On y est ! Bucks et Raptors ont composté leurs billets pour accéder aux Finales de conférence et c’est donc un affrontement entre les deux meilleures équipes de l’Est qui se prépare sous nos yeux ébahis. Le plateau du 2nd tour était beau, l’affiche de cette antichambre des Finales NBA l’est d’autant plus. Alors qui des dinosaures ou des daims aura le privilège d’accéder à la dernière étape avant la consécration ultime ? Décryptage !

Le bilan du 2e tour

Ce fut délicat mais la délivrance n’en a été que plus belle. Embarqués dans une véritable guerre de tranchées face aux Sixers, les Raptors se sont retrouvés en mauvaise posture, menés 2-1 et ayant perdu l’avantage du terrain. Les vieux démons des années précédentes auraient pu ressurgir, mais les craintes des observateurs ont été balayées d’un revers de la main (enfin, de tentacule) par un Kawhi Leonard qui a, en l’espace d’une série, prouvé que la décision de dire au revoir à DeMar DeRozan l’été dernier était un véritable coup de maître de Masai Ujiri. Avec 34.7 pts et 9.9 rebonds de moyenne à 53% au tir, l’ailier a marché sur l’intégralité de la Pennsylvanie, scorant à volonté quelle que soit la défense proposée par les 76ers. Une domination hallucinante, ponctuée d’un buzzer beater déjà légendaire au Game 7 pour bien faire comprendre à tout le monde que la série de The Klaw n’était pas tout à fait de ce monde.

Et pourtant, malgré un Leonard plus dominant que jamais, les Raptors ont eu besoin de 7 matchs pour s’en sortir. Certes, les Sixers ne sont pas les premiers venus et le fait qu’une équipe avec 4 joueurs de calibre all-star propose une opposition sérieuse ne devrait pas chambouler votre vision du monde. Mais cela n’explique pas tout. Lors de cette série, le supporting cast de Leonard a fonctionné sur courant alternatif, la faute notamment à une adresse longue distance en berne (29.8%). Même si l’intensité défensive était toujours là (98.9 pts encaissés), la faiblesse offensive du reste de l’effectif a bien failli coûter très cher à Toronto. À l’heure où la meilleure équipe de la conférence se dresse face à eux, les Raptors ne peuvent pas se permettre de se reposer sur Kawhi pour les sortir de tous les mauvais pas imaginables. On attend un réveil, notamment du banc.

De l’autre côté, personne ne pouvant prendre les Celtics en 7, les Bucks ont hâté le pas pour en terminer en 5, après une défaite inaugurale à la maison. Les patrons de la Ligue cette année ont su taper du poing sur la table et l’emporter par deux fois au TD Garden, avant de conclure à domicile avec brio. Si certains doutaient encore, Budenholzer a montré qu’il avait cette saison un groupe avec du caractère, des envies bien précises et des attentes très haut placées. Et on insistera sur la notion de groupe, très clairement. Car si Giannis a encore sorti des feuilles de stats dignes d’une calculatrice Casio options avancées face aux Celtics (28.4pts, 11 rebonds, 5.2 assists, 1.4 steal et 1.6 contre, merci au revoir), le Greek Freak a pu compter sur un supporting cast bien présent, et sur des seconds couteaux très saignants. Nikola Mirotic, George Hill, Ersan Illyasova, Pat Connaughton ont tous contribué, chacun dans leurs domaines de préférence mais tous avec une réelle efficacité et plus-value.

S’il est vrai que Boston a bien aidé les Bucks avec une adresse en berne toute la série durant, et en faisant preuve d’irrégularité comme tout le long de la saison régulière, Milwaukee a toutefois dû s’employer pour réaliser ce tour de force en 5 matchs. Le match 1 avait vu la défense de Boston cadenasser et frustrer Giannis, mais au lieu de paraître désemparer devant ce système, les troupes de Budenholzer ont relever le défi, et sans changer drastiquement de plan de jeu offensif, se sont mis en mode rouleau compresseur. C’est peut-être ça le plus flagrant finalement chez nos amis les Bucks : que le match soit serré ou non, qu’ils mènent de 3, de 10, ou qu’ils soient à la traîne, rien n’est jamais pris pour acquis et la machine continue de tourner, le jeu rapide continue d’être joué à fond, les tirs continuent d’être pris, Giannis continue d’enfoncer son vis-à-vis, de faire pleuvoir les fautes… Jusqu’au déclic. Et quand le rythme imposé n’arrive plus à être suivi par l’adversaire, ça fait boum. Le leader de la ligue arrive gonflé à bloc en finale de conférence, et c’est tant mieux pour le spectacle.

