Vous l’aurez compris dans le titre, cet article ne sera pas une éloge au talent de Markelle Fultz. Pourquoi ? Parce qu’il faut savoir être objectif, et que cela implique de toujours nuancer ses propos. Parce qu’à QiBasket, on ne croit que ce qu’on voit, et que son talent, on ne l’a que très peu vu (et encore, c’est un euphémisme). Et puis aussi parce qu’on angle nos articles comme on veut.

Sam Hinkie, c’est à cet homme qu’on doit le Process de Philadelphie. Embauché en 2013, il n’aura travaillé pour le board des 76ers que trois saisons, sorti par la petite porte en 2016. Victime de sa politique de dumping sportif (rappelons que Mark Cuban a du payer 600.000 euros pour avoir ouvertement parlé de tanking, alors on préfère faire gaffe), l’ancien GM est aujourd’hui adulé par les supporters, un peu à la manière de Vincent Van Gogh ou Claude Monet, devenus célèbres après leur mort. Ses nombreux trades, qui précipitèrent son équipe dans les profondeurs abyssales de la conférence Est, ont eu le mérite d’offrir un avenir radieux à Philadelphie, enfin presque. C’est bien beau de tout miser sur des picks de draft bien placés, mais ça a ses limites.

Un flop annoncé ?

Avant d’avoir des Joël Embiid et Ben Simmons, il y a forcément du déchet. Markelle Fultz (2017) et Jahlil Okafor (2015) font partie de ceux-là. Choisis respectivement en première et troisième position à la draft, ces deux joueurs sont loin de l’avenir brillant qui leur était promis à la sortie de l’université. Comparé à D’Angelo Russell, James Harden, Brandon Roy ou encore Dwyane Wade, Fultz n’a pas réussi à s’adapter la NBA. En soit, ce n’était pas un problème pour les Sixers, parce que la hype du trio Fultz-Simmons-Embiid était déjà là et on pouvait lui laisser du temps, mais aussi car Embiid et Simmons ont mis une bonne année avant d’avoir le niveau de la grande ligue. Le problème de Fultz, c’est que plus d’un an et demi après, on ne constate aucun progrès. Pourtant, Philly a bien pris son temps avec le meneur, en décidant de l’écarter des parquets dès son quatrième match la saison passée. Les Sixers (et Kawhi) le savent, le meilleur moyen de rétablir une blessure, c’est de ne pas précipiter les choses. Finalement, Fultz a rechaussé les sneakers en fin de saison, le temps de dix petits matchs pour un peu plus de 7 points et 4 passes de moyenne. Une petite vingtaine de minutes en playoffs plus tard, Kelle est de retour à l’infirmerie. Petit à petit, des vidéos d’entrainement émergent sur Twitter. Moralement et physiquement, le numéro 20 a l’air affuté, jusqu’à ce qu’il se rende sur la ligne des lancers. Pas besoin d’être médecin pour se rendre compte que son épaule a un problème.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut qu’on s’attache que Fultz a baissé les bras. Il a redoublé de travail pour attaquer la saison 2018-2019 au poste 2 avec Ben Simmons à ses côtés. Banal sans être bon, l’enfant du Maryland a participé à 19 matchs, avec quelques pointes à plus de 10pts, et commençait à devenir le nouveau chouchou du public. A chaque trois points marqué, la foule se levait (certes, il n’en a marqué que 4), et la hype ne cessait de grandir. Starter dans un premier temps, un choix fort du board a directement influé sur son temps de jeu, soulevant beaucoup de questions sur son avenir. En effet, l’acquisition de Jimmy Butler en échange de Dario Saric et Robert Covington a beaucoup fait perdre à Markelle Fultz. Relégué sur le banc, il a vu son temps de jeu s’amenuiser (il est passé de 24 à 15 minutes par match), et son rôle totalement remis en question. Comment utiliser ce joueur, initialement destiné à jouer balle en main, avec T.J McConnell et Landry Shamet, plutôt bons en sortie de banc ?

