Alors que la free agency se poursuit et que les signatures s’enchaînent, nous avons décidé aujourd’hui de nous tourner vers une franchise qui peine à attirer la lumière malgré des performances honorables lors de ces dernières années. On est à l’Ouest, direction Memphis et le Tennessee.

Mon premier Teddy Bear : Retour en tanière

Créée en 1995 et initialement située à Vancouver, il s’agit d’une des plus jeunes franchises de la ligue avec seulement 23 saisons jouées. Après un départ difficile, mais prévisible pour une néophyte, et notamment plusieurs dernières places et pires bilans de la ligue dans le début des années 2000, le propriétaire  a décidé de rapatrier son équipe aux Etats Unis en 2001 après 6 saisons passées au Canada. L’effet ne se fait pas attendre puisque lors de la saison 2003-2004, la franchise va participer à ses premiers Playoffs.

Une difficulté récurrente que l’on rencontre souvent chez les jeunes franchises, et au-delà même des limites du basketball, est de devoir faire face à un manque d’attractivité qui se traduit souvent par à un effectif plus limité sur le plan qualitatif. Memphis ne devait pas échapper à cette règle. Sa qualification en Playoffs lors de cette saison s’est basée sur un jeu collectif, un engagement et une envie de convaincre, de prouver, que l’on retrouve souvent dans ce genre d’équipe. On dit d’ailleurs à leurs propos qu’elles jouent «  avec leurs armes ». On parle  alors d’une forme de compensation entre un déficit, supposé ou réel, de talent vis-à-vis de la concurrence et un engagement, une abnégation et un esprit d’équipe qui se dégagent de ces formations.

Confrontés à cette situation, les décisions liées à la free agency et à la politique globale lors de la saison sont prépondérantes et ont des impacts cruciaux sur l’avenir et l’évolution de l’équipe. La responsabilité de l’équipe dirigeante au carrefour des saisons est déterminante. Faut-il tanker ? Reconstruire avec des jeunes ? Transférer les valeurs sures contre des picks ? Lors de la saison 2004-2005, la franchise va à nouveau se qualifier pour les Playoffs mais perdra encore une fois lors du premier tour contre les Suns de Phoenix.

Les Grizzlies vont avoir au cours des saisons suivantes un bilan plus que correct. Sur 22 saisons disputées dans la grande ligue, ils atteindront 10 fois les Playoffs, avec une belle série de qualifications consécutives qui a pris fin avec la saison 2017/2018 destinée au tanking. Ce bilan de presque 50% de top 8 est plus qu’honorable. Mais surtout, au-delà de l’aspect sportif, lors des dernières années, la franchise de Memphis a su dégager une identité qui lui est propre, une façon de jouer spécifique qui est devenue la signature des Grizzlies. On peut en effet parler, à un certain moment de leur histoire, d’un déclic, d’une révolution qui devait laisser son empreinte dans le style et dans la philosophie de jeu de l’équipe du Tennessee, et leur permettre d’améliorer de façon drastique leur classement lors des saisons régulières suivantes.

Mon premier Teddy Bear : Les plus belles heures du Grit And Grind

Il existe parfois des rencontres auxquelles on n’aurait pas pensé de prime abord. Des évènements qui vont changer des destins alors qu’ils paraissaient pour le moins anodins. Nous sommes à la free agency 2010 et la franchise va recevoir le soutien de Tony Allen, en provenance des Boston Celtics, pour venir prêter main forte à Zach Randolph, arrivé la saison précédente dans le Tennessee, Marc Gasol et Mike Conley et ainsi aboutir à un Core 4 défensif, rugueux et accrocheur qui devait faire les beaux jours de Memphis. L’histoire de la franchise était en marche.

Tony Allen a été drafté en 2004 à la 25ème place par l’équipe de Détroit, puis envoyé dans la foulée à Boston où il vivra un début de carrière compliqué à titre individuel, entre soucis judiciaires et blessures au genou, malgré tout couronné par un titre de champion NBA.  Arrière athlétique d’1m93 pour 97 kilos, il s’agit d’un beau bébé qui n’a  peur ni du contact ni de mouiller le maillot. Si son apport offensif statistique n’est pas son atout premier (il ne fera qu’une seule saison à plus de 10 points par match en carrière), le monsieur est un tout autre joueur dans sa moitié de parquet. Ses qualités défensives, repérées très tôt, vont faire de lui un élément incontournable de la défense des Grizzlies durant de nombreuses saisons.

