Le 12 avril 2018, les Denver Nuggets sortaient têtes baissées d’une rencontre à la vie à la mort avec les Minnesota Timberwolves. Après deux prolongations, ils rendaient les armes après avoir possédé deux balles de matchs. Manquées. Malgré leurs progrès, une nouvelle fois, ils atterrissaient à la 9eme place – priés de regarder les Playoffs en spectateurs. Le plus terrible, c’est que cette saison, l’équipe ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même. Passée à côté de nombreuses rencontres qu’elle devait remporter, manque de constance, coaching défaillant, manque de sérénité dans les moments forts les ayant poussé à se battre dos au mur durant les 7 derniers matchs de la saison. Après 6 exploits, le groupe tombait au pire moment.

Une question à l’issue de cet échec se posait : quelle réaction ?

L’équipe allait-elle stagner ou conserver ses travers ? Ou, allait-elle se servir de ce traumatisme pour rebondir ?

Difficile de se positionner après deux années marquées par de l’inconstance et parfois, un certain manque de caractère. Pourtant, en ce début de saison, c’est une équipe méconnaissable qui se présente sur les terrains. Déterminée, sereine, intransigeante, le jeune groupe du colorado ne recule plus, ne panique plus et affiche un bilan de 9 victoires pour 2 défaites : seconds derrière l’armada d’Oakland.

Mais que se passe-t-il à Denver ? Qu’est-ce qui a changé dans le fond et dans la forme ?

Mike Malone, enfin ?

Mike Malone a été lourdement critiqué l’an passé par les observateurs et les fans. Je l’ai vilipendé plus que de raison, je vais être honnête. Et franchement, les critiques étaient fondées. Mauvaise hiérarchie, jeu à contre-emploi, rotations instables, manque de présence dans les moments clés. Coach Malone avait toute la panoplie du coach sur siège éjectable, à fortiori pour quelqu’un dont la vocation de coach défensif n’avait jamais été prégnante son arrivée.

Et il fut prolongé pour 4 ans à l’orée de la saison.

Allez comprendre. Personellement, je n’ai pas compris.

Toujours est-il, qu’en ce début de saison, la gifle de l’an passé semble avoir servi les fins du coach qui voit l’équipe réaliser plusieurs progrès.

Léquipe est une des meilleures défenses NBA, propose un basketball « de Playoffs », avec une PACE faible et beaucoup de jeu demi-terrain. Et pour ne rien gâcher, la concentration est au rendez-vous, donnant l’image d’un groupe en mission. Enfin.

L’attaque reste solide, possédant enfin une vraie hiérarchie, mais disposant en plus d’une animation offensive intéressante. Les rotations progressent aussi avec, plus de joueurs utilisés et de manière bien plus régulière malgré les blessures – si l’on excepte l’utilisation de Torrey Craig.

Evidemment, tout n’est pas parfait, on peut noter par exemple une tendance à laisser l’équipe se coacher. Un exemple ? Ce début de match contre les Celtics où les Nuggets sont dépassés des deux côtés du terrain, mais où Mike Malone ne prend pas les choses en main pour stopper l’hémoragie.

Mais au regard de la saison passée, nous sommes là dans du détail bien plus dispensable à ce stade de la compétition.

Qui sont les Denver Nuggets après 10 rencontres ?

Basketball pratiqué, caractère de l’équipe, tendances, nous allons nous pencher sur ce qui fait le Miles High Basketball en ce début d’exercice.

Une défense transformée

C’est probablement la grande surprise de ce début de saison. Imaginer l’équipe se battre et réaliser des progrès, notamment grâce au retour de Paul Millsap était envisagé. Attendu même.

En revanche, imaginer Denver second defensive rating derrière les Boston Celtics n’avait été ne serait-ce qu’imaginé par personne. Pourtant, c’est bien une équipe transformée qui évolue sous nos yeux. Les raisons sont nombreuses puisque l’équipe était 24eme la saison passée.

Tout d’abord, le retour en forme de Paul Millsap est un atout. Leader défensif, il communique énormément, fait jouer sa polyvalence et ses nombreux efforts pour combler les brèches de son équipe. Une grande quantité de ballons sont sauvés par les aides de l’ailier fort.

Mais si sa volonté, la communication qu’il instille peuvent suffire à réaliser des progrès, c’est surtout le fait que ces efforts soient contagieux qui rend la défense de Denver intraitable.

En effet, en réalité pour qu’une équipe avec un roster comme celui de Denver soit une des meilleures défenses NBA, cela demande un combat sur chaque ballon. Ne possédant pas les qualités athlétiques de nombreux concurrents (Boston, Oklahoma City, Milwaukee, Toronto pour ne citer qu’eux), il faut avoir la volonté de lutter sur chaque écran, de ne pas lâcher son vis-à-vis, de se battre sur chaque ballon, de se sacrifier pour causer des passages en force, des pertes de balle. Et c’est ce que toute l’équipe cherche à faire. Autrement dit, monter une bonne défense, avec des défenseurs moyens.

