Attention, subjectivité ! Par définition, la beauté est propre à chacun. Dès lors, tenter de déterminer quelle est la plus belle des bagues de l’Histoire nous mènera forcément à travers les méandres de la partialité. Avec cette série, l’objectif est de faire battre notre cœur de fan, et de revivre les grands moments des plus beaux sacres. Aujourd’hui, mettons un coup de projecteur sur le titre des Chicago Bulls en 1996.

Pour découvrir l’épisode 1, consacré aux Dallas Mavericks 2011


A titre liminaire : le retour du héro

Avant de s’attaquer à l’immense saison des Bulls en 1995-1996, il est nécessaire de remonter un peu dans le temps. Pas bien loin, simplement jusqu’au 18 mars 1995. Chicago est à la peine au sein de la conférence Est. Après 65 matchs, le bilan est peine équilibré : 34 victoires pour 31 défaites. Un bilan loin des standards proposés par la franchise depuis le début de la décennie. Depuis un an et demi, quelque chose manque à cette équipe de Chicago. Un supplément d’âme. Une image. Un leader. Ce quelque chose n’est nul autre que Michael Jordan, parti à sa première retraite basketballistique après le triplé parachevé en 1993.

Ainsi, la saison régulière 1994-1995 est d’une morosité rare dans l’Illinois. Phil Jackson, entraîneur de la franchise depuis 1989, avouera plus tard dans une interview accordée à ESPN et parue le 4 mai 1998 qu’il envisageait de prendre sa retraite à l’issue de la saison, et que la dépression le guettait.

Et soudainement, un rayon de soleil de la saison des Bulls creva le ciel comme une météorite. Le 18 mars 1995. Les médias sportifs américains sont prévenus au cours de la journée que Michael Jordan s’apprête à leur transmettre un communiqué. Un fax, pour être très précis. Sur celui-ci, trois mots, qui chambouleront à tout jamais la face de la Grande Ligue : « I’m back ».

Michael Jordan est de retour aux affaires. Au Basketball. Ce retour offre à la planète NBA des réactions variées. Certains doutent du fait que His Airness puisse revenir au niveau qui était le sien avant sa retraite. Évidement, avec le recul, ce scepticisme prête à sourire. Toutefois, au sein même du vestiaire des Bulls, ce come-back ne fait pas que des heureux. Il est vrai que l’intégration à un roster d’un joueur aussi fort et caractériel que Jordan peut susciter quelques grimaces. Pourtant, il en est un, au sein de l’effectif de Chicago, pour qui l’annonce fut un véritable cadeau de Noël. Toni Kukoc avait fait le grand saut en NBA en 1993 dans l’espoir de jouer aux côtés de Michael Jordan. L’annonce de la retraite de Jordan a empêché Kukoc, deux ans durant, de réaliser son rêve. Il racontera par la suite qu’à l’annonce du retour de son idole, il a fondu en larme. Des larmes de joie.

Si les réaction sont mitigées, à Chicago, le retour de Michael Jordan constitue l’événement du siècle. Les mots d’Ernie Johnson, commentateur, résume à merveille la situation : « vous pourriez avoir Elvis Presley en première partie du concert de réunification des Beatles avec un combat de Mike Tyson dans la foulée que ce ne serait pas suffisant pour faire mieux que le retour de Michael Jordan à Chicago.

Trois mots, donc. Pour trois nouveaux titres. Intéressons-nous au premier d’entre-eux, gagné aux termes des playoffs 1996. Rétrospective.

Les attentes de pré-saison

A la vue des déclarations ci-dessus, inutile de dire que l’attente autour de la franchise des Bulls, au coup d’envoi de la saison 1995-1996, est immense. Tous les projecteurs sont tournés vers la franchise dirigée par Phil Jackson. Franchise qui, malgré le retour de sa superstar, a été stoppée en demi-finale de conférence lors des playoffs 1995.

C’est avec l’ambition de reconquérir le trône NBA que les dirigeants des Bulls a orienté la free agency 1995. Aussi fort soit-il, Michael Jordan n’est pas en mesure de mener seul sa franchise au sommet. L’Histoire le démontre d’ailleurs : lors de son premier three-peat (1991-1993), l’effectif de Chicago était composé autour du trio Michael Jordan – Scottie Pippen – Horace Grant. Autour d’eux ? Des joueurs plus modestes mais combatifs, tels que Bill Cartwright ou Will Perdue. Ce bon vieux Will aura également son importance fondamentale dans le second triplé de Chicago – nous aurons l’occasion d’en reparler rapidement.

Horace Grant a quitté la franchise à l’orée de la saison 1994-1995, pour rejoindre la Floride et la franchise du Orlando Magic, pour jouer le vétéran au sein d’un effectif doté d’un duo jeune mais déjà ultra-dominant : Anfernee « Penny » Hardaway et Shaquille O’Neal.

