Il y a des joueurs dont il faut raconter l’histoire pour les ramener dans la conscience collective. Parti en 2015, Shawn Marion n’est pas encore de ceux-là. Pourtant, il pourrait très bien les rejoindre, lui qui comme d’autres avant lui, ont influencé la NBA sans pour autant obtenir le statut de star qui allait avec. Shawn, rapidement surnommé « The Matrix » était un ailier d’une polyvalence rare, a fortiori à l’époque où il est entré dans la ligue, en 1999. Retraité 16 ans plus tard, Marion participa durant sa carrière à diverses grandes épopées, qu’il rendit possibles uniquement grâce à son talent rare.

Lorsque l’on regarde la ligue actuelle, on est tenté de dire qu’une décennie plus tard, il eut connu un parcours complètement différent, obtenant les louanges pour ce qu’il était, lui qui dut opérer dans l’ombre pour se faire une place au soleil en NBA. Alors remettons au goût du jour, au plus vite, un joueur qui peut sans aucun doute servir de modèle aux générations présentes.

Early Life

Nous sommes en AAU, Shawn Marion croise le fer avec les meilleurs prospects du pays lors d’un match d’exhibition. Il reçoit une passe alors qu’il s’élance vers la raquette. Il pose un dribble, puis un second avant de placer un appui et de s’envoler vers le panier. Il pensait placer un lay-up mais il se rend compte qu’il est beaucoup plus haut que prévu. Il se décide et opte pour un dunk, la balle orange traverse furieusement les filets, il ferme les yeux puis les réouvre rapidement conscient qu’il faut se réceptionner. Il repart vite en défense, mais il cligne quelque fois des yeux. Lui-même n’en revient pas, mais il vient de dunker. Cela peut paraître naturel mais il n’a que 13 ans, il a beau être en avance sur son âge avec sa taille et ses longs bras – il vient de se rendre compte qu’il vient d’effectuer un bond sur la manière d’appréhender ses aptitudes physiques. Présentement il est tout de même surtout angoissé parce qu’avec le saut qu’il vient de faire, une mauvaise chute pouvait faire sacrément mal. Plus tard il déclarera à propos de ce saut : « C’était vachement haut. Après ce dunk je n’ai fait que shooter, je trouvais ça angoissant d’être aussi loin du sol« .

Si sa simple présence à ce camp signifiait qu’il était déjà un excellent basketteur, le basketball va rapidement prendre une place croissante dans sa vie. Arrivé au lycée, en dépit de ses aptitudes, Shawn Marion va connaître le statut du numéro 2. Résident du Tennessee, il rejoint l’établissement Clarksville High School où le hasard a bien fait les choses puisqu’il évoluera avec un autre futur joueur NBA : Trenton Hassell. Plusieurs saisons durant et à un moment où l’essentiel des futures stars NBA apprenent à jouer avec toute la lumière, Marion lui sera le lieutenant. Une ombre dans laquelle il devra apprendre à vivre et qui marquera sa carrière en NBA. Déterminé à exploser, il effectue des progrès tous les ans et finit par devenir la star de son lycée – pour sa dernière saison sous les couleurs de Clarksville, il devient MVP de l’état du Tennessee.

D’un caractère besogneux, Marion finit finalement par s’imposer dans son lycée. Grand travailleur, cela s’appréhende toutefois plus dans son rapport au basketball qu’à sa scolarité – puisqu’il traverse cette dernière en empilant les résultats désastreux. Souvent, le corps professoral s’avère très magnanime avec les sportifs – partant du principe que leurs facultés peuvent leur offrir les meilleures écoles du pays. Ce pont en or, Marion ne va cependant pas en bénéficier et se verra la route vers les meilleures universités barrée. A la place, il est envoyé dans un « Junior College », établissements conçus pour proposer des matières plus pratiques aux étudiants. A cause de cette trajectoire particulière, Marion ne peut évoluer en NCAA même si cette ligue, dans laquelle il brille, reste importante. Pendant 2 ans, il va enchaîner d’énormes performances, dominant ses pairs en vitesse, en puissance, ce qui lui permet de s’imposer comme un scoreur accompli, un rebondeur vorace et évidemment, un défenseur de premier plan.

