Rien n’est plus frustrant que de voir un équipage mené par un capitaine persuadé d’avoir adopté la bonne route alors qu’il file à contre vent.

L’image est certes aussi bancale que le pont sur lequel Captain Kidd a œuvré pendant 4 saisons mais pour tous ses défauts (et ils sont nombreux) Kidd avait eu le mérite de vouloir innover plutôt que de suivre dans une NBA portée sur le copier coller.

L’alternative avait pris la forme d’une défense ultra agressive dont l’objectif principal était de forcer les pertes de balles et générer ainsi un jeu de transition fréquent. Courageux sur le plan défensif son animation offensive était plutôt « old school » avec beaucoup d’isolation en récoltant les fruits du talent de Giannis Antetokounmpo. Un contraste à l’image de l’homme qui tenait la barre : coach Kidd allait prôner un basket rigide et limité, tout le contraire du joueur créatif qu’il était balle en main. Incapable de s’adapter à la réponse de ses pairs la défense de Kidd allait devenir le souffre douleur de toutes les bonnes équipes de la ligue qui en une passe allait obtenir les deux tirs les plus rentables et recherchés du basket moderne : le tir sous le cercle et le tir à 3 points dans le corner.

Disposant des bons appuis pour rester en poste malgré la fronde organisée dans les travées du Bradley Center Kidd allait naviguer à contre-courant pendant les deux dernières saisons avant de se faire violemment renverser l’an passé. L’intérim annoncé du second Joe Prunty importe peu au peuple du Wisconsin en liesse dont les slogans « Fire Kidd » avaient finalement porté leurs fruits. L’harmonie fut de courte durée puisque Prunty qui avait pourtant une occasion en or de lancer sa carrière fit le choix de la continuité (lire médiocrité) plutôt que d’essayer autre chose. Certes le défi de retoucher l’animation offensive et défensive d’une équipe en cours de saison n’est pas simple mais Prunty avait tout à gagner en jouant sur la réputation de l’ennemi numéro 1 pour laisser son empreinte sur la franchise du Wisconsin.

Les Bucks affrontent Boston en playoffs en ayant l’avantage considérable de posséder le meilleur joueur de la série avec Giannis Antetokounmpo (et Middleton n’est pas loin d’être le second). Boston et Milwaukee se répondent coup pour coup pendant 6 rencontres. La série se jouera sur un match au TD Garden.

Nous sommes le 29 avril 2018 et Joe Prunty va être l’acteur principal de ce dernier acte :

  • il arrête de switcher sur les actions (stratégie qui avait pourtant fonctionné toute la série)

  • il utilise 16 (!) groupes différents de joueurs alors que les Bucks dominaient avec une rotation réduite

  • il utilise Tyler Zeller alors que l’intérieur se faisait marcher dessus à chaque apparition

Une de ces 3 décisions aurait pu coûter la victoire aux Bucks alors je vous laisse imaginer le résultat en combinant les trois … sans surprise Boston capitalisera sur ces choix et mettra fin à la saison des Bucks. Les celtics poursuivront leur parcours et échoueront à 12 minutes des finales NBA pendant que les fans des Bucks ne pourront que regretter l’incapacité de leur coach à tirer vers le haut un groupe qui n’avait pourtant pas grand chose à envier à cette version des Celtics.

Finalement débarrassé de Jason Kidd et de son bras droit la problématique de l’été pour le General Manager Jon Horst était simple : quel coach pour accompagner Giannis dans ses meilleures années et enfin tirer le meilleur d’un groupe dont la marge de progression laisse rêveur chaque technicien à la recherche d’un poste ?

Mi-mai un accord de principe est trouvé avec Mike Budenholzer au plus grand bonheur d’une grande partie des fans NBA.

Après avoir gagné 4 titres en tant que bras droit de Greg Popovich à San Antonio Mike Budenholzer a pris des galons en reprenant la franchise d’Atlanta, conduisant un roster dont le meilleur joueur se nommait Al Horford (ou Paul Millsap suivant les saisons) a un bilan de 60 victoires en saison régulière ; Il est également reconnu pour ses talents de formateur avec la « Hawks University » cette formation de jeunes ailiers tels que DeMarre Carroll, Taurean Prince ou encore Kent Bazemore si recherché dans la NBA actuelle.

