Attention, subjectivité ! Par définition, la beauté est propre à chacun. Dès lors, tenter de déterminer quelle est la plus belle des bagues de l’Histoire nous mènera forcément à travers les méandres de la partialité. Avec cette série, l’objectif est de faire battre nos cœur de fans et de revivre les grands moments des plus beaux sacres. Aujourd’hui, mettons un coup de projecteur sur le titre des Dallas Mavericks en 2011. 


Les attentes de pré-saison

Au début du vingt-et-unième siècle, les Dallas Mavericks sont une des places fortes de la NBA. Entre 2000 et 2011, seuls les San Antonio Spurs ont remporté plus de matchs de saison régulière que les Mavs, qui ont terminé chacune de ces saisons avec au moins 50 victoires. A cette époque, Dallas est déjà emmené par Dirk Nowitzki, ailier-fort allemand arrivé au sein de la franchise depuis 1998, suite à un échange intervenu le soir même de la draft. On rappelle qu’il a été drafté par les Milwaukee Bucks, avant d’être transféré à Dallas contre Robert « Tracteur » Traylor.

What if – Dirk, daim en fuite

Au cours de cette période, Dirk Nowitzki est un incroyable joueur. Ses qualités athlétiques, hyper limitées, ont toujours été compensées par une adresse incroyable au tir, un mental de guerrier et une clutchitude rare. Son tir « signature », le one-leg fadeaway, développé en Allemagne avec son entraîneur personnel, Holger Geschwindner, lui permet de dégainer au-dessus de la truffe de défenseurs pourtant bien plus athlétiques que lui. Son habilité lui a permis de terminer chaque saison avec, minimum, 21,5 points de moyenne. Et puisqu’il a pris l’habitude de prendre 9 rebonds et de distribuer 3 passes par rencontre, c’est tout naturellement qu’il fut nommé MVP de la saison 2007.

Ce trophée de meilleur joueur a d’ailleurs été remis à Nowitzki après la défaite des Mavericks au premier tour des playoffs, alors qu’ils affichaient le meilleur bilan de leur Histoire avec 67 victoires. Cette défaite constitue à l’époque une grande première dans l’Histoire de la NBA. En effet, aucune équipe ayant terminé la saison régulière en tant que leader de conférence n’avait jamais été éliminée dès le premier tour des playoffs. 

La déception des playoffs de 2008 représentait alors un portrait fidèle des performances de cette franchise de Dallas, qui a toujours été une énorme équipe de saison régulière, mais aussi une équipe qui coince régulièrement lorsque le niveau s’élève. Seule exception notable, la formidable saison 2005-06, perdue en Finale NBA contre le Miami Heat de Dwyane Wade, Shaquille O’Neal et le fantasque Jason Williams.

Quoi qu’il en soit, au mois d’octobre 2010, l’équipe des Mavericks, toujours emmenée par un Dirk Nowitzki étincelant malgré un âge qui avance – 32 ans au début de la saison – est principalement composée de joueurs d’expérience. La mène était entre de bonnes mains, puisqu’elle était confiée à Jason Kidd, 37 ans, sortant d’une saison 2009-10 en quasi double-double avec 10,3 points, 9,1 passes et un peu plus de 5 rebonds par match.

Autour de ces deux légendes, on retrouve un supporting cast de qualité. Le poste d’arrière est partagé entre Jason Terry, artilleur devant l’éternel avec ses 2.280 tirs à trois points en carrière, et le plus modeste DeShawn Stevenson. C’est Shawn Marion, joueur quadruple all-star au début du siècle, qui occupe le poste d’ailier. Enfin, Tyson Chandler occupe le poste de pivot et s’apprête à réaliser la meilleure saison de sa carrière, auréolée non seulement d’une bague, mais aussi du titre de meilleur défenseur de la ligue.

