Boston a plié mais n’a pas rompu. Après une première mi temps dominée par des Cavaliers adroits et menés par un LeBron James en feu, Boston a retrouvé les ingrédients qui ont fait son succès lors du premier match en dominant tactiquement et physiquement son adversaire (94-107). Boston mène la série 2-0.

Comment Boston punit le manque de polyvalence des Cavaliers

L’une des grandes questions de cette série était de savoir si (ou comment) Boston pouvait scorer suffisamment pour répondre à la puissance de feu de Cleveland.

Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est le cas sur ces deux premiers matchs avec une recette simple mais efficace : du jeu rapide, quelques sets (voir mon article sur le premier match) et surtout une chasse aux mismatchs (ou duels avantageux) de tous les instants.

Une recette qui fonctionne depuis le début des playoffs. Ainsi les celtes possédaient la 18ème attaque en saison régulière avec une évaluation défensive de 105,2. Elle est à 107,7 sur les playoffs et 112,9 sur ces deux premiers matchs.

Les interrogations sur le niveau de l’effectif des Cavaliers sont nombreuses mais ce qui le différencie des 3 autres équipes encore en lice c’est leur manque de « two way players » ces joueurs qui contribuent des deux côtés du terrain. Cleveland n’en a pas ou presque et Boston le sait.

La chasse aux maillons faibles est alors ouverte.

La progression au cours de l’année de Jayson Tatum est remarquable. Tout a été dit sur ce rookie qui joue comme un vétéran et qui est devenu sur ces phases finales un « mismatch killer ». Ce n’est pas un hasard si l’un des objectifs de Brad Stevens est de forcer un intérieur à défendre sur lui.

Ici Larry Nance change sur un écran et se retrouve en tête de raquette face à Tatum. Sa légère hésitation trompe Nance ce qui lui permet d’obtenir un layup.

2 choses à noter :

  • Cleveland devrait forcer Marcus Morris à prendre un tir extérieur mais Green vient aider sans véritablement le faire (surtout que Morris tourne à 40% à 3 points sur ces playoffs)
  • Al Horford vient poser un écran dans le dos de Green pour retenir l’attention de James qui ne peut pas venir fermer l’accès au cercle sans concéder un tir ouvert à 3 points dans le corner.

« Chest » pour Tatum, Cleveland fait le choix de changer sur l’écran poste haut. Tatum voit Thompson face à lui et prend la décision immédiate de le jouer en un contre un. Kyle Korver aurait pu quitter Smart pour le surprendre mais il ne le fait pas et Tatum obtient un ¼ de terrain pour jouer son mismatch.

Derrière le rookie fait parler sa classe avec un step back. Thompson défend bien mais cela ne suffit pas.

Dans le deuxième quart temps Tatum va inscrire 9 points d’affilée. Sur 3 actions consécutives le rookie va chercher et obtenir le mismatch et par 3 fois il va faire payer les changements sur écrans des Cavaliers.

Simple postup de Jaylen Brown sur Korver qui ne peut résister physiquement et se fait enfoncer. James peut sans doute intervenir mais comme trop souvent dans ce match il ne fait pas l’effort.

L’une des grosses surprises de ce match fut le récital de Marcus Smart sur Pick&Roll :

 

Course de Rozier (curl) qui attire l’attention de Hill mais l’action principale est le pick&roll entre Smart et Baynes. Pourquoi ? Parce qu’ils ciblent Kyle Korver et Kevin Love.

Baynes feinte l’écran notamment parce que Smart n’en a pas besoin pour déborder l’ailier avant de flasher vers le cercle. Seul James est en position d’aide mais la course ligne de fond de Morris l’occupe. C’est un 2 vs 1 et Smart fixe Love avant de trouver l’australien.

Écran d’Aron Baynes pour Smart, James passe (logiquement) sous l’écran mais Love défend en drop coverage ce qui aurait été normal il y a encore quelques semaines mais depuis l’australien s’est doté d’un shoot à 3 points (10/20 sur ces playoffs).

Pin down de Tatum pour Horford qui vient jouer le main à main avec Smart. Love et Green pré-switch mais Korver se fait une nouvelle fois déborder par Smart. Love vient en aide mais ne représente aucune menace pour Smart qui termine avec un joli layup renversé.

De deux choses l’une : si Cleveland ne change pas Boston se retrouve à attaquer (une nouvelle fois) les deux pires défenseurs sur le terrain. Si Cleveland change : Korver est toujours ciblé et il n’y a aucune protection du cercle puisque Love est le seul en position d’aider. Et quand bien même il le ferait Smart aurait alors le choix entre l’attaquer ou trouver Tatum.

Les joueurs changent mais le problème reste le même.

