Jonathan Isaac, Aaron Gordon, Mo’ Bamba. Est-ce une nouvelle vague plausible pour la NBA ?

On aime bien dire que la NBA est en évolution constante. Une équipe innove, fait les bons choix, et la concurrence cherchera comment utiliser cette nouvelle tendance à son avantage. Les Warriors, en lançant la tendance des linesups sans pivots et avec un majorité d’arrières-ailiers de grandes tailles et mobiles, ont transformé la ligue. Un modèle dans la lignée de celui des Suns de Mike D’Antoni, fait de tirs longues distances, de courses, de mouvements. Cette évolution a modifié les attentes autour des « grands » et poussé les équipes à s’adapter ou à suivre la tendance.

De fait, on peut facilement se demander d’où viendra la prochaine révolution. Nombreuses sont les franchises qui scrutent les failles adverses pour trouver d’une part les moyens de contrer la tendance actuelle, et d’autre part pour lancer la prochaine mode pour la décennie à venir.

Justement, en parlant de trouver une formule, est-ce que le Magic n’aurait pas trouvé le terrain sur lequel enfin construire un avenir ? Pas habituée à nous ravir par ses choix depuis quelques années, l’équipe floridienne a néanmoins trouvé un trio pour le moins intriguant avec Isaac, Gordon et Bamba. Mais comment ces joueurs vont se développer ? Peuvent-ils cohabiter ? Est-ce que cette formule peut fonctionner durablement ? La sélection de joueurs aux qualités athlétiques des plus rares offrent des possibilités… Mais qu’en est-il réellement ?

Dans la tendance des « freaks » ?

Trouver des joueurs avec des qualités athlétiques improbables et en faire des armes de destruction massive, voilà le pari que plusieurs équipes font et ont fait ces dernières années. En 2016, la machine du Thunder construite autour des ovnis Russell Westbrook et Kevin Durant est passée à « ça » de faire tomber les Warriors et de se frayer à nouveau un chemin vers les Finales. A grand coups de joueurs physiques, étouffants, endurants. Cette bataille prouva que des athlètes hors normes pouvaient faire dérailler une machine aussi bien huilée que celle des Warriors, derrière une agressivité de tous les instants. Le départ de l’ailier vers ces mêmes Warriors a renforcé « l’ennemi », mais n’a pas dévié OKC de sa voie, celle des joueurs puissants, aériens, mobiles.

A l’Est, une autre équipe fait ce pari, d’une certaine manière autour du géant grec, Giannis Antetokoumpo. Multipliant les joueurs durs, physiques, grands et mobiles, la troupe du Wisconsin commence à sérieusement impressionner avec l’arrivée d’un coach capable d’exploiter ce potentiel. Comme un symbole, c’est d’ailleurs à l’homme autrefois à la tête du projet Bucks que l’on doit les choix d’Orlando, j’ai nommé le general manager John Hammond.

Après OKC et Milwaukee, venant donc à notre trio floridien.

Parce que c’est bel et bien de cela qu’il s’agit lorsque l’on parle de ces 3 joueurs. Le premier, Aaron Gordon, arrive déjà dans sa cinquième saison NBA mais continue de garnir de son jeu afin d’enfin devenir le joueur d’impact que l’équipe attend. Probablement l’un des joueurs les plus aériens de la ligue, l’ailier fort a du feu dans les jambes, en témoignent ses participations aux concours de dunk. Mobile, puissant, rapide, le joueur a tout pour devenir un scoreur accompli en NBA. Créateur de mismatchs, il est en revanche un défenseur à polir et c’est là que ses jeunes coéquipiers entrent en jeu.

Le deuxième ? Jonathan Isaac. Drafté l’an dernier, l’ailier est un projet… mais quel projet ! Dotés de bras interminables et de fait, d’une envergure démesurée, il devient automatiquement un cauchemar pour son vis-à-vis. Du moins sur le papier, car à ce jour, le joueur peine encore à avoir un rententissement sur la défense du Magic, et même plus généralement sur le jeu. S’il montre quelques bribes de son potentiel par séquence, il va falloir du temps, beaucoup de travail et un peu moins de malchance avec les blessures pour voir le prospect se développer. Toujours est-il qu’avec ses 2m16 d’envergures et ses belles qualités athlétiques, le joueur a de quoi intriguer.

En parlant d’envergure, le troisième élément de ce trio n’a pas son pareil en la matière. Mo’ Bamba, 2m39 d’envergure. La plus grande en NBA. Lui aussi doté de qualités hors normes, il est également un projet à développer. Véritable attraction l’an passé à l’université, le pivot pourrait entrer dans la tradition des pivots dominants du Magic grâce à ses facultés de contreur et sa taille démesurée.

Si Orlando arrivait à organiser son jeu autour de ces 3 joueurs, alors la dimension physique du roster en deviendrait immédiatement impressionnante. Peut-être même sans pareille. Et si les joueurs arrivent à cohabiter, à devenir des bons défenseurs, alors il y a de quoi replacer Orlando sur la carte NBA, rien de moins. D’autant plus qu’ils ne sont pas que des athlètes.

Et des qualités variées

Parce qu’il ne suffit pas de courir vite et de sauter haut pour être un joueur NBA, ces joueurs ont étoffés leur attirail. Gordon est devenu par exemple un shooteur plus que correct, bon joueur dans l’art des pénétrations, capable d’avoir un volume de tir important. Ce serait problématique s’il était le seul, mais ce n’est pas le cas. Si Mo Bamba intriguait autant, c’est aussi grâce à son QI basket, ainsi que son tir à 3pts d’une qualité rare pour un joueur de cette taille (enfin, de moins en moins pour être honnête). En dépit dont de leur puissance et de leur envergure, il y aurait donc moyen de ne pas connaître les problèmes de spacing qu’ont pu rencontrer les joueurs du Thunder ces dernières saisons, par exemple.

