L’annonce a fait l’effet d’une bombe, et pour cause. Alors que les Timberwolves sortent d’une large victoire face aux Lakers orphelins de LeBron James, Shams Charania, informé par l’insider maison Jon Krawczynski, lâche un tweet brutal : Tom Thibodeau est viré de Minnesota. Glen Taylor a fini par craquer, et se sépare donc de son Head Coach/Président des Opérations Basketball. Si cette décision n’a rien d’une surprise sur le fond, Thibodeau étant clairement menacé depuis l’affaire Butler, on ne s’attendait certainement pas à une telle annonce à ce moment-là, d’autant plus en sortie de blow-out.

Une question de temps

Il est vrai que le désormais ex-coach des Wolves marchait sur des braises depuis le feuilleton Jimmy Butler. Sa gestion plus que douteuse de la situation avait nettement remis en cause son crédit auprès du propriétaire. Pourtant, la feuille de route semblait claire : Thibodeau restait en place jusqu’à la fin de la saison, et serait jugé sur une participation en Playoffs. Force est de constater que cette vision n’a pas fait long feu. Alors, qu’est-ce qui a bien pu pousser Glen Taylor à prendre une telle décision ? Interviewé dans la foulée de cette annonce par son propre journal, le Minneapolis Star Tribune, le propriétaire des Wolves met en avant les défaites concédées face à certaines équipes qu’il estime « inférieures ». Il cite notamment Phoenix, Atlanta, mais aussi Detroit et New Orleans. A ce titre, il explique que les Playoffs sont toujours l’objectif prioritaire, et qu’il est donc déçu du classement actuel de l’équipe, qui ne correspond pas à ses attentes. Sa conclusion : il fallait changer quelque chose, c’est donc Thibodeau qui en a payé les frais.

Pourtant, difficile de mettre ce licenciement uniquement sur le compte de quelques défaites évitables. D’autant plus que le bilan des Wolves est positif depuis le départ de Jimmy Butler (15-12). Certes, la jungle de l’Ouest impose un rythme de victoires toujours plus élevé, mais d’un point de vue comptable on ne peut pas parler de véritable échec. Le cas Butler avait trop fragilisé la position de Thibodeau, à la fois dans son rôle de coach mais aussi de président. Sous sa responsabilité, la franchise s’est embarassée en laissant un joueur dicter sa loi et mettre en péril l’institution. Nombreux avaient été surpris de ne pas le voir remercié à cette occasion, mais Taylor avait plutôt cherché à calmer le jeu après des semaines plus que mouvementées. Cette décision soudaine n’est donc seulement pas le fruit de quelques défaites, mais d’un ressenti global, tant d’un point de vue managérial que sportif. Il se murmurait d’ailleurs que la chute dangereuse de Towns, encore présent sur le parquet alors que Minnesota menait d’une vingtaine de points au milieu du 4ème QT face aux Lakers, aurait déclenché la colère du propriétaire, qui aurait ainsi acté son choix. Un fait probablement exagéré, peut-être même inventé, mais qui reflète bien la prise de position de Taylor et les raisons qui se trouvent à son origine, plus globales.

Un bilan plus que mitigé

97-107, voilà pour le plan comptable. Un bilan négatif donc, à lisser sur les deux saisons et demi passées dans le Minnesota. La première année avait été compliquée, avec un effectif limité et un temps d’adaptation évidemment nécessaire. Les 31 petites victoires viennent donc plomber le bilan final de Thibodeau, amélioré lors de la seconde saison. Forts de recrutements majeurs, à savoir les arrivées de Jeff Teague, Taj Gibson, Jamal Crawford et surtout Jimmy Butler, les Wolves ont réalisé une belle saison sous Thibodeau. Au bout de la régulière, une qualification en Playoffs tant attendue et espérée depuis de longues années. Et cela, rien ni personne ne pourront l’enlever à l’ancien coach des Bulls. Il a su ramener Minnesota en postseason, et son arrivée en tant que coach la saison précédente y est clairement pour quelque chose, notamment en terme d’attractivité. Pour ce qui est de la saison actuelle… Un bilan presque équilibré, mais surtout l’épisode Butler et un jeu toujours aussi peu créatif.

