier se retrouve sur James. Love ouvre poste haut pour libérer une ligne de passe. Une nouvelle fois l’aide vient du corner opposé, cette fois c’est Brown qui quitte Kyle Korver (il faut une confiance totale en son coach et en ses coéquipiers pour quitter volontairement l’un des meilleurs shooteurs de l’histoire pour effectuer cette rotation) et profite de la passe lobée pour couvrir la distance nécessaire. Morris le voit et anticipe la rotation vers Korver.

Si James attend une seconde supplémentaire George Hill est seul en tête de raquette mais il se précipite (il est vrai que c’est plus facile à dire devant son écran) et tente la première passe qu’il voit. Perte de balle.

Bien sûr cette stratégie n’est pas sans faille et il suffit d’une action à l’opposé pour créer une diversion suffisante pour empêcher cette rotation, comme ainsi :

 

Kyle Korver sert de leurre et empêche Jaylen Brown de venir aider Rozier. Une fois la passe arrivée Boston est obligé de réagir au mismatch en effectuant une prise à 2 laissant George Hill seul à 3 points.

Les Cavaliers n’avaient pas prévu de voir Boston changer sur autant d’écrans. À force de chercher les duels avantageux les Cavs ont abandonné (en partie) la recette qui avait fait leur succès au tour précédent. Ainsi pendant la majorité de la première mi temps on a vu trop peu d’actions à l’opposé du ballon ce qui est pourtant indispensable pour mettre en difficulté l’une des meilleures défenses de la ligue.

À noter l’importance d’Al Horford qui continue d’éclabousser les playoffs de toute sa classe et son intelligence de jeu à l’image de cette possession :

Horford « tag » Thompson, reprend Love, switch sur Hill, voit le mismatch au poste et la rotation de Baynes. Quitte Hill pour prendre Thompson et le stoppe sous le cercle. Tout cela en l’espace de 10 secondes.

Si les fans NBA sont maintenant habitués au niveau défensif d’Al Horford il faut aussi saluer la discipline incroyable pour leur âge de Jayson Tatum (20) Jaylen Brown (21) Terry Rozier (24) Marcus Morris (28) et Marcus Smart (24).

Comment juger la performance offensive des Cavs ?

86,6 d’évaluation offensive pour des Cavs. Si la stratégie défensive des Celtics a surpris et embourbé les Cavs pendant une partie de la rencontre.

Tout d’abord les Cavs auront besoin d’un LeBron James à un tout autre niveau pour espérer l’emporter. Cleveland n’a aucune marge dans la série et la passivité et le manque d’effort avec lesquels James a évolué (le repli défensif est un concept qu’il semble avoir oublié) a grandement pénalisé les siens hier soir. L’une des meilleures mesures de l’efficacité du « Scram Switch » des Celtics peut se voir au travers des 7 pertes de balles du King. C’est une de moins que pendant l’intégralité de sa série face à Toronto …

James a souvent l’habitude de commencer les séries avec le frein à main donc cette performance n’est pas si surprenante. À voir comment l’ailier réagit à la stratégie celte et avec quelle agressivité il commencera le deuxième match.

Ce qui m’a le plus dérangé avec l’animation offensive des Cavs (autre que Jordan Clarkson qui prend un shoot à chaque fois qu’il touche le ballon) ce n’est pas tant de cibler autant Terry Rozier ou Aron Baynes mais plutôt de ne faire que ça au détriment du succès rencontré lors du dernier tour sur les actions/sets entre Kevin Love et Kyle Korver (brillamment expliqué par Zach Lowe ici). Oui Cleveland a obtenu de bons shoots en attaquant Rozier et oui LeBron James a facilement débordé l’australien lorsqu’ils l’ont obligé à défendre sur lui au large dans le troisième quart temps mais cela ne suffit pas. Encore moins lorsque James joue avec la passivité précédemment évoqué.

