Lakers, Clippers, Celtics, Knicks, Bulls. L’été n’est pas encore là, mais en coulisses, la lutte à mort pour Anthony Davis fait déjà rage.

Nous connaissons déjà les offres des Celtics et des Lakers; celles qui semblent les plus à même d’emporter la décision.

Pourtant, je trouve que l’on va un peu vite en besogne. Le raison tient en un nom: Jerry West.

Le vieux loup de mer, avec son acolyte Lawrence Frank, a réussi à amasser un trésor de guerre pour le moins considérable pour un coût finalement assez modique: les bird rights de Tobias Harris, ceux de Chris Paul et Blake Griffin.

Aujourd’hui, les angelinos, s’ils font tapis, peuvent mettre quatre premiers tours de draft et une palanquée de joueurs extrêmement intéressants sur la table : Montrezl Harrell, Danilo Gallinari, Jerome Robinson, Landry Shamet, Ivica Zubac et Shai Gilgeous-Alexander.

Que faire à la place de Danny Ferry ? Tenter de récupérer une future star directement ou privilégier une liste de contreparties plus longue et plus étalée dans le temps ?

Avec le départ de leur superstar, les Pelicans vont se retrouver sous la menace immédiate d’un déménagement à Seattle : avec le plus petit marché de la ligue (de loin), une ville qui n’a d’yeux que pour les Saints, l’absence de véritable narrative autour de l’équipe et la blessure jamais cicatrisée du départ des SuperSonics.. le moins qu’on puisse dire, c’est que ça fait beaucoup.

L’offre devra donc ramener de l’excitation autour de la franchise et promettre un futur brillant.

Pour parvenir à cela, il y a deux possibilités: ramener une jeune star ou avoir une équipe suffisamment complète pour prétendre aux playoffs et des ressources pour tenter d’améliorer l’effectif en achetant les pièces manquantes.

Sachant que l’une n’exclut pas l’autre, il semble à première vue que les meilleures options soient les suivantes:

  • Traiter avec l’équipe ayant obtenu le premier choix de la draft
  • Récupérer Jayson Tatum

Il est vrai qu’entre tous les joueurs qui pourraient être récupérés par Danny Ferry et son équipe, Zion Williamson et Jayson Tatum sont assez nettement ceux ayant le plus fort potentiel de superstar.

Néanmoins, dans les deux cas, l’offre risque d’être très courte : entre les Knicks qui n’auront quasiment que cela à offrir, les Bulls qui ne seraient sans doute pas vendeurs de Lauri Markkanen et les Celtics dont le package fond comme neige au soleil (perte du choix de Memphis, très forte dévaluation du choix des Kings, mauvaises saisons de Terry Rozier et de Jaylen Brown), il y a fort à parier qu’à moyen terme, l’intérêt de l’offre s’avère très relatif.

En effet, dans la mesure où New Orleans n’attire pas les agents libres, il faudrait alors prier pour tomber plus ou moins par miracle sur le joueur qui aidera Tatum ou Williamson à mener la franchise vers les sommets ?

Tel était le plan pour Chris Paul. Tel était le plan pour Anthony Davis. Dans les deux cas, ce fut un échec et ce pour les mêmes raisons: certes, la franchise avait la pièce numéro 1 entre ses mains.. mais s’est retrouvée dans l’impossibilité d’obtenir les pièces numéro 2, 3, voire 4. De toute évidence, ce plan n’est pas viable à moyen terme pour une franchise comme les Pelicans.

J’en viens donc à la conclusion que New Orleans doit construire comme on bâtit une cathédrale : en partant du bas. Commencer par avoir un core solide, le développer et drafter année après année en espérant tomber sur la perle rare. Or à ce petit jeu là, la profondeur de l’offre des Clippers (si cette offre max venait à être avancée) est pour le moins très alléchante..

En dehors de Montrezl Harrell et Danilo Gallinari, tous les joueurs inclus dans l’offre sont non au début de leur contrat rookie. Autant dire que le prix est modique et la visibilité pour les Pelicans excellente. Autre point à ne pas oublier : les Pelicans disposent pour l’instant du 8e choix de la draft, ce qui ouvre trois possibilités :

  • Gagner la loterie
  • Monter top 3
  • Ne pas bouger

Dans deux cas sur trois, New Orleans aurait donc quoi qu’il arrive un prospect en plus à développer, que le front office pourrait choisir selon le profil désiré.