A l’issue de ces 2 années, il rejoint finalement UNLV, FAC importante mais qui traverse alors une pénurie en NCAA, n’arrivant plus à accéder au tournoi depuis maintenant 5 ans. Nous sommes en 1996 et Shawn Marion va enfin débarquer dans le grand championnat universitaire. La hausse de niveau suggérée par ce championnat ne change rien à la domination de l’ailier sur les parquets. C’est la même personne qui réalise les mêmes performances soir après soir, peu importe l’opposition. A la fin de sa saison freshman, il compile 23,3pts à 56% au tir et 12,8rbds. Avec seulement 2m01 et moins de 100kgs, on comprend rapidement que le joueur a un profil atypique dans le basketball des années 90. Pour sa seconde saison, il ne va pas ralentir – et alors qu’il s’apprête à s’engager pour une troisième année afin de terminer son cursus et de tenter de remporter le titre, une discussion va changer ses plans.

Marion apprend avec surprise que les scouts NBA le considèrent comme un futur top 15 de draft. Surpris mais appréciant la nouvelle, il change ses plans et fonce en direction de la grande ligue. Durant ses workouts, la chance continue de lui sourire. Dans ses jeunes années, Shawn avait participé à des tournois AAU, à l’époque, il était déjà tourné vers la raquette. Pourtant, alors que le tir décisif doit être pris, on lui dessine un système pour prendre le tir de la gagne… à 3pts. Lui qui ne s’exerçait jamais à cette pratique va pourtant le transformer et voir ce petit événement comme un signe. Adulte, il espère jouer dans la ville de cet exploit, qui s’est déroulé en Arizona. Finalement, le soir de la draft, les Phoenix Suns échangent Steve Nash contre un 9eme choix de draft qui permet de sélectionner l’ailier.

Les premiers pas, le temps des défaites

En NBA, Marion va rapidement faire sensation. Pour son shoot premièrement. Les médias et les fans s’emballent rapidement devant la mécanique pour le moins étrange de l’ailier. Avec une sorte de lancer qui part au niveau de la poitrine au lieu d’être amorcé au dessus du visage – le joueur intrigue. Avec cette sorte de lancer à deux mains qui part beaucoup plus bas que la moyenne, le joueur déclenche l’amusement, ce qui a d’ailleurs tendance à l’agacer puisque contrairement à d’autres joueurs avec une mécanique de tir atypique, le joueur possède des pourcentages tout à fait honorables.

Néanmoins, Marion obtient également l’attention pour des raisons plus positives : son niveau de jeu. Avant même de commencer sa saison NBA, Kenny Smith lui donne le surnom « The Matrix« , le joueur ayant de telles capacités athlétiques et de telles prédispositions pour la défense collective, qu’il n’est pas rare de le voir réaliser des actions impossibles pour le commun des joueurs NBA – ce qui place la performance physique. Souvent, grâce à sa vitesse il est capable de venir apporter une aide dans des délais qui dépassent l’entendement et de réaliser une interception ou un contre inattendu. C’est pour cela que le présentateur lui donne ce surnom en référence au film éponyme sorti l’année de sa draft. En outre, Marion est un rebondeur insatiable, ce qui est d’autant plus étonnant qu’il évolue au poste 3, ne fait que 2m01 et joue à une période ou les intérieurs aux physiques imposants sont encore au centre du jeu. Grâce à sa détente, une maîtrise de son équilibre, une belle envergure, une énergie débordante et des instincts acérés, il arrive tout de même à dominer ce segment du jeu dès son arrivée en NBA. En la matière, Matrix expliquera sa force ainsi :

Très tôt, j’ai compris que ma qualité se trouvait dans mes instincts, que ce soit en attaque comme en défense. Certains joueurs n’ont pas cela, et ils doivent trouver d’autres forces, moi, je savais que je devais m’y fier. Il me permettait de faire le bon mouvement, au bon moment pour voler un ballon, réaliser un contre ou sauter dans le bon timing pour le rebond.