 

Ou encore :

 

Difficile de comprendre le peu de fois où Cleveland a appelé ce genre de pin down entre les deux snipers. Boston n’est pas Toronto et ne se fera pas battre encore et encore par la même action mais il est certain que les Cavaliers ont trouvé des solutions dans ce 3ème quart temps.

Tout n’est pas à jeter côté Cleveland notamment parce qu’une partie du problème vient de leur manque d’adresse. Jugez plutôt :

Sur les 86 shoots pris par Cleveland 53 sont considérés comme non contestés par NBA Stats soit 61,6%. Sur ces 53 shoots les Cavs terminent la rencontre à 16/53 soit 30,2 % (le trio Korver Love Smith finit à 5/20 dans ces conditions).

Les Cavs finissent la rencontre avec 13 points sur 21 spots up soit 0,62 Points Par Possessions (ils étaient à 1,21 PPP face aux Raptors …).

Enfin à 3 points :

  • 0/1 lorsque le shoot est « très contesté »
  • 1/8 lorsque le shoot est « ouvert »
  • 3/16 lorsque le shoot est « grand ouvert »

Le basket reste un sport d’adresse et les visiteurs ne pouvaient pas espérer grand chose en shootant ainsi.

LeBron obtient le switch de Rozier et les Celtics sont obligés de venir le prendre à 2 (course de Morris ligne de fond) forçant Tatum à défendre sur 2 bons shooteurs. La passe est bonne, le shoot également mais sans résultat.

On voit ainsi les problèmes que Boston peut rencontrer lorsqu’il n’y a pas de passe à effectuer (et donc une opportunité pour le « Scram Switch ») vers le mismatch entre James et Rozier. Horford est obligé de venir aider et doit couvrir une trop grande distance pour contester efficacement le shoot primé de Smith.

Le problème de ce manque d’adresse est que cela donne des opportunités de jeu rapide à Boston et les celtes ont tout fait pour punir le repli défensif défaillant des Cavaliers. C’est d’ailleurs ce qui a alimenté le 25-2 passé par Boston pendant le premier quart temps.

Des Cavaliers mal préparés défensivement ?

Je ne vais pas m’attarder sur la défense en transition des Cavaliers car c’est un problème qui dure depuis maintenant un moment et ce n’est plus une surprise de les voir se plaindre aux arbitres plutôt que de revenir en défense, ne pas stopper la balle en contre attaque ou encore abandonner des mismatchs (généralement le défenseur prendra l’attaquant le plus proche de lui en situation de transition, même si le poste n’est pas le même = ou « crossmatching »).

Je ne parlerais pas non plus, même si il le mériterait, de la domination totale de Al Horford depuis le début des playoffs (je ne l’ai jamais vu aussi agressif) qui a répété ses gammes face à un Kevin Love totalement impuissant : post up, face up, pick&pop, pick&roll, triple menace à 3 points (distributeur, jab step, drive, shoot …) tout y passe.

Non ce qui m’a le plus choqué pendant le match était de voir les erreurs de communication et de coordination entre les différents joueurs sur des actions qui auraient dû (et l’ont sans doute été) être travaillées à l’entraînement (quel contraste avec la discipline de Boston).

Je recommande chaudement la preview de Mike Zavagno dans laquelle il décrypte la série « chest » que Brad Stevens adore utiliser pour Jason Tatum (ou également nommé « Stack out »). Cette action ou  plutôt série d’actions démarre le plus souvent avec un écran (ou deux) au poste haut pour Tatum qui a plusieurs options derrière : l’isolation, un pick&roll avec l’intérieur, un main à main avec un joueur qui vient du corner.

Ici on ne voit pas le début de l’action mais le rookie reçoit un écran de Baynes, Thompson vient se mettre hors de position en blitzant Tatum qui sert Smart. Connaissant Semi Ojeleye (32% à 3 points en saison régulière, 27,8 % en playoffs) James aurait sans doute du rester connecté à Baynes mais son déplacement force la rotation de Rodney Hood qui laisse Brown seul dans le corner opposé. La passe de Smart est excellente et la sanction immédiate.