Comme en 2018-19, le banc des remplaçants est mené par J.J Barrea – et oui, déjà. A côté du porto-ricain de poche se retrouve un autre sniper légendaire, en la personne de Peja Stojakovic, qui a notamment brillé au sein de la grande équipe des Sacramento Kings au début des années 2000 au point de se retrouver dans la course au MVP lors de la saison 2003-04. Enfin, instant cocorico, trois français se retrouvent dans l’effectif : Rodrigue Beaubois, Ian Mahinmi et Alexis Ajinça.

Tout ce beau monde est dirigé par Rick Carlisle, Entraîneur de l’Année 2002 lorsqu’il dirigeait les Detroit Pistons, et en poste au sein de la franchise texane depuis 2008.

A la vue de cet effectif, il ne fait aucun doute au début de la saison 2010-11 que Dallas allait tranquillement retrouver le chemin des playoffs.

Un doute subsiste toutefois. Si l’effectif est expérimenté, l’expérience des joutes de fin de saison reste très limitée. Le roster ne compte que deux survivants des Finales perdues en 2006, à savoir Dirk Nowitzki et Jason Terry. De son côté, Jason Kidd a également deux Finales perdues à son palmarès, sous le maillot des Nets. Ces échecs nous amènent au constat suivant : aucun des joueurs de l’équipe n’a jamais remporté un titre au démarrage de la saison 2010-11.

De même, il s’avère que les Mavs possède l’un des cinq majeur les plus âgés de toute la Ligue. Si on regarde le plus près l’âge moyen de tous les cinq de départ des équipes qualifiées pour les playoffs en 2011, on s’aperçoit que seul l’effectif de San Antonio est plus âgé que celui de Dallas (32,2 ans pour les Spurs contre 31,6 ans pour Dallas, ex aequo avec les Celtics). 

Toutefois, à l’inverse des franchises de San Antonio et de Boston, Dallas n’a pas le luxe de profiter du talent d’un réel Big ThreeSi les Spurs se reposent principalement sur les immenses qualités de Tim Duncan, Tony Parker et Manu Ginobili, tandis que les Celtics possèdent en leur rang Paul Pierce, Kevin Garnett et Ray Allen, ce n’est pas le cas pour Dallas. Malgré un effectif profond, seul Dirk Nowitzki est suffisamment fort pour mener la franchise vers les sommets.

L’âge moyen des joueurs qui composent le cinq majeur des équipes qualifiées en post-season est de 27,57 ans. Selon plusieurs graphiques présentés par l’Université d’Harvard [1], les joueurs atteignent leur potentiel maximal, leur prime, à l’âge moyen de 28 ans.

C’est à cet âge qu’ils scorent le plus, qu’ils font le plus de passes décisives et qu’ils prennent le plus de rebonds. Par ailleurs, les plus mauvaises statistiques individuelles sont réalisées par les joueurs âgés de 32 ans ou plus. C’est à partir de cet âge que leur courbe de performance passe en dessous de celle des rookiesCette statistique est confirmée par les résultats des playoffs 2011. Sur les quatre équipes qui disposent d’un cinq majeur âgé de plus de 30 ans de moyenne, seuls les Mavericks ont atteint les Finales de conférence. A l’Est, Boston s’est arrêté en demi-finale, tout comme Los Angeles à l’Ouest. Enfin, San Antonio, pourtant premier de saison régulière, a chuté au premier tour contre les jeunes Grizzlies de Memphis (25,6 ans de moyenne).

C’est donc une équipe sûre de ses forces, mais vieillissante et en mal de résultats probants en post-season, qui se présente sur la ligne de départ de cette nouvelle saison. Ce qu’elle ne savait pas, c’est qu’elle était en route pour une saison historique, couronnée par un titre impossible à prédire. Un titre qui doit sa beauté au scénario de la saison toute entière. Rétrospective.

Les Mavericks, ces horlogers suisses

Comme prévu, porté sur les frêles épaules d’un Dirk Nowitzki encore grandiose et bien épaulé par ses expérimentés coéquipiers, les Mavs ont terminé la saison régulière avec 57 victoires, à la 3è place de la conférence Ouest, ex-æquo avec les Los Angeles Lakers.