Offensivement, le joueur est aussi atypique. En dépit d’un tir peu orthodoxe, d’un handle assez médiocre et d’une faible capacité de création, cela ne l’empêche pas de rapidement devenir un bon scoreur sur le poste d’ailier. Son tir surprenant et rapide, sa capacité à faire la différence en quelques dribbles et ses coupes d’une infernale vitesse sont autant d’atouts pour scorer. Surtout qu’il est suffisamment glouton au rebond pour s’accorder des secondes chances au milieu des arbres.

Lorsqu’il débarque en NBA, il arrive dans une équipe qui vient de mettre fin à un jeu avec 3 meneurs pour retrouver un roster plus équilibré. Un groupe qui vit une reconstruction avec un formidable meneur à la tête de l’équipe : Jason Kidd. Portés par ce dernier, mais aussi Anfernee Hardaway et Cliff Robinson, les Suns vont connaître une première saison convenable avec Shawn qui montre déjà l’ailier au profil rare qu’il peut être. Il multiplie les double-doubles au cours des 51 rencontres qu’il jouera et va même découvrir les Playoffs en tant que titulaire. Après s’être adjugé le scalp des Spurs, le parcours s’achèvera en demi-finale de conférence face aux Lakers qui s’apprêtent à conquérir le titre, par une défaite 4-1 pour des Suns qui résistèrent malgré la perte de Kidd durant la série.

L’année suivante fut l’occasion de voir le groupe repartir. Pour Marion, ce fut celle d’exploser aux yeux de la NBA comme un ailier de premier plan. Il passe de 10,2pts et 6,5rbds à 17,3 pts et 10,7 rbds. Il progresse également en défense en prenant de plus en plus de place dans les rotations des Suns, devenant le titulaire indéboulonable. Autour de Jason Kidd, il profite des offrandes du génial meneur pour l’accompagner dans cette hausse de volume de jeu. Pourtant, l’aventure s’arrêtera plus tôt que la saison précédente puisque les siens sortent au premier tour des Playoffs.

Cet été, la franchise draftera Joe Johnson. Si l’arrière va s’avérer des plus talentueux, les choses ne s’améliorent pas pour la franchise puisqu’elle décide d’évincer Jason Kidd au profit de Stephon Marbury tout en laissant Cliff Robinson s’en aller. Shawn Marion continue de s’imposer dans les rotations, de prendre du volume dans une équipe des Suns qui pratique un jeu lent et plus défensif qu’offensif. Malgré ses progrès sur les chiffres bruts, c’est aussi un joueur qui voit son efficacité diminuer. Marbury ne distribue pas aussi bien que Kidd, et il y a moins de dangers malgré un groupe dans la moyenne. L’équipe passe à côté des Playoffs, Marion découvrant néanmoins les lumières ce qui n’est pas pour lui déplaire.

Pour sa quatrième saison, il va pousser son jeu à un niveau supérieur, alors qu’un jeune intérieur du nom de Stoudemire débarque. Il forme toujours la clé de voûte de l’équipe avec son meneur, et alors qu’il atteint les 21,2pts en plus de ses 9,5 rebonds, il découvre le statut de All-Star ! Pour lui, c’est aussi la concrétisation d’un rêve de gosse et la preuve formelle qui devient un centre d’attention pour les fans mais aussi pour ses pairs. A travers cette sélection, il obtient une attention dont il a terriblement besoin. Il reste néanmoins, une sorte de numéro 2 dans cette équipe et dans le sillage de Marbury et épaulé d’un duo Stoudemire – Johnson qui émerge, les Suns retrouvent les Playoffs en progressant des deux côtés du terrain.

