Introduction générale

Chaque année, alors que la saison régulière bat son plein, les observateurs NBA jettent un œil aux prospects qui se présenteront à la draft suivante. La promotion de rookies 2019-2020 promet d’ailleurs d’être exceptionnelle. Les débats font rage pour savoir qui sera sélectionné en tant que premier choix : Zion Williamson ? R.J Barrett ? Cam Reddish ? Ja Morant ? Autant de noms qui, espérons-le, nous éblouiront de leur(s) talent(s) pour les vingt prochaines années.

Souvenez-vous toutefois : l’an dernier, les mêmes débats étaient tenus. Tous les européens espéraient voir Luka Doncic être drafté en première position, tandis que les américains affichaient leur scepticisme au sujet du niveau de jeu du génial arrière/ailier du Real Madrid. Scepticisme partagé par certaines anciennes gloires de la Grande Ligue puisque Charles Barkley, jamais avare de provocation, énonçait à la veille de la draft :

« Je ne crois pas aux championnats étrangers. Je n’ai rien contre les joueurs étrangers, mais je ne sais juste pas le genre de compétition que c’est. A 18 ans, il (Luka Doncic) était le MVP. Pour moi, cela veut dire qu’il jouait contre une opposition de merde. Il ne devrait pas dominer ses adversaires à 18 ans. Je ne le prendrai pas au 1er ou 2ème pick de la draft ».

Si Charles Barkley nous a définitivement prouvé qu’il n’était pas visionnaire, il est vrai que le combat pour le first pick faisait rage. A côté de Luka Doncic, c’est DeAndre Ayton qui faisait tourner les têtes de tous les observateurs. Grand (2m16) et ultra-mobile, le pivot des Wildcats de l’Arizona a rapidement été considéré comme un premier choix évident.

Au-delà de ces deux prospects, plusieurs noms retenaient l’attention du public, et nous étions tous impatients de voir les débuts en NBA de Trae Young, Marvin Bagley III, Jaren Jackson Junior ou encore Michael Porter Junior. Certes, pour Michael Porter Junior, nous attendons encore. Nombreux étaient ceux qui prédisaient que tous ces jeunes allaient rapidement se mettre en évidence par le biais de performances incroyables.

Alors aujourd’hui, qu’en est-il ? La promotion de rookies 2018-2019 mérite-t-elle les lauriers qui lui ont rapidement été tressés ? Ce sont à ces questions que nous allons tenter de répondre, en cinq parties.


I. Rapides explications des statistiques utilisées

Avant de me lancer dans la rédaction de cet article et d’analyser si Doncic & Compagnie réalisent effectivement une première saison historique, je me suis attelé à comparer les performances de nos actuels rookies avec celles de toutes les promotions du vingt-et-unième siècle. Pour cela, j’ai comparé plusieurs statistiques importantes (points, rebonds, passes décisives, interceptions, contres, nombre de matchs disputés, nombres de minutes jouées en moyenne par rencontre) de 532 joueurs, dont 501 rookies :

  • Tous les 20 premiers choix de draft des promotions 2000 à 2018.
  • Certains joueurs sélectionnés entre la 21ème et la 60ème position, en raison de leur carrière passée ou actuelle : exemple d’Isaiah Thomas, Paul Millsap, Nikola Jokic, ou encore Malcolm Brogdon, ce dernier ayant été élu Rookie de l’année alors qu’il a été drafté en 36ème position.
  • Les rookies des promotions 1984 et 1996, réputées pour être le berceau de nombreuses légendes du Basketball : Hakeem Olajuwon, Michael Jordan, Charles Barkley, John Stockton en 1984, Allen Iverson, Stephon Marbury, Ray Allen, Kobe Bryant, Steve Nash en 1996.
  • 31 des meilleurs joueurs de la saison 2018-2019 en cours, afin de comparer les performances de nos rookies avec les celles des superstars qui foulent actuellement le parquet à leurs côtés.

Les performances de ces 532 joueurs ont été appréciées en fonction de deux indicateurs, qui doivent nécessairement être expliqués pour que la suite de l’article soit comprise par tout le monde.