La majorité de la planète NBA n’avait qu’une hâte : voir Giannis évoluer sous les ordres d’un bon coach NBA, une première dans la carrière du jeune grec. Après avoir mis l’accent sur la libéralisation de ses joueurs en attaque et sur un changement défensif lors de sa conférence de presse d’introduction une transformation était attendue. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’aura pas fallu attendre longtemps pour la voir à l’œuvre.

Un changement défensif nécessaire et efficace

À la question sur quel aspect du jeu de cette équipe votre impact peut-il être le plus important Budenholzer répond sans hésitation : « Nous pouvons être une très très bonne équipe défensive, je dirais même élite ».

Jason Kidd avait pris la NBA de court à l’aide d’un système défensif ultra agressif dont la base était une agressivité permanente sur le porteur de balle dans le but de forcer le plus possible de perte de balle et de casser la circulation de balle adverse. Passer le coup de la surprise la NBA avait évolué pour punir ce genre de stratégie mettant l’accent sur la disponibilité d’un joueur suffisamment loin du porteur de balle pour ne pas réduire son espace mais suffisamment proche pour servir de première rampe de lancement pour punir l’agressivité de la défense. Efficace pendant une saison cette stratégie allait se faire exploiter chaque soir par des animations offensives mieux préparées à son système. Sans réponse Kidd allait se réfugier dans des critiques individuelles de ses joueurs et non dans une remise en cause stratégique et les Bucks allaient squatter les bas fonds défensifs pendant 3 années consécutives malgré un effectif capable de faire beaucoup mieux.

Comme prévu Budenholzer a délaissé la grande majorité des principes de son prédécesseur pour mettre en place une défense plus traditionnelle dont l’objectif est d’orienter les attaques vers des shoots peu rentables tout en protégeant le rebond.

Objectifs anodins ? Hum, jugez plutôt :

 

DRB% (rang NBA)

Fréquence de tirs à mi distance adverse

Saison 2015/16

68,9% (30)

31,3% (1)

Saison 2016/17

70,6% (28)

30 % (1)

Saison 2017/18

70,9% (30)

30,5 % (2)

Saison 2018/19

75,3% (6)

36,1% (27)

L’agressivité demandée par Kidd se voyait aussi bien par la pression mise par les joueurs extérieurs que par la position des intérieurs qui montaient au niveau de l’action, voire au-delà pour « trapper » le porteur de balle. Ceci avait pour conséquence d’avoir un intérieur le plus souvent au large (lire un des meilleurs rebondeurs loin … du rebond) et la pression défensive empêchait l’adversaire d’évoluer dans la zone la moins rentable du basket. Ainsi sur la majorité des systèmes Milwaukee avait deux défenseurs entre la ligne des lancers francs et la ligne à 3 points ce qui poussait les attaquants adverses vers le cercle où les tirs dans le corner, soit les deux zones les plus recherchées de notre sport favori.

Idéale dans le basket des années 50 où le nombre de joueurs capables de tirer à plus de 4 mètres se comptait sur les doigts de la main cette stratégie était très pénalisante aujourd’hui lorsque même les joueurs de 2m10 sont capables de sanctionner à 7 mètres.

Comme prévu Budenholzer a instauré une nouvelle philosophie défensive influencée par la partie « analytic » de son staff. Pour cela il utilise un schéma classique en demandant à ses intérieurs de rester très bas sur les pick&roll (ou « drop »), demandant à ses extérieurs de défendre un 1 contre 2 au large :

L’objectif étant d’empêcher au maximum l’adversaire de générer les shoots les plus rentables : les shoots près du cercle et les shoots extérieurs dans les corners.