Pour Dallas, ces 82 matchs constituent un échauffement. La première partie de la saison est une très belle réussite, puisqu’au bout de 29 rencontres, ils présentent un bilan de 24 victoires pour 5 défaites, toutes concédées contre des équipes bien plus faibles, sauf les Chicago Bulls du futur MVP Derrick Rose.

La seule frayeur de la saison fut la blessure contractée par Dirk Nowitzki, qui montra au grand jour la « Nowitzki dépendance » développée par la franchise, qui a enchaîné six défaites de suite en l’absence de son franchise player en janvier 2011.

Le reste de la saison régulière s’est déroulée sans anicroche majeure. Seule ombre au tableau, les résultats contre les principaux adversaires de la conférence Ouest, Spurs et Lakers (2 victoires pour 6 défaites).

Tranquillement, Dallas termine la saison régulière avec la 8è attaque et la 8è défense, sans vraiment s’arracher la couenne. Le scoring est bien réparti, avec 5 joueurs au-dessus de la barre des 10 points de moyenne. La passe reste, bien entendue, la spécialité de Jason Kidd, qui termine sa 16è saison consécutive avec au moins 8 caviars distribués en moyenne par match.

Vous l’aurez compris, la saison régulière 2010-11 est une sorte de copie conforme des dix autres disputées depuis le tournant des années 2000. Elle jette les fondations des espoirs des supporters texans, qui espèrent que leur équipe puisse à nouveau se surpasser en playoffs. Et leur souhait allait être réalisé de la plus belle des manières…

Avec le recul, le scénario proposé semble sortir tout droit de la plume du meilleur romancier. Chacun des quatre tours de playoffs a offert son lot de récits mémorables. Ces récits, mis bout à bout, sont l’argument majeur de ceux qui affirment que le titre des Mavericks en 2011 est le plus beau de tous les temps.

L’entrée : les Portland TrailBlazers

La post-season 2011 a été, pour Dallas, le théâtre des plus belles heures de la franchise. Les hostilités ont débuté avec la réception des Blazers de LaMarcus Aldridge et du tout jeune Nicolas Batum. Les confrontations entre les deux franchises durant la saison régulière ont donné lieu à un bilan équilibré, où chacune des équipes a remporté les matchs disputés dans sa salle.

D’ailleurs, les quatre premiers matchs de ce premier tour ont été un véritable CTRL+C / CTRL+V, deux victoires à domicile de chaque côté. Le jeu lent proposé par les deux équipes ne laisse aucunement place à des cartons offensifs. Les Blazers affichaient, lors de la saison régulière, la PACE la plus lente de toute la ligue. Celle des Mavs trônait timidement en 17è place de ce classement. Assez logiquement, la barre des 100 points n’a été franchie qu’une seule fois au cours de ces quatre premiers matchs, lors du game 2 remporté par Dallas.

Malgré ces statistiques offensives très moyennes, les bases d’une des plus grandes campagnes individuelles de playoffs de l’Histoire étaient posées par l’un des acteurs. En effet, le plus allemand des texans (et vice-versa), Dirk Nowitzki, présente à l’issue de ce premier tour une ligne statistique impressionnante : 27,4 points, 8,7 rebonds, 3 passes décisives. Ces performances, aussi incroyables soient-elles, ne sont restées dans les mémoires de personne. La faute à un match 4, soldé par la victoire des Blazers sur le score de 84-82. Ce match, aussi appelé « The B-Roy game » a été, émotionnellement parlant, le point culminant de la série.

Montons dans la DeLorean, un rapide rappel s’impose.

