La NBA a à nouveau grondé cet été. Un air de 2016 soufflait sur la ligue américaine. A tort ou à raison, ce ne sera pas le sujet de cet article. S’il y a deux ans, l’équipe auteure d’un 73-9 avait ajouté un des meilleurs ailiers de tous les temps à ses rangs – cet été, la même équipe double championne en titre ajoutait un des pivots, si ce n’est le, les plus talentueux de sa génération à son effectif pléthorique. Avec une telle addition à ses rangs, on pourrait d’ores-et-déjà se dire que les dés sont jetés pour le reste de la ligue, et qu’il n’y aurait à nouveau pas grand suspens pour savoir qui ramènerait le trophée à la maison. Pour être tout à fait honnête, les Warriors sont toujours les grands favoris à leur succession. Et pour continuer dans l’honnêteté, j’ai fait partie des grands pessimistes des deux dernières saisons, arguant à qui voulait bien me contredire que cette équipe au complet était intouchable. Si le cru 2017 a bel et bien prouvé qu’un groupe titanesque et imprenable avait été mis en place, nous avons vu celui de 2018 connaître une saison moins facile, que ce soit en saison régulière ou en Playoffs. Plus souvent malmenés, ils ont également dû faire face à une usure physique qui a amputé le roster de ses membres majeurs tout au long de la saison. Golden State a joué le premier tour sans Stephen Curry avant d’être très sérieusement bousculé par une belle équipe des Rockets. Menés 3-2, sans Iguodala, il aura fallu se battre jusqu’au bout contre une équipe d’Houston elle-même désertée d’un membre majeur : Chris Paul.

Je ne sais pas si j’ai retrouvé l’espoir au cours de cette série avec les texans, mais pourtant, malgré ou peut être grâce à l’arrivée de DeMarcus Cousins, j’ai bon espoir de voir cette équipe des Warriors proche de vaciller, voire mordre la poussière en 2019. La beauté du sport, finalement, c’est la surprise. La beauté de la NBA, c’est lorsque David vient à bout de Goliath. Ce n’est pas pour rien que la série Sonics-Nuggets reste un moment phare de l’histoire de cette ligue. Aussi, voir ces Warriors considérés comme imprenables croiser la route de formations qui les pousseraient dans leurs retranchements doit évidemment habiter le cœur de nombreux fans. En toute franchise, j’en fais partie.

Commençons par se poser néanmoins la première question.

Pourquoi cela paraît improbable ?

Avec l’arrivée de Steve Kerr à Golden State, les Warriors sont devenus une véritable machine. Et ce depuis 2015. Parce que l’équipe est habitée de talents de premier rang, a fortiori qu’elle a su en ajouter deux au fil des années : Kevin Durant et DeMarcus Cousins. Pas des moindres donc.

Ils pratiquent un basket magnifique, spectaculaire et disruptif. Car il y a eu un avant et un après 2015. Cette équipe a fait comprendre que l’on pouvait jouer vite et être une défense d’élite. Elle a fait du tir à 3pts une arme majeure. Elle a également su développer un jeu bien plus varié et complet que les clichés veulent bien le laisser entendre. La circulation de balle est une merveille et avec les renforts successifs, cette équipe a désormais toutes les armes possibles dont peut rêver une équipe de basketball. Pas assez efficaces en isolation lors des Playoffs 2016 ? Kevin Durant arriva.

Bref, si je devais résumer pourquoi les Warriors sont un épouvantail pour le reste de la ligue, j’utiliserai ces grandes idées :

  • Un coaching adaptable et inspiré
  • Le meilleur roster NBA
  • Un assemblage de stars (sans précédent ?), dans la force de l’âge et capable de cohabiter
  • Équipe instigatrice de la tendance en NBA et toujours la mieux construite pour le pratiquer

Cette équipe a prouvé que les idées des Phoenix Suns des années 2000 n’étaient pas mortes. Mieux, qu’on pouvait gagner avec ce genre de préceptes.

Lorsqu’on lit ces quelques paragraphes, difficile d’imaginer cette équipe tomber, non ? On est plutôt d’accord. Mais voici ce qui me laisse penser que c’est possible.