Ainsi, le front office des Bulls sait, au cours de l’été 1995, qu’il est nécessaire d’épauler Jordan et Pippen avec des joueurs de qualités, pour mener à nouveau la franchise sur le toit de la Ligue. La mission a parfaitement été remplie. Le 2 octobre 1995, Will Perdue (le revoilà !) est transféré aux Spurs de San Antonio en échange de Dennis Rodman. Rodman est alors quadruple meilleur rebondeur de la Ligue. Sur le papier, nul doute que Chicago est le grand vainqueur du transfert. Néanmoins, si les Spurs de Greg Popovich n’ont pas hésité à se séparer de Rodman, c’est que le caractère de celui-ci, pour le moins instable, rend le joueur incompatible avec l’extrême rigueur imposée par Popovich à ses joueurs. Rigueur qui, par ailleurs, a grandement portée ses fruits.

C’est donc un joueur à fort caractère qui vient constituer le nouveau trop du côté de Chicago. Le risque pris par la franchise de l’Illinois n’est pas anodin, puisque rien, mais alors rien du tout, ne laissait présager que Jordan et Pippen puissent s’entendre avec Dennis Rodman. Non seulement celui-ci est excentrique, mais il a surtout fait partie de l’équipe des bad boys de Détroit à la fin des années 1980. Et si cette équipe portait si bien ce surnom, c’est en partie en raison du traitement infligé à Michael Jordan – les fameuses « Jordan rules »– où tous les coups étaient permis pour empêcher la star de Chicago de scorer.

Quelles que furent les inimités entre Jordan et Rodman, celles-ci ont été laissées au vestiaire, et n’ont en rien pollué la complémentarité entre les deux joueurs au cours de la saison. Ni durant celles qui suivirent. Chicago est parvenu à composer un nouveau big-three. Et pas n’importe lequel. Probablement le meilleur trio de l’Histoire. Au-delà des statistiques, la complémentarité des trois joueurs sur le terrain est évidente, même pour le plus aveugle d’entre nous. Quel coach refuserait de voir son attaque être menée par Michael Jordan, considéré par beaucoup comme le meilleur scoreur de tous les temps, de voir sa défense être composée autour de Dennis Rodman, le meilleur rebondeur que la NBA ait connu depuis la retraite de Wes Unseld, et de voir l’attaque et la défense être liées par un ailier utra-polyvalent, en la personne de Scottie Pippen ? Aucun. On peut dire qu’au début de la saison 1995-1996, Phil Jackson a toutes les raisons du monde d’avoir retrouvé le sourire.

D’autant plus que le reste du roster vaut également le coup d’oeil. La mène est confiée à Ron Harper, joueur qui, depuis son arrivée en NBA en 1986, n’a pas connu de saison sous la barre des 15 points et qui, sur cette période, pointe à 2 interceptions par match. Au poste de pivot, Bill Carthwright est remplacé par Luc Longley, joueur somme toute modeste, mais col bleu combatif par excellence.

L’un des deux leaders du banc est nul autre que Steve Kerr, l’actuel coach des Golden-State Warriors. Kerr n’est pas véritablement un scoreur, mais reste un shooteur très adroit, comme il aura l’occasion de le démontrer au cours de la saison 1995-1996. Toutefois, le sixième homme des Bulls cette saison-là est Toni Kukoc, qui a eu le temps de se faire les crocs en tant que titulaire durant la retraite de son idole.

Ce joli monde est dirigé par Phil Jackson, passé maître dans l’art de gérer les égos des stars et de les faire cohabiter efficacement.

Pour autant, les Bulls sont-ils favoris pour décrocher le titre en fin de saison ? Indubitablement oui. Mais ils ne sont clairement pas les seuls. Sur la ligne de départ, ce sont cinq voire six franchises qui peuvent légitimement espérer finir baguées. A l’Est, Orlando et sa jeunesse fougueuse fait presque figure d’épouvantail. De même, les Knicks de Patrick Ewing, défaits en finale en 1994, restent une menace permanente pour la place de finaliste de la conférence Est.

A l’Ouest, les Rockets sont les doubles tenants du titre, et Hakeem Olajuwon est encore dans son prime. Il est d’ailleurs bien épaulé par Clyde Drexler et Robert Horry, seul joueur de l’Histoire à avoir gagné 7 titres sans avoir pris part à l’hégémonie des Celtic’s dans les années 1960. Mais les Rockets ne sont pas les seuls prétendants d’une conférence Ouest relativement dense, au sein de laquelle on retrouve également le Jazz du duo Stockton – Malone et les Sonics du duo Payton – Kemp.

C’est donc une saison promise au suspens qui démarre le 3 novembre 1995. Pourtant, du suspens, il n’y en aura pas un seul instant. Les Bulls étaient en mission, et ont écrasé tous leurs adversaires pour parvenir à la mener à bien. Tous. Sans aucune exception. Nous ne le savions pas encore, mais ce 3 novembre 1995 marque le démarrage de ce qui allait devenir la meilleur saison collective de l’Histoire de la NBA. Et à l’inverse des Mavericks 2011, pour qui la beauté de la bague est liée à des scénarios incroyables en playoffs (à lire ou à relire ici), celle des Bulls 1996 doit d’abord la sienne à une saison régulière de tous les records. Tant au point de vue collectif qu’au point de vue individuel, Chicago a absolument tout remporté.

