Tout le monde attendait la réponse des Cavaliers et celle-ci n’a pas tardé. Dominateurs d’entrée de jeu (20-4 après 7 minutes) les hommes de Tyronn Lue n’ont jamais été inquiété et remportent ainsi leur première rencontre de la série. Entre non match de Boston et ajustements de Tyronn Lue, que retenir de ce match 3 ?

Cleveland arrête de perdre son temps

Le rythme offensif des Cavaliers était un des points qui m’avait le plus surpris lors de ces deux premières rencontres. Le schéma défensif de Boston étant ce qu’il est (change sur presque tous les écrans) obtenir un mismatch est un avantage que Cleveland pourra toujours se procurer, qu’il reste 20 ou 5 secondes sur la possession. Voir ces Cavs se satisfaire de cela après 5 secondes pour ne plus rien faire sur le reste de l’horloge était donc très frustrant.

En exécutant davantage et surtout plus rapidement Cleveland a mis la pression sur les rotations défensives de Boston et s’est tout simplement donné plus de chances de marquer.

Contexte absent de la vidéo : nous sommes en sortie de temps mort. Le système est pour George Hill qui reçoit deux écrans ligne de fond ou Smith qui ressort à l’opposé. Boston défend très bien l’action initiale.

Cleveland poursuit alors en passant au plan « B » (importance des guillemets puisqu’ils ciblent Rozier depuis le premier match) en forçant le switch entre Rozier et Morris. Hill libère l’espace pendant que James s’apprête à jouer son un contre un.

La clé ici est de connaître la stratégie adverse. Or depuis le début de la série Boston garde son intérieur le plus proche (ici Baynes) pour venir fermer l’accès au cercle : Thompson est donc laissé libre à 5 mètres. Il fait signe à James avant de venir poser un flare screen dans le dos de Jaylen Brown libérant totalement JR Smith.

Et comme Smith n’a pas besoin de dribbler tout se termine bien pour Cleveland.

Encore une possession en sortie de temps mort, encore un très bon ATO (« after time out ») de Lue.

James flash au poste haut alors qu’une double action s’enclenche : d’un côté une diversion avec un pin down de Nance pour Clarkson, de l’autre Green surprend Smart.

La première action n’a qu’un seul but : occuper la défense et notamment Al Horford. Si rien ne se passe comme trop souvent lors des deux premiers matchs Horford est en parfaite position pour venir en aide. Ici Clarkson ne représente aucune menace mais le mouvement attire suffisamment l’attention de l’intérieur celte pour libérer la raquette.

Jeff Green réalise ce que les Warriors adorent utiliser contre les défenses qui changent énormément : le « flare slip ». En feintant le pin down vers Korver Lue sait que Boston va changer libérant tout un espace derrière Brown.

L’exécution est parfaite et Smart est pris par la passe lobée.

Boston switch le pick&roll entre Hill et Love. Alors que Cleveland souhaite jouer le mismatch au poste bas. Baynes profite de la passe lobée pour effectuer un « Scram Switch » pour que Smart passe sur Thompson.

James coupe et Morris parvient à le suivre mais James sait déjà ce qu’il veut faire et réalise une transversale qu’aucun autre joueur ne peut réaliser vers Smith surprenant Tatum qui n’est pas en position pour contester le tir extérieur.

George Hill au cœur de la création

L’absence d’un autre créateur était un problème majeur pour Cleveland depuis le début de la série.

Sur les deux premiers matchs George Hill avait un USG% de 6,9% (!) équivalent à celui d’un joueur du bout du banc. Encore convalescent de sa blessure au dos Hill ne faisait que du catch&shoot, laissant toute la création à James.

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour voir que cette troisième manche serait différente :

Side Pick&Roll avec Kevin Love sur un ¼ de terrain pour ouvrir l’axe panier panier au meneur. Morris se trouvant sur Thompson il n’y a aucune protection du cercle possible.