Plusieurs fois élus dans la First Defensive Team NBA  et dans la Second Defensive Team, il ne sera jamais vainqueur du trophée du meilleur défenseur de l’année. Pourtant, il est fréquemment évoqué dans les débats concernant les meilleurs défenseurs de la ligue. Tony Allen est un joueur dur sur l’homme, qui ne lâche rien  et dont l’énergie défensive a impacté psychologiquement de nombreux attaquants lui faisant face sur le parquet. C’est cette capacité à se donner sur chaque attaque adverse, à défendre chaque offensive, chaque ballon, avec une intensité de tous les instants que Tony Allen va amener avec lui.

Son arrivée dynamise l’équipe, qui passe d’une triste 10ème place à 8ème place qualificative pour les Playoffs. Dans la foulée, Allen sera nommée dans la Second Defensive Team. Mieux, la franchise du Tennessee va venir à bout de ses bourreaux, en terrassant les Spurs 4 à 2, portant l’estocade chez l’ennemi texan, lors d’un sixième match étouffant. Le cap était enfin passé, l’impact immédiat de Tony Allen a ouvert la voie et permis tous les espoirs. Malheureusement, dans la foulée, les oursons seront éliminés aux portes de la finale, dans une demie de haut vol, 4 à 3 et ce malgré l’avantage du terrain.

L’année suivante, les joueurs de Memphis se hisseront à une magnifique 4ème place mais s’inclineront dès le premier tour face à des Clippers qui auront réussi à faire sauter le verrou du Grit and Grind lors du match 7.

Les Playoffs 2013 marquent un tournant dans l’histoire de la franchise et demeurent à l’heure actuelle leur plus belle aventure. Après une saison régulière à 56 victoires et forts d’une 5ème place, les coéquipiers de Gasol vont aller prendre leur revanche contre les Clippers et les sortir 4-2 pour atteindre pour la seconde fois en trois ans les demies-finales. Là encore, ils retrouveront une vieille connaissance, le Thunder d’Oklahoma, bourreau de leurs espoirs au même stade de la compétition deux ans plus tôt. Mais le roster a eu le temps de murir, d’apprendre à se connaitre et la série sera à sens unique. Les joueurs d’OKC ne prendront qu’un match, pour l’honneur, avant de partir en vacances. Allen et les siens allaient gouter à leur première finale de conférence.

Si le résultat final de cette opposition face aux Spurs semble cruel, elle doit être resituée dans le contexte de domination qui était celle de l’équipe de Tony Parker. Deux sweep en trois rencontres de Playoffs, deux matchs perdus seulement avant d’aller en finale NBA contre le Heat de LeBron, les porte-étendards du Grit and Grind ne pouvaient pas avoir de regrets cette année là. Ils étaient tombés sur plus forts qu’eux et ils avaient engrangés de l’expérience, utile pour la suite. Cependant, la montée en puissance tant attendue n’a finalement pas eu lieu. La franchise de Memphis continuera à se qualifier de manière régulière pour les Playoffs mais sans retourner en finale. L’avènement des Warriors mettant fin par exemple à leur aventure lors de la session 2015.

Le temps est traître et agit en douceur. Le Core 4 allant vieillissant, les résultats devaient à leur tour subir ces effets néfastes. La relève tarde à venir et progressivement, les exploits passés sont entrés dans l’histoire, le présent semblant parfois bien insipide aux fans des oursons. Le temps était venu de changer radicalement les choses, pour le meilleur, et surtout pour le pire.

Le changement portait le nom de David Fizdale. Entraineur assistant pour plusieurs franchises, on lui offre la possibilité de naviguer en solo lors de la saison 2016-2017, après quelques années aux Warriors, aux Hawks et au Heat. Il n’est pas vraiment appelé au chevet des Grizzlies qui sortent de très bonnes saisons, bien qu’ils se soient fait battre sèchement par les Spurs au premier tour l’année précédente. Il est plutôt en charge de la métamorphose qui doit s’opérer dans leur jeu.

Que devait-il faire ? Apporter plus de vitesse, renouveler la philosophie de jeu. Moderniser l’approche des Grizzlies, la rendre plus en adéquation avec une NBA qui a opéré sa mue lors de ces dernières saisons. On pourra noter une évolution dans le style de jeu, plus de trois points, plus de vitesse, une augmentation du tempo.