Les match-ups clés

Kawhi Leonard vs Giannis Antetokounmpo, la bataille des chefs

Comme une évidence. La battle entre Bucks et Raptors sera également le terrain qui verra s’affronter les deux meilleurs joueurs de l’Est, et deux des meilleurs joueurs de la ligue. Dans nos rêves les plus fous, on rêve d’un duel à l’arrachée, en face à face, yeux dans les yeux. Mais la réalité sera sûrement toute autre – on y reviendra. Il n’empêche que Giannis et Kawhi sont les pierres angulaires des systèmes de leur équipe, ceux par qui tout passe et tout DOIT passer. Kawhi a porter les siens de A à Z dans la série face aux Sixers, devant multiplier les exploits soir après soir. Giannis est le pion majeur des Bucks, qui même dans un soir difficile aux shoots est crucial pour l’équilibre de Milwaukee. Les dernières marches de playoffs sont le terrain de jeu des stars, des superstars dans le cas présent, et c’est un duel à distance qui fait déjà saliver le public.

Si Kawhi est évidemment plus expérimenté à ce stade des playoffs, le Greek Freak semble imperméable à la pression de l’inexpérience. Une chose est sûre : les deux joueurs n’auront pas le droit à l’erreur et devront être là. Le spectacle peut être magnifique, on l’espère exceptionnel.

Lowry-Siakam et compagnie vs Bledsoe-Middleton et consorts, les lieutenants ne pourront pas se cacher

Si les stars ne peuvent pas se louper, il peut arriver que sur un match ou deux, l’adresse ne soit pas là, que les fautes tombent rapidement ou que la défense réponde présente en face. Dans ces soirs-là, les lieutenants de luxe de Toronto et de Milwaukee devront savoir endosser le premier rôle… Mais pas seulement. Ils vont devoir, eux-aussi, se mettre au niveau des Finales de conférence et produire, soir après soir, sans manquer le coche. L’exigence du haut niveau ne pardonnera pas un début de série timide ou un manque de rythme d’un côté ou de l’autre.

A ce stade de la compétition, le supporting cast de Milwaukee semble plus solide, plus préparé, notamment grâce à la série de Boston qui a permis aux seconds couteaux de s’illustrer et de rentrer véritablement dans les playoffs après un premier tour relativement calme. Ils ont grandement participé à la mise à mort des Celtics, avec des runs parfois dévastateurs, des tirs cruciaux et une intensité de chaque instant. Tous les soldats de Budenholzer semblent arriver prêts, dans leurs meilleures dispositions et en confiance. Malcom Brogdon, revenu sur la fin de série contre les Celtics, peut être le seul à manquer un peu de rythme. Mike Budenholzer a d’ores-et-déjà précisé qu’aucun risque inconscient ne sera pris le concernant. Pour le reste du roster, tous les feux sont au vert. Il faut désormais confirmer que non, le Greek Freak n’est pas seul et que non, ils ne sont pas que des lampadaires postés au 4 coins du terrain.

Côté Toronto, les choses sont plus difficiles à cerner. On le sait, Pascal Siakam est revenu de blessure en cours de série, et a parfois semblé moins impactant et en forme que durant la saison régulière – ce qui est parfaitement normal au regard de ladite blessure. Sauf que cette fois-ci, le départ de la série sera crucial, et le probable futur MIP devra être au taquet dès le game 1, notamment s’il est amené à défendre sur Giannis (voir au titre suivant). Plus largement, le supporting cast de Kawhi l’a clairement abandonné sur la globalité de la série, du moins offensivement. Si l’ailier a dû sortir des performances monumentales, c’est en grande partie car à côté de lui, ce fut un peu la soupe à la grimace, tant en terme d’inspiration que d’adresse. Kyle Lowry a alterné le bon et le moins bon, tout comme Ibaka, Green ou encore Marc Gasol, qui parfois, trop bercer par ce rôle de « facilitateur » oubliait de punir les errements défensifs des Sixers à son égard. Sur le banc, même constat, même si la rotation sera peut-être encore plus réduit par Nick Nurse, il va falloir assurer cette fois-ci. Kawhi ne pourra pas porter l’équipe tout seul face à la meilleure défense de la Ligue cette année… Enfin, remarquez…

Sur les bancs, la bataille des cerveaux

Nick Nurse d’un côté, Mike Budenholzer de l’autre. Deux prétendants au titre de Coach de l’Année, deux hommes qui ont hérité d’équipes avec de grosses attentes. L’un est un coach rookie qui se révèle, l’autre un coach expérimenté qui confirme sa qualité. Les deux hommes sont à la tête de deux énormes machines, et leurs choix tactiques seront, comme souvent déterminants à ce stade-là.