Même chose de l’autre côté du parquet avec cette fois Thompson dans le rôle de l’intérieur (Smith coupe pour libérer l’espace). Morris veut changer sur l’écran mais la communication avec Tatum n’est pas assez bonne et Hill trouve parfaitement Thompson. Aucune aide à l’opposé n’est possible vu la disposition des Cavaliers.

En parlant de mésentente :

Pin down de Hill pour Korver. L’écran est posé pour que Korver curl en tête de raquette lui donnant la possibilité d’un main à main si la ligne de passe est coupée. Smart le voit et anticipe la course du shooteur (faites pause au début de la vidéo pour voir l’attitude de Smart).

Korver fait alors ce qu’il fait de mieux, il voit Smart et change sa course pour flasher vers le cercle et éventuellement ressortir par le corner. Smart est pris, demande à Tatum de changer mais le rookie ne réagit pas assez rapidement si bien que les deux Celtics se retrouvent sur le même joueur laissant Hill seul à 3 points.

Certaines rotations de Brad Stevens ont surpris beaucoup d’observateurs notamment la présence de Guerschon Yabusele à la place de Semi Ojeleye. D’ailleurs le français s’est fait immédiatement ciblé par Cleveland.

Love ne fait pas contact sur son écran pourtant Smart change. Hill possède alors deux options : attendre que Love prenne position pour jouer le mismatch au poste bas ou forcer Yabusele a défendre au large un pick&roll. Hill décide de prendre l’écran de Thompson en sachant que Love sera toujours au poste bas si cela ne fonctionne pas. Yabusele, beaucoup trop lent latéralement, est obligé de passer sous l’écran et Hill sanctionne immédiatement.

Ces 4 actions interviennent toutes pendant les 9 premières minutes et donneront le ton pour le reste du match. Avec un usage de 19,1% Hill fait un bien fou aux Cavaliers en manque de playmaker. Sans doute mis en confiance par son début de match Hill allait réaliser un très bon match même si son adresse longue distance fut loin d’être géniale (3/9 malgré d’excellentes positions).

LeBron James donne le ton des deux côtés du terrain

James aura dominé ce match de la tête et des épaules. La majorité de ses passes décisives sont exceptionnelles (ses deux passes main gauche dans le trafic, sa transversale pour d’un corner à l’autre …) donc je recommande chaudement de prendre un peu plus de 4 minutes pour voir l’artiste à l’œuvre :

Pourtant l’aspect le plus important de son match fut de donner le ton défensivement :

Simple high Pick&Roll entre Morris et Baynes. Les Cavs switchent mais Smith n’a pas le temps de contourner Baynes pour se mettre entre lui et le cercle.

James vient du corner opposé (lâche Horford en faisant confiance à la rotation) pour réaliser un contre incroyable.

Simple high Pick&Pop entre Smart et Horford. Nance perd ses appuis et Horford se retrouve seul à 3 points. James vient du corner pour empêcher le tir extérieur mais aussi pour bloquer la ligne de passe vers Tatum (il sait que la rotation ne sera pas faite à temps).

Ojeleye feinte l’écran vers Rozier ce qui surprend Clarkson qui se retrouve cloué sur place. James qui se trouve dans le corner opposé a tout vu et effectue la rotation pour protéger le cercle. À noter que Clarkson réalise la bonne rotation vers Brown.

James a atteint un stade dans sa carrière où il est bien meilleur défensivement lorsqu’il joue le rôle de « free safety » que j’évoquais il y a quelques jours. Si sa lecture du jeu et ses rotations furent catastrophiques dans le match 2 elles furent proches de la perfection dans cette rencontre. Dans les deux premiers matchs Boston ne rencontrait aucune résistance, ils obtenaient des mismatchs facilement et ils savaient qu’en effectuant une ou deux actions la défense des Cavaliers serait hors de position. Ce ne fut pas le cas avant hier. Il est difficile de souligner suffisamment à quel point ce genre de performance est importante pour Cleveland qui n’a personne d’autre pour « menacer » et faire douter les attaquants adverses.

