Qui pensait l’été dernier que le Jazz finirait cinquième de la conférence ouest et passerait un tour en playoffs ? Personne, et encore moins Tommy Duquenne, notre ami de GrizzliesFr, qui a du faire Bordeaux-Nantes en vélo après avoir parié que sa franchise finirait devant celle d’Utah sur Twitter ! Si aujourd’hui voir Utah dans le haut du classement parait être une évidence, ça l’était moins il y a un an.

Rappelez-vous, le 14 juillet 2017, Gordon Hayward s’engageait pour 4 ans aux Boston Celtics, emportant avec lui les espoirs de Playoffs du Jazz. C’était sans compter sur le nez fin de leur front office, mêlé à l’éternelle lose des Nuggets. Désireux de monter à la Draft, jugée comme bourrée de talent, le Jazz a tradé à Denver son pick 24 (Tyler Lydon) et Trey Lyles contre le pick 13 des Nuggets, Donovan Mitchell. Résultat, Lydon n’a joué que 2 minutes dans la saison, Lyles n’a démarré que 2 rencontres tandis que Donovan Mitchell a remporté le Slam Dunk Contest, emmené son équipe en Playoffs et a frôlé le trophée de Rookie of the Year, foutu Ben Simmons.

Enfin ça, c’est la version accélérée, puisque la saison d’Utah n’a pas vraiment été un long fleuve tranquille. On le disait, l’intersaison 2017 était sur le papier un échec. Pertes d’Hayward, Hill et Babac, remplacés par Mitchell, Rubio et Jerebko. La seule vraie bonne nouvelle, c’est la resignature de Joe Ingles pour 35M sur 3 ans. La saison a donc des allures de transition, en attendant un été 2018 peut-être plus intéressant. Oui, mais non. Dès le premier match contre Denver, un collectif se dégage. Quasiment six joueurs à plus de 10pts, une bonne circulation du ballon avec 28 passes, et une raquette verrouillée avec un Rudy Gobert déjà en double-double. Cependant, Quinn Snyder fait face à une problématique : qui mettre dans son cinq ? Avec Mitchell (rookie au niveau moyen), Ingles, Hood, Burks, Johnson et Sefolosha, il a plusieurs options. Ses titulaires vont finalement se figer autour du 10 novembre, suite à une série de quatre défaites. Exit Rodney Hood, bonjour Donovan Mitchell. Problème, en ce soir du 10 novembre, Dion Waiters essaye de récupérer le ballon de façon litigieuse à Rudy Gobert, et le blesse au genou pour quatre semaines.

En son absence, Donovan Mitchell va se révéler et multiplier les matchs à plus de 20pts pour maintenir son équipe à flot (6 victoires pour 4 défaites). Gobzilla retrouve donc son équipe dans une bonne forme (série de 6 victoires consécutives). Diminué, le pivot va avoir du mal à trouver son rythme et va dans un premier temps faire office de caillou dans la chaussure d’Utah. Quelques matchs plus tard, il revient à son niveau, et le bilan de la franchise s’équilibre malgré un calendrier compliqué (OKC, Houston, Boston, Cleveland, GSW). Formant une défense intense et une attaque assez rythmée grâce à son rookie considéré en tant que tel par Quinn Snyder, le Jazz va progresser jusqu’à atteindre un gros niveau en février. Histoire de se renforcer, la franchise flaire le bon coup à la trade deadline, et chipe Jae Crowder, Derrick Rose (coupé après) et un 2nd tour de draft 2024 aux Cavs contre Rodney Hood et Joe Johnson (envoyé à Sacramento avec du cash).

Compétitif contre les plus grosses écuries, le Jazz n’en oublie pas pour autant d’être régulier, et ne laisse aucune chance aux petites équipes qu’il affronte. Du coup, quand le calendrier est plus simple, ils en profitent, et enquillent 11 victoires d’affilée juste avant le All-Star Game. Même sans aucun joueur sélectionné pour le match des étoiles, le Jazz fait parler de lui en raflant le Dunk Contest avec Donovan Mitchell. De retour à la compétition, le Jazz gardera son sérieux et finira la saison régulière avec un bilan de 18v-5d. Utah finit donc l’année à une cinquième place méritée, à égalité avec OKC et New Orleans (48-34). La défense aura été la clé de cette réussite, orchestrée par un Rudy Gobert dominant, et récompensé avec le titre de Défenseur de l’année.

Au premier tour, le Jazz hérite donc du Thunder, équipe décevante dont le trio Westbrook-George-Anthony n’a pas spécialement marché. En forme offensivement, et toujours une machine de guerre tactique et défensive, Utah a réussi à disposer de PG et consort en seulement six matchs. La marche sera malheureusement trop haute au second tour contre les Rockets. Le Jazz aura beau remporter un match à Houston, mais rien n’y fait. Un coup pour voir, comme on dit. Globalement, le Jazz aura été une surprise générale qui a prouvé que le collectif et la tactique peuvent encore triompher de l’individualisme et des gros égos.