Pour analyser l’impact de chaque joueur retenu, j’ai cumulé ses statistiques dans chacune des cinq catégories susmentionnées (pour rappel, points, rebonds, passes décisives, interceptions et contres). Voici un exemple : Andrew Wiggins, premier choix de la draft 2014, affichait lors de sa première saison la ligne statistique suivante : 16,9 points, 4,6 rebonds, 2,1 passes décisives, 1 interception et 0,6 contre : 16,9 + 4,6 + 2,1 + 1 + 0,6 = 25,2 unités statistiques.

C’est ce dernier chiffre qui est à retenir. Il permet d’analyser l’impact moyen d’un joueur sur une rencontre. Je me suis rapidement rendu compte de deux choses :

  • Un rookie qui affiche un score supérieur ou égal à 30 unités réalise une saison exceptionnelle (nous y reviendrons).
  • Ce score est à relativiser, puisqu’il est évident qu’un joueur qui joue en moyenne 35 minutes aura un impact statistique supérieur à celui qui n’en joue que 20.

Par conséquent, les unités cumulées de chacun des joueurs ont été divisées par le nombre de minutes passées en moyenne sur le parquet. Ainsi, Andrew Wiggins jouait en moyenne 36 minutes par rencontre en 2014-2015. Cela nous donne : 25,2 unités statistiques / 36 minutes = 0,70 unités par minute. Ce qui, disons-le tout de suite, est un score très moyen pour un premier choix de draft. A titre indicatif, la moyenne d’unité statistique par minute des 501 rookies analysés s’élève à 0,67.

Pour parfaire la compréhension de chacun(e), voici un tableau qui recense tous les rookies, depuis la saison 1979-1980, qui ont atteint ou dépassé la barre des trente unités statistiques et celle d’une unité statistique par minute jouée :

 

Ce tableau appelle plusieurs remarques. En premier lieu, on s’aperçoit qu’ils ne sont que treize à avoir réalisé cette performance depuis 1979, et l’arrivée dans la Grande Ligue de Larry Bird. Très clairement, pour un rookie, cela constitue donc une performance d’exception. Ensuite, si on se focalise sur les postes de chacun de ces treize joueurs, on réalise rapidement que les intérieurs sont très bien représentés, notamment grâce à leur faculté à aspirer des rebonds par dizaine. L’analyse des postes permet surtout de remarquer que seuls trois rookies évoluant sur les postes extérieurs ont réussi la prouesse de jouer suffisamment pour que leur total statistique dépasse la barre des 30 unités, tout en ayant une production telle que le total par minute soit supérieur à 1 : Larry Bird, Michael Jordan et Luka Doncic. C’est dire si le jeune slovène est bien entouré …

De toute manière, on remarque rapidement que ce tableau fait la part belle aux légendes de la NBA : Michael Jordan, potentiel meilleur joueur de l’Histoire, David Robinson, Shaquille O’Neal et Hakeem Olajuwon, trois des cinq meilleurs pivots que la Ligue ait connus, Joël Embiid, Blake Griffin et Karl-Anthony Towns, joueurs contemporains qui écrasent l’adversité, Terry Cummings, présent dans le top 50 des scoreurs les plus prolifiques de l’Histoire … Le plus méconnu reste Clark Kellogg. Et pour cause, celui-ci n’a joué que trois saisons en NBA avant de devoir renoncer à sa carrière en raison de blessures récurrentes aux genoux. Ce « clan des treize » a d’ailleurs bien failli devenir un « big fifteen », puisque deux autres légendes, à savoir Tim Duncan et Magic Johnson, soit ni plus ni moins que le meilleur ailier-fort et le meilleur meneur de l’Histoire, affichent tous deux un ratio d’unité par minute de … 0,99. Pas loin, les gars.

En conclusion, dire que Luka Doncic et DeAndre Ayton réalisent des saisons historiques est un énorme euphémisme.

Passons désormais au vif du sujet : l’analyse des performances des joueurs de cette promotion 2018-2019. Cette analyse s’effectuera principalement en deux temps : une analyse individuelle, puisque nombreux sont les joueurs à se mettre en évidence, puis une analyse collective.