Brandon Roy, drafté en 6ème position par les Wolves en 2006, a immédiatement été considéré comme l’un des meilleurs joueurs de la ligue. Et pour cause, celui qui a été transféré à Portland était alors un joueur aussi complet que spectaculaire. Le CV du bonhomme est d’ailleurs bien fourni ; Rookie de l’année, trois fois all-star en quatre saisons, deux nominations dans les All-NBA team … Interrogé par John Thompson, qui lui demandait qui était, selon lui, le joueur le plus difficile à défendre, Kobe Bryant himself n’a pas hésité longtemps avant de répondre « Brandon Roy, 365 jours par an, 7 jours par semaine. Son jeu n’a aucun défaut »Et si on considère qu’on dispose des soutiens que l’on mérite, il est indéniable que recevoir celui du Black Mamba illustre parfaitement les à quel point Brandon Roy a marqué les mémoires lors des premières saisons de sa carrière.

Toutefois, alors qu’il croquait la pomme à pleine dent, Brandon Roy s’est rendu compte que le ver était à l’intérieur. Atteint d’arthrose dégénérative aux genoux, pathologie incurable, il devient, match après match, l’ombre du joueur qu’il était. Il passait beaucoup de temps sur le banc des remplaçants, pour préserver ses genoux de plus en plus abîmés.

Et pourtant, la NBA nous réservait un scénario dont elle seule a le secret. Brandon Roy, par son cœur et son talent, fit basculer un anodin match 4 d’un premier tour de playoffs à la postérité éternelle. A 40 secondes de la fin du troisième quart-temps, Dallas menait tranquillement 67 – 44. Le moment choisi par l’ami Brandon pour sortir de sa boîte. Une passe décisive et une banderille à trois points plus tard, le Moda Center de Portland était debout. Il n’avait encore rien vu. Le quatrième quart-temps fut un récital. Une véritable poésie, récitée par le premier de la classe. Un ouragan d’une puissance inouïe. 18 points, 3 passes décisives à 8/9 au tir. Des lay-up, des floaters, des trois points, Brandon Roy a tout fait à la défense des Mavs. Il a même poussé la féerie jusqu’à inscrire le panier de la gagne, avant de sortir du terrain sous les acclamations du public, d’une ville, d’un pays. En pleur.

Les matchs 5 et 6 ont été remportés assez facilement par Dallas, qui composte son ticket pour les demi-finales de conférence. La fantastique Histoire de la franchise était en marche. Et les adversaires y contribuaient de la plus belle des manières.

Le plat de (faible) résistance : les Los Angeles Lakers

La série face au Blazers fut la seule où Dallas a légitimement été considéré comme un indiscutable favori. En demi-finale, ce sont les Lakers qui se dressent sur leur route, emmené par le duo Kobe Bryant-Pau Gasol, en quête d’un troisième titre consécutif après ceux gagnés en 2009 et 2010. Les Lakers, qui comptent également dans leur rang le Sixième homme de l’année en la personne de Lamar Odom, font figure d’épouvantail de la conférence Ouest.

Toutefois, pour les Mavs, cela ne pouvait pas s’arrêter si tôt. Une belle histoire en appelant une autre, Dallas ne fit qu’une bouchée des Lakers. Un sweep d’une violence rare. Quatre victoires en autant de match pour la franchise texane, avec un Dirk Nowitzki seul dans sa galaxie : 25,3 points, 9,3 rebonds, 2,5 passes à 57 % au tir, 73 % à trois points et 94 % aux lancers. Habile.

Les Mavs ont donc joué les coupeurs de tête, et ont renvoyé les joueurs de la cité des Anges à leurs études après la leçon du quatrième match, terminé sur le score de 122-86. Un blow out qui a eu raison de Phil Jackson, emblématique coach onze fois bagué, qui pris sa retraite suite à cette défaite.

S’ils étaient allés consulter Madame Irma après ce sweep, les joueurs de Dallas auraient su que le titre leur était déjà promis. En effet, chaque fois que les Lakers ont été sweepés en quatre matchs gagnants, leur bourreau a gagné le titre NBA. En Finale de conférence 1977 par les Blazers, en demi-finale de conférence 1999 par les Spurs, et trois fois en Finales NBA. Seule exception qui confirme la règle : la défaite 4-0 contre le Jazz du duo Stockton-Malone en 1998, qui s’est fracassé les dents sur les Bulls de Michael Jordan.