Alors qu’on croit que l’équipe va commencer à décoller, elle vit une saison 2003-2004 cauchemardesque qui verra l’effectif imploser. Seul Marion émerge dans ce naufrage désastreux. C’est le moment pour la franchise de réaliser un virage.

L’ère du Run’n’Gun !

Marion n’a pas connu de grandes épopées depuis son arrivée dans la grande ligue. Quelques belles saisons mais rien de bien marquant. La NBA elle-même est dans le creux de la vague, le jeu de plus en plus tourné vers l’isolation accouche de nombreux matchs indigestes pour le public.

C’est dans ce contexte qu’un homme venu d’Italie va poser ses valises en Arizona. Reconnaissable par sa moustache, il a déjà eu quelques courtes expériences en NBA, notamment à Denver et va connaître sa première expérience complète dans la grande ligue. Il arrive dans le même temps que l’ex-Sun devenu All-Star dans le Texas : Steve Nash. Une des paires les plus marquantes des années 2000 va voir le jour. Et il va transformer Marion en l’un des joueurs les plus versatiles de la décennie.

Avec l’arrivée de Mike D’Antoni sur le banc des Suns, c’est le basketball qui prend un nouveau virage : un précepte, « 7 seconds or less ». Les tirs les plus efficaces se trouvent dans les premières secondes d’une possession. Il faut courir, trouver des espaces, shooter rapidement. Un basket simple, spectaculaire, qui ouvre des occasions pour les merveilleux athlètes que sont Amar’e Stoudemire et Shawn Marion. Avec Steve Nash à la baguette, c’est le début d’une époque emblématique entre le génial passeur, l’intérieur sauvage et l’ailier à tout faire. Ce trio va rapidement transformer Phoenix en la formation de basket la plus spectaculaire de la NBA.

Le néo-coach de la formation arizonienne, n’a pas que des préceptes, il voit le basket autrement. Aussi, lorsqu’il se penche sur les qualités de Marion, il décide d’en faire un ailier fort dans un basket encore très à cheval sur les profils entre les postes. Derrière cette initiative, le surnom The Matrix prend encore plus de sens. Grâce à son énergie débordante, sa vitesse de déplacement et sa polyvalence défensive, il devient l’homme providentiel de cette équipe. S’il n’a pas le génie de Nash ou la puissance au scoring du Stoud’, il fait tout ce que ses coéquipiers n’arrivent pas à faire, devient crucial dans le jeu en transition de son équipe grâce à sa vitesse et profite des décalages grâce à ses coupes infernales. Plus besoin pour lui de dribbler, il n’en est donc que plus fort. Si ses statistiques ne gonflent pas, son efficacité grimpe en flèche dans le basket de feu de Phoenix, et son activité devient le rouage essentiel pour maintenir la défense de son équipe. Derrière son trio la franchise passe de 29 à 62 victoires en une seule année. Si les experts s’acharnent sur le manque de défense du groupe, les Suns sont en réalité une équipe tout à fait correcte au regard des pourcentages laissés aux adversaires.

Néanmoins, les statistiques avancées étant moins utilisées qu’aujourd’hui, personne ne prend en compte le travail effectué et en conséquence, par Shawn Marion qui pourrait pourtant prétendre aux distinctions et trophées défensifs. Alors que l’équipe explose aux yeux du public, deux joueurs monopolisent l’attention des médias – Marion n’en fait pas partie. S’il n’en veut pas à ses coéquipiers, il ne peut s’empêcher de se sentir floué pour ses efforts, bien conscient à l’instar du staff, de sa présence indispensable. Le souci, c’est que rien n’est fait pour lui dans la franchise. Dans le jeu, il n’y a pas de systèmes dessinés pour l’ailier. Pour lui, c’est un manque de considération, pour D’Antoni, c’est par égard pour son jeu, qui repose avant tout sur ses instincts. Cette différence de point de vue va pourtant le suivre année après année.