La saison régulière : les Unstop-A-Bulls

Le ton de la saison régulière a vite été donné. Dès le premier match, en réalité. Contre Charlotte, à domicile, Rodman prend 11 rebonds, Kukoc plante 15 points, et Jordan … fait du Jordan, avec 42 points, 6 rebonds, 7 passes à 55% au tir dont 42% à trois points. Merci beaucoup et bon retour en Caroline du Nord.

La suite ? Choisissez l’image que vous voulez, mais celle qui convient le mieux selon moi à cette franchise des Bulls est le rouleau compresseur. Un très gros rouleau compresseur. C’est bien simple, après trois mois de compétition et quarante-quatre matchs disputés, Chicago présent un bilan de … 41 victoires pour 3 défaites. On serait tenté de dire que ce bilan est lié à des performances offensives lunaires. Certes, la barre des 100 points a été dépassée à 33 reprises au cours de la période, et Michael Jordan n’y était pas pour rien. Chafouin, His Airness tourne à cette période à 30,5 points de moyenne, soit un chiffre juste au-dessus de sa moyenne en carrière. Dire que certains observateurs avisés ne croyaient pas à son retour …

Si Jordan est revenu dans ses standards habituels – et incroyables -, Rodman continue lui aussi sur sa lancée. 15,6 rebonds attrapés de moyenne pour le nouvel aspirateur du bord du lac Michigan, avec quelques pointes à plus de 20 rebonds. Rappelons quand même que si les plus grands rebondeurs de l’Histoire avaient pour avantage de généralement mesurer 2m15, Rodman culmine lui à un plus modeste 2m01. Enfin, le dernier larron du trio, Scottie Pippen, réalise également un exercice dans la lignée de ce qu’il exécutait jusqu’alors : 21,7 points, 6,5 rebonds, 6,2 passes et une défense de fer.

La défense. C’est ici que les Bulls se montrent le plus intraitable. Il faut prendre conscience que Jordan a été élu une fois défenseur de l’année et trois fois meilleur intercepteur, tandis que Rodman a été nommé deux fois défenseur de l’année et sept fois meilleur rebondeur. Des trois, seul Scottie Pippen n’a pas décroché le titre de meilleur défenseur d’une saison. Une injustice totale, pour celui qui est encore aujourd’hui considéré comme le meilleur défenseur extérieur de tous les temps. Voilà voilà. Lorsque les trois décidaient de se donner de ce côté du terrain, la défense des Bulls se transformait en un énorme cadenas. Et aucune franchise ne parvint à en trouver la clé.

(Photo by Andrew D. Bernstein/NBAE)

Ainsi, au soir du 2 février 1996, les Bulls sont plus que jamais leader de la conférence Est, et de la NBA. Seule ombre au tableau (pour chipoter), ses trois défaites ont été concédées contre des adversaires directs au titre final : Orlando, deuxième de la conférence Est, Seattle, premier de la conférence Ouest et Indiana, dont le collectif huilé et homogène constituent un casse-tête pour toutes les autres équipes. Ainsi, lorsque le niveau de jeu s’élevait, les Bulls sont un tout petit peu moins souverains. Toutefois, lorsqu’ils s’agit de faire respecter la hiérarchie contre les petites franchises, Chicago ne fait aucun cadeau. Chicago est de nouveau l’épouvantail qu’il était au début des années 1990. Scottie Pippen ne s’y trompe pas, lorsqu’il déclare :

«  Lors des deux dernières saisons (durant la retraite de Jordan), nous étions toujours une équipe soudée. Peut-être plus la meilleure équipe de la Ligue. Puis Michael est revenu, et tout est redevenu comme avant ».

Comme avant. Comme entre 1991 et 1993, quand Chicago accrocha ses trois premières bannières au plafond de leur United Center. Les trois suivantes n’allaient pas tarder à les rejoindre.

La suite de la saison régulière ? Quelque chose dans la même veine. Trente-huit matchs, 30 victoires et 8 défaites, pour un bilan total historique de 72-10. Un bilan d’exception pendant vingt ans, le temps pour les Warriors de 2016 d’établir de justesse une nouvelle marque de référence. Néanmoins, lorsqu’on passe en revue le nombre de saisons régulières terminées avec au moins 70 victoires, le tour est vite fait, puisqu’il n’y en a que deux : les Bulls de 1996 et les Warriors de 2016. C’est dire la portée de l’exploit. Les Bulls n’étaient d’ailleurs pas loin d’un back to back historique, puisque la saison 1996-1997 sera terminée avec 69 victoires pour 13 défaites. Soit simplement le troisième meilleur bilan de l’Histoire. Toujours dans la demi-mesure, ces taureaux.

L’incroyable saison régulière ne s’arrête pas qu’au bilan des 82 matchs. Il est également nécessaire de faire remarquer que Chicago termine sa saison régulière avec la meilleure attaque … et la meilleure défense. Le combo bilan + ratings permet d’affirmer sans sourciller que la saison 1995-1996 des Chicago Bulls est la meilleure de tous les temps. Rien que ça.