Simple pick&roll entre Smart et Monroe contre le duo Korver-Nance. L’objectif de Boston est de forcer Cleveland à défendre cette action à 2 donc Rozier vient poser un écran sur le seul joueur capable de venir aider (Green qui ne fait aucun effort pour combattre l’écran).

Si la saison des joueurs de l’Ohio nous a appris quelque chose c’est que c’est une mauvaise équipe défensive :

Evaluation défensive des Cavs :

109,5 en saison régulière (29ème)

Face aux Pacers ? 107,2

Face aux Raptors ? 110,1

Face aux Celtics ? 112,8

Le problème pour Cleveland est que leur roster est rempli de joueurs que les Celtics peuvent attaquer. Korver et Love sont indispensables à l’animation offensive des Cavaliers (j’y reviendrai) mais ils sont des cibles de choix pour Boston (idem pour Clarkson au premier match et Nance hier soir). Et contrairement face à Indiana ou Toronto il n’y a pas d’endroit où les cacher.

Un problème que rencontre également LeBron James qui aime bien récupérer en défense en ayant un rôle de « free safety ». Boston le sait, que ce soit sur l’action principale ou sur une action à l’opposé, les celtes veulent le pousser à défendre.

Son match d’hier m’a beaucoup fait penser à celui de James Harden lors du premier match face à Golden State : injouable en attaque mais coûtant beaucoup trop de points à son équipe en défense.

Pick&Pop entre Smart et Horford en tête de raquette, James a les yeux sur l’action principale. Morris le voit et coupe dans son dos.

Smith qui est face à l’action le voit et lâche Brown pour empêcher la passe vers Morris (sinon layup). Le manque de communication entre lui et James libère Brown.

Nouvelle incompréhension entre James et Smith (regardez sa réaction après le shoot de Smart).

Pin down de Morris pour Brown bien anticipé par Smith qui passe au dessus coupant ainsi la ligne de passe avec la tête de raquette (sans doute prévenu par Thompson) mais James, pourtant face à l’action, joue le « Hero Play » en quittant purement et simplement Smart pour venir aider.

Smart le voit et curl en tête de raquette alors que Smith s’aperçoit de la rotation de James mais n’a pas le temps de sortir sur l’arrière.

Le plus surprenant dans cette action est que James réalise cette rotation alors qu’il est face au jeu. À l’instant où il réalise que Smith a parfaitement suivi la coupe de Brown il devrait reprendre Smart. Ce qu’il ne fait pas.

Pin down de Rozier pour Brown ligne de fond qui se termine par un dunk. James n’est pas en position et réagit trop tard à l’écran.

Grâce à son premier pas Brown prend encore l’avantage sur James et force la rotation défensive de George Hill. Thompson sort sur Rozier qui réalise l’extra passe vers Horford (aucune réaction de Love qui aurait du se replacer après avoir vu l’aide de Hill).

Dernière vidéo sur la mauvaise lecture défensive de James (mais les exemples sont nombreux) :

La vidéo démarre un peu tard donc voilà le contexte : Crossmatching sur transition avec Korver qui se retrouve sur Tatum. Tatum le poste.

Love profite du fait qu’Horford arrive en trailer pour rester dans la raquette et aider. James est derrière Horford et a toute la situation devant lui. Il devrait voir Hood qui se trouve en position de couvrir Morris et Rozier. Voilà ce qui se passe :

James fait ce que Tatum attend : il vient aider. Morris se replace pour ouvrir une ligne de passe et rendre impossible la tâche de Hood. Tatum trouve Morris qui réalise l’extra passe vers Rozier. James aura passé toute sa possession défensive (5 secondes) dans la raquette sans couvrir un joueur.

Boston exploite à merveille les carences d’un roster qui a implosé au cours de l’année et qui manque cruellement de polyvalence. C’est un peu l’inverse côté Boston puisque les blessures de Hayward et d’Irving auront redistribué les cartes et les responsabilités sur une grande partie de la rotation.

Les ajustements et les décisions tactiques de Tyronn Lue

C’était un secret de polichinelle : Tristan Thompson allait reprendre sa place de titulaire pour contrer le chantier effectué par Al Horford lors du premier match.

Mais ce choix a t-il était payant pour Cleveland ?

Oui … et non.

Oui parce que l’intérieur a fait ce qu’on lui a demandé de faire : il a très bien défendu sur Horford, a posé de bons écrans pour libérer ses coéquipiers et a été impressionnant (en première mi temps) au rebond offensif.

Non parce que Thompson n’a plus l’impact qui était le sien en 2016 lorsqu’il fut sans doute le troisième joueur le plus important du titre des Cavaliers et cela se voit notamment à sa protection du cercle : face à lui les Celtics shootent à 8/9 (!) dans la zone restrictive.