En Playoffs l’équipe doit s’accrocher après avoir passé une saison marquée par des rotations très réduites. Avec 6 à 7 joueurs utilisés par D’antoni, le moindre problème serait fatal. Au premier tour, les Suns font feu de tout bois face à des Grizzlies, 8eme, dépassés. C’est ensuite au tour des Mavericks de se dresser sur leur route. Si Shawn a été impeccable jusqu’ici, dominant le rebond et contribuant à hauteur de +20pts par match, il élève son niveau au tour suivant. Dans une série plus accrochée, il se démultiplie pour aider les siens. C’est finalement lors du match 6, après prolongation qu’il porte l’estocade finale. Un match boulimique où il met 38pts, prend 16 rebonds, faisant la différence en prolongation pour filer en finale de conférence face aux San Antonio Spurs.

En finale de conférence, il connaîtra le début d’une longue guerre qui durera tout au long de sa carrière avec l’armada de Gregg Popovich. Alors que son équipe n’a perdu que deux matchs en 2 séries, elle va se faire balayer par la bande de Tim Duncan. Marion, lui, fera une série désastreuse où il sera incapable d’impacter le jeu comme à son habitude. Une désillusion terrible pour le joueur alors que Stoudemire surnageait tout au long de l’affrontement. La défaite n’est cependant pas amère, une leçon 4-1 sur laquelle il faudra bâtir.

L’année suivante, les ambitions auraient pu être les mêmes, mais une blessure de Stoudemire vient doucher l’enthousiasme général. L’équipe doit compenser la perte de ses 26pts, sans avoir recruté pour compenser la perte. Les attentes autour de la paire Nash/Marion n’en sont que décuplées. L’équipe va pourtant connaître la plus belle saison de son histoire depuis 1993. Alors que la rééducation du Stoud’ se passe mal, que l’équipe bricole, D’Antoni trouve en Boris Diaw un talent de premier ordre. La balle bouge encore mieux avec le français, et Marion s’escrime encore à briller en réalisant les tâches de l’ombre. L’équipe rencontre un succès inattendu compte tenu des conditions – mais les états d’âme de Shawn prennent de plus en plus de place. Le joueur est décrit comme profondément sympathique et bienveillant, mais également susceptible. Le staff sait qu’il peut dominer les rencontres et en conséquence fait peser beaucoup de pression sur ses épaules. Les coachs s’inquiètent souvent de cette relation « placent-ils trop d’attentes à son sujet ?« . Parfois, ils préfèrent fermer les yeux sur ses mauvaises performances pour ménager sa susceptibilité, lui qui souffre qu’un Stoudemire absent, intéresse parfois plus les médias que lui, alors qu’il contribue chaque soir. Le raffut autour de Steve Nash, à la lutte pour conquérir un second titre de MVP consécutif n’arrange rien. Surtout que le canadien, personnage éminemment sympathique, est un merveilleux client pour les journalistes.

Cette saison, Marion continue d’obtenir les faveurs du public pour le All-Star Game, de contribuer à hauteur de la saison passée, mais l’absence du Stoud et les critiques sur le manque de dureté de l’effectif continuent de faire des sceptiques, au premier rang desquels, Charles Barkley, légende des Suns qui ne se prive pas de s’en prendre à son ex-franchise. Cela n’empêche pas la compagnie de Steve Nash de finir encore dans les hauteurs de l’Ouest. La merveilleuse saison de Marion n’est pas sans coût. Le joueur repositionné en intérieur, paye son manque de poids et de taille. Il est crucial, mais tire sans relâche sur son moteur. Le meneur est dans le même cas. Athlète moins abouti et moins jeune que le bondissant ailier, il arrive en Playoffs en surchauffe physiquement. Mais de grandes choses les attendent. Sans aucun doute le sommet de sa carrière à Phoenix.