À ce stade de la saison l’échantillon est encore trop faible pour utiliser l’adresse de l’adversaire comme mesure intéressante cependant le profil des shoots forcés est très utile pour comprendre les points forts et faibles d’une défense :

Fréquence des tirs adverses selon les zones

cercle

Mi distance

Corner 3

Tir à 3 pts

Saison 17/18

39,6 %

30,5 %

22,5 %

29,9 %

Saison 18/19

27,1%

36,1 %

5,8 %

36,9 %

Évolution

– 12,5

+ 6,4

– 16,7

+ 7

Après 11 matchs quelques tendances apparaissent :

Une raquette ou une forteresse ?

Alors que le jeu tend de plus en plus vers le large protéger sa raquette n’a peut être jamais été aussi important. Déjà parce que cela limite le nombre de paniers faciles de l’adversaire et ensuite parce que l’une des manières les plus simples et efficaces pour libérer un shooteur est de driver, forcer une rotation défensive avant de trouver un shooteur (le fameux « drive and kick »).

L’ambition doit donc être double : protéger le cercle et son accès.

Sur ce début d’exercice les adversaires de Milwaukee prennent seulement 27,1% de leurs tirs sous le cercle, meilleure marque NBA et de loin puisque la deuxième équipe est Detroit à plus de 3 points (30,4%). Cette barre des 30% est symbolique puisqu’il faut remonter à la saison 2010/11 pour trouver une équipe – Orlando avec 29,7% – qui limite ses adversaires à moins de 30% de shoots dans la zone restrictive.

Même si on peut s’attendre à une régression à ce niveau là les Bucks sont partis sur des bases historiques.

Non contents de protéger son accès, les Bucks sont aussi très bons pour protéger leur cercle puisque leurs adversaires shootent à 57,3% de réussite – 3ème défense NBA dans ce domaine.

Un rebond enfin sécurisé

Le point a déjà été abordé plus haut mais il reste très important. En sécurisant le rebond défensif les Bucks génèrent ainsi de nombreuses opportunités de jeu rapide.

Si le système défensif joue un rôle clé dans cela c’est aussi parce qu’il est adapté aux qualités des intérieurs de la franchise de Wisconsin. Ersan Ilyasova et Brook Lopez fraîchement arrivés cet été manquent de mobilité et profitent donc d’avoir moins d’espace à couvrir pour évoluer à leur meilleur niveau. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ses équipes ont toujours été meilleures au rebond avec Brook Lopez sur le terrain que sur le banc alors même que le pivot n’a jamais pris plus de 8 rebonds par match depuis sa saison sophomore.

Par ailleurs ces deux joueurs ainsi que John Henson sont parmi des meilleurs poseurs d’écrans retard de toute la ligue, préférant neutraliser leurs vis à vis plutôt que d’aller chercher eux mêmes le ballon en l’air.

Les chances de manquer une rotation, de mal communiquer un écran à son coéquipier augmentent proportionnellement à la durée de la possession, avoir une bonne défense est donc grandement pénalisé par le fait d’avoir à défendre sur plusieurs possessions consécutives, la bataille du rebond est donc décisive.

Une amélioration significative source … d’inquiétude ?

Contradictoire ?

C’est possible si on comprend cette question sur la chronologie de la saison régulière mais l’est-ce vraiment si on commence (déjà) à penser aux playoffs ? Il est encore très tôt pour penser aux joutes d’avril prochain mais si les premiers retours de ce système défensif conservateur sont positifs il n’en reste pas moins que ses failles sont très (trop ?) facilement exploitables.

Le premier match face à Charlotte et le match face à Boston en sont les exemples les plus notables.

https://twitter.com/NashinHOF/status/1061611878303043586

Dans le choc face à Boston Al Horford prit 11 de ses 15 tirs derrière l’arc et quand on regarde cette action on comprend mieux pourquoi. Une position très basse amenée par l’habitude plutôt qu’une réponse à la situation puisque Giannis profite d’avoir à défendre sur Semi Ojeleye pour venir en aide, Lopez qui fait face au jeu aurait pu reconnaître la situation et sortir sur Horford pour empêcher ce shoot extérieur. Au lieu de cela l’intérieur respecte les consignes et laisse Horford seul dans un fauteuil en tête de raquette. Boston inscrira 24 tirs primés, profitant à merveille de la rigidité du système des Bucks mais aussi de leur manque d’adaptation.