Quelle défense proposera Nurse à Giannis et au small ball de Budenholzer avec le grec en pivot ? Comment Bud’ va se débrouiller pour tenter de contenir Kawhi d’une part, et gérer les menaces Lowry et Green à travers les écrans ? Va-t-il re-céder à la tentation du switch ? Nurse prendra-t-il le risque d’écarter Gasol un peu plus de la rotation pour favoriser un duo Ibaka-Siakam, plus mobile et apte à garder Lopez-Giannis ?

Nul doute que le cerveau des coachs a déjà bien fumé ces derniers jours pour trouver une solution à chaque problème et empêcher les surprises adverses. Les ajustements en cours de série vont être cruciaux, car là où une faille sera identifiée, l’un et l’autre n’hésiteront pas à en profiter. On dit parfois des coachs qu’ils sont pour leur équipe des réducteurs d’incertitudes, mais il semblerait bien que dans cet affrontement, ils doivent également revêtir le costume d’anticipateurs avertis.

A quoi s’attendre ?

Vous en rêvez peut-être, mais l’idée de voir Kawhi Leonard et Giannis Antetokounmpo en match-up direct sur de longues périodes paraît assez utopique. Les deux larrons sont tellement cruciaux dans la bonne tenue offensive de leur équipe qu’il serait suicidaire de les épuiser à essayer de se ralentir mutuellement. Au lieu de ça, les deux coachs risquent d’opter pour des solutions plus raisonnables, en faisant de Khris Middleton et Pascal Siakam les défenseurs attitrés respectifs des deux monstres. Même s’il paraît absolument impossible de se mettre en travers de leur chemin lorsque ces derniers semblent décidés à enfiler les paniers comme des perles, les arguments athlétiques sont là pour, au moins, les gêner un minimum.

Les deux attaques sont dépendantes de leur franchise player, mais dans des registres différents. On rabâche la même chose depuis trois tours concernant le plan de jeu des Bucks, vous devriez donc commencer à être habitués : Giannis sème la panique générale dans la raquette adverse en attaquant le panier en mode kraken pour exploser le cercle ou, si l’aide vient, ressortir sur l’armada de tireurs toujours bien placés autour de lui. Voilà, ça tient en une phrase, mais quand c’est exécuté à la perfection avec le personnel adapté, ce qui est le cas ici, ça gagne des titres. Le greek freak devrait avoir d’autant plus de facilité à pénétrer que Pascal Siakam est amoindri par une blessure, ce qui n’est clairement pas de bon augure pour le camerounais dans la bataille à venir.

On schématise à l’extrême, évidemment, et ce serait injuste envers le supporting cast des Bucks de le réduire à un simple troupeau de sangsues prêtes à se jeter sur la moindre offrande de leur superstar. En effet, lorsque Giannis n’est pas sur le parquet, l’efficacité offensive de Milwaukee ne chute que d’un tout petit point sur 100 possessions sur ces playoffs, preuve qu’Eric Bledsoe et Khris Middleton peuvent aussi largement apporter leur contribution au playmaking, et mettre en lumière la profondeur de banc de la franchise. Ce banc, il faut en parler, tant le renforcement opéré par le front office a été magistral. George Hill, Pat Connaughton, Ersan Ilyasova et Nikola Mirotic (qui a intégré le 5 depuis) ont tous été acquis par l’intermédiaire de signatures et de transferts plus habiles les uns que les autres, et cela permet à Milwaukee de maintenir une pression constante sur 48 minutes, au lieu de prendre des éclats systématiquement en l’absence des titulaires. Cela est d’autant plus vrai depuis le retour de Malcolm Brogdon lors du match 5 contre Boston. Le 5 majeur tourne bien depuis l’intégration de Nikola Mirotic et l’ancien rookie de l’année devrait donc garder un rôle de remplaçant pour le moment.

En bref, quelle que soit la configuration, les extérieurs de Toronto auront besoin de courir, de switcher, de contester, et de courir encore. Kawhi devrait s’occuper personnellement du cas Middleton la plupart du temps, ce qui constituera un test majeur pour le néo all-star. De manière générale, le trio Klaw-Green-Lowry a clairement les armes pour gêner les extérieurs de Milwaukee à l’extrême. Ceux-ci ont démontré leur capacité de réaction après l’échec du match 1 contre Boston, ils vont devoir maintenir la pression.

Le cas Brook Lopez devrait être plus problématique pour Nick Nurse. Marc Gasol excelle en défense près du cercle, mais s’il doit cavaler après son adversaire sur le périmètre, la donne change. L’idée de lui assigner la défense de Giannis pour le laisser dans la raquette est envisageable, mais il devrait souffrir de son manque de mobilité en comparaison avec le greek freak. Si l’espagnol prend l’eau, Nurse pourrait augmenter le temps de jeu de son compère Serge Ibaka, plus à l’aise pour défendre à l’extérieur. Mais celui-ci devra gagner en constance offensivement, comme une bonne partie de l’effectif.