Un exemple ? Nikola Jokic. Le joueur est un athlète médiocre au standard NBA. En tant que pivot, il est la dernière garantie de l’équipe lorsque l’adversaire pénètre. Sauf qu’il n’est pas dissuasif. Résultat, défenseur volontaire, avec des mains rapides il n’était pas la force que son poste nécessite qu’il soit pour l’équipe. Cette saison, utilisé plus en retrait, ayant travaillé sur son footwork et faisant preuve d’une très grande envie de contester, il permet aux siens d’avoir une belle assurance. De fait, si la défense de la franchise est meilleure avec Plumlee en pivot, il n’en reste pas moins que l’équipe encaisse 102,3pts pour 100 possessions avec le serbe sur le terrain.

Or, avec 102,3 de defensive rating, les Nuggets ne perdraient qu’une place au classement. Quand on connaît son talent offensif, cela change forcément les choses.

Dans cette catégorie de joueurs qui se battent pour compenser on peut également citer : Jamal Murray, Juancho Hernangomez, Trey Lyles. Tandis que dans le même temps, on comprend enfin la réputation défensive de Gary Harris joueur tout en instinct, Paul Millsap ou Mason Plumlee. Mieux, Monte Morris issue de G-League s’avère extrêmement précieux et intelligent en défense.

De cette solidarité, est née cette nouvelle vocation défensive.

Une attaque amorphe

C’est un point dont on entend peu parler tant les résultats et la défense de l’équipe étonnent la NBA. Alors que doit-on entendre par une « attaque amorphe » ?

Dans les chiffres, rien de dramatique pour l’équipe, qui est aujourd’hui #10 à l’offensive rating. Top 10 attaque, top 2 défense, donc !

Oui, sauf que… Les Nuggets sont taillés pour être une équipe qui se repose majoritairement sur son attaque, en faisant sans difficulté une des attaques les plus impressionnantes de la NBA les deux dernières saisons. Alors que se passe-t-il ?

Tout d’abord, l’équipe joue très lentement à l’échelle de ce que fait la ligue à ce jour. Non pas que ce groupe jouait un basket complètement débridé les saisons passés, mais cela courrait plus que cette saison. Dans les résultats ça donne quoi ?

  • 6eme PACE en 2016-2017
  • 15eme PACE en 2017-2018
  • 28eme PACE en ce début de saison 2018-2019

En réalité, les Nuggets ne réalisent pas moins d’actions offensives que l’an passé, mais alors que toute la NBA accélère son jeu en ce début d’exercice, Denver fait désormais partie de ces équipes qui jouent le demi-terrain et ralentissent le jeu. C’est probablement la plus grande marque de la volonté de Mike Malone en ce début de saison. Celle de faire de Denver une équipe qui saura répondre quand le jeu se ralentira. De ne pas compter uniquement sur la seule créativité offensive de Nikola Jokic.

La bonne nouvelle, c’est que l’animation offensive est tout à fait correcte ! La mauvaise c’est que certaines choses ne sont pas encore en rythme. Comme quoi ? Le shoot par exemple :

  • 5eme eFG% en 2016-2017
  • 6eme eFG% en 2017-2018
  • 18eme eFG% en 2018-2019

La défaite de la nuit précédente contre les Grizzlies (vous l’aurez compris, j’ai commencé l’article avant le match), a d’ailleurs révélé cette difficulté des Nuggets à trouver du rythme. Pour une équipe habituée à avoir de véritables coups de chauds, une telle absence nécessite de compenser en défense, en attendant des jours meilleurs.

Une preuve de cette gabegie au shoot ?  Le 3pts évidemment ! L’équipe qui possède pourtant un grand nombre de shooteurs (Murray, Harris, Barton, Millsap, Jokic, Morris, Beasley, Hernangomez, Lyles) est 28eme au pourcentage derrière l’arc. Seulement 30,8% de ses tirs transformés !

La saison passée ? Elle était 7eme avec 37,1% de réussite moyenne.

Plusieurs joueurs sont loin de leurs standards en carrière. On tombe à des chiffres catastrophiques pour certains joueurs comme Paul Millsap. Si certains pourraient faire une saison en dedans, difficile d’imaginer toute l’équipe connaître un trou d’air interminable.

Le nombre de lancers francs tentés a aussi baissé, tout comme le pourcentage de réussite. En somme, c’est toute l’attaque qui est à la peine – même si l’équipe réussit à rester dans le top 10. Encourageant, d’une certaine façon.