Le fromage : le Thunder d’Oklahoma City

Quoi qu’il en soit, les vieux briscards de Dallas se présentent en Finale de conférence face aux jeunes jeunes joueurs d’Oklahoma, menés par Kevin Durant, Russell Westbrook et James Harden. Le Thunder, qui a eu bien du mal à se défaire du piège tendu par Memphis en demi-finale (4-3), joue alors sa première Finale de conférence depuis la saison 1995-1996, disputée sous le nom des Seattle Supersonics.

Si Durant était alors double meilleur scoreur de la Ligue, c’est encore une fois Dirk Nowitzki qui éclaboussa la série de son talent. Le récital commença dès le premier match, disputé à Dallas et remporté de neuf points par les Mavericks : 48 points, 6 rebonds, 4 passes à 12/15 au tir et 24/24 aux lancers-franc, record NBA. Merci d’être venu. La performance aurait pu mettre un coup irréversible derrière le crâne du Thunder. Mais que nenni ! Grâce à son trio et aux prestations catastrophiques du banc des Mavs (-31 en cumulé), Oklahoma profita du game 2 disputé à l’American Airlines Center de Dallas pour revenir à 1-1 dans la série. Balle au centre.

Sereins comme jamais, Nowitzki et sa bande ont rapidement remis les pendules à l’heure, avec deux victoires à l’extérieur, dont une après prolongation. Le game 3 porte d’ailleurs la marque du « collectif Mavericks » avec quatre joueurs au dessus de la barre des 10 points, un Shawn Marion très en jambe et un Tyson Chandler qui capta 15 rebonds. Un collectif capable de prendre le relais lorsque la seule prestation de Dirk Nowitzki ne suffit pas à prendre les devants, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. D’ailleurs, en ce game 3, le différentiel de Nowitzki est négatif (-1) pour la seconde fois de la campagne.

L’anomalie a vite été réparée, avec un Nowitzki très clutch au cours du quatrième match, avec 40 points au compteur. C’est lui qui inscrit deux lancers-franc à 6 secondes de la sirène pour forcer la prolongation, et qui décale Jason Kidd pour un tir à trois points qui permis au Mavs de prendre les devants au cours de celle-ci.

L’obstacle Thunder écarté en cinq matchs, c’est l’Himalaya en personne qui se dresse sur la route des Mavericks en Finale NBA. En effet, le Miami Heat de LeBron James, Dwyane Wade et Chris Bosh a roulé sur la conférence Est, en gagnant ses trois premiers tours sur le score de 4-1, sans trembler du menton, ni du poignet.

Le dessert : Le Heat de Miami, not one … not one

A ce moment-là, personne de censé n’aurait misé un kopeck sur la victoire de Dallas. Le big-three de Miami, tout juste réuni, semble trop athlétique, trop fougueux, trop talentueux, pour les valeureux Mavericks. Et pourtant, quand la jeunesse est comparable à un chêne, qui plie et craque sous la tempête, l’expérience permet d’adopter le comportement du saule : plier, mais ne pas rompre.

Et pourtant, tout avait mal commencé pour Dallas. Après avoir fait jeu égal avec Miami sur la première mi-temps du premier match, les jeunes joueurs du Heat ont passé la vitesse supérieure et n’ont jamais été inquiétés durant la seconde période. Pire, c’est sur les bases de cette deuxième mi-temps que le game 2 a été démarré par LeBron et compagnie. A six minutes de la fin de ce second match, Miami mène tranquillement 88-73, et c’est toute la Floride qui se voit déjà baguée. D’autant plus qu’à la moitié du quatrième quart-temps, l’adresse des Mavs est en berne : 1/11 aux tirs. Le Heat, lui, avait déjà scoré 13 points. Rien de pouvait ébranler la sérénité des floridiens, emmenés par Dwyane Wade et ses 36 points.