Et que dire du bilan individuelle de ses joueurs ? Chacun y va de son trophée, voire de ses trophées, de sa statistique marquante. Dans le désordre, nous retrouvons tout d’abord un Michael Jordan triple MVP. De quoi définitivement rabattre le caquet des derniers sceptiques. MVP de saison régulière quasiment unanime (1 114 voix sur 1 130 possible), MVP du all-star game (controversé, certains observateurs souhaitaient que le titre soit remis à Shaquille O’Neal et ses 25 points) et enfin MVP des finales. Un joueur triple MVP en une seule saison, ce n’est pas unique, mais ça ne court pas les rues. Willis Read fut le premier à réaliser la performance en 1969. Shaquille O’Neal l’a également fait en 2000, bien qu’il fut nommé co-MVP du All-Star Game avec Tim Duncan. Mais devinez quoi ? Un seul joueur a réalisé la performance d’être élu triple MVP à deux reprises. Michael Jordan, évidemment, qui récidivera en 1998. Pour ne rien oublier, sachez que Jordan a également fini la saison 1995-1996 en tant que meilleur scoreur et fut élu au sein de la all-NBA first defensive team. Une razzia individuelle comme on en avait encore jamais vue.

Alors certes, Jordan est un ogre et ne laisse que peut de place médiatique à ses camarades de jeu. Il est cependant nécessaire de rendre hommage à certains d’entre eux. Commençons par Dennis Rodman. Force est de constater que celui-ci s’est plutôt bien acclimaté à sa nouvelle équipe, puisqu’à l’issue de sa première saison, il est élu meilleur rebondeur de la Ligue pour la cinquième fois consécutive. Scottie Pippen a également droit à sa part du gâteau, puisqu’il est lui aussi nommé dans la all-NBA first defensive team, tout en ayant terminé second du classement du meilleur défenseur, simplement derrière Gary Payton.

Ne pensez pas que seuls les titulaires du roster ont récolté les lauriers individuels de cette saison historique, puisqu’il n’en est rien. Toni Kukoc remporte le titre de sixième homme de l’année pour son rôle fondamental au sein du bull(s)dozer. De son côté, Phil Jackson est élu coach de l’année, pour la seule et unique fois de la faste carrière. Et c’est pas fini, comme dirait l’autre ! Lorsqu’ils ne remportent pas de trophée individuel, les joueurs des Bulls trouvent une manière d’être tout de même inscrits dans tous les livres d’Histoire. Ainsi, dites bonjour à Steve Kerr, qui entre officiellement dans le cercle très restreint des joueurs ayant terminé une saison en 50-40-90. Comprenez 50% au tir, dont 40% à trois points et 90% aux lancers-franc. Mieux que ça, il est même le seul joueur de l’Histoire à avoir franchit la barre des 50-50-90. Frottez-vous bien les yeux : 50,6% au tir, dont 51,5% à trois points et 92,9% aux lancers-franc.

Au sein de cette série d’épisodes, nous tentons de déterminer quelle est la plus belle bague de tous les temps. Vous me direz – fort justement d’ailleurs -, qu’une bague ne se remporte qu’à l’issue des playoffs, et que la saison régulière ne constitue que l’échauffement. Je vous répondrai que lorsqu’une franchise parvient à clôturer une saison régulière avec le meilleur bilan de l’Histoire, des titres individuels à foison et des joueurs seuls au monde dans leurs catégories statistiques, il est nécessaire de la mettre en avant. La saison régulière de Chicago, en cette année 1996, est un argument en or massif dans le débat qui nous préoccupe. Parce que oui, nous parlons de titres. Et oui, la saison régulière des Bulls va être suivie par une campagne de playoffs maîtrisée de bout en bout, avec un match final qui constitue un apothéose émotionnel comme la NBA en a rarement connu.

Une conférence Est martyrisée

Le 25 août 1944, le Général de Gaulle scandait l’un de ses plus célèbres discours : « Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé … mais Paris libéré ! ». Remplacez « Paris » par « la conférence Est », et vous obtenez un parallèle convaincant avec la situation de celle-ci durant les playoffs 1996. Convaincant, le parallèle ? A un détail près. Si Paris s’est libéré du joug nazi, la conférence Est n’est pas parvenue à se défaire de la domination des Bulls.

Il faut dire que les playoffs s’inscrivent dans la droite lignée de la saison régulière. En tant que premier de conférence, Chicago possède deux avantages : celui du terrain, et celui d’affronter le huitième, à savoir le Miami Heat de Tim Hardaway et Alonzo Mourning. Comme nous le disions un peu plus haut, lorsqu’il s’agit de faire respecter la hiérarchie, les Bulls de 1996 ne font pas dans la dentelle. Ce n’est pas une main de fer dans un gant de velours, c’est une main d’acier dans un gant clouté. Trois matchs, trois blow-out. + 23 de moyenne pour Chicago sur les trois rencontres, et un suspens qui frôle le néant. Clairement, ce premier tour de playoffs n’offre pas à un rédacteur d’article des anecdotes croustillantes à partager avec ses bien-aimés lecteur. Mais il lance une campagne de post-season qui, si elle n’est pas tout à fait historique, reste tout bonnement incroyable. Quatre tours, dix-huit matchs, quinze victoires, une bague.