Certaines habitudes ont la vie dure

Évoluer dans un système obsolète pendant plusieurs saisons laisse des marques et il est injuste d’attendre de ces Bucks qu’ils délaissent du jour au lendemain leurs habitudes. La marque de fabrique des Bucks était l’agressivité or celle-ci peut se traduire de différentes manières.

Elle est plus souvent utilisée pour décrire le choix de la défense au niveau de l’action initiale mais nous avons déjà vu que ce n’était plus le cas cette saison (sauf exception). Non là où le système Budenholzer rejoint celui de Kidd concerne les aides défensives.

Savoir quand aider et quand il ne faut pas le faire est un art qui distingue généralement les bonnes équipes des meilleures. Et à ce petit jeu les Bucks montrent certains signes inquiétants.

Boston se repositionne en utilisant un pin down dans le corner, Irving reprend l’axe panier panier mais Antetokounmpo est là pour fermer l’accès au cercle. Boston n’a alors aucun avantage et il reste 10 secondes sur la possession.

Le temps pour Brook Lopez de quitter Horford pour effectuer un « stunt » vers Irving, une action qui ne doit JAMAIS être entreprise lorsque le défenseur se trouve côté fort et que son joueur se trouve à une passe du porteur de balle (« one pass away »).

Ici l’intérieur laisse seul un joueur qui tournait à 43% à 3 points l’an dernier, le tout sans raison.

Bis repetita ici avec Bledsoe qui est attiré par l’action principale et alors même que l’attaque n’a rien gagné, il quitte Walker (40,3% en catch&shoot à 3 points l’an passé) et se fait sanctionner immédiatement.

Ci dessus Toronto enchaîne 3 actions :

  • pin down de Siakam avant d’aller le corner

  • pick and roll entre Brown et Valanciunas

  • back screen de Wright pour Lopez

Wright voit la position de Lopez et abandonne toute envie d’aller lui poser un écran puisque celui ci ne servirait à rien, car ce mouvement est neutralisé par la position conservatrice des Bucks. Toute sauf une et c’est celle qui nous intéresse ici.

Middleton est le seul joueur qui ne doit pas aider sur le drive dans cette situation et pourtant il va quitter son joueur des yeux pendant un instant dans l’espoir de couper le drive. Il réalise alors un « stunt ».

Aide coté fort + one pass away = désastre assuré

On peut noter la bonne course de Miles qui voit l’anticipation de Middleton et va ouvrir l’angle de passe et se déplaçant vers le corner.

La stratégie parfaite n’existe pas et chaque choix tactique possède ses inconvénients. En ayant la 4ème meilleure défense de la ligue (103,8 points pour 100 possessions*) la recette de Mike Budenholzer fonctionne et impressionne, après tout le coach vient seulement de reprendre une équipe qui était à la dérive défensivement.

Pourtant cette amélioration significative n’est pas sans source d’inquiétude. En adoptant une attitude aussi rigide tactiquement et sans montrer de volonté d’ajustements au cours de la partie ou en fonction des adversaires Milwaukee peut inquiéter. Le fait de refuser les changements sur écrans, d’avoir un intérieur qui drop sur chaque action et de rester agressif dans ses rotations a pour conséquence une très mauvaise défense de la ligne à 3 points (deuxième pire équipe de la ligue derrière Golden State en terme de fréquence de tir de l’adversaire). Enfin et surtout cette stratégie devient problématique contre les joueurs qui sont très efficaces en sortie de dribble puisque ceux ci peuvent exploiter le 2 contre 1 qui apparaît au large.

Des artistes tels que Kemba Walker, Kyrie Irving, Kyle Lowry, Victor Oladipo voire Steph Curry … que des noms que les Bucks pourraient retrouver en playoffs.

L’autre (légère) inquiétude revient du refus de changer sur les actions entre deux ailiers ou deux arrières. Ceci étant dit l’avantage de la saison régulière est que peu d’équipes vont préparer spécifiquement leur match pour exploiter ce genre de limites.

À la recherche de la rentabilité

Après 11 matchs Milwaukee possède la deuxième meilleure attaque de la NBA, que ce soit en production (118 pts/100 possessions) ou en terme d’adresse (EFG de 56,7%).