II. L’analyse individuelle des joueurs

A. Focus sur les deux porte-étendards de la promotion : Luka Doncic et DeAndre Ayton

A la question : selon vous, quels sont les joueurs rookies les plus impactants cette année ? vous serez nombreux à me répondre en cœur : LUKA DONCIC ! DEANDRE AYTON ! Ce qui est d’ailleurs normal, puisque la réponse vient juste d’être donnée dans le tableau ci-dessus. Par conséquent, vous serez nombreux à avoir raison. Nous ne comptons plus les articles qui pullulent pour nous vanter les performances XXL de ces deux joueurs monstrueux. Et s’il arrive que les impressions visuelles ne soient pas toujours validées par les statistiques, en l’espèce, la facilité que dégagent Doncic et Ayton sur le parquet est très clairement confirmée par les chiffres.

Chauvinisme européen oblige, commençons par nous intéresser de plus près à Luka Doncic. Pour rappel, celui-ci a été drafté en troisième position par les Hawks d’Atlanta, avant d’être immédiatement transféré aux Mavericks de Dallas contre Trae Young et un premier tour de draft. C’est donc sous les couleurs bleues de Dallas, et sous la houlette d’un autre européen, Dirk Nowitzki, que Doncic a fait ses premiers pas en NBA. Et c’est peu dire que ces premiers pas ont été remarqués.

Savez-vous combien de joueurs ont scoré au moins 20 points de moyenne lors de leur première saison au XXIème siècle ? Huit très exactement. Et sur ces huit joueurs, nous retrouvons des immenses stars de la Grande Ligue. Voyez plutôt : LeBron James et Carmelo Anthony en 2003, Kevin Durant en 2007, Tyreke Evans en 2009, Blake Griffin en 2010, Joël Embiid en 2016, Donovan Mitchell en 2017 et …. Luka Doncic en 2018. Encore une fois, le prodige slovène est en bonne compagnie. Toutefois, à l’instar de certains de ces autres joueurs, il serait très réducteur de considérer Doncic comme un unique scoreur.

En effet, la panoplie de Luka Doncic est plus que garnie pour un joueur seulement de 19 ans. Sa ligne statistique parle pour lui : 20,6 points, 7 rebonds, 5,5 passes décisives, 1,1 interception et 0,3 contre par rencontre [1].

Les plus attentifs d’entre vous auront déjà fait le calcul : 20,6 + 7 + 5,5 + 1,1 + 0,3 = 34,5. Vous l’avez désormais compris, il n’est pas fréquent pour un rookie de dépasser les 30 unités statistiques. Ceci étant acquis, il est nécessaire de pousser encore un peu le raisonnement. Voici un tableau qui répertorie les joueurs de moins de 20 ans qui ont atteint ou dépassé le cap des 30 unités statistiques lors de leur première saison :

 

 

A la lumière de ce tableau, on s’aperçoit que Doncic est le seul et unique rookie de moins de 20 ans à performer dans les deux catégories : unités statistiques pures et unités statistiques par minute. Cela peut néanmoins aisément s’expliquer. N’en déplaise à nos lointains voisins d’Outre-Atlantique, Doncic se confronte à des adultes depuis l’âge de 16 ans. Parmi les joueurs NBA, seul Ricky Rubio a été plus précoce, lui qui a joué son premier match professionnel quelques jours avant de souffler ses quinze bougies. Toutefois, une différence notable entre les deux joueurs est à mettre en lumière : Doncic portait le maillot immaculé du Réal Madrid, géant d’Europe, tandis que Rubio foulait les parquets sous les couleurs de la plus modeste Joventut Badalona. Par conséquent, la concurrence était plus forte pour Doncic, qui a dû se confronter à de (très) bons coéquipiers pour décrocher une place de titulaire, mais aussi à des adversaires de qualité en Euroligue.

Ainsi, alors qu’Ayton, Young et consorts affrontaient des adolescents dans leurs joutes universitaires, Doncic était élu meilleur joueur du championnat espagnol et MVP du finale four de l’Euroligue, deux compétitions qu’il a d’ailleurs remportées. Le curriculum vitae du garçon était donc déjà bien fourni avant même qu’il ne pose son premier doigt de pied sur le continent américain.

Dernier chiffre sur le phénomène slovène : nous avons vu que Doncic possède d’ores et déjà toute la panoplie de la superstar. Mais il ne s’en contente pas. Il s’avère que le jeune des Balkans peut également être légitimement considéré comme le joueur le plus décisif de la Grande Ligue à l’heure actuelle. Dans les cinq dernières minutes, aucun joueur n’est aussi adroit de lui lorsqu’il s’agit de scorer pour égaliser ou prendre l’avantage. Dans ces situations chaudes, il présente un pourcentage au tir de plus de 60%. Des chiffres comme on en a rarement vu depuis 1996, et comme aucun adolescent n’en a jamais présenté.