Le choix de Tyronn Lue de le mettre sur Marcus Smart en premier quart temps fut une bonne réponse au récital sur pick&roll de l’arrière lors du match précédent. Par ailleurs le fait de voir leur leader jouer avec une telle intensité fut contagieux pour le reste de ses coéquipiers à l’image de George Hill ou encore d’un Kevin Love beaucoup moins soft et facile à cibler.

 

Lors d’un match à sens unique il est toujours difficile de savoir ce qui relève de la cause et ce qui relève de la conséquence. Est-ce le non match de Boston qui a permis aux locaux de dérouler ou est-ce que les ajustements effectués par Lue sont la raison dudit non match  ?

Dans le doute et vu le déroulement du match j’ai décidé de changer mon format habituel pour évoquer une liste de points qui (selon moi) méritent d’être mentionnés :

  • Larry Nance Jr se montre

Depuis sa blessure aux ischio-jambiers Nance a beaucoup de mal à revenir à son meilleur niveau mais cette performance doit lui servir de match référence. Très actif en défense (4 passes déviées et une bonne communication) l’intérieur a aussi fait parler la « gravité » de son jeu sur pick&roll attirant l’aide défensive vers lui grâce à ses talents de finisseurs libérant ainsi les shooteurs.

Une bonne nouvelle pour Cleveland qui doit continuer à jouer avec un intérieur aux côtés de Kevin Love.

  • Un changement de défense sur Al Horford ?

Tristan Thompson continue de lui mener la vie difficile mais cette fois ce fut la défense collective de Cleveland qui fit la différence. L’effort de ne pas changer sur toutes les actions (donner trop facilement des duels avantageux) et de rester connecter à Al Horford sur les écrans furent évidents et les conséquences immédiates :

– forcer les arrières de Boston à prendre plus de décisions

– empêcher Horford de punir les mismatchs

Et cela entraîne le prochain point :

  • La mauvaise sélection de tirs de Boston

Donner plus de responsabilités à Terry Rozier, Marcus Smart et Marcus Morris fut une très bonne chose pour Cleveland. Ces joueurs sont capables d’être très bon mais aussi de tomber amoureux de leur « pull up » à mi distance. Et ce fut le cas.

Ce sont des shoots que les Cavaliers sont heureux de laisser à Boston. D’une part ils sont inefficaces, d’autre part cela évite à la défense d’avoir à travailler en mettant la pression sur la communication et les rotations défensives.

  • Aron Baynes, meilleur ami d’Al Horford ?

C’est un des grands enseignements de ces 3 premiers matchs : dans cette série le dominicain a besoin de jouer aux côtés de l’australien. Sans lui le frontcourt James-Love-Thompson domine :

Lorsque Baynes est sur le terrain Boston possède un Net Rating de +11 (66 min)

Lorsque Baynes est sur le banc ? -3,8 (78 min)

De quoi forcer un changement de 5 majeur pour Brad Stevens ? Pas aussi tôt mais si jamais le prochain match se déroule de la même manière cela pourrait être le cas pour le match 5.

  • No place like home …

Cela a été dit et répété mais les celtes ne sont plus la même équipe lorsqu’ils quittent leur TD Garden :

À domicile : 9-0 avec un Net Rating de 10,8

À l’extérieur : 1-5 avec un Net Rating de -12,9

Une donnée qui symbolise cela est leur sélection de shoots qui change énormément d’un environnement à l’autre (notamment parce que l’exécution n’est pas aussi bonne). Ici on peut voir la qualité des tirs extérieurs pris et la différence du troisième match avec les 2 premiers :

 

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Cleveland se devait de répondre aux démonstrations celtes et c’est désormais chose faite. Après avoir affiché un visage moribond pendant les deux premières rencontres Cleveland est redevenu, l’espace d’une nuit, cette équipe brillante dont la puissance de feu reste inégalée dans leur conférence. Bien menés par un LeBron James dominateur et très inspiré les Cavaliers ont puni une jeune équipe celte qui n’a jamais su rentrer dans son match.

Alors simple coup d’un soir ou premier avertissement pour Boston ?