Vous, qu’avez-vous le temps de faire en six minutes ? Un bon athlète amateur peut courir un kilomètre et demi et les plus cuisiniers d’entre vous pourront faire cuire un œuf mollet. Les Dallas Mavericks, en six minutes, ont remonté un écart de 15 points en Finale NBA, face aux Heatles. 

Six minutes de folie, où chacun des joueurs y est allé de sa contribution. Voyez plutôt : 4 points de Jason Terry, 2 points de Shawn Marion, 3 points de Jason Kidd, 2 points et 3 passes décisives pour Dirk Nowitzki. A une minute de la sirène, Dallas n’est plus mené que 90-88. L’égalisation ne s’est d’ailleurs pas faite attendre, puisque Nowitzki conclu une contre-attaque d’un lay-up main gauche dans la foulée.

57 secondes sur l’horloge, 90 partout. Erik Spoelstra, coach de Miami, a beau prendre plusieurs temps-mort, rien n’est en mesure d’arrêter le « collectif Mavericks« . Dallas passe devant au score à 25 secondes du terme, sur un 3 points de Dirk Nowitzki. Et si Mario Chalmers fait également ficelle longue distance pour le Heat, c’est Nowitzki qui parachève l’un des plus grands comeback de l’Histoire des Finales NBA, d’un lay-up, à trois secondes du coup de sifflet final. Victoire des Mavericks 95-93 en terre floridienne.

On dit que les jeunes apprennent plus facilement leurs leçons que les anciens : cependant, le match 3, disputé à Dallas, faillit être la copie conforme de la rencontre précédente. Longtemps mené, Dallas revient au score, en effaçant un débours de 14 points. Malheureusement, cette seconde remontada restera stérile, puisque Nowitzki, tellement clutch durant le match précédent, rate le panier de la gagne au buzzer. Après trois matchs, c’est donc Miami qui vire en tête, et qui reprend l’avantage du terrain.

A l’approche de leur second match à domicile, les Mavs sont remontés comme des coucous. En conférence de presse, Jason Terry énonce que désormais, « chaque rencontre est un match 7 ». Même son de cloche côté de Miami, où Erik Spoelstra parle de guerre en référence au match à venir.

Durant trois quart-temps, le match est équilibré, +4 pour le Heat à l’entame des douze dernières minutes. La rencontre, à l’instar des trois premières, est assez défensive. Elle restera pourtant dans les mémoires, pour deux raisons. La première, c’est que LeBron James est passé totalement à côté de son match : 8 points (!) à 3/11 aux tirs. C’est la première fois depuis le 5 janvier 2007 que LeBron James score moins de 10 points au cours d’un match. Cela ne lui est d’ailleurs plus arrivé depuis ce quatrième match des finales 2011, ce qui démontre bien l’anomalie de la ligne statistique présentée par le King.

La seconde, c’est que Dirk Nowitzki a disputé 39 minutes de ce match, tout en ayant 39 de fièvre. Tout le monde connait le flu game, ce match 5 des Finales 1997 que Michael Jordan écrasa de son talent tout en souffrant d’une intoxication alimentaire et de déshydratation. A l’inverse, le fever game de Dirk Nowitzki reste plus méconnu. Tout le long de la rencontre, on voit un Nowitzki peu à l’aise avec son tir (6/19 à 31%, dont 0/2 à trois points). On l’aperçoit également affalé sur le banc des remplaçants, les yeux hagards, une serviette sur la tête. 

Vous vous souvenez de la métaphore du saule, qui plie mais ne rompt pas ? La fin de ce match 4 en est l’illustration parfaite.

Dallas est mené de 9 points à dix minutes de la fin du match, et son franchise player est hors de forme. Moment choisi par Rick Carlisle pour relancer Jason Terry, et par l’ensemble des joueurs sur le parquet pour resserrer la défense. Et comme un symbole, c’est sur un ultime lay-up de Dirk Nowitzki, blanc comme un linge et langue toute dehors, que les Mavs créèrent l’écart décisif qui leur permis de s’imposer de trois points, 86-83. 