Si Shamet a un rôle différent, McConnell et Fultz sont tous deux des meneurs qui doivent exister avec la gonfle. Le problème, c’est que les statistiques montrent que c’est T.J le meilleur. A taux d’usage plus faible (12,8% contre 18,7%), il a un meilleur ratio d’assists/turnovers (2.58 contre 2,36), un meilleur net rating (0,9 contre -0,1) et un PER supérieur (9,1 contre 6,9). Sur ce début de saison, Markelle Fultz est donc le maillon faible à la mène, et ses problèmes d’épaule ne vont pas en s’arrangeant. Sorti de la rotation, il ne joue plus depuis quelques semaines, le temps de trouver une solution à sa blessure. Adrian Wojnarowski, que l’on ne présente plus, a annoncé tout récemment que le problème serait nerveux. Ce qui s’appelle « Thoracic Outlet Syndrome » provoque une compression du plexus entre le cou et l’aisselle. Rien de gravissime, mais largement de quoi le tenir hors des terrains six semaines. Bien sûr, ce n’est qu’un délai médical, et le processus pour retrouver un niveau basketballistique correct est bien plus long. Mais c’est bien le délai de la récupération qui nous intéresse, puisque c’est dès que la rééducation sera finie qu’il deviendra échangeable sur le marché des transferts.

L’arrivée de Jimmy Butler : un game changer

Sans s’attarder sur le côté médical, puisque nous n’y connaissons rien, l’avenir sportif de Fultz est très flou. Il y a encore quelques semaines, notre discours aurait été différent, mais l’arrivée de Jimmy Butler change beaucoup de choses. De la à dire que Markelle Fultz n’est plus désiré par les 76ers ? Non, pas tout à fait.

La hype est toujours là, l’espoir aussi, et les fans aiment ce joueur. Si les Sixers avaient voulu se débarrasser du jeune joueur, ils l’auraient envoyé à Minneapolis contre Butler. Cependant, faire venir Jimmy Buckets est un message clair envers le meneur. C’est désormais un joueur de second rang, qui va devoir rattraper le wagon pour rester à Philly. Le temps, le staff lui en a laissé suffisamment, alors il est loin d’être intouchable. Pire, on (et par on je veux dire moi) aurait tendance à dire qu’il est sur la liste des transferts. Pourquoi ? Parce que les Sixers ont déjà connu ce cas de figure avec Jahlil Okafor, et qu’ils savent désormais jusqu’où cette histoire peut aller.

Très vite blessé dans sa saison rookie en 2015-2016, Jahlil Okafor n’a joué que 103 matchs en deux ans, dans une équipe qui jouait le bas de tableau. Pas près physiquement, capable de trop peu de choses, l’ex-numéro 3 de draft devenait un boulet que traînait inlassablement Philly. Après deux bout de matchs la saison passée, il est enfin tradé à Brooklyn contre trois cailloux et un granola (avec Nik Stauskas et un 2nd tour de draft 2020 contre Trevor Booker, pour être plus précis). 328 minutes plus tard, il se retrouve free agent, et signe un contrat inespéré avec les Pelicans (où il n’a joué que 68 minutes cette saison). On ne va pas s’attarder plus que ça sur son parcours, ce qui nous intéresse ici, c’est la contrepartie qu’a obtenu Philadelphie. Clairement perdante du trade, la franchise a du lâcher un joueur et un pick de draft pour faire passer la pilule Okafor. Le temps a joué contre eux, et pour larguer un joueur faible, limite nocif de par son hygiène de vie et de travail, ils ont du se défausser d’autres marchandises.

S’il n’est pas encore dans la même situation, Markelle Fultz pourrait toutefois finir comme Okafor. Pas dans la carrière, en tout cas on ne le lui souhaite pas, mais dans un trade. Bien sûr, il faudra attendre les résultats des spécialistes au sujet de l’épaule du minot pour arrêter un choix, mais pour la suite de cet article, nous en ferons fi. En fin de compte, qu’est-ce que ça changerait s’il subissait ou non une opération ? Ça ne ferait que retarder l’échéance. Quel que soit le résultat des spécialistes, les Sixers semblent ne plus avoir besoin de Fultz avec Simmons, Butler, McConnell et même Shamet dans le roster. Alors autant le transférer avant que sa condition physique ne se dégrade ! Tout le monde y gagnerait au change : les 76ers auraient une meilleure contrepartie, le joueur se donnerait un nouvel élan dans une nouvelle équipe, qui quant à elle disposerait d’un jeune joueur plus frais.