Un coup d’œil à l’évolution de la sélection de tirs des Bucks explique beaucoup de choses :

Fréquence des tirs selon les zones

Cercle

Mi distance

Corner 3

Tir à 3 pts

Saison 2017/18

38,3 %

34,5 %

7,5 %

27,2 %

Saison 2018/19

40,3 %

19,4 %

9,1 %

40,4 %

Évolution

+2

-15,1

+1,6

+13,2

En évoluant dans un système « 5 out » (5 joueurs évoluant au large) Budenholzer place un cadre avant de laisser à ses joueurs une liberté pour évoluer dans celui-ci. L’idée est simple : proposer un problème mathématique à son adversaire chaque soir et en sortir gagnant. Pour cela il faut simplement demander à ses joueurs de transformer leur tir à mi-distance en tir extérieur.

Afin d’aider Budenholzer à accélérer le processus les Bucks avaient besoin de deux choses : trouver des joueurs qui correspondaient à ce plan de jeu. Chose faite assez rapidement l’été dernier en allant chercher les menaces extérieures que sont Ilyasova, Lopez et Connaughton. Ensuite il fallait changer les mentalités des joueurs déjà présents.

Le symbole de cette transformation se nomme Khris Middleton qui apparaissait comme l’un des derniers rois de la zone intermédiaire et qui a trouvé la réponse à l’équation en reculant de quelques pas :

Fréquence des tirs selon les zones

Cercle

Mi distance

Tir à 3 pts

Saison 2017/18

18 %

52 %

30 %

Saison 2018/19

20%

27 %

53 %

Évolution

+2

-25

+23

Éloquent, non ?

Outre la sélection de tirs l’animation offensive a évolué. Au programme des actions simples mais répétées, des joueurs qui n’hésitent pas à prendre leurs chances, un point de fixation unique et une polyvalence de tous les instants avec des grands qui évoluent comme des arrières et des arrières et inversement.

Avoir un joueur comme Giannis Antetokounmpo qui est un mismatch face à n’importe quel défenseur est un atout que peu de franchises possèdent or après avoir été impuissant face à LeBron James en playoffs Mike Budenholzer est bien conscient de la chance de coacher un tel point de fixation représente. Non content de créer pour les autres le jeune grec évolue comme un poisson dans l’eau dans ce système qui lui donne énormément d’espace et cela se ressent collectivement, puisque les Bucks sont l’équipe qui se crée le plus de tirs à 3 points ouverts de la NBA). Les recrutements d’intérieurs fuyant ont permis de libérer de l’espace pour les drives de Bledsoe et d’Antetokounmpo et surtout l’esprit d’initiative du reste du roster permet d’imposer une pression permanente sur la défense adverse. Une pression qui rime souvent avec domination face à des défenses qui se cherchent encore dans un début de saison marqué par un rythme historique.

https://twitter.com/NashinHOF/status/1061614618831962113

Budenholzer sait aussi que se reposer uniquement sur lui est un piège à éviter. Après 5 années consécutives à voir son temps de jeu augmenter Giannis est passé de 36 à 31 minutes sur le parquet cette saison, les raisons ? Un roster profond et surtout une domination de chaque instant puisque les Bucks ont le meilleur Net rating de la ligue avec 14,2 (hors garbage time).

Budenholzer a souvent fait tourner ses effectifs pour garder des joueurs frais pendant 48 minutes, depuis le début de la saison l’histoire se répète puisque pas moins de 11 joueurs ont un temps de jeu de plus de 10 minutes. Par ailleurs Jon Horst a eu le nez creux avec un recrutement qui porte ses fruits puisque les 4 recrues estivales (Lopez, Ilyasova, Connaughton et la draft de Divincenzo) sont des éléments majeurs de la rotation. Puisque leurs joueurs sont reposés le rythme qu’ils peuvent imposer est plus important et les Bucks ne s’en privent pas : en moyenne les possessions des Bucks durent 13,4 secondes (6ème en NBA) de quoi mettre une pression constante sur leurs adversaires.