A l’époque, et jusqu’aux playoffs 2014, le format des Finales était le suivant : 2-3-2. 2 matchs à domicile, 3 à l’extérieur, puis à nouveau 2 à domicile pour terminer la série. Ainsi, le game 5 de ces finales de 2011 se déroule une dernière fois à Dallas. A l’instar de tous les matchs de ces Finales, rien n’a été simple pour les Mavs. La sortie prématurée de Dwyane Wade au cours du premier quart-temps suite à un contact viril avec Brian Cardinal n’a pas permis aux bleus texans de prendre le large au tableau d’affichage. Au contraire, à l’approche du money-time, c’est encore une fois le Heat qui menait, 99-96 à un peu plus de 4 minutes du terme. Une fois encore, le saule plieur s’est transformé en saule cogneur. Nowitzki par un dunk, puis Kidd et Terry à trois points, ont fait basculer Dallas en tête et ont scellé la victoire.

Pour troisième fois en cinq matchs, le money-time a été fatal aux joueurs du Heat. Cette inconsistance dans les moments chauds a longtemps poursuivi LeBron James, affublé d’un surnom peu flatteur suite à ces finales : LeChoke James. A l’inverse, s’ils ont toujours combattus avec bravoure, c’est dans les fins de match que la bande de Dirk était capable d’élever son niveau de jeu, quand bien même cela donne lieu à des actions peu communes, comme un dunk de Nowitzki, son dernier en carrière (ou presque).

Si Dallas vire en tête pour la première foi dans la série, reste à terminer le travail à l’American Airlines Arena de Miami. Plus facile à dire qu’à faire, vous en conviendrez. Toutefois, rien de pouvait arriver à cette équipe, touchée en début de saison par les dieux du basketball. A l’heure de disputer le match le plus important de l’Histoire de la franchise, une rencontre pour le titre, tous les espoirs texans sont légitimement placés sur les timides épaules de Dirk Nowitzki.

Ce n’est cependant pas lui qui fit parler la foudre en début de match. Loin de là. Mal réglé, l’allemand pointe à 2 petits points après le premier quart-temps. Et devinez quoi ? Une fois encore, le collectif a pris le relais de son franchise player.

DeShawn Stevenson est l’acteur principal de ces douze premières minutes. Le numéro 92 des Mavericks, qui peine à passer la barre des 35% de précision aux tirs en cette saison 2010-11, plante trois banderilles à trois points en neuf minutes. 40-28 pour Dallas au bout du premier quart-temps. Le trou est fait, sommes-nous tentés de dire. Pour une fois, les tres amigos de Miami eurent un sursaut d’orgueil. Le sursaut de la bête blessée, ou celui du champion. Quoiqu’il en soit, le Heat revient sur le parquet avec de bien meilleures intentions et plante un 14-0 sur la frimousse de Dallas. 42-40 pour le Heat, tout est à refaire.

La problématique du Heat durant toutes ces Finales, c’est l’incapacité de Wade et James à jouer leur partition de concert. Dans ce game 6, c’est Dwyane Wade qui passe à côté. De l’autre côté du terrain Nowitzki tire à 1/7 à trois points. Mais la solidité défensive, le mental, l’envie se trouvent clairement plus au sein du clan Mavericks. Le propriétaire, Mark Cuban, exulte à chaque panier de ses joueurs. Chacun d’entre eux est impliqué et tire la franchise dans le même sens.

Pendant ce temps, Miami commence à jouer à l’envers. Les pertes de balles se multiplient, l’adresse chute, les visages se baissent. Le momentum est du côté texan, et Dallas fait le trou dans le troisième quart-temps. Jason Kidd, critiqué toute sa carrière pour son imprécision au tir, fait taire ses détracteurs avec deux gros trois-points. Jason « The Jet » Terry prend feu, et le troisième quart-temps est clôturé par un tir au buzzer du frenchy Ian Mahinmi, venu dire bonjour et prendre part à la fête. 81-72, fin du troisième quart-temps. Un seul mot d’ordre côté Mavericks : tenir, tenir, tenir.

