Lorsque les Bulls ont voulu refondre leur effectif autour Jimmy Butler, échangeant Derrick Rose et envisageant de construire un effectif « plus jeune et athlétique », on pouvait s’attendre à voir débarquer un groupe très agressif en défense et tourné vers du tempo élevé en attaque. L’arrivée d’un coach avec une identité définie comme Fred Hoiberg, nous donnait à penser que cette hypothèse avait tout de quelque chose de bien réalisable. Pourtant, de manière contradictoire et finalement, fidèle à leur logo, les dirigeants ont vu rouge lorsque les possibilités de signer Dwyane Wade et Rajon Rondo se présentèrent. Fonçant sur l’opportunité, ils créaient un effectif à la durée de vie allant de très faible à nulle, sans la possibilité de rivaliser avec les meilleurs, tout en vieillissant l’âge moyen de la franchise.

Sans trop s’avancer, on pouvait dire que ça sentait mauvais pour Chicago, mais miracle … Non, cela s’est bien passé ainsi. Malgré des joueurs expérimentés et un départ solide, l’effectif mal construit soufflait le chaud et le froid dans une ambiance que l’on sentait délétère, pour finalement accrocher une 8eme place et sortir au premier tour.

L’expérience eut l’effet escompté, cette fois les dirigeants s’en tenaient au plan de base et lançait une véritable reconstruction. Sauf que cette fois elle était totale et coûtait sa place à Jimmy Butler, envoyé sans concessions à Minnesota, contre un Zach LaVine convalescent, Kris Dunn et un 7eme choix qui devenait Lauri Markkaanen.

Si l’on en croit la saison des Bulls, la reconstruction a de beaux jours devant elle puisque l’équipe a terminé la saison avec un bilan de 27 victoires pour 55 défaites – ceci leur permettant d’obtenir le 7eme choix pour la draft 2018 à venir. Au cours de l’année, l’équipe a finalement mené une trajectoire l’amenant à la place qu’on lui promettait : dans les bas fonds de l’Est. Une période attire toutefois mon attention, cette période du 9 décembre au 20 janvier. Une série de 8 victoires, puis une série de 3 victoires et quelques gros matchs arrachés. Cette période a été l’occasion (sans Zach Lavine), de voir que la franchise possédait quelques beaux potentiels. Peut être suffisamment bons pour redresser l’équipe plus rapidement que l’on pense.

Quelques éléments m’ont d’ailleurs particulièrement intéréssés : dont Kris Dunn. Au sortir d’une saison rookie très décevante chez les Wolves, il a montré un talent indéniable de meneur et de leader avant sa lourde chute. Bon défenseur, bon gestionnaire, il n’est certes pas tout jeune pour un joueur qui va entrer dans sa 3eme année (il est arrivé en NBA à 22 ans), mais il peut rendre de très bons services. Sous son impulsion, l’équipe a connu une très bonne période qui a pris fin en même temps que son éloignement des terrains. Dans la même veine, le rookie finlandais a dépassé les attentes. Joueur polyvalent, excellent shooteur, plus physique qu’on ne s’y attendait, il a un profil de stretch 4 que beaucoup d’équipes pourraient jalouser dans le futur. Troisème élément clé pour moi, Zach LaVine. On ne sait pas encore trop que penser du potentiel réel de ce joueur. Son retour de croisés pour l’athlète hors norme qu’il est ne rassure pas. Toujours est-il qu’il a été plutôt convainquant, et que s’il reste en forme, il peut former un beau duo sur le backcourt avec Dunn.

Alors évidemment si on regarde de prêt l’impact de ces joueurs individuellement, c’est une catastrophe. Kris Dunn à un net rating catastrophique, Lauri Markkanen a un impact navrant et Zach LaVine affiche des % hideux. Oui, mais ils sont jeunes et dans un effectif mieux construit et une progression, cela peut décoller. Le rapport que l’on peut établir entre les victoires des Bulls et les bonnes performances du meneur sont d’ailleurs sans équivoques.

Un nouveau prospect

La bonne nouvelle pour les Bulls c’est qu’ils vont encore ajouter des prospects à ce que je pressens comme un trio sur lequel poser des fondations. Armés du 7eme choix déjà mentionné, ils auront dans cette cuvée de draft de potentiels bons choix à faire. Alors qui va arriver jusqu’à eux, que peuvent-ils et devraient-ils tenter ?