 

 

Si l’adresse de Doncic est globalement moyenne (43% au tir donc 34% à trois points, mais un vilain 72% aux lancers-franc), elle augmente brusquement (+18 points !) dans le clutch time. De quoi définitivement rabattre le caquet de Monsieur Charles Barkley.

Si Doncic, tel un soleil noir, attire à lui toute la lumière des projecteurs, d’autres joueurs de la promotion des rookies 2018-2019 s’illustrent de belle manière. C’est bien entendu le cas de DeAndre Ayton. Ironie suprême, la saison d’Ayton est jugée décevante par certains observateurs, qui s’attendaient à ce que le géant des Wildcats tourne en 20 points 12 rebonds dès sa première saison. Or n’est pas Shaquille O’Neal ou Wilt Chamberlain qui veut.

Pour ma part, la saison d’Ayton est une grande réussite. Il est primordial de mettre ses performances en perspective avec la franchise qui l’a sélectionnée : les Phoenix Suns. Loin de moi l’envie de tirer sur l’ambulance, mais les Suns n’avaient pas encore démarré leur saison 2018-2019 que celle-ci était déjà ratée. Pourtant, au cours de l’été 2018, une certaine attente entourait le collectif de la franchise de l’Arizona. Le duo Devin Booker – DeAndre Ayton faisait saliver, et Josh Jackson sortait d’une saison rookie aboutie. Néanmoins, quelques jours avant le coup d’envoi de la saison régulière, Ryan McDonough, General Manager de la franchise, a été licencié. Pas la meilleure des manières pour Ayton, mais aussi pour notre français rookie Elie Okobo, de démarrer leur première saison au sein de la jungle de la NBA.

Pour en revenir à Ayton, rappelons qu’il affiche des statistiques bien garnies alors même que les Suns ne disposent d’aucun meneur de calibre NBA. Malgré ce manque, il pointe à 16,5 points par rencontre, à 58,8% au tir, soit le huitième meilleur pourcentage de la Ligue. Devant lui ? Que des pivots qui possèdent un compère sur les lignes extérieures pour leur envoyer des caviars : Rudy Gobert possède Ricky Rubio, Clint Capela joue avec James Harden, Steven Adams avec Russell Westbrook et Montrezl Harrell partage la gonfle avec Lou Williams. Parmi tous ces tandems, DeAndre Ayton est souvent contraint de se créer ses propres tirs, puisqu’il n’a, à ses côtés, aucun réel créateur.

Ainsi, si les résultats collectifs ne font clairement pas pencher la balance en faveur d’Ayton, il s’avère qu’il réalise toutefois une première saison conforme aux attentes (aux miennes en tout cas), et une saison rarement réalisée du seul point de vue des statistiques, puisque je vous rappelle que lui aussi possède sa place dans le rang des treize rookies qui atteignent le cap des 30 unités statistiques et d’une moyenne statistique par minute supérieure à 1. Plus fort encore, Ayton est également membre d’un groupe encore plus restreint, celui des rookies qui réalisent un double-double de moyenne. Sur les 501 rookies analysés, seuls six d’entre-eux ont réalisé cette performance, toujours dans les catégories points et rebonds.

Alors certes, Ayton n’a pas encore fait définitivement taire tous ses détracteurs, notamment ceux qui lui reprochent d’être trop mou en défense. Il n’est cependant pas le plot que certains observateurs mentionnent. Par sa taille, il est évidemment une force de dissuasion non négligeable. De surcroît, il capte tout de même 10,5 rebonds par rencontre, ce qui le fait pointer au treizième rang des meilleurs rebondeurs de la Ligue, avec une moyenne qui ferait pâlir le rookie qu’était Dennis Rodman, pourtant grand rebondeur devant l’éternel.

La promotion 2018-2019 possède donc deux incroyables porte-drapeaux. Pour autant, d’autres joueurs se sont également mis en évidence et contribuent à accroître le niveau global de cette promotion.