Jonathan Isaac quant à lui, possède déjà un très bon footwork pour son âge, et s’il ne l’utilise pas encore pour optimiser son jeu offensif, il est déjà opposé défensivement aux meilleurs ailiers adverses avec pour mission de les limiter. Son activité est bonne et s’il commence à trouver du rythme plus fréquemment, les limites de son potentiel restent une véritable intrigue.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Nous sommes dans un article peu évident puisque nous parlons ici d’un sujet délicat : « le potentiel ». D’autant plus délicat qu’en plus d’imaginer ce que les joueurs peuvent devenir individuellement, on parle ensuite d’une potentielle association du potentiel de ces joueurs. Bref, on est dans l’hypothèse de plusieurs hypothèses.

Par ailleurs, si on souhaite analyser ce qu’il en est à ce jour : et bien les 3 joueurs ont été alignés ensemble à 3 reprises cette année… pour 6 minutes. Oui, 2 minutes par rencontre en moyenne, autant dire rien du tout.

Si on se décide à observer l’influence des duos lorsqu’ils sont alignés ensemble, on se rend compte immédiatement qu’il y aura du boulot. Aucun des 3 duos n’est efficace offensivement. Une réalité qui en revanche ne se confirme pas en défense puisque tous les duos ont une efficacité défensive supérieure à celle de l’équipe lorsqu’ils sont alignés sur le terrain. Cette vérité est d’autant plus vérifiable lorsque Jonathan Isaac est sur le terrain. Clairement le joueur le plus brut des trois, son jeu offensif est pour le moment trop pauvre pour ne pas être un handicap pour ses coéquipiers. En revanche, son apport défensif est certain et il ne faut donc pas s’étonner de le voir opposé à des joueurs tels que LeBron James dans un dernier quart temps d’une rencontre serrée. Aaron Gordon, critiqué pour sa défense par le passé, commence à montrer de belles séquences également. Si même ce dernier commence à utiliser ses dispositions naturelles à son avantage, alors il y a de quoi construire quelque chose d’infranchissable à l’avenir.

Et ce n’est pas le Magic qui s’en plaindra et pour cause, l’équipe doit actuellement composer avec des lignes extérieures friables : Evan Fournier est un défenseur correct mais pas un athlète de premier rang, mais surtout DJ Augustin, tout volontaire qu’il soit n’a pas les qualités physiques d’un meneur titulaire en NBA, tout en étant sous-taillé.

Or, si ce trio s’avère capable de monter d’un cran en défense : ce qui est tout à fait envisageable avec un rookie et un sophomore qui a joué à peine 40 matchs en carrière – et qu’ils arrivent à trouver une alchimie offensive… la concurrence a de quoi s’inquiéter.

Evidemment, pour que cela fonctionne, il faut que Jonathan Isaac devienne un ailier viable offensivement, et il y a un long chemin à parcourir.

Imaginer le futur…

Si Jonathan Isaac devient un peu plus créateur et un shooteur correct, qu’Aaron Gordon continue de progresser et que Bamba se transforme en ce spécimen rare de pivot immense et athlétique tout en étant capable de créer du spacing, alors ce trio peut fonctionner. Le potentiel défensif avec de telles envergures et de tels physiques est affolant, et il faudra alors penser à la manière d’entourer ces joueurs.

Posséder un arrière scoreur et volontaire en défense aux côtés d’un meneur surtaillé et athlétique transformerait la floride en véritable rempart. De la même manière, avoir un meneur tourné vers le scoring et la création aux côtés d’un 3&D solide à l’arrière ne ferait que renforcer le potentiel de l’équipe.

Si l’équipe veut faire un tel pari il faudra en revanche que la franchise croit en cette option avant d’avoir prolongé les 3 joueurs. Autrement dit, trouver les joueurs qui vont entourer ce trio avant que tous aient négocié un contrat exorbitant. Cela veut dire rapidement les mettre en avant, et éventuellement laisser partir certains joueurs clés de la franchise. Nikola Vucevic pourrait barrer la progression de la jeune garde, et ce alors que ses performances lui permettent de prétendre à un contrat en or massif. Un transfuge tel que celui-ci coûterait peut être la poursuite des playoffs à court terme, mais pourrait aussi permettre de préparer l’avenir d’Orlando, embourbé dans une reconstruction qui dure depuis bien trop longtemps.

Si la franchise arrivait par exemple à obtenir un meneur prometteur ou déjà confirmé – quitte à évacuer d’autres pièces autour de son pivot, elle continuerait à aligner les pièces. Ce n’est que contextuel, mais imaginer récupérer Markelle Fultz permettrait d’ajouter un défenseur physique et possédant un vrai potentiel offensif. Il serait alors plus facile de faire des choix sur les lignes arrières et pour la composition du banc.


Le trio Jonathan Isaac, Aaron Gordon, Mohamed Bamba est vraiment un chantier peu mis en avant médiatiquement, mais qui présente de réelles perspectives d’avenir. Si affirmer que les 3 peuvent prendre une ampleur majeure en NBA serait un pari à haut risque, toujours est-il que cette réalité existe. Et si elle a de faibles chances de se produire, toujours est-il qu’Orlando pourrait alors rejoindre une troupe de jeunes équipes à l’Est au potentiel physique immense : Boston Celtics, Milwaukee Bucks ou Philadelphia Sixers. Surveillez-les, Orlando a peut être finalement trouvé une ossature sur laquelle se reconstruire durablement.