Depuis 1990 et le second (et dernier) sacre des Pistons d’Isiah Thomas, seules quatre franchises ont remporté le titre en ayant joué moins de dix-huit matchs de playoffs : les Bulls de 1991, les Spurs de 1999 et les Warriors de 2017 ont tous disputé 17 matchs pour soulever le trophée, tandis que les Lakers de 2001, emmenés par le duo Shaq & Kobe, n’ont eu besoin que de 16 rencontres pour se voir sacrés. A noter que ce n’est que depuis la campagne 2003 que le premier tour de conférence se déroule au meilleur des sept matchs. Jusqu’alors, le sort de ce premier tour se décidait en trois matchs gagnants.

Par conséquent, seules deux équipes ont été baguées en ayant perdu qu’un seul match de playoffs : les Lakers de 2001, avec un bilan de quinze victoires pour une défaite, et les Warriors de 2017, pour un bilan de seize victoires pour une défaite. Chacune de ces deux défaites a été concédée en finale NBA. Presque par politesse, non seulement pour la franchise adverse, mais aussi pour toute la NBA.

Revenons-en à nos Bulls de 1996. Durant ces playoffs, toutes les équipes de la conférence Est sont passées à la moulinette. Douze matchs, pour onze victoires, et une défaite concédée après prolongation en demi-finale de conférence au Madison Square Garden, dans le game 3. Une défaite imputable à la panne d’adresse collective des Bulls, puisque seuls Jordan et Pippen ont scoré plus de dix points. Shooter à 41%, donc 33% à trois points permet rarement à remporter un match. Surtout qu’en face, les Knicks de Ewing, Stark et compagnie ont récité leur partition, en serrant les rangs en défense et en voyant cinq de ses joueurs marquer au moins douze points. En ce 11 mai 1996, les Bulls chutèrent pour la seule et unique fois au sein sa propre conférence. La Sienne, avec un grand « S ». La défaite a d’ailleurs rendu certains joueurs bougons. Énerver des champions est rarement une bonne idée, les Knicks l’apprendront à leur dépend.

Après un game 4 serré, achevé par une victoire des Bulls 94 – 91, le retour dans l’Illinois permet à Chicago de tranquillement terminer la série, avec un Jordan encore au-dessus de ses standards, c’est vous dire … 35 points à 45% au tir et 50% à trois points. De toute manière, imaginer Michael Jordan perdre dans une série disputée en quatre rencontres gagnantes contre les Knicks est impensable. La franchise de New York est son souffre douleur préféré. C’est contre elle que son retour au plus haut niveau a d’ailleurs été acté. Avant un match disputé au Madison Square Garden le 28 mars 1995, un journaliste demande à Michael Jordan :« quand est-ce qu’il réalisera à nouveau une performance marquante ». La réponse du champion ne s’est pas faite attendre. Au journaliste, il répondit « ce n’est qu’une question de temps ». Sur le parquet, il claque 55 points sur la truffe des Knicks, pour le cinquième match depuis son retour. Se mettre en évidence dans les plus belles salles du pays, c’est aussi ça, la marque des grands.

Nous avons eu l’occasion de dire que les Bulls n’ont perdu qu’une rencontre au cours des trois premiers tours de playoffs. Par conséquent, les plus attentifs d’entre vous ont compris que les finales de conférence se sont soldées par un bon sweep. Pourtant, alors même que la domination de Chicago était impressionnante, on pouvait imaginer que l’affiche de ces finales puisse donner lieu à un spectacle haletant. Face aux taureaux, ce sont les jeunes loups du Orlando Magic, toujours guidés vers les sommets par Anfernee Hardaway et Shaquille O’Neal, qui se présentent. Et les louveteaux ont la ferme intention de rééditer leur exploit de l’année passée, où ils avaient réussit à éliminer Chicago.

Chicago – Orlando Acte II : la revanche

Je vous ai déjà dit de ne pas énerver les champions ? Ce doit être une question d’orgueil. Quoiqu’il en soit, la série entre Chicago et Orlando a été une véritable boucherie. Si la Floride est un état américain sujet à de fréquents ouragans venus de l’océan atlantique, la tempête qui s’est abattue sur le Magic est bien venue du nord du pays. La messe était déjà dite après le premier match, disputé à Chicago. « Match » est d’ailleurs un bien grand mot. Les Bulls se sont baladés pendant 48 minutes. Score final : 121 – 83. Une défaite de 38 points dont Orlando ne se remettra jamais.

Un parallèle intéressant avec les finales NBA 1995 est ici à effectuer. Lors de ces finales, Orlando est opposé aux Rockets d’Hakeem Olajuwon. Durant le premier match, le Magic est à deux doigts – à un lancer-franc de Nick Anderson, en réalité – de remporter la victoire. Anderson rata quatre lancers-franc consécutifs (ce qui lui vaudra le surnom de « Nick the brick »), et Olajuwon, d’un petit tip-in, scella le sort de la rencontre au buzzer. Après cette défaite inaugurale, Orlando n’a plus jamais été en mesure de remporter le titre, et fut sweepé par des Rockets en quête de back-to-back.