B. Les autres rookies aux performances individuelles remarquables et remarquées

Un troisième larron occupe le devant de la scène médiatique : Trae Young. Échangé le soir même de la draft contre Luka Doncic, le destin de Young sera à jamais lié à celui de la pépite slovène. Le jeune américain en a d’ailleurs bien conscience, lui qui déclarait récemment :

« A mes yeux, ce sera moi (le meilleur joueur de cette promotion) dans cinq ou dix ans. Mais je dis cela car je suis un compétiteur et que c’est naturel pour moi ».

Pour l’instant, difficile de placer Trae Young comme légitime candidat au titre de Rookie de l’année. Ce n’est toutefois pas faute pour lui de proposer une première saison de haute volée. Sur les 501 rookies analysés, il présente la 6ème meilleure moyenne de passes décisives délivrées par rencontre, ex aequo avec un autre « petit », le légendaire Allen Iverson. Au-delà de cette prometteuse faculté de passe, Trae Young a déjà réalisé quelques performances marquantes. Pour sa troisième sortie, il a claqué un 35 points 11 passes décisives sur la caboche hagarde des Cleveland Cavaliers. Du seul point de vue des statistiques, il présente un total de 28,8 unités (soit, par exemple, quasiment le même total que celui de Kevin Durant en 2007-2008, avec 29 unités statistiques), pour une production moyenne par minute de 0,96. Il ne lui manque qu’un point et 0,1 passe décisive pour pouvoir atteindre une production minutaire supérieure à 1.

Autre franchise, autre poste, mais même potentiel prometteur avec Jaren Jackson Junior, l’ailier-fort des Memphis Grizzlies. Jusqu’à la trade deadline, « JJJ » formait un duo très complémentaire dans la raquette des Grizzlies avec Marc Gasol, parti depuis rejoindre les Raptors de Toronto. S’il a rapidement su s’intégrer dans le collectif de Memphis, Jaren Jackson a également démontré qu’il possède tout le potentiel individuel pour perdurer dans la Grande Ligue. S’il est encore trop pénalisé par les fautes (il est celui qui en commet le plus, 220 jusqu’à présent), notamment en raison de sa tendance à plonger tête en avant dans la moindre pump fake, « JJJ » a aussi déjà dépassé la barre des 20 points marqués à onze reprises, avec un pic à 36 points marqués dans une victoire contre Brooklyn, au cours de laquelle il a été extrêmement clutch. A l’instar de Trae Young, mais aussi de Tim Duncan avant lui, Jaren Jackson Junior présente un bilan statistique par minute juste sous 1, à 0,95 très exactement. Comme pour son camarade de promotion, il n’est donc pas à exclure de voir le triple J rejoindre Doncic et Ayton parmi les joueurs qui noircissent la feuille de statistique à raison d’au moins une unité par minute.

Parmi les belles performances individuelles au sein de cette promotion 2018-2019, il serait injuste de ne pas citer Marvin Bagley III. La carrière du bonhomme avait pourtant drôlement démarrée, avec seulement 12 minutes de jeu lors de son premier match. En mal de temps de jeu jusqu’à la mi-décembre, puis blessé, le numéro 2 de la draft 2018 foule désormais les parquets durant 24 minutes en moyenne. Et si les Kings ont déjoué tous les pronostics (qui leur donnaient, grand maximum, 27 victoires), Marvin Bagley III n’y est pas pour rien. Sa production statistique est plutôt bonne pour son temps de jeu moyen, avec 13,3 points, 7 rebonds et 1 passe décisive de moyenne, et il a su s’illustrer par ses capacités physiques de marsupial (et notamment un second saut étonnamment rapide).

Enfin, mention spéciale à Shai Gilgeous Alexander, qui partage le poste de meneur des Los Angeles Clippers avec le pitbull Patrick Beverley, et qui démontre déjà de très bonnes aptitudes défensives, tout en étant un attaquant plus que correct. Citons pour terminer Collin Sexton, rare étoile dans saison sombre de Cleveland, malgré le climat délétère qui règne dans la franchise, et Miles Bridges, qui, s’il n’a pas brillé au concours de dunk lors du All-Star Game 2019, semble disposer de toutes les qualités athlétiques pour devenir un dunkeur de la trempe de Vince Carter, toute proportion gardée.