Début de set similaire au « chest » pour Tatum mais au lieu de ressortir poste haut Morris reçoit un pin down à l’opposé de Jaylen Brown (se retrouve grand ouvert dans le corner à cause d’une nouvelle incompréhension entre James et Smith).

Pendant ce temps là Rozier joue un pick&roll avec Al Horford. Ne sachant pas si il doit rester sur Horford ou le lâcher Thompson se retrouve en no man’s land et Rozier n’est pas inquiété sur son layup.

L’autre problème est que Lue n’a pas copié le temps de jeu de son intérieur sur celui de Horford si bien que lorsque Thompson s’est retrouvé sur le banc l’intérieur des celtics s’est régalé à l’image de d’une fin de match qu’il domine totalement.

Le second point est que l’apport de Thompson peut se faire contrer par Boston à l’image du changement très tôt en deuxième mi temps de Brad Stevens qui insère Aron Baynes à la place de Jayson Tatum : le résultat est immédiat avec un run de 26-16 et surtout une sécurisation du rebond (27,3 ORB% en première mi temps => 9,5 ORB% après la pause). Plus important encore sa présence a eu un effet négatif sur l’animation offensive des Cavaliers puisqu’elle empêche toute la fixation au poste bas, ce dont les Cavaliers avaient usé (et abusé) lors du Game 1.

Autre problème que cette titularisation engendre : l’absence de Kyle Korver. Korver est le troisième joueur le plus important pour l’animation offensive des Cavaliers. Sans lui il n’y a aucun mouvement à l’opposé et trop de possessions se déroulent avec 4 joueurs qui regardent James effectuer son un contre un. Lue a estimé (à tort) que ses carences défensives ne compensaient pas son apport offensif. Les deux grands gagnants de ce choix sont JR Smith encore titulaire malgré une saison très moyenne et un début de série raté (2/16 aux tirs et 0/7 à 3 points sur les 2 premiers matchs) et Boston qui ne peut pas défendre le jeu à deux entre Kyle Korver et Kevin Love.

Le début de match incroyable de LeBron James (25 points en 18 minutes) a finalement été l’arbre qui cachait la forêt : tout le monde s’attendait à une réaction de James et elle a eu lieu même si la qualité des shoots pris par le « King » ne devait pas inquiéter Boston (11 de ses 29 tirs pris à 3 points et tous contestés). Le reste de l’animation offensive des Cavs fut très pauvre, en particulier lorsque Korver fut sur le banc.

La question est de savoir pourquoi Lue a arrêté d’utiliser ce qui a si bien fonctionné contre Toronto et qui fonctionne très bien contre Boston.

Ainsi les celtics changent sur la majorité des écrans sauf quand cela implique Kyle Korver. Dans ce cas le défenseur suit Korver pendant que l’intérieur « drop » laissant son coéquipier à défendre à 2 contre 1. Exemple :

Ou encore :

Système après temps mort où les Cavs cherchent LeBron au poste haut. Pin down ligne de fond de Hill pour Love qui permet à ce dernier d’obtenir un layup (la passe de James est magnifique). Cela n’a rien de compliqué et même si BosTon switch Love se retrouve avec beaucoup d’espace pour jouer son mismatch face à Rozier.

Toronto n’a jamais eu de réponses aux pin downs entre Love et Korver et sur ces deux premiers matchs les Celtics non plus. Ici Rozier anticipe légèrement le pin down de Love, Korver le voit et change sa course pour flasher vers le cercle. Baynes est obligé de lâcher Love pour éviter un layup mais se faisant l’australien donne un tir à 3 points ouvert à Love.

Encore une fois tout ceci n’est pas compliqué. À chaque fois que Cleveland a utilisé le jeu à deux entre Love et Korver ou entre Love et Hill ils ont obtenu de bons shoots ce qui rend inexplicable le faible temps de jeu de Korver et la très faible utilisation de ces systèmes.

Outre l’utilisation critiquable du playbook Tyronn Lue a sans doute coaché l’une de ses pires mi temps à la tête des Cavaliers : j’ai compilé une liste que vous êtes libres de juger comme vous le souhaitez :

  • Aucun changement pendant le run des celtics du troisième quart temps
  • Commence le dernier quart avec Love et James sur le banc …
  • 45 secondes plus tard il est obligé de prendre un temps mort. Le temps de remettre une de ses stars sur le terrain ? Non plus.
  • Aligne un 5 avec Green-James-Love et Thompson dans le dernier quart temps (8 minutes cette saison) alors que son équipe est revenu à -6
  • Sort Korver pour JR Smith (et laisse Green sur le terrain …)
  • Laisse Smith sur le terrain après une séquence d’isolation contre Smart et sa faute flagrante sur Al Horford

Comment Cleveland peut espérer renverser la vapeur ?