Boston souhaite rejouer « Chest » pour Tatum, Clarkson s’y attend peut être en tout cas il perd Smart des yeux pour regarder sur sa droite ouvrant ainsi la main droite de Smart qui le déborde (beaucoup) trop facilement. James ne fait même pas mine de venir fermer l’accès au cercle alors qu’il défend sur le pire shooteur de l’équipe adverse.

Boston souhaite rejouer « Chest » pour Tatum, Clarkson s’y attend peut être en tout cas il perd Smart des yeux pour regarder sur sa droite ouvrant ainsi la main droite de Smart qui le déborde (beaucoup) trop facilement. James ne fait même pas mine de venir fermer l’accès au cercle alors qu’il défend sur le pire shooteur de l’équipe adverse.

Pin down à l’opposé entre Rozier et Tatum. Clarkson ne veut pas changer sur l’écran mais il ne prévient pas Hood à temps. Hood est surpris et Tatum se retrouve seul sous le cercle.

Ce n’est pas un hasard si les Cavaliers ont un NetRating de -20,6 en playoffs lorsque Hood et Clarkson sont ensemble sur le terrain (131 minutes) …

Enfin dans le genre « j’ai envie de m’arracher les cheveux » il y a cette séquence :

Boston a deux options : la première est de poster Jason Tatum (feinte la coupe vers le cercle mais reste côté ballon), la seconde est d’effectuer un main à main ou un Pick&Roll entre Smart et Horford.

Boston joue le P&R mais Smart n’a nulle part où aller sauf que Love va lui donner un échappatoire. Théoriquement l’espace d’un tel jeu à deux est « condamné » par la présence au poste du rookie, pourtant Love va « contenir » (descend au niveau de l’écran) ce qui est incompréhensible vu la situation (espace déjà occupé) et surtout le personnel qui est utilisé (Horford pop après la majorité de ses écrans). Cleveland se saborde et Horford se retrouve seul à 3 points.

La majorité des décisions défensives des Cavaliers n’ont aucun sens et surtout on ne sent aucune ligne directrice.

Pourquoi Love va t-il contenir ce Pick&Roll et l’instant d’après venir le trapper ?

Pourquoi James ne profite pas de défendre sur Semi Ojeleye pour venir aider alors que le forcer à shooter devrait être un objectif majeur pour Lue et ses hommes ?

Si j’ai évoqué la chasse au mismatch entreprise par les Cavs l’inverse est tout aussi vrai. Boston a attaqué sans relâche le duo Korver-Love ou encore Jordan Clarkson et Rodney Hood lorsqu’ils sont entrés en jeu sachant qu’ils auraient toutes les peines du monde à pouvoir rester en face de leurs adversaires directs et que les chances de les voir manquer une rotation étaient très importantes. Boston l’avait très bien fait face aux shooteurs de Philadelphie et cela s’est répété hier soir.

L’une des différences de Boston par rapport à Indiana ou Toronto est que Brad Stevens dispose de nombreux joueurs capables d’exposer un roster des Cavs trop limité défensivement.

***

Le premier match a livré son verdict et celui ci fut sans appel. Mais comme souvent l’histoire d’un match est rarement celle du suivant. La deuxième mi temps des visiteurs fut bien meilleure et peut être qu’un comeback est possible si Tyronn Lue ne met pas son pire 5 alors que son équipe est revenue à -14 (le 5 Clarkson Hood James Green Thompson a un Net Rating de -68,6 dans ces playoffs).

Brad Stevens a frappé le premier et contrairement à beaucoup (trop) de coachs en NBA il n’est pas du genre à attendre une réaction pour changer ses plans. Reste à voir quels ajustements les Cavaliers vont effectuer pour ne pas subir les mêmes conséquences mardi prochain.