Bien sûr, cet avis ne reste que le mien, mais je pense que la franchise doit en premier lieu ranger toute vélléité de drafter un meneur. Dunn doit être installé à la tête de l’équipe, et elle ne doit pas aller chercher un Trae Young et décaller Dunn en 2. Cela n’a pas de sens, cela n’a pas d’avenir et surtout, cela ne comble pas d’autres lacunes de l’équipe. Le but n’est pas de dire que Young ne mérite pas ce poste. Mais il faut tenter de donner les clés à Kris Dunn. Si on voit moyen ou long terme, la franchise doit combler deux postes. Celui d’ailier qui sonne comme une absolue évidence. La franchise n’a pas un joueur qui apparaît comme un titulaire indéboulonable sur le poste 3. Ensuite, même si Robin Lopez est un excellent vétéran, c’est le poste 5 qu’elle peut renforcer. Mais quel profil chercher ?

J’aimerai bien voir la franchise, s’il est encore disponible, prendre le risque de signer Michael Porter Jr malgré sa lourde blessure et sa saison blanche. C’est certe un risque, mais s’il revient bien, alors ils ont un joueur qui était annoncé comme le très probable #1 de cette cuvée avant sa lourde chute. S’il est vraiment le joueur qu’il devait être, ils auront peut être faire le steal de cette draft. Si sa blessure l’a diniminué et qu’il ne revient pas, la franchise aura gagné le droit de refaire une saison blanche, en regardant les autres pousses grandir. C’est risqué, c’est sûr, mais ils commencent à être assez loin du top 3 pour se permettre ces prises de risques.

S’ils ne tombent pas pour Porter Jr, alors la franchise doit s’orienter vers la masse d’intérieurs dont dispose cette draft. Bon, il faut se le dire, à moins de remonter dans la draft, il sera impossible de récupérer Deandre Ayton Marvin Bagley III et Mo’ Bamba. Les 3 pivots ont une côte trop élevée pour ne pas être pris respectivement top 2, top 4 et top 6. C’est le reste de la cuvée qui doit nous intéresser. Le premier, et le plus probable est pour moi Wendell Carter Jr. Le joueur possède un profil multidimensionnel, un sorte d’intérieur couteau-suisse qui peut très bien évoluer dans la NBA moderne. Mobile, potentiel bon shooteur, avec une envergure suffisante pour la NBA. Comparé à Al Horford, il peut trouver son rôle et cohabiter au côté de Markkanen. Offensivement ça a beaucoup de sens, défensivement il faudra commencer à mettre en place quelque chose. Bien sûr, si la franchise arriver à monter en sacrifiant leur 7eme pick et une pièce, difficile de ne pas être tenté par Mo Bamba. Mais qui donnera un pick top 5 dans une draft qui annonce plusieurs joueurs de grands talents ?

Je pense qu’avec ces deux choix, la franchise peut s’en sortir. Il y en aura bien un disponible sauf scénario inattendu. Le choix du Magic reste un peu plus flou selon moi. On leur prête Trae Young qui correspond au besoin, mais attention à la proprension de John Hammond à se pencher sur des joueurs très physiques. Surtout dans une raquette qui demande à être reconstruite.

Trade up ou trade down ?

Je me suis dit qu’il était important de se poser un peu plus sur cette question. J’aurai tendance à penser que les Bulls ne feront ni l’un, ni l’autre, en définitive.

Pourquoi ? Car pour monter il faut être prêt à lâcher le pick 7 et un autre joueur de valeur. Je ne vois pas Chicago donner un des trois joueurs dont on a parlé plus tôt. Et ceci étant dit, je ne vois donc pas qui dans le roster des Bulls représente un intérêt réel pour une autre franchise. Aucune équipe au dessus n’acceptera un Robin Lopez, vétéran pour compléter l’échange, et je ne vois pas un Bobby Portis faire pencher la balance dans un trade.

Du coup, l’autre possibilité, c’est descendre dans la draft. Honnêtement, je ne vois pas les Bulls faire ce choix. Pourquoi ? Car cela signifie, lorsqu’on descend une de ces choses :

  • Considérer qu’on a déjà trouvé sa structure, et vouloir ajouter des pièces autour de ce que l’on a déjà. Je ne pense pas que Chicago se voit comme possédant la star autour de qui construire dans l’effectif actuel. Du coup, un échange avec par exemple, les Clippers en possession de 2 choix de lotterie me semble vraiment improbable.
  • Faire le pari de récupérer 1 ou 2 joueurs que l’on pense être l’avenir de la franchise, mais que l’on pense sélectionnable plus bas, et donc récupérer un autre prospect au passage. On l’a vu dans l’histoire récente pourtant, les Bulls ont plus tendance à vouloir drafter plus haut que plus bas. En 2014, ils abandonnent 2 choix de draft aux Nuggets contre un choix plus élevé pour récupérer Doug McDermott.