Dos au mur Cleveland se doit de réagir et cela doit commencer par une attitude différente. Les jambes des Cavs semblent lourdes, la communication et la concentration ne sont pas celles d’une finale de conférence et voir Boston récupérer chaque ballon qui traîne n’est plus un hasard : Boston a faim et sent la faiblesse de son adversaire.

Pourtant les Cavaliers ont des solutions :

  • Kyle Korver doit jouer davantage

JR Smith : 0 points à 0/7 aux tirs en 27 minutes.

Kyle Korver : 11 points à 4/8 aux tirs en 21 minutes.

C’est l’ajustement le plus simple que peut réaliser Lue et son staff. Oui Boston va l’attaquer sans relâche et oui les Cavaliers vont sans doute avoir du mal à le cacher en défense mais quand on voit la différence de mouvement et la qualité de shoots (voir ci dessus) que sa présence entraîne le jeu en vaut largement la chandelle.

Pourquoi ne pas tester un 5 avec Hill-Korver-James-Love-Thompson ?

Certes cela se ferait au détriment de JR Smith mais vu que celui-ci passe totalement à côté de sa série et qui sait, peut être qu’un retour à domicile et la claque que représenterait une place sur le banc le relancerait.

  • Plus d’actions à l’opposé du ballon

Ce point est évidemment lié au précédent mais il n’y a aucune raison que Korver soit le seul élément déclencheur du mouvement des autres joueurs. Il n’est pas question de limiter les isolations de James qui peut obtenir un mismatch facilement mais d’occuper une partie de l’attention de la défense en proposant autre chose à l’opposé du ballon.

Cleveland le fait trop peu ce qui facilite grandement la tâche de la défense qui peut venir en aide facilement, couper les lignes de passes et rester sur les shooteurs.

C’est d’ailleurs le même problème que Houston a rencontré dans son match 1 face aux Warriors.

  • Limiter le temps de jeu de Jeff Green

Évaluation offensive avec Green sur le banc en deuxième mi temps ? 115,6.

Évaluation offensive avec Green sur le banc en deuxième mi temps ? 65.

Green a joué 16 des 24 dernières minutes.

Comment Jeff Green parvient-il à convaincre une bonne équipe NBA de lui donner une place importante dans sa rotation me surprendra chaque année. Mais nous y sommes, une fois de plus.

Capable de bonnes rotations en défense (comme capable de passer à travers) Green a un vrai impact négatif en attaque pour Cleveland : Boston n’a aucun respect pour son shoot extérieur et son absence totale de mouvement devrait pousser Lue à diminuer grandement son temps de jeu.

  • Matcher le temps de jeu de Tristan Thompson avec celui d’Al Horford

Une évidence ? Pas pour Tyronn Lue.

Boston a eu un net rating de -1,9 quand Thompson et Horford se trouvaient sur le terrain.

Une fois débarrassé de Thompson ? +68,3 (!).

Si Lue compte sur Thompson alors il doit le faire jouer à chaque fois qu’Al Horford est sur le terrain.

***

 

Si vous avez lu mon article sur le premier match vous savez que Cleveland s’était créé 53 shoots ouverts (61,6%). Voici la statistique sur la deuxième mi temps :

 

Seuls 3 de leurs 39 shoots furent « ouverts ». 39 points marqués et une évaluation offensive de 82,6 plus tard Cleveland a tendu l’autre joue pour se retrouver dos au mur.

Mais est-ce si surprenant ?

Qu’est ce que Boston a montré toute la saison ?

Une préparation et une exécution supérieures grâce à un coaching staff qui semble trouver la bonne stratégie au bon moment.

Un roster jeune, talentueux et polyvalent qui ne recule devant personne.

Un caractère incroyable et une capacité à hausser son niveau de jeu face à l’adversité.

Voilà Boston et plus encore.

Est ce vraiment une surprise de voir Cleveland vivre et mourir par les exploits de LeBron James ?

De voir la 29ème défense NBA incapable de réaliser deux bonnes rotations sur la même action, de naviguer efficacement au travers des écrans ou de revenir en courant en défense ?

De les voir inaptes à jouer pendant 48 minutes avec l’intensité, la discipline, la concentration et l’attention aux détails nécessaires pour une finale de conférence ?

De voir cette équipe brillante par moments retomber dans un basket moribond, sans idées et sans mouvements ?

L’est-ce vraiment ?

Et si la plus grande surprise de ces deux premiers matchs n’était pas d’assister à la finale de conférence à laquelle le parcours des deux équipes nous avait tant préparé ?