Car si les résultats sportifs n’ont rien de calamiteux, la réalité des parquets est différente. Reconnu pour ses qualités de coach défensif, Thibs n’a jamais su insuffler une véritable dynamique de ce côté du terrain. Entêté dans des systèmes dépassés, notamment son fameux ICE, il a pourtant été alerté à de nombreuses reprises à ce sujet, même par ses propres joueurs. Jeff Teague a plusieurs fois montré son désaccord avec le manque de switchs par exemple, sans que rien ne change pour autant. Dès lors, les Wolves ont proposé une des pires défenses de la ligue sous son coaching. Bien sûr, toute la responsabilité ne peut pas être mis sur le seul coach, mais la détermination de Thibodeau à gagner avec sa vision unique du jeu a été unanimement critiquée. Vivre et mourir avec ses idées, voilà une maxime que Tom aura sublimé jusqu’au bout.

Car au-delà de l’aspect défensif, un constat similaire peut être dressé en attaque. Les utilisations de Towns et Wiggins ont souvent été remises en cause, et l’absence de fond de jeu ou de spectacle très critiquée. Dans la NBA moderne, Thibs apparaît comme un OVNI, prônant un jeu lent et beaucoup de poste bas (souvent pour Taj Gibson plus que pour Towns d’ailleurs). Avec des joueurs adaptés, on peut encore l’envisager. Mais ce n’était pas le cas à Minnesota. Surtout, le jeu lent exige de savoir imposer son rythme à l’adversaire, et cela passe par une défense de fer. Les Spurs ou les Grizzlies en sont des exemples récents. Or les problèmes défensifs, particulièrement en transition, n’ont jamais permis de construire en ce sens. Dès que le jeu s’accélère, les Wolves déchantent.

Et c’est bien le plus gros reproche fait à Thibs : son manque total d’adaptation, à ses joueurs comme à l’adversaire et aux situations de match. Finalement, seuls quelques joueurs qu’il connait bien ont pu bénéficier de son coaching, quand d’autres comme Wiggins, Towns ou encore Bjelica, Rubio ou Dunn en ont pâti. Il n’y a qu’à voir les performances de ces trois là dans leurs nouvelles franchises. Le dernier point noir était évidemment sa gestion des rotations, raillée par toute la NBA à cause du nombre de minutes hallucinants imposées aux starters. A ce sujet, l’utilisation du banc ne peut pas être imputée entièrement à Thibodeau. Avec le recul, les remplaçants des deux premières saisons ne valaient franchement pas grand chose.

Glen Taylor doit certainement regretter d’avoir donné la double casquette coach/président à Thibs. Inutile de revenir sur l’affaire Butler, qui symbolise à elle seule cet échec. En tant que représentant de la franchise, le Pingouin n’a pas franchement brillé, et le désamour de certains fans qui ont déserté le Target Center n’a pas arrangé ses affaires. Taylor aurait d’ailleurs été alarmé par cette situation. La campagne d’abonnement approchant, cela aurait influencé sa décision de se séparer d’une personnalité finalement peu appréciée des fans, et même des médias. En tant que président, Thibodeau aura cependant accompli un recrutement plutôt bon, avec des choix parfois inspiré. Si Teague est critiqué et son contrat peu intéressant, il était une des meilleures solutions disponibles. Les arrivées de Taj Gibson et Derrick Rose sont aujourd’hui couronnées de succès, et nul doute que la présence de Thibs a permis leurs signatures. De même, il a joué un grand rôle dans le recrutement de Butler, et si l’histoire s’est terminée comme on le sait, c’était un grand coup réussi par Tom. Lors de l’été 2017, Thibodeau a donné un coup de projecteur et de hype bienvenu aux Wolves.