Si toutefois le destin venait à sourire à Danny Ferry et son équipe, on pourrait carrément parler de jackpot : Zion Williamson ramènerait les projecteurs sur une jeune escouade ultra prometteuse, qui aurait non seulement un supporting cast de grande qualité mais aussi la fameuse pièce numéro 1, celle qui vous porte au mieux jusqu’au titre.

Évidemment, avec actuellement le 8e pire bilan de la ligue, les Pelicans n’ont que 6% de chances d’y parvenir dès cette année, mais qu’importe, puisque s’ils acceptaient l’offre des Clippers, les dirigeants de la franchise auraient 3 ans avant de devoir payer les jeunes joueurs récupérés, soit autant de drafts qui pourraient permettre de récupérer la pièce qui ferait décoller le projet comme la star de Duke pourrait potentiellement le faire.

Pour vous resituer, chers lecteurs, voici ce qu’une telle manœuvre pourrait donner en anticipant le produit de la prochaine draft.

PG: Shai Gilgeous-Alexander, Frank Jackson

SG: (Jrue Holiday ?), Landry Shamet, Jerome Robinson, Dairis Bertans

SF: Danilo Gallinari, (Mikal Bridges ?), Solomon Hill

PF: (Julius Randle ?), Jontay Porter, Darius Bazley

C: Montrezl Harrell, Ivica Zubac, Jahlil Okafor

Il en ressort cinq observations.

En premier lieu, il y aura quoi qu’il arrive une décision à prendre concernant Julius Randle.

Tout le problème est résumé dans ce graphique: pour très fort attaquant qu’il soit, ça n’en reste pas moins une véritable passoire, c’est à dire un joueur qui peut difficilement rester sur le terrain une fois en playoffs. Toutefois, dans une équipe des Pelicans qui manquerait alors cruellement d’un volume scorer, tenter de le resigner pourrait avoir du sens.

Eric Bledsoe a obtenu environ 18M par an pendant 4 ans sans aller sur le marché. Un salaire identique serait un prix juste pour l’ancien Laker. Mais dans un marché où 80% de la ligue aura beaucoup d’argent à offrir, signer un tel joueur pour un prix dit « juste » risque fort de s’avérer mission impossible. Pour le garder à coup sûr, il faudrait vraisemblablement lui donner un contrat max (soit 27,25M la première année avec 5% d’augmentation par an sur 4 ans), chose qui pour moi est tout simplement hors de question.

Si au bout du compte tout dépendra combien un GM est prêt à miser sur lui et sur sa progression, il apparaît quand même assez nettement qu’un départ reste la chose la plus probable et la resignature une simple éventualité. Pas l’inverse.

Ma deuxième remarque est très liée à la première: garder Randle et Holiday permettrait d’avoir une équipe vraiment très solide l’année prochaine, clairement candidate aux playoffs, mais beaucoup trop courte pour pouvoir penser parvenir à autre chose qu’à se faire tailler en pièces dès le premier tour. Or être un 1st round exit, non seulement c’est le mal, mais en plus je pense que les fans des Pelicans en ont particulièrement soupé durant ces dernières années.

C’est pourquoi on peut penser que Jrue Holiday pourrait (devrait ?) être échangé à son tour. Âgé de 29 ans, il ne s’intègre pas dans la timeline de l’équipe mais constitue un asset de grande valeur.

Il se trouve que les Suns sont désespérément en quête d’un meneur de jeu et d’équilibre défensif. Partant, un deal avec les Pelicans autour de l’ancier Sixer ferait totalement sens. Un échange du type Mikal Bridges + Tyler Johnson + choix 2020 protégé top 10 contre Holiday me semble un accord extrêmement honnête et surtout gagnant-gagnant.

Allez, faisons saliver un peu les fans des Suns.

On constate ensuite que l’équipe aurait Gallinari et Harrell expirants l’année suivante. Quand on observe la situation de plus près, on s’aperçoit que quoi qu’il arrive, l’équipe sera gagnante.