A l’énumération de ces noms et de ces performances, on se rend compte de deux choses. Premièrement, certains rookies, au temps de jeu plus modeste notamment, n’ont pas été cités, alors même qu’ils se sont fait remarqués de belle manière. Ce sont les exemples de Landry Shamet, tout juste transféré aux Clippers, ou encore de Josh Okogie. Deuxièmement, on s’aperçoit que nombreux sont les jeunes qui ont sauté à pieds joints dans ce grand bain qu’est la NBA, sans pour autant se noyer. Au contraire, une bonne partie d’entre eux pratiquent déjà un crawl performant.

Vous me direz que chaque année, plusieurs jeunes joueurs sortent du lot pour nous en mettre plein les yeux. L’exemple de la promotion 2017-2018 est d’ailleurs pertinent, puisque Ben Simmons, Donovan Mitchell ou Jayson Tatum se comportaient d’ores et déjà comme les patrons de leur franchise respective. Je ne saurai vous contredire sur ce point. Il est en effet très rare qu’aucun rookie ne crève l’écran lors de sa saison. Ces cas-là existent toutefois, notamment lors de la saison 2000-2001, d’une rare faiblesse. Néanmoins, j’ai tendance à penser que nos actuels rookies font encore mieux que leurs prédécesseurs du vingt-et-unième siècle. Cette pensée, je l’articule autour du tableaux suivant, qui nous sert de transition toute faite pour notre partie relative à l’analyse collective des joueurs de la promotion.


III. L’analyse collective de la promotion rookie

A. Comparaison statistique de deux promotions : 2018-2019 versus 2003-2004

Pour commencer, voici le tableau complet des statistiques des 21 rookies analysés pour l’année 2018-2019, classé par ordre de choix de draft.

En tant que tel, ce tableau ne nous apprend pas grand chose. Il permet de mettre en lumière les excellentes saisons de certains joueurs, sur lesquels nous avons déjà braqué les projecteurs au sein de cet article. Pour qu’il soit parlant, il doit être comparé avec le tableau statistique d’autres promotions. Lorsque l’on procède à des recherches sur les différentes classes de rookies au vingt-et-unième siècle, on s’aperçoit rapidement que la promotion citée en parfait exemple est celle de 2003-2004. Il faut dire que plusieurs joueurs exceptionnels, dont certains futurs Hall-of-famer, ont peuplé la draft 2003 : LeBron James, Carmelo Anthony, Dwyane Wade, Chris Bosh, Darko Milicic … A la vue des noms, la logique voudrait qu’on se dise que, statistiquement parlant, la classe 2003-2004 dépasse largement celle de 2018-2019. Et pourtant :

On remarque effectivement que les chiffres parlent très clairement pour l’une des deux promotions. Mais pas pour celle à laquelle on pensait de prime abord. Il s’avère que les performances de nos actuels rookies sont de bien meilleures factures que celles de LeBron & cie, que ce soit en terme d’unités statistiques totales, mais surtout au sujet des unités statistiques par minute(s) jouée(s).

Le point qu’il convient évidement de mettre en avant, c’est qu’à 0,1 près, Luka Doncic et LeBron James produisent au total de même nombre d’unités : 34,6 pour l’enfant d’Akron, 34,5 pour le jeune slovène. Toutefois, le temps de jeu de chacun des deux n’est en rien comparable. Pour atteindre ces 34,6 unités, LeBron James passait 39,5 minutes sur le parquet par soir. De son côté, Doncic joue sept minutes de moins. Cet écart de temps de jeu explique la différence entre la bonne moyenne d’unité / minute de LeBron, qui s’élève à 0,88, et celle, stratosphérique, de Doncic : 1,08. Il permet également de prouver qu’à temps de jeu égal (généralement, toutes les statistiques sont ramenées, par prorata, à 36 minutes jouées), Doncic est en avance sur le King sur tous les aspects offensifs du jeu :

S’il est bien entendu tentant de comparer uniquement les têtes de gondole de chaque promotion, notre objectif est d’apporter un éclairage global. Cet éclairage est le suivant : le niveau de jeu proposé par les rookies actuels est nettement supérieur à celui de la promotion « phare » des années 2000. Et cela dans absolument toutes les catégories, qu’elles soient offensives (points marqués et passes décisives distribuées, rebonds offensifs) que défensives (interceptions, contres, rebonds défensifs). Une fois ceci dit, il semble primordial de se pencher sur des éléments extérieurs aux statistiques pures, pour tenter de comprendre quelles sont leur(s) influence(s) sur les chiffres qui nous intéressent.