Lors de l’intersaison 2017/2018, les Grizzlies vont subir trois départs qui emportent avec eux une part de l’histoire de la franchise. Vince Carter et Zach Randolph rejoindront les Kings de Sacramento tandis que Tony Allen portera le maillot des Pélicans de la Nouvelle Orléans.

Le Grindfather ira jouer en Louisiane et les oursons pleurent la perte de leur symbole. La franchise a décidé de retirer son maillot, juste remerciement pour l’un des joueurs lui ayant fait vivre ses plus beaux moments. Lui qui aura été à l’origine même de l’expression Grit and Grind, un soir de 2011 après un match difficile, et une victoire, contre la triplette infernale Harden, Westbrook et Durant : « Si vous scannez tous les joueurs de la Ligue, il doit probablement y avoir mes empreintes digitales sur chacun d’entre eux ».

La transition devait continuer mais les résultats ne suivront pas et ne seront pas à la hauteur des attentes. David Fizdale sera limogé au cours de la saison 2017/2018, le 27 novembre. La franchise fera alors le choix de tanker le reste de la saison pour amorcer une reconstruction nécessaire suite au départ de ses anciennes idoles.

Mon premier Teddy Bear : du vieux avec du neuf

Memphis a essayé de s’adapter, durant l’ère Fizdale, à la NBA moderne. Celle des tireurs qui prennent feu du parking et emballent un match, celle des transitions rapides qui empêchent les défenses de se mettre en place, celle du spectacle et des Warriors. Finalement le jeu sur demi-terrain devait laisser sa place aux jeux rapides, avec une PACE élevée. Néanmoins, cette évolution désirée par Fizdale n’aura pas eu lieu. Ce changement que l’on pourrait juger contre-nature en considération de l’ADN de la franchise a été avorté en pleine gestation. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer, comme par exemple les blessures de Chandler Parsons. L’équipe du Tennessee devait trouver en lui cet ailier capable de punir les défenses derrière la ligne à 3points.

Finalement, si on regarde l’état du roster de la franchise, on se rend compte que l’héritage laissé par Allen, Randolph et Carter, porté encore aujourd’hui par Gasol et par Conley, est en sécurité et semble avoir de beaux jours devant lui. En effet, durant la free agency et la Draft 2018, des profils plus en adéquation avec la philosophie de la franchise  sont venus enterrés définitivement les prémisses de l’évolution des Grizzlies.  Petite revue d’effectif.

Jaren Jackson d’abord. Difficile de ne pas commencer par lui. Après la lottery, où les oursons étaient attendus plus haut, le ciel semblait être tombé sur la tête des fans de Memphis. Le hasard avait décidé de les rétrograder à la 4ème place, loin des ovnis que seront sans doute DeAndre Ayton et Luka Doncic. Mais peu importe finalement car cette cuvée 2018 regorgeait de prospects talentueux. Parmi eux, Jaren Jackson Junior. Sous le feu des projecteurs lors de la Summer League 2018 où les Grizzlies viennent de s’incliner en demies finales, le pick numéro 4 de la draft n’a pas déçu.

S’il a confirmé d’évidentes qualités défensives qui étaient au centre des attentions, il a également montré qu’il n’était pas maladroit du parking, notamment lors de son premier match. Selon plusieurs observateurs, il a le potentiel pour être le meilleur défenseur de cette promotion 2018. Le jeune homme dispose en effet de qualités athlétiques impressionnantes, une envergure tout à fait correcte pour son poste et une énergie débordante. Petit bonus, il n’a que 18 ans et faisait partie des plus jeunes joueurs à se présenter cette année. Rien ne s’oppose donc à une prise de masse supplémentaire pour devenir un freak parmi les freaks. Il aura également l’occasion de travailler avec des défenseurs chevronnés, comme Conley par exemple, afin de parfaire sa science du jeu qui reste encore perfectible. De même, cela devrait l’aider à diminuer son nombre de fautes, relativement élevé pour l’heure.

Il aura également la chance de faire ses armes auprès de Marc Gasol, qui ne manquera pas de données ses meilleures combines à son jeune coéquipier. Tous les observateurs seront attentifs aux performances de cette pépite. La pression sera grande pour celui qui va porter les espoirs de tous les fans des ours sur ses épaules et il y a fort à parier que les foules se lèveront de joie à chacun de ses contres qui risquent d’être nombreux.