Et bis repetita en 1996. La seule différence entre les deux scénarios, c’est qu’à l’inverse des Rockets, Chicago ne s’est jamais fait peur lors du premier match de ces finales de conférence 1996. Toutefois, à l’instar de la finale NBA 1995, la défaite du Magic lors du premier match fut suivi par un véritable naufrage collectif. Dans aucun des deux cas les joueurs de la franchise floridienne n’ont su élever leur niveau de jeu pour pouvoir exister dans la série.

C’est d’ailleurs clairement le collectif qui a fait défaut à Orlando lors de ce match 1. Les deux franchises-player, eux, ont récité leur partition à la perfection. Hardaway – 3ème au vote du MVP de la saison régulière 1995-1996 tout de même -, score 38 points à 72% de réussite au tir, tandis que le Shaq domine sans surprise le pauvre Luc Longley dans la raquette. Les autres joueurs ? Quelle drôle de question. Voyez plutôt : 160 minutes réparties en 10 joueurs, pour un total de … 18 points marqués. Un bon gros choke collectif.

Alors oui, le second match est plus accroché. De toute manière, difficile de faire moins accroché que la première rencontre. A vrai dire, on a pu croire qu’Orlando a trouvé un supplément d’âme dans la correction du game 1 puisqu’à la mi-temps du second match, les floridiens mènent de 15 points. L’avance est en grande partie liée à la prestation XXL du gros Shaquille O’Neal : 36 points et 16 rebonds à 72% au tir en fin de rencontre. Mais Shaq est trop seul, et la machine des Bulls est trop forte. A la fin du troisième quart-temps, l’écart au tableau d’affichage a déjà fondu comme flocon sous canicule : +2 pour le Magic, mais c’est bel et bien les Bulls qui ont repris le contrôle de la situation. Et ce qui devait arrivé arriva, Chicago remporta ce second match devant son public.

(Photo credit should read VINCENT LAFORET/AFP/Getty Images)

Vous vous dites certainement que perdre deux matchs consécutifs à Chicago, en 1996, est arrivé à d’autres équipes. Et vous avez raison. Sauf que pour renverser les taureaux de l’Illinois en ces finales de conférence, il aurait fallu qu’Orlando élève grandement son niveau de jeu lors des rencontres 3, 4 et 5, disputées toutes trois à domicile.

Encore raté ! Raté dans des proportions gargantuesques (ou Shaquillesques, c’est selon). Le troisième match est le théâtre de l’une des plus faibles prestations offensives de l’Histoire du Magic. Le score de la rencontre ? 86 – 67 pour Michael Jordan et ses copains. Au-delà de cette seconde correction en trois matchs, c’est le nombre de points inscrits par Orlando qui choque. Après quelques petites recherches, il s’avère que depuis la création de la franchise, les 67 points inscrits lors de ce game 3 constituent la neuvième pire performance offensive d’Orlando, la deuxième plus mauvaise dans le cadre des playoffs.

Vous vous souvenez, lorsqu’on disait que la principale arme des Bulls en cette saison 1995-1996 était sa défense ? Il semblerait que cette série de finale de conférence en soit la preuve. C’est aussi la preuve que lorsque l’enjeu est important, Jordan, Pippen, Rodman & compagnie savent tous élever leur niveau de jeu. En quatre rencontres de saison régulière, Orlando avait en moyenne inscrit 93,5 points sur la défense des Bulls. Sur les quatre matchs de playoffs, le total est redescendu à 84,75 points de moyenne.

Le quatrième match de ces finales de conférence est quasiment anecdotique. Jamais dans l’Histoire de la NBA une équipe n’a réussit à remporter une série au meilleur des sept matchs après avoir été menée 3 – 0. Personne n’imagine alors la bande de Jordan s’effondrer. Et tout le monde a eu raison, puisque le dernier match est remporté 106 – 101 par Chicago. Un match jordanesque, puisque His Airness eu le bon goût de marquer 45 points, de prendre 3 rebonds et de distribuer 5 passes, en tirant à 69% dont 75% derrière l’arc. Merci au Magic pour sa participation et à l’année prochaine.

A l’année prochaine ? Vous n’y pensez pas ! Ce sweep aura des conséquences monstrueuses sur l’effectif d’Orlando. Cette défaite humiliante contre Chicago poussa Shaquille O’Neal à « exporter son talent » sur la côte Ouest des Etats-Unis à l’été 1996, aux Lakers de Los-Angeles plus précisément. Et si la franchise, par le biais du recrutement de Tracy McGrady, continuera à se qualifier régulièrement en playoffs, elle ne sera jamais plus en mesure de remporter le titre NBA, exception faite de la saison 2008-2009, soldée par une défaite en finale NBA contre … Les Lakers, évidemment.