B. Intertogations sur l’impact potentiel de certains facteurs extérieurs

A ce moment-ci de l’article, il est nécessaire de faire un point sur un élément que je n’ai pas encore abordé : la PACE, c’est-à-dire le rythme de jeu. On sait que la saison 2018-2019 se joue à un rythme effréné. A l’heure actuelle, les équipes jouent en moyenne 100,00 possessions par match. Disons-le tout de suite, aucune saison de ce siècle n’a été jouée sur un rythme aussi rapide. Dès lors, nous serions tenté de dire : « plus de possessions jouées équivaut à plus d’unités statistiques ». Ce qui est difficilement niable, vous en conviendrez.

La question est de déterminer si le rythme de jeu entraîne des conséquences substantielles sur les statistiques présentées jusqu’alors. Pour tout vous dire, ce point a même été abordé entre membres de la rédaction, ce qui m’a fait me pencher sur la question. Et je vous le demande, quoi de mieux que des tableaux pour répondre efficacement à cette question ? Rien, bien évidemment.

Pour faire du deux en un, et avant de se positionner sur l’impact réel du rythme de jeu, parlons rapidement du second indicateur qui pourrait « fausser » les chiffres présentés : les minutes jouées en moyenne. A mon sens, ceci est un faux débat. Dans la logique de compétitivité menée par une grosse vingtaine de franchises, les joueurs ne jouent que s’ils ont le niveau. Il n’y a pas de cadeaux faits aux jeunes. Dès lors, lorsqu’un rookie joue beaucoup, c’est qu’il a une influence sur le jeu qui n’est pas négligeable. Cette influence se caractérise notamment par la production statistique. Donc, si les joueurs jouent beaucoup, c’est qu’ils ont de bonnes statistiques, mais s’ils ont de bonnes statistiques … c’est parce qu’ils jouent beaucoup.

A titre d’indication, si on se contente d’analyser les statistiques saison par saison, en tenant compte du rythme de jeu réel, la saison des rookies 2018-2019 est, tout simplement, la meilleure du vingt-et-unième siècle. Ni plus, ni moins.

Cette première place au classement s’explique aisément, puisqu’on remarque que la classe 2018-2019 est en tête du classement des points marqués, des rebonds pris, des contres effectués, du total statistique et du total statistique par minute. Nous pouvons donc répondre à notre question initiale : oui, les rookies de la saison actuelle ont répondu aux attentes. Mieux, ils les ont largement dépassées.

Pour analyser si la PACE et le nombre de minutes jouées en moyenne ont un impact sur les chiffres du tableau précédent, vous trouverez donc ci-joint le classement décroissant des promotions qui ont réalisé le plus d’unités statistiques par minute, à PACE et temps de jeu égaux (toutes les statistiques ont été ramenées sur la base de celles de 2018-2019 : PACE à 100 et 21,74 minutes jouées).

 

On s’aperçoit qu’à rythme et temps de jeu équivalents, les rookies 2018-2019 perdent leur première place au classement général, au dépend de la promotion 2009-2010 de Tyreke Evans, James Harden et Stephen Curry. Néanmoins, l’impact de la PACE est donc très limité, puisque Doncic et sa bande reste premier au scoring, second au contre, au total des unités et au total par minute, troisième au rebond.

Pour conclure cette troisième partie, consacrée à l’analyse collective des performances, il convient de mettre en avant le fait que les actuels rookies réalisent une saison incroyable en comparaison à celles réalisées par leurs aînés depuis l’an 2000, saison qui leur permet de truster le podium des saisons les plus abouties de ce siècle. Il faudra que Williamson, Barrett & consorts s’emploient réellement pour effacer des tablettes la saison de nous sommes en train de vivre. Pour nuancer, il est nécessaire de préciser que de toutes les saisons analysées, la meilleure reste, du point de vue collectif, celle de 1984.