Au premier tour, les Suns sont opposés aux Lakers de Kobe Bryant et Lamar Odom. Moqué pour sa défense, Phoenix arrive tout de même avec une véritable stratégie. Isoler l’arrière des Lakers et laisser Raja Bell face au monstre californien. Tout au long de la série, l’équipe se montrera tantôt sous son meilleur puis son plus mauvais jour. Marion incarne cette équipe aux deux visages, lui dont la motivation d’un match à l’autre peut changer la physionomie d’une rencontre. Il finira par être un des contributeurs majeurs de la victoire de son équipe en 7 matchs. Au prochain tour, l’équipe soulagée mais épuisée a un tout autre défi – faire tomber les Clippers d’Elton Brand. L’intérieur est au sommet et l’autre équipe de LA est plus complète que celle des Lakers. Face à cette équipe, Marion est d’autant plus déterminant que c’est un adversaire très physique, notamment à l’intérieur, et ce alors que les Suns évoluent sans Kurt Thomas, seul joueur grand, costaud et rugueux.

Les Suns perdent l’avantage du terrain dès le second match, poussant l’équipe à se reprendre pour ne pas attaquer le match 4 dos au mur. C’est le moment que l’ailier fort choisit pour renfiler sa cape de Matrix. Les statistiques parlent d’elles-même : 32pts, 19rbds, 3asts et 4 interceptions. Un match tonitruant qui permet aux siens de reprendre l’avantage du terrain. Puis de redevenir l’équipe sans envie qu’elle pouvait être lors de la rencontre suivante. Finalement, c’est encore au match 7, à domicile que tout se jouera. Après avoir gobé 36pts et pris 20 rebonds dans le match 5, planté 34pts, 9 rebonds et 6 interceptions dans la défaite de la 6eme rencontre – il arrache la décision avec 30pts dans une large victoire au cours de l’ultime rencontre. Monstrueux.

Euphoriques, les Suns vont pourtant se faire arrêter par les Mavericks 4-2 en finales de conférence. Encore intenable au rebond, Marion ne peut compenser le manque de profondeur de l’équipe. Malgré sa plus grande campagne de Playoffs, il ressort avec le cœur brisé, une fatigue énorme.

L’équipe a vu émerger Boris Diaw et attend le retour d’Amar’e Stoudemire. Pourtant, Shawn a déjà vécu sa plus belle saison sous les couleurs des Suns et l’équipe ne reviendra jamais à ce niveau de la compétition. La saison suivante, sa contribution baisse et l’équipe tombe trop tôt. Marion continue d’être tantôt joyeux, tantôt boudeur. Il veut la lumière, il veut un autre rôle. Finalement, en 2007-2008, il est transféré à Miami, pour former un tandem avec Dwyane Wade.

Le temps des désillusions

Monstre d’efficacité à Phoenix, il rejoint une équipe plus rugueuse, plus traditionnelle, qui joue un basket beaucoup plus adepte de l’isolation et des attaques placées. Bien qu’il ait plus de ballons qu’aux Suns, l’efficacité du bientôt-trentenaire s’effondre. Il prend plus de tirs, plus de rebonds, mais score moins. Peut-être a-t-il déjà amorcé un déclin physique, mais c’est surtout ses limites techniques qui semblent mises en évidence. Tout super joueur qu’il est, il était sublimé par le système de jeu instauré par D’Antoni. Pour lui, c’est une baffe, surtout que malgré un training camp complet la saison suivante, ses statistiques baissent encore. Un peu mieux utilisé, son retour au poste d’ailier démontre une chose : le joueur n’a plus le même moteur. Il a amorcé un déclin, et ses limites techniques ne lui permettent pas de compenser. La construction du Heat pose également un problème, le leader est un arrière à tout faire, pas un pur meneur passeur comme il a pu connaître avec Jason Kidd et Steve Nash, deux des plus brillants gestionnaires de l’histoire.