Mais au final, un triste plus que mitigé pour Thibodeau chez les Wolves. Et s’il n’est pas le seul responsable des échecs et des mauvaises décisions, il ne laissera pas que des bons souvenirs, en ayant installé un climat morose dans la franchise. Certains diront que c’était du temps perdu, en pensant au développement des jeunes par exemple, mais ce serait oublié son plus grand fait d’armes et non des moindres, celui d’avoir ramené les Wolves en Playoffs. Et lorsqu’on creuse un peu, que l’on découvre un peu plus l’homme derrière le coach, difficile de ne pas avoir de compassion pour un gars qui donne tout au basket, à sa manière. Un acharné de la balle orange, certainement trop nostalgique d’un temps qui n’est plus le sien, mais à qui on ne pourra jamais reprocher un quelconque manque d’investissement et de passion.

La succession

Quelques minutes après l’annonce de son licenciement, les premiers bruits égermaient autour du successeur de Thibs. La rumeur Fred Hoiberg faisait bien sûr son retour, accompagnée de noms comme Monty Williams. Rapidement, Glen Taylor a éclairci la situation : Scott Layden reste GM, le poste de président est à pourvoir, et c’est Ryan Saunders qui assurera l’intérim en tant que Head Coach. Un promotion qui durera jusqu’à la fin de saison au moins pour le désormais ex-assistant. Glen Taylor ayant affirmé qu’il rêvait de le voir faire ses preuves et de le catapulter Head Coach définitif. Ryan est bien évidemment le fils du regretté Flip Saunders, mythique coach des Wolves de 1995 à 2005 comprenant la (seule) période faste de la franchise. Il est d’ailleurs l’unique entraîneur, en dehors de Thibs bien sûr, à avoir connu les Playoffs avec Minnesota. Toujours impliqué dans la franchise, il a ensuite endossé un rôle de président, décidant du trade pour faire venir Wiggins mais aussi de la draft de Karl-Anthony Towns, aujourd’hui franchise player. Ce dernier entretenait une relation particulière avec celui qu’il considérait comme son mentor, et dont le décès l’a beaucoup affecté.

Ryan Saunders est donc un enfant de la maison Wolves. Assistant pendant 5 ans chez les Wizards, il a ensuite fait son retour à Minnesota, aux côtés de son père. Lors de l’arrivée de Thibodeau, il sera d’ailleurs le seul rescapé du staff, à la demande de Glen Taylor en personne. Estimé par le propriétaire donc, il obtient aujourd’hui une chance de se faire ses preuves. A ce jour, on l’a déjà vu à l’oeuvre dans des camps de jeunes pour la FIBA et lors de la Summer League, en plus de son expérience en tant qu’assistant. A 32 ans, il sera le plus jeune coach à officier en NBA.

Si l’on ne connaît donc pas encore ses compétences en tant que coach, il est certain qu’il est apprécié et respecté de la plupart des joueurs. Le passif lié à son père et sa place dans l’organisation lui offrent la possibilité d’entretenir de bonnes relations avec ses joueurs. Glen Taylor a déjà fixé la barre très haut pour son jeune entraîneur : une participation en Playoffs à l’issue de la saison, rien que ça. Un objectif élevé alors que les Wolves ont un bilan négatif, même si la huitième place est toujours proche. Du côté des fans, c’est le jeu qui sera scruté de très près, ainsi que le développement de certains joueurs. On pense notamment à Towns, en très grande forme en ce moment, mais surtout à Andrew Wiggins, dont le rôle n’a cessé de changer ces deux dernières années, et qui n’a jamais vraiment eu de schémas dessinés pour lui.

Une nouvelle page se tourne pour Minnesota, après deux ans et demi mouvementés sous l’ère Thibodeau. Des regrets certes, beaucoup de critiques, mais aussi de grands souvenirs avec en point d’orgue cette qualification en Playoffs dans les ultimes secondes de la saison régulière. Désormais, place à l’inconnue avec un nouveau coach jeune et inexpérimenté, pour tenter d’aller conquérir une nouvelle participation aux joutes de mai. Rendez-vous dans quelques mois pour un bilan du fils Saunders.