Jokic est l’absence de tir

L’autre point à surveiller en ce début de saison, c’est Nikola Jokic. Etincelant en début de saison, le pivot des Nuggets continue de jouer un rôle majeur en attaque.

Véritable tour de contrôle de l’équipe, il enchaîne les grosses performances – distribuant comme aucun autre pivot ne peut le faire (16 passes décisives contre le Jazz), en posant des problèmes poste haut, comme poste bas.

Pour autant, tendance déjà observée par le passé, il retourne à une période où il s’efface considérablement au shoot. Considérablement, c’est quoi exactement ?

  • 3/9 contre le Jazz
  • 2/3 contre les Celtics
  • 0/1 contre les Grizzlies

Isaiah Thomas n’a toujours pas débuté sa saison, Will Barton est sur le flanc et l’efficacité offensive de l’équipe laisse à désirer. S’il sait peser sans scorer, l’équipe a besoin que son franchise player soit une menace permanente. Et il faudra, comme par le passé, lui remettre en tête son importance dans le dispositif pour qu’il cesse de s’effacer et permette à l’équipe de retrouver sa dangerosité.

La sérénité dans le jeu

Dernier point de cette transformation de l’équipe – l’impression générale.

C’est une forme de maîtrise qui émane du groupe, une maîtrise qui a fait défaut à l’équipe depuis 2 ans, et qui s’avère tout aussi importante que ce progrès fulgurant en défense.

En effet, alors que les deux années précédentes, les Nuggets avaient tendance à manquer de constance, de sérénité dans les matchs serrés voire de perdre des rencontres qu’ils semblaient dominer – ils apparaissent beaucoup plus calmes et en contrôle cette saison.

Et cela se matérialise dans plusieurs situations.

Ils continuent à jouer leur jeu, à exécuter en attaque sans céder à du jeu rapide même lorsque l’adversaire se détache. A l’inverse, ils ne commencent pas à tomber dans la facilité lorsque le match est serré ou qu’ils sont en tête – là encore, ils semblent dans leur match 48 minutes durant. Cherchant systématiquement à mettre la pression en défense, ne montrant que peu de signes de frustration lorsque rien ne rentre pendant plusieurs minutes. Les rencontres contre Memphis et Boston sont de bons exemples.

Ce sera là une clé d’une saison réussie. Rester dans les matchs même face à des équipes supposées plus faibles, même lorsque la rencontre semble mal embarquée. Un effort à maintenir. Qui leur permet cette année de briller dans les rencontres serrées – il était temps !

Alors ? Révolution chez les Denver Nuggets ou pas ?

Ce début de saison est évidemment un changement brutal dans l’état d’esprit et dans le jeu produit. L’équipe montre qu’elle peut construire une bonne défense sur la jeunesse, la fougue et la déception de la saison passée. De même, les joueurs se montrent capables de produire un effort de haut niveau, dans des rencontres intenses (Warriors, Clippers, Jazz, Celtics, Grizzlies) durant les 48 minutes d’un match.

L’objectif de cette saison était de montrer un net progrès défensif (et personne n’en attendait autant !) et un état d’esprit plus conquérant.

Mais cela peut-il durer ?

Oui et non.

Les Nuggets n’ont pas les armes physiques pour rester une défense aussi acérée. Une saison est longue, et maintenir un tel niveau de concentration 82 matchs durant est souvent meurtrier pour une équipe qui souhaite franchir un cap en Playoffs.

A fortiori qu’il paraît improbable de voir les Nuggets rester aussi faibles en attaque (selon leurs standards) et aussi maladroits. Une attaque retrouvée leur permettrait de mettre un peu plus de rythme et donc de s’accorder un peu plus de laxisme en défense. Voir Denver rester l’un des PACE les plus bas de la NBA serait étonnant.

Denver montre bien une évolution qui a de quoi enthousiasmer les fans (dont je fais partie malgré un effort de tous les instants pour rester calme) – mais imaginer l’équipe rester dans de tels standards me paraît improbable, voire dangereux dans l’optique de monter d’un cran en Playoffs. L’adresse devrait remonter. La défense baisser en régime. D’autant que le retour d’Isaiah Thomas ne devrait pas servir l’équipe en la matière.

La saison est encore longue, il y a encore plusieurs renforts internes à attendre si l’équipe reste en forme. Reste pour les Nuggets à prouver que cette véritable transformation souhaitée par Mike Malone depuis son arrivée n’est pas un écran de fumée avant de mieux rechuter. L’objectif est désormais d’être top 10 de chaque côté du terrain. Au regard de ce qu’ils sont aujourd’hui, ce serait un relâchement. En revanche, compte tenu de leurs objectifs d’intersaison, ce serait une véritable révolution pour les Nuggets.

Affaire à suivre.