En effet, l’attaque des Raptors n’est pas vraiment à la fête actuellement. La Kawhi-dépendance s’est accrue durant la série contre Philadelphie, devenant presque caricaturale. Le jeu collectif léché que l’on a l’habitude de voir s’est quelque peu délité pour laisser place à un style plus “basique”, à base d’isolations et de picks en tête de raquette pour laisser Leonard faire du dégât. Ça a fonctionné jusqu’à présent, mais il faudra proposer autre chose. Milwaukee a affronté, en la personne de Boston, une équipe en manque d’inspiration offensive se reposant trop sur ses individualités, et on a vu le résultat. La meilleure défense de la ligue se doit d’être respectée en tant que telle. Pour la faire trembler, il faudra que d’autres joueurs s’élèvent aux côtés de Leonard. A ce titre, l’état de santé de Pascal Siakam sera à surveiller de près, car un lieutenant affaibli ne fera que compliquer la tâche qui attend les Raptors. Le camerounais s’est imposé comme l’option n°2 au Canada, il serait triste de le voir incapable d’assumer son rôle à cause d’une blessure.

Cependant, indépendamment de cette problématique, l’apport des autres joueurs devra être plus consistant. Kyle Lowry aura probablement de bons passages, mais il est aussi capable de disparaître sur de trop longues séquences. Danny Green et Serge Ibaka ont parfois une adresse fluctuante. Le banc ne paraît pas aussi souverain que par le passé. Les doutes sont permis mais l’équipe n’a pas oublié comment jouer au basket du jour au lendemain. Les Raptors ont la 6e moyenne de passes par match parmi les équipes engagées en playoffs, même s’ils sont dans le ventre mou en termes de passes décisives, preuve d’une efficacité en baisse. Compte tenu des forces en présence, le réveil est possible à tout instant, mais le contexte est délicat. Kyle Lowry aura fort à faire avec Eric Bledsoe sur le dos, et son remplaçant, Fred VanVleet, devra se coltiner un George Hill déchaîné actuellement. Si l’on part du principe que Khris Middleton marquera Leonard, Giannis s’amusera-t-il à courir après Danny Green ou sera-t-il placé sur Siakam? Est-ce donc Mirotic qui devra suivre l’ancien sniper des Spurs à travers les écrans ? Il y a là quelque chose à creuser côté Raptors. Un sursaut d’efficacité des lieutenants permettrait également à Kawhi d’opérer avec plus de liberté, pour espérer maintenir son efficacité hallucinante le plus longtemps possible. S’il est obligé de jouer 45 minutes par match et que les Bucks peuvent se permettre des prises à deux à foison en fin de match car la sanction ne vient pas par les autres Raptors, l’affaire s’annonce ardue, aussi surhumain soit-il.

Enfin, Toronto bénéficie d’un gros momentum suite à sa qualification héroïque face à Philly. Question âpreté, petits coups en scred et trashtalk, cette série n’était pas démunie, les canadiens sont donc chauds pour attaquer tambour battant. Milwaukee devra éviter de commettre les mêmes erreurs que face à Boston pour ne pas se mettre dans une mauvaise posture d’entrée de jeu. Il faudra être dans l’action et non la réaction, et assumer son statut de n°1 d’entrée de jeu.

Pronostic

Milwaukee Bucks 4 – Toronto Raptors 2

Le coeur balance entre une série en 6 ou une série à suspense en 7… Mais puisqu’il faut trancher, c’est une victoire 4-2 pour les Bucks. L’avantage du terrain, la consistance du groupe, la défense et la multiplicité des dangers offensifs côté Bucks ont fait la différence, si ceux-ci restent en verve. Côté Raptors, on a peu de doutes sur le fait que Kawhi fasse sa série et que des joueurs comme Lowry se montrent précieux, mais en revanche, le manque d’inspiration offensive du tour précédent nous a mis la puce à l’oreille et contre la meilleure défense de la ligue, ce défaut peut s’avérer fatal. Les matchs devraient, sauf surprise, être serrés et accrochés et on n’est pas à l’abri de victoire à l’extérieur de part et d’autre, mais puisqu’il faut choisir un camp, ce sera les Bucks. Giannis et les siens filent donc en Finales NBA pour l’équipe de QiBasket, en attendant la vérité du terrain !

Bons matchs à tous !

Calendrier

Game 1 à Milwaukee : jeudi 16/05, 2h30

Game 2 à Milwaukee : samedi 18/05, 2h30

Game 3 à Toronto : lundi 20/05, 1h

Game 4 à Toronto : mercredi 22/05, 2h30

Game 5 à Milwaukee (si besoin) : vendredi 24/05, 2h30

Game 6 à Toronto (si besoin) : dimanche 26/05, 2h30

Game 7 à Milwaukee (si besoin) : mardi 28/05, 2h30