Pour terminer l’article en beauté, je vous propose de jeter un dernier coup d’œil aux statistiques, et d’analyser à quel niveau se positionne les meilleurs rookies de l’année par rapport aux superstars de la saison. Cela nous permettra également de déterminer qui est le joueur le plus décisif. J’imagine que vous avez votre petite idée …


IV. Par rapport aux superstars, où en sont nos rookies ?

Nous l’avons dit, nombreux sont les jeunes qui se mettent en évidence dès leur première saison. Pour autant, difficile de déterminer si leur niveau de jeu leur permet d’aller chatouiller celui des tous meilleurs franchise player. Avant de procéder aux calculs, j’étais tenté de dire que non. Que les tous meilleurs restent dans leur propre galaxie, que les rookies ne peuvent même pas rêver d’atteindre. Mes premières impressions étaient à la fois justes et fausses. Voyez par vous-même :

On se rend compte que le panel de joueurs sélectionnés fait la part belle à toutes les plus grandes stars, aux joueurs les plus décisifs au sein de leur franchise. Et surprise, plusieurs rookies parviennent à s’immiscer dans le classement. On remarque l’apparition d’Harry Giles, ailier-fort de Sacramento qui, s’il n’a clairement pas un grand temps de jeu, rentabilise celui-ci de manière plus que convaincante. Ainsi, effectivement, il existe une strate au sein de laquelle les rookies ne peuvent pas prétendre pour l’heure : celle des Giannis Antetokounmpo, James Harden, Joël Embiid ou Anthony Davis, qui sont, tout simplement, des ogres statistiques. On remarque au passage que si c’est James Harden qui possède le meilleur total statistique, c’est Giannis Antetokounmpo qui dispose du meilleur total statistique par minute, avec un ratio inimaginable de 1,47. A titre de comparaison, lors de sa saison 1999-2000 au cours de laquelle il a été élu MVP, MVP des finales et MVP du All-Star Game, Shaquille O’Neal présentait une moyenne d’unités par minute de … 1,26 (29,7 points, 13,6 rebonds, 3,8 passes décisives, 0,5 interception, 3 contres en 40 minutes de jeu). C’est dire si les performances quotidiennes de certains joueurs contemporains sont tout bonnement lunaires.

Nos rookies ne sont donc pas ridicules en comparaison avec certains franchise player. Ainsi, Luka Doncic joue dans la même cours statistique que Damian Lillard et Kemba Walker, deux all-star en puissance. DeAndre Ayton réalise une saison assez similaire à celle de DeMar DeRozan, les résultats collectifs en moins. Enfin, une quadruplette de rookies se retrouve en bas de tableau, aux côtés des Klay Thompson ou Chris Paul. Reste à souhaiter à Trae Young de réaliser la même carrière que Chris Paul avec, on l’espère, une bague de champion en plus.


V. Conclusions

Pour entamer cette conclusion, voici un rapide récapitulatif des meilleurs rookies par catégorie statistique sur les saisons analysées :

  • Michael Jordan est le rookie qui score le plus : 28,20 points par match
  • Blake Griffin est le rookie qui prend le plus de rebonds : 12,10 par match
  • John Wall est le rookie qui distribue le plus de passes décisives : 8,30 par match
  • Michael Jordan est le rookie qui interceptionne le plus de ballon : 2,40 par match
  • Hakeem Olajuwon et Sam Cassel sont les rookies qui effectuent le plus de contres : 2,70 par match
  • Michael Jordan est le rookie qui a le plus d’impact statistique par rencontre : 43,80
  • Joël Embiid est le rookie qui a le plus d’impact statistique par minute sur le terrain : 1,31.

Enfin, nombreux sont les personnages, généralement présents sur la scène politique, qui énoncent au début d’un discours : « je m’efforcerai d’être bref ». Pour ma part, je m’efforcerai de rédiger une conclusion brève. Il ne s’agit en réalité que d’un simple rappel des éléments mentionnés jusqu’alors.

Ces recherches statistiques et ces différents tableaux nous prouvent quelque chose. La saison réalisée cette année par les rookies est historique. Nous ne nous en rendons pas forcément compte lorsque nous cliquons sur le league pass pour regarder les rencontres, mais nombreux sont les jeunes joueurs qui promettent d’avoir une carrière exceptionnelle. Qui sait ? Peut-être que dans quinze ans, lorsque Trae Young sera devenu meilleur que Luka Doncic, la jeune génération grandira au rythme des légendes des joueurs de la promotion 2018-2019. Et, à vrai dire, c’est tout le mal que nous pouvons leur souhaiter.


Note de bas de page :

[1] Les chiffres sont arrêtés au 11 février 2019