Pourquoi tomberaient-ils ?

Des fois il y a la réalité du papier, et puis il y a tout ce qui peut se passer dans la tête des joueurs, les limites physiques et mentales de chacun. De toute évidence, cette équipe des Warriors possède une belle ambiance. Quelques phrases au cours des Playoffs derniers avaient pourtant laissé supposer que l’unité n’était plus la même dans les rangs de Golden State. Y donner plus de crédit ne serait pourtant que pure spéculation quand rien de plus n’a été évoqué par la suite.

Argument 1 : Usure physique et mentale

Nous avons souvent vu qu’en NBA, une difficulté majeure pour les grandes équipes est de ne pas se démobiliser. Les Spurs n’ont jamais gagné deux titres consécutifs, ne réussissant jamais à retourner en finale deux années de suite. Il fallut une première défaite en finale en 2013 pour les retrouver suffisamment dans l’urgence la saison suivante pour y revenir et gagner. Le Heat de James-Wade-Bosh, a complètement explosé après 3 finales et 2 titres consécutifs – lâchant complètement mentalement. Nombre d’équipes très talentueuses et à qui on promettait la victoire n’ont su réitérer.

Les raisons sont simples : baisse de motivation, préparation moins aboutie, fatigue des saisons précédentes. Gagner le titre signifie souvent une centaine de matchs en quelques mois. Alors le faire plusieurs saisons signifie tirer brutalement sur la corde. A fortiori que les longs voyages en avion s’accumulent.

Ces Warriors ont déjà réalisé 4 finales consécutives pour le trio Curry-Thompson-Green. Iguodala, Livingston également. Et Kevin Durant avait connu des saisons pleines au Thunder. On a vu les physiques se déliter la saison passée. Tous ont raté entre 10 et 20 matchs. Face aux Rockets, on a aussi senti que les dents longues des texans avaient mis à mal leur armada. Leur banc sera sûrement motivé mais pourrait peiner en attaque, tandis que certains titulaires continueront d’accumuler la fatigue.

Dernier point et pas des moindres, l’arrivée de DeMarcus Cousins. Bien sûr, le joueur est une addition phénoménale, mais comme nous le disions dans la preview, il a aussi subi une lourde blessure, dont peu de joueurs sont revenus, et ce alors qu’il est un joueur très lourd. Lui qui était très mobile malgré sa taille et son poids risque de l’être moins. Or souvent, lorsque vous revenez d’une blessure lourde, le corps compense, s’ajuste et cela créé des blessures.

Ce risque sera une ombre de plus en plus imposante dans le dos des Warriors. Et ce alors que le banc pourrait moins contribuer.

Et une véritable concurrence se met en place.

Argument 2 : Un banc moins solide

Oui, le banc des Warriors est jeune et motivé. Oui, ce même banc possède deux figures majeures que sont Shaun Livingtson et Andre Iguodala.

Sauf que. J’ai tout d’abord l’impression que ce banc n’aura pas la même productivité pour deux raisons. La première, c’est que tous les jeunes joueurs récupérés ces dernières années sont frustres en attaque. Patrick McCaw, Kevon Looney, Jordan Bell, Damion Jones ou plus récemment Jacob Evans ne semblent pas avoir un fort potentiel offensif à développer. Or pour les encadrer, ni Shaun Livingston, ni Andre Iguodala dont l’apport offensif semble de moins en moins prononcé ne vont prendre le relais.

Évidemment, les Warriors gèrent leur rotation pour que les titulaires soient présents avec le banc, dans les matchs serrés particulièrement. Mais voici le premier point : toute la création offensive repose sur le starting five. Or il y a 4 joueurs qui sont des menaces offensives de choix dans ce 5 de départ. Nous allons y venir, mais mon propos ici introduit l’idée suivante : l’étau se resserre autour des stars de l’équipe.

La seconde raison qui me laisse penser que ce banc pourrait voir son rendement affaibli est la suivante : l’arrivée à un âge avancé pour Livingston et Iguodala. D’autant que ce ne sont pas des joueurs bien armés pour créer du spacing pour leurs jeunes coéquipiers. Mine de rien, cela peut peser.