En cours de saison, il est finalement envoyé aux Raptors dans une équipe qui lui offre plus de spacing. Si les choses vont mieux et que la franchise souhaite le garder, il devient évident aux yeux de tous, y compris de lui-même, qu’il ne sera jamais le leader qu’il pensait pouvoir être. A 30 ans, le joueur reçoit une leçon nécessaire. Tout d’abord, il comprend qu’il a désormais eu sa chance et qu’il ne pourra pas regretter. Ensuite, il se rend compte en effet, qu’il doit évoluer pour perdurer en NBA. Désormais, Marion peut devenir un joueur solide, les illusions d’être la tête d’affiche ayant volé en éclat.

Un regret qu’il pourrait en revanche avoir, c’est celui de ne pas avoir gagné. Peut-être est-ce la raison qui le poussa vers le dernier grand chapitre de sa carrière. Peut être est-ce pour cela qu’il choisit les Mavericks, qui avaient brisé ses espoirs durant le printemps 2006. A l’été 2009, libre comme l’air, il s’envole donc vers Dallas pour épauler Dirk Nowtizki.

Le temps de la gloire

Dès son arrivée, on comprend que Shawn Marion devra être autre chose. Les envolées statistiques sont derrière, mais sa défense reste toujours parmi l’élite. Force d’appoint au scoring, il hérite du poste d’ailier. Régulier et débarrassé de ses états d’âme, il s’installe dans un effectif discipliné. Après une première saison satisfaisante, les Mavericks échoueront face à l’ogre de San Antonio. Marion confirme qu’il a toujours de superbes instincts, qu’il profite toujours d’une énorme mobilité et peut apporter des deux côtés du terrain, notamment grâce à son opportunisme offensif.

Alors que l’effectif de vieux briscards, continue de travailler ses gammes et son alchimie, à l’autre bout du pays, le Heat vient de créer un effectif pléthorique autour du trio James-Wade-Bosh. La NBA tremble dans ses fondations et beaucoup craignent que le titre soit leur pour un bon moment. Les Mavericks prennent néanmoins la saison par le bon bout et arrivent en Playoffs comme tous les ans, en bon challengers pour le titre. Marion, lui, toujours aussi précieux par sa défense marque néanmoins une nouvelle étape de sa transformation en joueur d’équipe, puisqu’il quitte le 5 de départ de façon quasi-permanente lors de la saison 2010-2011.

L’ouest apparaît comme une jungle et les Mavs, 3eme devront croiser le fer avec les Blazers de LaMarcus Aldridge, et d’un Brandon Roy officiellement jugé inapte au basket. C’est pourtant une série âpre qui a lieu, qui entrera dans l’histoire comme l’ultime exploit de l’arrière des Blazers. Un coup de massue, dont l’impact final aura lieu sur la tête d’un Shawn Marion impuissant. Cela n’empêchera pas les texans de prendre le dessus sur la série pour retrouver des Lakers champions en titre. Dès les 2 premiers matchs, les Mavericks poussent l’adversaire dans ses retranchements. L’ailier, dont l’hyperactivité gêne les californiens symbolise ce supplément d’âme d’une équipe qui a faim, face à des angelinos à la motivation érodée. La série sera conclue par un 4-0 cinglant, permettant à Marion de redécouvrir les finales de conférence – face aux jeunes loups d’Oklahoma City. Leur leader, un jeune ailier du nom de Kevin Durant, devra se sortir des griffes d’un Shawn Marion bien conscient qu’à ce stade de sa carrière, chaque opportunité vaut de l’or. Ce sentiment d’urgence, il est partagé par tout un roster qui court après une première bague aux portes du crépuscule de leur carrière. Leur richesse ? De la discipline, du talent et de l’expérience pour compenser des corps tous moins affutés qu’auparavant. La jeunesse d’OKC, encore verte, prendra une leçon presque aussi salée que celle des Lakers – un 4-1 conclu par un match tonitruant de Matrix (26pts, 8rbds, 3 ctrs). Comme au bon vieux temps.