Quelle destination pour Markelle Fultz ?

Plusieurs éléments sont à prendre compte pour considérer les candidates au trade. Déjà, on sait que certaines équipes se sont positionnées sur Fultz, dont les Cavaliers pour ne citer qu’eux. Ensuite, il faut se fier à la marchandise et aux besoin des autres franchises, mais ça, on ne vous l’apprend pas.

Revenons-en aux Cavs. D’après Sam Amico, ils avaient proposé Kyle Korver ainsi qu’un tour de draft protégé pour obtenir le meneur. Une offre refusée, qui a poussé les Cavs à envoyer Kyle Korver au Jazz. Dommage, car ce transfert avait de la gueule. Un joueur comme Kyle Korver est toujours un plus dans un effectif, et on ne crache jamais sur un pick (c’est pas nous qui le disons, c’est Danny Ainge), protégé ou pas. Ce refus nous indique deux choses : les Sixers seront exigeants sur la contrepartie pour libérer Markelle Fultz, et Cleveland n’est plus dans la course – il ne reste pas grand chose dans l’effectif des Cavs à envoyer en Pennsylvanie.

Parmi les équipes qui pourraient se positionner, il y en a deux qui nous viennent naturellement en tête : Orlando et Phoenix. Ces deux franchises sont dépourvues de meneur titulaire (D.J. Augustin d’un côté, Isaiah Cannan puis Elie Okobo de l’autre), et pourraient sauter sur l’opportunité. Certes, Fultz n’a pas – encore ? – le niveau d’un meneur titulaire, mais il a l’avenir devant lui et montre déjà quelques points forts (notamment au niveau de la vision de jeu). Les Suns, connus pour faire de la magie dans leur infirmerie, ont le profil type pour récupérer Kelle. Mais qu’envoyer en retour ? C’est là que se situe le souci des Suns. La meilleure solution serait de se séparer de Trevor Ariza, 3&D convoité par beaucoup d’équipes compétitives qui est un énorme plus dans une équipe qui joue le haut de tableau. Annoncé sur le départ à Phoenix, il pourrait être tradé dès le 15 décembre en échange d’un meneur. Il n’y a nul doute sur le fait que son profil intéresse Brett Brown, mais là où ça coince, c’est au niveau du salaire. Ses 15 millions de salaire annuel empêchent le transfert, puisque celui de Fultz ne vaut que la moitié. La solution pourrait être d’inclure Mike Muscala dans le deal. Ariza et 1 premier tour de draft contre Fultz et Muscala, voilà un trade qui serait bénéfique aux deux équipes. A voir si elles nous écouteront…

Orlando aussi est dans ce cas de figure, avec peu de marchandises à envoyer. Toutefois, un joueur peut intéresser les Sixers, c’est Jonathon Simmons. Capable de jouer aux postes 2, 3 voire 4 pour dépanner, Simmons peut s’avérer très utile sur le banc des Sixers. Pas improbable, ce trade pourrait voir le jour si Orlando accompagnait son joueur avec un pick de draft, très probablement de premier tour.

Une dernière équipe pourrait tenter sa chance : Washington. En totale perdition, la franchise de la capitale a annoncé que tous ses joueurs étaient sur la liste des transferts, rien que ça. Mais là encore, il faut se creuser la tête pour trouver une bonne monnaie d’échange, Philadelphie étant très exigeant. Markieff Morris pourrait tout à fait convenir. Son salaire est semblable à celui de Fultz, son poste est parfait, les Sixers ayant des lacunes à l’intérieur dans la rotation (Muscala, Amir Johnson et Patton derrière Embiid). Les Wizards perdraient un élément chaud de leur vestiaire, et gagnerait un jeune capable de former l’avenir de la franchise avec des Otto Porter et Kelly Oubre. Ce transfert pourrait là encore se faire si un pick de draft se joignait au package.

Comme les Timberwolves avec Jimmy Butler il y a quelques semaines, les Sixers sont assez gourmands sur la contrepartie qu’ils pourraient récupérer contre Markelle Fultz. L’affaire est donc à suivre, mais attention à ne pas trop en demander, ou le petit prince pourrait se transformer en bouffon…