Résumé de l’été

Le pire ? C’est que le coach gère aussi bien ses joueurs que le board gère son été, c’est dire. Du coup, Neto (4M sur 2 ans), Exum (27M sur 3 ans) et Favors (39M sur 2 ans) sont prolongés. Seul Jonas Jerebko quitte le navire, tandis que Grayson Allen le rejoint, drafté de Duke en 21è position. Une fois n’est pas coutume, le Jazz mise sur la continuité, et son intersaison est très bien négocié. De quoi mâcher le travail à Quinn Snyder, qui devra travailler avec un effectif qui tourne déjà très bien.

Meneurs : Ricky Rubio, Dante Exum, Raul Neto, Tray Lewis, Naz Mitrou-Long

Arrières : Donovan Mitchell, Alec Burks, Grayson Allen, 

Ailiers : Joe Ingles, Thabo Sefolosha, Royce O’Neale

Ailiers-forts : Derrick Favors, Jae Crowder, George Niang, Tyler Cavanaugh

Pivots : Rudy Gobert, Ekpe Udoh, Tony Bradley, Isaac Haas

Jeu & Coaching

En misant sur la continuité, le front office du Jazz donne encore carte blanche à son coach Quinn Snyder, et pour cause. Le bonhomme a fait de Donovan Mitchell son leader d’attaque, de Rudy Gobert le défenseur de l’année et de tous les autres joueurs des soldats prêts à tout pour leur équipe. Du coup, la tactique sera la même que la saison passée : une défense de fer, un jeu pas très rapide, et une diversité offensive redoutable. Le secteur intérieur est une menace avec le tandem Gobert-Favors, la backcourt peut prendre feu avec Rubio et surtout Mitchell, tandis que Joe Ingles est devenu une arme létale. Toutes ses statistiques ont augmenté l’an passé, le propulsant au rang de role player de luxe.

Quel 5 majeur ?

Pas de surprise à ce niveau-là non plus, le 5 majeur sera le même que l’an passé, à savoir :

Ricky Rubio – Donovan Mitchell – Joe Ingles – Derrick Favors – Rudy Gobert

« On passe pour des cons, les autres se marrent et on frappe » : c’est avec cette technique que le Jazz a surpris tout le monde l’an passé, et c’est pas près de s’arrêter.

Forces du roster

On l’a dit un peu plus haut, la force de cet effectif c’est d’être un collectif soudé qui laisse très peu d’espace. La défense est une des toutes meilleures de la ligue, car les joueurs mouillent le maillot. Le secteur intérieur est cadenassé avec Rudy Gobert, tandis que les autres joueurs savent apporter offensivement parlant.

L’autre vrai point fort, c’est le coaching. Quinn Snyder n’était pas bien loin de rafler le titre de Coach of the Year l’an passé, et ça aurait été mérité. En plus d’être au point offensivement et défensivement, il maîtrise ses rotations de main de maître pour avoir toujours une arme létale sur le terrain. La profondeur de l’effectif permet au coach d’avoir tout le temps des joueurs de qualité sur le terrain, une force qu’il manque à beaucoup d’équipes.

Offensivement, le back-court providentiel du Jazz est une arme cruciale par leur complémentarité : un joueur gestionnaire avec une mentalité de passe-first, associé à un arrière qui cherche sans cesse à attaquer le cercle. Ce duo met en avant le reste de l’équipe avec plusieurs shooteurs de premier ordre : Crowder, Ingles notamment, mais aussi aux intérieurs qui ne sont pas obligés de sortir trop souvent de leurs registres pour compenser des lacunes extérieures (jouer poste haut, sortir de la raquette).

Défensivement, malgré l’utilisateur de deux intérieurs classiques sur plusieurs séquences (Favors, Gobert) et le manque de mobilité latérale que cela sous entend, l’équipe arrive à s’imposer comme une des meilleures défenses NBA. Une polyvalence défensive qui donne plus d’options au coaching staff selon l’entraîneur.

Faiblesses du roster

Sur le papier, le Jazz n’a pas vraiment de point faible. Sur le terrain non plus d’ailleurs. En réalité, le seul problème de l’équipe, c’est sa vitesse. Avec une Pace de 97.78, Utah était 25e au classement l’an passé, un problème, surtout quand tous les joueurs ne sont pas capables de prendre leur match à leur compte.

Par cela, on peut entendre que le groupe est polyvalent. Néanmoins, cette équipe manque aussi de talents de premier ordre offensivement. Donovan Mitchell bien que très prometteur ne bénéficiera plus de l’effet de surprise – pour le reste, aucun joueur n’est une solution viable en isolation face à des défenses resserrées. En raison de ce manque de joueurs capables d’attirer la défense, il peut en ressortir un manque de solutions lorsque les shooteurs voient leur adresse baisser.