Le doux rêve de la démocratie participative

« Il y a une approche. Il faut leur donner du temps tous les jours, mais ensuite il faut les aider à construire cette confiance, leur donner des opportunités, apprendre, les tenir responsables ; Toutes ces choses qui font partie du coaching mais pour passer au niveau supérieur, débloquer ce potentiel, ce que nous espérons faire ici, ces choses deviennent cruciales. L’attention quotidienne, la responsabilité, leur donner de la confiance, de la liberté ce genre de choses … ».

Réponse de Budenholzer sur son approche du développement des joueurs, 21 mai 2018

Lors de sa conférence de presse d’introduction Budenholzer avait insisté sur plusieurs termes mais celui qui revenait le plus était celui de liberté. L’une des clés du succès des Bucks est la liberté que chaque membre du roster possède, symbolisée par l’esprit d’initiative et ce que l’on pourrait appeler un dépassement du rôle théorique de chaque joueur. Cette dynamique n’est pas propre au Wisconsin puisqu’on peut la voir sur chaque parquet NBA, néanmoins l’hésitation qui accompagne souvent ce genre de procédé n’est pas visible à Milwaukee

https://twitter.com/NashinHOF/status/1061616657293021185

Feinte de stagger screen pour DiVincenzo qui curl, Brogdon flash vers le cercle au lieu de poser un écran pour le rookie (exemple d’arrière jouant comme un « grand »), prend sa position avant de dégager l’espace en se déplaçant vers le corner opposé.

Embiid ne peut contenir ses instincts et vient aider laissant seul Lopez à 3 points. Et c’est le problème que Lopez pose pour les pivots défensifs comme Joel Embiid ou encore Rudy Gobert : il faut savoir ne PAS venir en aide or si c’est le cas la valeur de tels joueurs diminue considérablement.

Tout le monde shoote et surtout tout le monde passe. Giannis reste le créateur principal mais il n’est plus LE système offensif de son équipe. Tout le monde est impliqué et cela permet de sortir de la dépendance que ce genre de superstar entraîne avec lui.

L’an passé les Bucks prenaient l’eau à chaque fois que le grec sortait du terrain (+9,4 de différentiel) non pas à cause d’un quelconque manque de talent mais bien parce que l’équipe n’avait aucune alternative à celle de leur franchise player. Timorés, les joueurs hésitaient. Généralement dans ce genre de situation les joueurs répondent par ce qui est alors un réflexe : la recherche d’exploits individuels.

Depuis le début de la saison les Bucks sont aussi performants avec leur prodige que sans lui à l’image de leurs performances contre Toronto et Orlando. Certes les canadiens n’alignaient pas Kawhi Leonard, Fred VanVleet ou encore OGAnunoby mais c’est un match que les Bucks ne pouvaient pas espérer gagner l’an passé sans Giannis. On peut s’attendre à ce que l’impact de Giannis remonte en flèche après un début de saison où il cherche son souffle et son meilleur niveau mais le fait d’avoir mis en confiance le reste de l’effectif et de récompenser leur esprit d’initiative est un élément majeur du renouveau offensif des Bucks.

Les Bucks peuvent se créer de très bons shoots avec ou sans Giannis sur le terrain et cela est un énorme changement (cela confirme aussi l’incompétence de Jason Kidd mais … passons).

Pin down pour Divincenzo qui enchaine un main à main avant de se placer en tête de raquette, Lowry et Powell changent sur l’action entre les arrières mais Bledsoe enchaîne avec un pick&roll avec Maker. Toronto change une nouvelle fois.

Se faisant Siakam se retrouve à devoir défendre en un contre deux pendant que Lowry et Powell communiquent or c’est lorsque l’attaque enchaîne que le fait de changer sur chaque action peut poser problème. Même si Lowry fait l’effort de passer au dessus de l’écran de Maker il anticipe déjà le scram switch (ou switch d’urgence, voir mon article sur cette stratégie ici) de Powell car il sprint immédiatement vers Divincenzo. Powell n’a pas les mêmes instincts et ne réagit pas assez vite (ne bump pas Maker) ce qui permet à Bledsoe de trouver son intérieur pour le alley oop.