A 32 ans, découvrir ses premières finales a un goût particulier, mais avec un arrière goût amer lorsque personne ne vous donne la moindre chance face au trio de superstars du Heat. Sauf que ces Mavericks ont décidé de déjouer les pronostics, que Marion assez discret jusqu’ici semble avoir relancé la machine dans ce match 5 face au Thunder, et qu’il va devoir se charger de LeBron James, que tout le monde pense alors au sommet de son art. Et quel travail. Ailier à tout faire, il symbolisera l’expression dans une finale dantesque.

En attaque, il apporte des points précieux, parfois décisifs, avec des statistiques en large hausse. Comme il a pu le faire à Phoenix, ses minutes explosent et on le prend à faire déjouer un James à la fois débordé par la pression et malmené par une défense de fer. En route vers sa destinée, l’ex-Sun semble promis à retarder celle du « Chosen One » (L’Elu) et alors que son équipe est menée 2-1, tout le groupe réagit d’un seul homme pour l’emporter 4-2. James bafouille, tandis que Nowitzki, étincelant porte les siens vers leur premier titre – et une revanche qui couvait depuis 2006. Ces Playoffs étaient historiques, la campagne sublimement maîtrisée et la finale demeurera comme l’une des plus denses en émotion de l’histoire de ce sport. Après avoir buté à 3 reprises dans l’Arizona, Marion touchait enfin le trophée qu’il chassait.

Après cette victoire pleine de saveur, plus jamais l’équipe ne retourna dans les hautes sphères de la ligue. Pourtant Marion continua de contribuer au même niveau tous les ans, faisant d’ailleurs son retour dans le 5 de départ. Durant cette période, il vécut encore des séries qui méritent de rester en mémoire. Le point d’orgue était déjà atteint, mais les Playoffs 2014 offrent une superbe porte de sortie au joueur pour son aventure texane. Face au rival de San Antonio, il s’offrira un dernier match à 20pts lors du game 2, dans une série riche en rebondissements, en émotions et qui se terminera dans un match 7 qui échappera à des Mavs courageux, mais dépassés.

Avec un temps de jeu en légère baisse, une contribution toujours solide mais en berne, Marion décide alors de s’offrir un dernier challenge.

Le temps de la révérence

L’été 2014, les Cavaliers voient LeBron James revenir pour accomplir sa promesse de ramener un titre à Cleveland. Marion, 35 ans, voit peut être l’affrontement de la finale de 2011 comme un signe qui le guide vers l’Est. Toujours est-il qu’il débarque avec un statut encore établi en NBA. L’année précédente, il jouait encore 31min par match et avait repris le poste de titulaire à Dallas en main.

Mais il rejoint James, et semble accepter de devenir « un vétéran ». Cette déclaration lui aura peut-être été fatale, mais arrivé en Ohio, son temps se réduit drastiquement. Il démarre 24 matchs en tant que titulaire, mais sort petit à petit des rotations pour ne jouer que 57 matchs. Il disparaît régulièrement de la feuille de match et apparaît pour du garbage time, lui qui quelques mois plus tôt était opposé à Kawhi Leonard dans une série de Playoffs dantesque.

Le retour en post-saison ne sera hélas pas l’occasion pour lui de s’offrir une dernière épopée. Quasiment jamais aligné, il ne joue presque pas. Les blessures de Kevin Love puis Kyrie Irving dans le premier match des finales n’y changeront rien. Malgré une équipe décimée, Marion n’obtiendra jamais sa chance, et assistera à ses secondes finales en direct du banc. L’heure était venue. Celle de raccrocher ses sneakers, de sortir une dernière fois du terrain, et de tirer sa révérence.

Une serviette sur la tête, sortit durant le sacre des Warriors, un des ailiers les plus marquants de sa génération. Un joueur atypique, tiraillé par son besoin de reconnaissance, mais coéquipier modèle, qui semble peut être être arrivé trop tôt en NBA. Monstre de polyvalence, il aura su imprimer sa marque dans deux grandes épopées sur deux décennies différentes. Preuve s’il en est de l’immense talent de Shawn Marion.

Au revoir balle orange. Au revoir NBA. Au revoir The Matrix.