Les finales : Jordan l’invincible

Après avoir transformé la conférence Est en véritable mousseline, les Bulls se présentent pour leur quatrième finale NBA de la décennie avec des certitudes infinies. De l’autre côté du pays, la logique de la saison régulière a également été respectée. Les Sonics de Seattle, qui ont clôturé les 82 premiers matchs en première position (64 victoires, meilleure saison régulière de l’Histoire de la franchise), ont résisté au retour du Jazz de John Stockton et de Karl Malone en finale de conférence.

Si, bien entendu, ce sont les Bulls qui ont toutes les faveurs des bookmakers, les Sonics disposent de sérieux arguments pour prétendre au titre suprême. Le cinq majeur de Seattle, construit autour de Gary Payton (défenseur de l’année, souvenez-vous) et de Shawn Kemp, est également composé de deux autres joueurs capables de scorer plus de 15 points par rencontre : l’arrière Hersey Hawkins et l’ailier allemand Detlef Schrempf. Le quatuor, en cette saison 1995-1996, pointe à 71,6 points, 24,4 rebonds et 16,8 passes décisives par rencontre. La cinquième roue du carrosse est Ervin Magic Johnson, pivot qui entame sa troisième saison.

Lorsque les deux meilleures défenses de la saison régulière s’affrontent en finale, cela laisse généralement que peu de place à l’attaque et aux cartons offensifs. Néanmoins, nous avons eu l’occasion de le dire lors de cet article, les Bulls ont souvent pris un malin plaisir à prendre à contre-pied toutes ces affirmations préconçues. Résultat ? A l’instar des trois premiers tours de playoffs, les Bulls remportèrent le game 1 de ces finales NBA sur un score fleuve : +17, 107 – 90. En faisant une simple opération mathématique, on s’aperçoit qu’à chacun des quatre tours de post-season 1996, les Bulls ont toujours tapé très fort des poings sur la table lors du premier match : 19,25 points d’avance en moyenne. De quoi mettre un gros coup derrière la caboche de chacune des franchises rencontrées. Tour à tour, Miami, New-York et Orlando ont coulé. Quid des Sonics ? Force est de constater que nos amis de Seattle se sont battus comme de beaux diables. Simplement, Chicago était trop fort.

C’est bel et bien Chicago qui est imbattable. Pas seulement Michael Jordan, même si on sait aujourd’hui, avec le recul, qu’il n’a jamais perdu une finale NBA. Non, Chicago est un collectif terriblement bien huilé, coaché d’une main de maître par l’un des tous meilleurs entraîneurs de l’Histoire. Shawn « Reign Man » Kemp a beau sauter haut, Dennis Rodman finira meilleur rebondeur de tous les matchs des finales. Gary Payton a beau se démener, à la fois en attaque et en défense, il est à chaque fois confronté à Jordan ou Pippen. Et lorsque Phil Jackson permet à tout ce beau monde de se reposer un peu, les Sonics voient débouler sur le terrain Toni Kukoc et Steve Kerr. Si l’enfer avait un visage, il aurait celui du collectif des Bulls.

D’autant plus que durant ces finales, les chicagoans s’illustrent rarement de concert. Une fois n’est pas coutume, cinq joueurs scorèrent plus de 14 points lors du game 1, tandis qu’en face, seul Shawn Kemp réussit à tirer son épingle du jeu et à forcer le verrou des Bulls, avec 32 points et 8 rebonds. Kemp était cependant trop seul pour ne serait-ce qu’espérer faire tomber Chicago à domicile.

Le constat quasiment similaire au sortir de la seconde rencontre. Kemp martyrise toujours la raquette des Bulls, mais Chicago reste supérieur. D’autant plus de Dennis Rodman a eu la bonne idée d’établir le record du nombre de rebonds offensifs captés au cours d’un match de finale, avec 11 prises (ex-aequo avec Elvin Hayes). Malgré les performances moyennes de Payton, c’est Seattle qui vire en tête à la fin du premier quart-temps du second match. Pour l’heure, nous partons donc sur un exact CTRL + C / CTRL + V des finales de conférence : Chicago domine largement la première rencontre, avant de peiner en début de game 2. En délicatesse avec son tir, Jordan se mue alors en passeur lors des deux périodes suivantes (6 passes, soit sa moyenne en carrière), pour permettre aux Bulls de prendre définitivement le contrôle de la rencontre suite à un run de 7 points en trente secondes, initié par Toni Kukoc et Scottie Pippen. Avec 13 points d’avance à 9 minutes du coup de sifflet final, les Bulls semblaient être tout droit sur l’autoroute du succès. D’autant plus que tour à tour, Kemp, Payton et Hawkins eurent la gentillesse de rater un lay-up. Ces ratés furent fatals pour Seattle, dont le come-back en fin de rencontre restera infructueux.

Bien décidé à poursuivre son jeu du miroir entre les finales de conférence et la finale NBA, c’est sur un blow-out que s’achève le match 3, au cours duquel Chicago menait déjà de 24 points à la mi-temps. Seul anecdote, la rencontre est arbitrée par Monsieur Dick Bavetta. A l’époque, ce bon vieux Dick est un arbitre connu et reconnu dans le métier, et perçoit un salaire équivalent à sa reconnaissance. Il restera toutefois dans les mémoires comme l’arbitre du scandaleux game 6 des finales de conférence Ouest 2002 entre les Lakers et les Kings, rencontre au sein de laquelle le corps arbitral à tout fait, mais alors absolument tout, pour permettre à la franchise de Los Angeles de l’emporter, alors qu’elle était au bord de l’élimination.