Les resigner pour un prix juste pourrait être une belle opération dans un objectif de compétitivité, de continuité et de formation des jeunes joueurs. Les échanger permettrait de disposer d’encore plus d’assets, notamment des premiers tours de draft. Si en revanche ils venaient à partir libres, les Pelicans seraient encore gagnants puisqu’ils libéreraient alors l’équivalent d’un contrat max dans la masse salariale, soit largement de quoi absorber de mauvais contrats.. et augmenter encore les ressources de l’équipe.

En l’état, ces Pelicans new look auraient alors fort belle allure, peut-être même assez pour prétendre aux playoffs si Chris Finch est enfin nommé à la tête de l’équipe et que la mayonnaise prend. Mais ne nous leurrons pas: elle serait encore très très loin du titre.

Pour pouvoir viser un tel objectif, il faut ajouter deux superstars. Or vu l’état de la conférence Ouest, il sera très facile de tanker tranquillement. Certes, il y aura un risque que la chance ne se décide jamais à sourire aux voisins des Saints et que ces pièces ne puissent jamais être récupérées via la draft – mais c’est un risque acceptable dans la mesure où ni le temps ni les hauts choix de draft ne manqueront et où le stock d’assets amassés permettra en plus de se positionner sur un gros poisson qui demanderait à partir.. comme le font les Clippers aujourd’hui.

Enfin, malgré un certain engorgement sur la saison 19-20 (contrats de Gallinari, Harrell et potentiellement Hill et Johnson), les finances seraient très largement dans le vert à l’été 2020, ce qui permettrait soit d’améliorer l’équipe soit de vendre du cap space pour collecter d’autres assets.

Pour conclure sur ce volet « construction d’équipe », il est une autre star de Duke dont l’importance est fondamentale dans cette affaire : Kyrie Irving.

En effet, en cas de départ de sa part, quel intérêt pour Davis d’aller à Boston ?

Un meilleur GM, il est vrai. Un meilleur coach aussi. Admettons.

Toujours est-il que si on part du postulat que Danny Ainge parvienne à conclure un deal, les Celtics seraient un désert encore plus aride que New Orleans: aucune flexibilité (Hayward + Davis + Smart et potentiellement Horford bloqueraient la flexibilité de l’équipe) et des ressources réduites à peau de chagrin à cause de la contrepartie investie dans le transfert.

Cette montagne de si a un sommet pour le moins terrifiant pour le moins inquiéter pour les fans de Beantown : si derrière Davis choisit de plier bagage, il n’y aura plus qu’à tout reprendre à zéro. Et cette fois, point de salut par la bêtise de Mikhail Prokhorov.

Dès lors, il y a fort à parier que Danny Ainge ne se positionnerait même pas, ce qui serait un sacré coup dur pour New Orleans : il ne resterait alors que les deux équipes de Los Angeles à pouvoir proposer une grosse offre. Deux concurrents, c’est peut-être assez pour éviter une pression à la baisse, mais pas pour tirer le maximum de chaque prétendant.

Il est un dernier facteur à analyser concernant la probabilité de voir Jerry West rafler la mise, et c’est la question de comment le front office des Pelicans voit le meilleur jeune des Clippers : Shai Gilgeous-Alexander. Si vous ne connaissez pas le joueur, je vous propose d’en découvrir le portrait ici.

Ma conclusion à ce sujet est qu’il est tentant de ne voir en lui qu’un glue guy parfait, qui fit avec n’importe quelle superstar. Cependant, dans un cadre idoine, c’est à dire en combinant une bonne structure (coach, GM, etc.) et un bon environnement (premier initiateur avec des scoreurs autour), pourquoi pas, après tout. Le potentiel, bien que lointain, n’est pas inexistant.

Personnellement, si je demande évidemment à voir, je n’y crois pas trop. Pour la simple raison qu’à mes yeux, le plafond est trop bas pour voir plus qu’un solide joueur de complément.

Partant, on retombe sur le propos du début de cet article. Tout dépend de si le management des Pelicans préfère avoir d’abord les grosses pièces et construire autour ou insérer ce type d’élément dans un supporting cast déjà solidement établi.

Wait and see.

Amis lecteurs, au plaisir de lire vos commentaires.

P.S: Ceux qui ont la référence du titre de cet article font partie de l’élite.