Et ils ont tenu. Bien sûr qu’ils ont tenu. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Les Mavs sont revenus tellement de fois du diable vauvert au cours de ces Finales qu’ils ne pouvaient que tenir. Comme il en a eu coutume au cours de ces 21 matchs de playoffs 2011, Dirk Nowitzki est très clutch durant le dernier quart-temps. Quatre paniers, dont son spécial one-leg fadeaway sur la tête du grand Chris Bosh, pour repousser les derniers assauts floridiens.

Sur le banc des Mavs, les poings se serrent à chaque panier, chaque interception, chaque rebond. Les secondes s’écoulent, et jamais le Heat ne semble en mesure de revenir dans la partie. Les spectateurs quittent la salle petit à petit. Le sort est scellé par une ultime perte de balle de Mario Chalmers à 19 secondes de la sirène finale. A ce moment, Dirk, Jason, Tyson et leurs camarades comprennent que c’est fait. Qu’ils l’ont fait. David a terrassé Goliath. Les mains sur la tête et les yeux dans le vide, ils commencent à prendre conscience de leur exploit historique.

La dernière possession ne sera même pas jouée. Submergé par l’émotion, Dirk Nowitzki quitte le terrain à 6 secondes du terme, et se précipite au vestiaire pour cacher ses larmes aux yeux du monde. Lui qui courrait après ce titre depuis 1998, qui était passé à côté de justesse en 2006, qui s’était foiré dans les grandes largeurs en 2007… Il tenait l’accomplissement ultime de sa carrière. Un titre de champion NBA pour couronner des playoffs exceptionnels, non seulement d’un point de vue statistique (28,1 points, 8 rebonds, 2,6 passes décisives à 46 % au tir, 48 % à trois points et 94 % aux lancers), mais aussi d’un point de vue mental et collectif. 

Cerise sur le gâteau, Nowitzki est élu MVP des finales et reçoit son trophée des mains de Bill Russell, joueur le plus titré de tous les temps. Il entre dans le cercle restreint des joueurs élus MVP de saison régulière et MVP des Finales.

Ce succès n’est toutefois pas que le sien. Nous l’avons dit, c’est l’intégralité du roster de Dallas qui s’est démené pour, tour après tour, faire mentir les bookmakers qui les donnaient perdants. Cette victoire, c’est la revanche des briscards qui n’avaient rien gagné auparavant. Celle de Jason Kidd, au crépuscule de sa carrière. Celle de Jason Terry, sixième homme d’exception et légende de la franchise. Celle de Shawn Marion, dans les bras de sa mère en larmes. Celle des tous les autres qui y ont contribué de près ou de loin, les Barrea, Stevenson, Chandler et des français Mahinmi et Beaubois. Celle de tout un peuple texan.

C’est donc fièrement que le trophée Larry O’Brien est soulevé par chacun des joueurs de l’effectif. Et c’est à tout jamais que résonneront les mots du speaker, qui déclare : « For the first time in the franchise history, the Dallas Mavericks have won the NBA Championship ! ». Des mots forts. Des mots pour l’éternité.


Note de bas de page : 

[1] http://harvardsportsanalysis.org/2017/11/what-happens-to-nba-players-when-they-age/ [Remonter à la lecture ]

Sources :

https://www.basketball-reference.com/

http://harvardsportsanalysis.org/2017/11/what-happens-to-nba-players-when-they-age/

http://www.espn.com/nba/playoffs/2011/news/story?page=5-on-5-110613

https://www.oregonlive.com/blazers/index.ssf/2011/04/portland_84_dallas_82_brandon.html

https://www.basketsession.com/actu/kobe-bryant-vote-brandon-roy-plutot-que-kevin-durant-45722/

https://bleacherreport.com/articles/697811-2011-nba-playoffs-los-angeles-lakers-vs-dallas-mavericks-series-recap

https://www.mavsmoneyball.com/2016/6/14/11881488/reliving-dirk-nowitzki-fever-game-the-turning-point-2011-nba-finals