Ce problème, le banc pourra également le connaître puisqu’aucun 6eme homme en puissance ne sort du lot. Si Alec Burks peut être ce joueur, il a tendance à rater de nombreux matchs chaque saison. Or si cela venait à se reproduire, il faudra à nouveau chercher des solutions dans les profondeurs de l’effectif… et le collectif.

Le joueur clé : Donovan Mitchell

C’est d’ailleurs pour cette raison que Donovan Mitchell est le joueur clé de cette saison. L’arrière a surpris tout le monde l’an passé en sortant de nulle part. Attendu comme un joueur moyen dans la draft, il s’est révélé quand Rudy Gobert s’est blessé. Quinn Snyder l’a propulsé au rang de leader offensif, lui a donné confiance, et bien lui en a pris. Spida s’occupe désormais du taf offensif, tandis que Rudy Gobert est le leader défensif.

Oui mais voilà, on peut tromper une fois mille personnes, mais pas mille fois une personne. Le problème de Mitchell, c’est que désormais, il sera attendu au tournant. On a pu le voir en playoffs, où le Thunder et les Rockets savaient que qu’il était la principale menace. S’il a réussi à marquer 29 points par match contre un Thunder dépourvu d’Andre Roberson, il n’en a marqué « que » 19 contre Houston, dont la défense était meilleure. L’arrière va devoir se réinventer, et il a prouvé en postseason qu’il en était capable, affaire à suivre…

La problématique de l’équipe : l’enfer c’est les autres ?

Pas sûr que Jean-Paul Sartre ne se soit un jour intéressé à la NBA, mais ce qui est certain, c’est que sa citation s’adapte parfaitement à la situation du Jazz. Comme la plupart des équipes de conférence ouest qualifiées en playoffs l’an dernier, le problème majeur est que d’autres équipes toquent à la porte de la postseason. A ce jeu des chaises musicales, il y a au moins trois équipes de trop. Du coup, il va y avoir des déçus, et le Jazz n’a pas l’intention d’en faire partie.

Pour se faire, Utah va devoir conserver sa défense de fer. Si cela est fait – et ce sera fait – il n’y aura que le problème de l’attaque à revoir (ce qui n’est pas des moindres ceci dit). Et l’attaque repose largement sur la créativité et l’explosivité de Donovan Mitchell. Si l’arrière réussit à outrepasser les défenses adverses et à ne pas se blesser (attention à la cheville, qui s’est bien tordue contre Houston en PO), tout devrait bien se passer. Utah Jazz is the new San Antonio Spurs.

Pronostic

4eme à l’Est (Entre 47 et 53 victoires)

Avec une telle concurrence à l’ouest, c’est difficile de faire un pronostic. On va quand même se prêter au jeu, en misant sur la continuité du Jazz. Cette franchise dispose d’un front office et d’un coaching solide, avec une identité bien établie, un franchise player dominant, une défense de fer, et un des meilleures jeunes de la ligue, qui excelle déjà en attaque. Utah a tout pour être une valeur sûre de la ligue, et pour quelques années encore.

L’avis du Compte FR : @UtahJazz_France

Que penses-tu de l’été de la franchise ?

Franchement satisfait. Ca va dans la continuité de ce qui a été créé la saison dernière. C’est bien d’avoir pu conserver Favors car même si ce n’est pas le meilleur match avec Rudy, il n’y avait pas forcément mieux sur le marché, le contrat est de courte durée donc c’est sympa. On fait confiance à Exum malgré toutes ses blessures, c’est un joueur vraiment apprécié par les fans, si il est dans une bonne forme le contrat sera mérité. Après y’a eu la draft de Grayson Allen qui est vraiment prometteur, le genre de joueurs qu’on va adorer et les 29 autres équipes vont détester, à voir son évolution mais aux côtés de Dono, ça peut être top

Quelles sont tes attentes pour la saison à venir ?

Pour cette saison, j’espère de la continuité. En effet, nous avons gagné 25 de nos 32 derniers matchs la saison passée, avec un collectif formé autour du trio Rubio-Mitchell-Gobert. Tout le monde reste cette saison, il y a eu beaucoup de travail cet été, on ne peut qu’avoir de grands espoirs pour les 82 matchs qui arrivent. Cependant il faudra faire attention, pour le Jazz et Mitchell plus particulièrement, il faudra confirmer, chose qui n’est pas simple. Mais l’équipe est basée sur un tel collectif avec une énorme force de caractère, ça va le faire, j’en suis persuadé, en plus avec l’arrivée de Grayson Allen pour venir mettre le feu aux pourdres.