Autre ajout lors de cette draft, Jevon Carter, drafté par Memphis en 32ème position le 21 juin dernier. Plus âgé que son nouveau coéquipier, il a eu 22 ans cette année, le meneur est également un excellent défenseur, qu’on n’hésite pas à comparer à son illustre ainé Tony Allen. Encore une fois les choix de la franchise semblent clairement montrer un retour aux sources, un retour à la philosophie qui leur aura apporté le plus de succès et les aura conduit jusqu’en finale de conférence.

Il arrive en NBA auréolé de deux titres de défenseur de l’année en championnat universitaire. Autrement dit, le monsieur n’a pas peur d’aller au charbon. Une qualité qui semble prisée à Memphis. Il ne devrait donc pas avoir de soucis d’intégration et d’assimilation des préceptes locaux. Le front office construit pierre par pierre une équipe de jeunes travailleurs, alliés à des vétérans rompus aux intenses combats physiques imposés dans la grande ligue.

Kyle Anderson  quant à lui n’est pas issu de la draft mais arrive lors de la free agency pour 37.2 millions sur 4 ans. La polyvalence du joueur sera grandement appréciée dans le roster et il collera parfaitement à l’identité offensive de la franchise qui n’est pas connu pour avoir le tempo le plus élevé. Il faudra néanmoins voir ce que J.B. Bickerstaff voudra mettre en place pour sa première saison à la tête de l’équipe.

A toutes ces nouvelles recrues, il faut ajouter un joueur dont il n’est pas assez fait mention mais qui a montré de réelles capacités tout au long de la saison, JaMychal Green. L’ailier-fort de 26 ans  semble enfin avoir trouvé son rythme de croisière. Il sort d’une saison aboutie, sa meilleure d’un point de vue statistique, où il a pu à la fois montrer ses qualités de défenseurs et son habilité à trois points. Intérieur moderne, rapide et mobile, il semble parfaitement s’adapter aux schémas mis en place par le staff du Tennessee.

Et ensuite ? En ce qui concerne la free agency, elle devrait s’arrêter là en raison de la faible marge de manœuvre dont dispose la franchise pour cette année, et même pour la suivante. Les contrats de Parsons et de Conley sont volumineux et handicapent considérablement le front office. Il aurait été intéressant de voir si avec un peu plus d’espace, les Grizzlies auraient tenté  un parallèle entre le Grindfather, Tony Allen, et celui qui aurait pu, selon certains observateurs être son digne successeur, Marcus Smart.

Dix ans après la draft d’Allen, en 2014, un arrière au profil physique similaire (même taille, même poids ou presque) est drafté dans la même franchise et arrive à la fin de son contrat rookie de la même façon. Pour signer également dans la même équipe par la suite ? Joueur travailleur et besogneux, débordant d’énergie, excellent défenseur, il correspondait  complètement à l’identité de la jeune franchise de Memphis et à ce qu’elle veut mettre en place. Malheureusement, le manque de cap space les a empêchés de se positionner sur un dossier qui aurait sans nul doute piqué au vif leur intérêt.

L’ajout d’un Jaren Jackson Junior et d’un Kyle Anderson pour épauler JaMychal Green, Conley et Gasol dans un cinq majeur qui ressemble à une forteresse est alléchant. L’ajout d’un Jevon Carter, deux fois meilleur défenseur de NCAA, devrait permettre d’offrir un back up de qualité à Conley dans l’hypothèse de blessures. Ajoutez à cela un JaMychal Green qui explose et vous avez tous les ingrédients nécessaires au retour en force du Grit and Grind cher au cœur des fans des oursons.

Comme nous le disions dans l’article sur les Rockets, la Conférence Ouest se renforce plus que jamais et l’avenir s’assombrit pour plusieurs équipes. Les places en Playoffs sont limitées et les élus semblent pour certains déjà connus. S’il ne fait aucun doute pour les Rockets, les Warriors et le Thunder, l’arrivée aux Lakers de Lebron James semble leur offrir un pass garanti pour la post season. D’autres superstars auront leur mot à dire, notamment DeMar De Rozan, Anthony Davis ou encore Damian Lillard. Les places seront chères à l’Ouest l’année prochaine et à plus d’un titre la saison risque d’être passionnante.