Revenons à nos moutons : Gary Payton est connu et reconnu pour être un joueur de caractère. Du caractère, les Sonics en montrèrent durant les deux dernières rencontres disputées à domicile, pour deux victoires assez larges. Les Bulls ne mènent alors plus que 3 – 2 dans la série, la balle est presque remise au centre du terrain. Presque.

« This is for daddy »

C’est donc avec moins de certitudes, mais toujours en tête dans la série, que Chicago s’apprête à retrouver son public pour le game 6, le 16 juin 1996. Le 16 juin, date anodine s’il en est.

Sur le parquet, les prestations des deux franchises ne sont clairement pas grandioses. On a rapidement la sensation que c’est l’équipe qui tirera le moins mal qui repartira avec la victoire. A ce petit jeu, ce sont les Sonics qui l’emportèrent : 42% de précision contre 39,6% pour leurs adversaires rouge. Néanmoins, c’est Chicago qui s’en sorti le mieux à trois points et aux lancers-franc. Les leaders offensifs habituels faisaient grèves, et les Bulls s’en remirent alors à Dennis Rodman, Luc Longley et Steve Kerr pour prendre le dessus sur les valeureux joueurs de Seattle. Michael Jordan, lui, passe à côté de son match : 22 points à 5/19 au tir. Néanmoins, les rares fois où ses prestations sont insipides, c’est tout de même lui qui monopolise toute l’attention. Cette fois-ci, Jordan fait parler de lui pour un événement extra-sportif, qui fit passer le score de la rencontre (87 – 75) comme secondaire.

Vous souvenez-vous de la date de la rencontre ? Pour les plus amnésiques d’entre-vous, voici un rappel : 16 juin 1996. Il s’avère que cette année-là, c’est également la date de la fête des pères. L’occasion pour nous de rapidement replonger dans les heures les plus sombres de la vie du numéro 23 de Chicago. Le 23 juillet 1993, James R. Jordan, père de, s’arrête au volant de la Lexus rouge sur une aire d’autoroute. Le moment choisit par deux malfrats, condamnés à la prison à perpétuité depuis, pour l’assassiner. Le corps de James Jordan Sr. ne sera retrouvé que le 3 août suivant. La mort de son père a énormément bouleversé Michael Jordan, qui considérait son géniteur comme « son frère et son meilleur ami ». C’est ce décès qui poussa Jordan à porter les couleurs des Birmighams Barons au cours de sa première retraite, en ligue mineure de base-ball. L’équipe supportée par son père. Comme un hommage. Comme pour boucler la boucle.

Faisons un dernier crochet sur le parquet. La victoire étant acquise pour les Bulls, Phil Jackson en profite pour faire sortir ses titulaires un à un, sous les standings-ovations du public. Comme il en est de coutume en cas de victoire assurée, la dernière possession n’est pas jouée par Chicago. La sirène n’avait pas finie de retentir que Jordan se précipitait sur Toni Kukoc. Par pour recevoir des embrassades infiniment méritées. Non. Pour lui subtiliser le ballon du match, et s’effondrer au sol, en larme.

En direct, on ne se rend pas immédiatement compte de la situation. Le public est en délire, Rodman et Pippen se congratulent, tout le monde saute et laisse exploser sa joie. Tout le monde sauf l’artisan premier de ce sacre, pour qui le 16 juin rime d’abord avec la mémoire de son défunt père, avant de rimer avec un titre NBA.

C’est sur les images d’un Jordan allongé au sol dans le vestiaire, une serviette blanche sur la tête, que se termine cette saison 1995-1996. Ce sont d’ailleurs les mots du champion qui feront définitivement passer cette saison, ce titre, à la postérité :

« Je sais qu’il me regardait. A ma femme, à mes enfants, à ma mère et à mes frères et sœurs : il (le titre) est pour papa ».

Des mots chargés d’une émotion comme la Grande Ligue n’en a que rarement connue. Des mots qui parachèvent la plus grande saison de tous les temps. Une saison régulière fantastique, dont les ingrédients principaux furent le meilleur big-three de l’Histoire, des lieutenants exceptionnels, un coach historique, et un mélodrame poignant. N’ayons pas peur de le dire, haut et fort : la bague des Chicago Bulls de 1996 est, sans conteste, l’une des plus belles de tous les temps. Et si elle n’est pas la plus surprenante (avoir Jordan dans ses rangs annihile quelque peu l’effet de surprise, avouons-le), elle est remportée au bout de 90 matchs maîtrisés. Mis à part les Warriors de 2016, qui ont échoué en finale, jamais une équipe n’a dominé son sujet comme les Bulls de 1996.

Et pour cela, une reconnaissance leur est due. Une reconnaissance éternelle.