Simple « slip screen » d’Ilyasova qui est parti pour poser un pin down pour Middleton. Se faisant il voit la position de Siakam qui se trouve déjà à son niveau, feinte l’écran et flash vers le cercle ce qui surprend Brown et Siakam.

Le fait que les deux intérieurs soient des menaces extérieures et se trouvent en tête de raquette empêche toute aide défensive majeure.

Comme pour la défense certains bémols sont à apporter à cette révolution offensive. D’une part un rythme élevé couplé à un nombre important d’action entraîne forcément un nombre élevé de pertes de balles. On peut penser qu’une fois habitués à ce style de jeu les erreurs seront moins nombreuses mais ils sont susceptibles de donner des munitions à leurs adversaires.

D’autre part et même si Milwaukee n’a pas joué beaucoup de match serré leur animation en fin de match reste beaucoup trop limitée avec une équipe qui se tourne vers ses vieilles habitudes de regarder jouer Antetkounmpo ou Middleton sans rien proposer d’autres. Si Giannis peut à lui seul mettre à mal une stratégie défensive qui switch très souvent il ne faut pas oublier que le money time représente le moment où les erreurs défensives sont moins nombreuses du fait d’une concentration et d’une communication maximales, tout en étant la période où les contacts autorisés sont plus importants. Tout cela pour dire que ce n’est pas forcément le moment idéal pour s’attendre à ce que Giannis prenne seul le match à son compte.

Les rotations en fin de match seront également très intéressantes à suivre tout au long de la saison. Budenholzer va t-il garder Lopez ou Ilyasova sur le terrain ou va t-il expérimenter avec Giannis comme seul « intérieur » ? Va t-on voir davantage d’actions où le grec sera utilisé comme poseur d’écran plutôt que comme initiateur où son manque de shoot extérieur peut faciliter les décisions défensives (un pick and roll avec Middleton par exemple) ? Bref pas mal de problématiques à résoudre pour le nouveau tacticien de Milwaukee.

 

***

Souvent cité par ses pairs pour être l’un des artisans de la révolution que la NBA connaît aujourd’hui Mike Budenholzer fut l’un des premiers coachs à utiliser ses intérieurs comme des extérieurs. Ce fut notamment le cas avec la triplette Paul Millsap, Al Horford et Pero Antic à Atlanta.

Après avoir exposé les faiblesses des « rim protector » traditionnels grâce à ce trio là Budenholzer est en train de réaliser la même chose avec un roster plus talentueux à Milwaukee. Entre temps la NBA a évolué et les réponses tactiques n’ont pas tardé à être mises en place à l’image du « switch » et de tout ce qu’il implique. Si cela avait été un problème pour Atlanta à l’époque (ça et un certain joueur nommé LeBron James) Budenholzer a cette fois la chance de compter sous ses ordres un joueur capable de capitaliser sur ces changements en la personne de Giannis Antetokounmpo. Le grec n’évolue pas encore à son meilleur niveau mais l’équipe tourne à plein régime et impressionne jusqu’à être la deuxième meilleure équipe de la conférence Est, malgré un calendrier noté comme étant le plus compliqué depuis le début de la saison par ESPN (il faudra attendre ce soir et le back to back à Denver pour voir cela s’arranger).

Cette version des Bucks ne devrait étonner personne puisqu’elle incarne le basket prôné par leur nouveau coach, ce qui doit surprendre par contre c’est la rapidité avec laquelle l’effectif a embrassé ce nouveau style de jeu, aussi bien offensivement que défensivement. Les résultats portent déjà leurs fruits et plus intéressant encore cela permet à Budenholzer d’avoir le temps d’anticiper les problèmes que les Bucks rencontreront un peu plus tard dans la saison. En attendant Milwaukee occupe enfin une position à la hauteur du talent de son effectif et comme la faim vient en mangeant ne soyez pas étonnés si les daims sortent les bois en signe d’ambition.

 

*statistiques prises avant le match face aux Clippers tirées de cleaningtheglass pour la fréquence et NBA/stats

**Article écrit avant la rencontre face à Denver.