Je pense donc que Chicaog draftera en 7, sauf arrangement miracle pour remonter.

Une situation financière enviable

La franchise aura plus de 40M cet été. Si nécessaire, je vous renvoie à ce tableau en provenance de Basketball-Reference. Une fois la draft passée, elle devrait posséder encore dans les 35M de ce pactole. La vraie question, est comment optimiser l’utilisation de ce salary cap. La franchise est en reconstruction et ne cracherait pas sur la possibilité de drafter haut à nouveau la saison prochaine. En outre, il faut prendre en compte que la NBA n’aura pas une marge importante à dépenser cet été. Ce qui fait que les Bulls peuvent facilement signer un joueur ou monnayer leur cap space pour récupérer des assets intéressants.

Cependant, avant tout cela, il y a un point à régler, et pas des moindres. S’accorder sur le montant de la prolongation de Zach LaVine. L’arrière a montré de belles dispositions à son retour mais manquait de rythme. Compte tenu de l’historique de la franchise avec les ruptures des ligaments croisés, je doute qu’elle soit prête à mettre un montant pharaonique sur l’arrière. Difficile pour autant de la voir s’en sortir pour moins de 20M de dollars. Ce qui gangrènerait déjà la moitié des moyens disponibles. En y ajoutant la draft il devrait rester de quoi signer ou absorber un contrat.

En fin de compte, elle devrait pour moi choisir la seconde option : absorber un contrat et récupérer un TDD. De préférence un contrat dont il ne reste qu’un an. La question étant quelle échéance pour ce tour de draft ? Si la franchise est pressée elle peut par exemple récupérer Kenneth Faried et le 14eme choix des Nuggets. Cela devrait passer et cela permet d’ajouter un prospect à sa liste. La franchise peut également se montrer plus patiente et partir avec un tour supplémentaire pour l’an prochain. Néanmoins les équipes intéressées risquent de founir un choix entre la 20eme et la 30eme place. La franchise doit saisir la première opportunité. Plus ils attendront moins cela sera fructueux.

Garder le cap et en faire avant de bouger ?

Une autre possibilité existe peut être, ou du moins une autre piste avant d’absorber des contrats. En effet, la franchise dépense déjà 25M sur son poste 5 pour la paire Lopez / Asik. Le premier est productif et expirant, il pourrait intéresser des franchises à la recherche d’une solution au poste de pivot. En ce qui concerne Asik, il risque de passer les 2 saisons à venir sur le banc des Bulls étant donné son absence totale de productivité.

Utiliser Robin Lopez pour absorber plus de contrats et récupérer un bon pick est de fait une possibilité. Pourquoi ne pas récupérer des joueurs comme JR Smith, Jordan Clarkson, Rodney Hood ou Tristan Thompson pour faire de la place aux Cavaliers en échange de Robin Lopez ? Si certains de ces joueurs arrivent accompagnés d’un choix 8, la reconstruction des Bulls en profiterait – et permettrait éventuellement de récupérer les 2 prospects mentionnés plus tôt en même temps !

Quel plan de reconstruction ?

Toutes les possibilités évoquées font très probablement parti de ce que les dirigeants investiguent. Vu l’instabilité autour de cette free agency, il y aura d’ailleurs beaucoup d’autres scénarios possibles à envisager, de contrats à absorber et d’orientations à prendre. En regardant de plus prêt, je ne pense pas que les Bulls tenteront de remonter réellement à l’été 2019. Il y a fort à parier que les contrats récupérés occupent la franchise financièrement jusqu’à l’été 2020. Néanmoins, s’ils récupèrent des joueurs aptes à jouer et motiver, ils pourraient commencer une progression nette en 2019 (basée sur leurs jeunes joueurs) et utiliser leur cap pour récupérer quelques renforts et prolonger des éléments majeurs.

L’an prochain devrait être un nouveau désastre, mais supportable en raison des talents qui vont se développer. D’ici 2 ans, la franchise pourrait commencer à décoller – et s’ils arrivent à développer certains des potentiels accumulés, revenir jouer un rôle majeur d’ici 2 saisons. Lorsque l’on compare à certaines reconstructions qui s’étendent sur une demi-décennie ou plus, la situation des Bulls n’est pas aussi désastreuse qu’on pourrait le penser. Au contraire, les dirigeants des Bulls connus pour leur gestion douteuse s’avèrent également plutôt bons durant la draft. Justement, réussir de ce côté du business peut poser les bases d’un avenir bien plus lumineux pour la franchise, et qui sait, revenir aux sommets de l’Est.