Argument 3 : Une dépendance plus forte envers ses titulaires

Conséquence d’un banc moins talentueux offensivement, les titulaires doivent être beaucoup plus responsabilisés. Pour pallier à cela, il y aura plusieurs conséquences possibles en fonction du moment de la saison et de la qualité de l’adversaire. Cela peut être au choix, plus de rotations croisées entre le banc et les titulaires. Comprenons donc qu’il y aura moins de moments avec les titulaires ensemble, et donc, moins de moments où votre équipe risque d’exploser face aux coups de chauds adverses. Pourquoi ? Car il est plus facile de cibler un joueur quand ceux qui pourraient recevoir ses passes sont moins dangereux. On fera plus facilement l’impasse sur un joueur qui ne tourne qu’à 5/6pts par rencontre avec des pourcentages douteux. Si les Warriors sont si forts en début de seconde mi-temps ce n’est pas pour rien. C’est souvent le moment où tous les titulaires étaient réalignés et peuvent plonger l’adversaire dans les cordes. Plus vous réduisez ces séquences, moins vous risquez de couler à pic.

L’autre conséquence possible, c’est plus de temps de jeu pour les titulaires. Donc plus de fatigue. Or, cette équipe a paru plus émoussée physiquement qu’en 2017 où elle avait été épargnée par les blessures et avait surnagé durant leur campagne de Playoffs, ne lâchant qu’un seul match en tout et pour tout.

Argument 4 : Une émergence de concurrents

Difficile de trouver un challenger crédible en 2017. Les Cavaliers vainqueurs in extremis en 2016, arrivaient en finale moins performants alors que Kevin Durant avait rejoint la baie d’Oakland. Les Spurs eux, perdirent Kawhi Leonard dans les premières minutes de la série. La NBA s’est néanmoins organisée et on croyait en une concurrence sévère des Rockets, des Spurs et du Thunder l’an passé. Si les seuls Texans en rouge et blanc furent en mesure de relever le défi, ils le firent d’une manière que peu imaginaient. Le premier, je n’osais y croire.

Cette saison, les Rockets présentent des interrogations mais peuvent à nouveau jouer des tours à ces Warriors. De manière générale, l’ouest se renforce encore promettant de belles affiches en saison régulière, et des séries disputées dès le premier ou second tour. Même dans une victoire 4-1, une série peut vous pousser à laisser des forces dans la bataille. Et beaucoup d’équipes sont très talentueuses.

En finale, l’Est pourrait également apporter de bonnes surprises. La principale, pour moi, viendrait de Boston. S’ils arrivent au complet ou sans pertes majeures, cette équipe possède une palanquée d’arguments indubitables. Une défense de fer, un banc supérieurement profond à celui des Dubs, beaucoup de talent offensif, un grand coach et… de la jeunesse à fort tempérament. Les deux équipes, si elles s’affrontaient n’arriveraient pas avec la même fatigue. Beaucoup d’arguments qui laissent rêveur dans l’optique d’un combat aux sommets.

Évidemment, tout pourrait se passer pour le mieux pour cette équipe des Warriors. Les joueurs pourraient rester en pleine forme et il faudrait alors les battre sur le seul terrain. Le fait de ne pas réaliser sa préparation en Chine sera par exemple un véritable plus pour Golden State. Dans ce cas, forcément, cela deviendrait des plus complexes. Néanmoins, cette saison plus que les précédentes, ce n’est pas le scénario le plus probable. Tout au long de l’été, on a pu lire des fans désabusés se plaindre du manque de suspens, cette saison plus que jamais. Je ne crois pas que ce soit le cas, car cette équipe doit jouer avec une légion de paramètres, tout en intégrant un pivot dominant. Si jusqu’ici elle a toujours su intégrer à merveille ses joueurs en préservant une superbe circulation de balle, il faudra réussir ce pari à nouveau. Pour avoir été ce supporter déçu du manque de compétition potentielle, je crois en une saison hautement disputée. Si vous en faites partie, j’espère vous avoir remis du baume au cœur.