Lorsque les Warriors ont pris le contrôle de la NBA, ils ont définitivement changé la manière de jouer au basket en NBA. C’était désormais l’avènement du 3pts, de l’optimisation des positions de tirs, de la défense en switch, de la polyvalence offensive. C’était aussi ce qui fut à l’origine résumé ainsi : l’ère du small ball.

Cette révolution fut telle que si certaines franchises résistèrent à la tendance, un constat fut rapidement fait : pour rivaliser, il faudrait s’aligner. En optimisant son effectif, en cherchant à entrer dans le moule et en conservant tout de même quelques particularités, certes. Mais il faudrait jouer dans la même cours que Golden State et répondre à leurs fulgurances par d’autres fulgurances. Les line-ups changèrent, les demandes faite aux joueurs aussi, et le jeu dans son ensemble a pris un parti pris indubitable.

Hier soir, la free agency a commencé et a vu l’essentiel des agents libres choisir une destination. Parmi les équipes qui ont grincé des dents, on retrouve les Sixers qui ont vu partir Jimmy Butler & J.J. Redick tout en offrant 180M sur 5 ans à Tobias Harris. Pourtant, on peut dire qu’Elton Brand et son équipe n’ont pas chômé. Alors que l’équipe est déjà engagée sur la prolongation de Ben Simmons, elle a resigné Tobias Harris, orchestrée le départ de Jimmy Butler en montant un échange avec le Heat contre Josh Richardson, conservé Mike Scott et clou du spectacle : obtenu Al Horford pour 4 ans.

Si l’on devait faire une liste des perdants, difficile de mettre les Sixers qui auront en dépit de quelques pertes su limiter les dégâts et ramener de la valeur. Pourtant un certain scepticisme se dégage quant au manque de shooteurs, de créateurs balle en main que l’équipe affiche à l’heure actuelle. Mais est-ce que Philadelphie n’essaierait tout simplement pas de jouer la carte du contre-pied avec un jusqu’au boutisme forcené ?

Athlétisme et surdimensionnement

L’an passé, nous avons vu les Sixers tomber sur un Buzzer Beater de Kawhi Leonard dans un Game 7 à couteaux tirés. Une action aussi sublime que cruelle qui a envoyé toute l’équipe en vacance à un stade qu’elle n’aura aucun mal à juger de prématuré. Dans la foulée, leurs adversaires viendront à bout des Bucks, puis de Warriors cribblés de blessures. De quoi nourrir des regrets mais aussi des ambitions. Car si elle a encore chuté, elle a aussi posé de véritables problèmes à une franchise canadienne très gênée par la taille, l’envergure et la faculté de cette équipe à imposer des line-ups très mobiles. Aussi, des joueurs comme Kyle Lowry, Danny Green, ou Fred Van Vleet ont eu énormément de mal à exister dans une série ou quasiment aucun joueur n’était pas plus grand, athlétique et physique qu’eux. De quoi isoler la paire Leonard-Siakam qui réussira un exploit tant le reste de l’équipe manquait à l’appel.

En perdant Jimmy Butler, les Sixers perdent le joueur le plus en vue de ces Playoffs, mais alors qu’il part en compagnie de Redick, ce sont les deux plus petit joueur du 5 de départ qui s’en vont. Joueurs qui seront remplacés par Josh Richardson (très bon défenseur, mobile, 1m98) et Al Horford (défenseur élite, 2m08). Si cela poussera deux joueurs à s’éloigner de leurs postes naturels dans cette NBA, cela signifie tout de même un 5 :

Ben Simmons – Josh Richardson – Tobias Harris – Al Horford – Joël Embiid

Un 5 de départ composé de 5 défenseurs capables. Jusqu’ici, déjà de quoi faire pâlir les meilleures attaques de la ligue, lorsque l’on voit ce que la défense de Toronto pouvait faire l’an dernier. Mais là où cela devient choquant, c’est que la taille moyenne de l’équipe est de 206,6cm. Soit presque 2m07. Cet aspect complètement surdimensionné pourrait être effrayant dans le mauvais sens du terme, si c’était synonyme de manque de mobilité, ce qui n’est pas le cas pour l’essentiel des joueurs et peut être, assez facilement compensé. En outre, comme cet aspect avait été discuté dans cet article, l’analyse démontre que plus une line-up est composée de joueurs de tailles proches, plus elles sont efficaces en défense.

Évidemment, tout avantage à ses inconvénients, et cette équipe des Sixers possède en l’état d’évidentes limites. Tout d’abord, le manque de création balle en main. Ben Simmons est la seule menace de haut niveau en la matière, mais a par deux fois été exposé dans sa faiblesse majeure en Playoffs : son absence de tir. Une autre problématique qui sera d’autant plus grande la saison prochaine que le roster a perdu son meilleur shooteur : J.J. Redick – et son second créateur : Jimmy Butler.

Philadelphie aura encore un peu de marge pour recruter et devra trouver des moyens pour récupérer des vétérans à bas prix capables de jouer ces rôles. Car effectivement, l’attaque pourrait devenir un aspect dérangeant, notamment en terme de fluidité dans le jeu dès lors que l’équipe sera opposée à une bonne défense.

Reste qu’elle pourra jouer de sa taille et des différents mismatchs permanents qui seront imposés. Le jeu pourrait, de fait, être très lent, s’appuyer sur peu de mouvement de balle et beaucoup de jeu au poste. De quoi imaginer des séries très accrochées, avec peu de points et des pourcentages faméliques. Mais une formation qu’il ne fera pas bon d’affronter sur toute une série pour les organismes, mais également car cela pourrait dans certains cas mettre un joueur important d’un roster (ou plus !) au placard car dépassé dans l’affrontement.

Alors que beaucoup de franchises commencent à accepter l’idée de ne plus avoir de véritables pivots traditionnels ou évoluent parfois avec de nombreux arrières, les Sixers essaient probablement de compenser la perte de Jimmy Butler en proposant un parti-prix à contre-courant. Un pari risqué en vu de la saison à venir mais qui possède un avantage majeur : en signant des joueurs pas loin du statut d’All-Star, les Sixers s’offrent la possibilité de remodeler leur effectif via des échanges si la sauce ne prenait pas. En effet, il est toujours plus facile de s’offrir une profondeur en échangeant un nom majeur, que l’inverse. Aussi, le choix est intéressant alors que la NBA semble retrouver une homogénéité. Et si nous parlions de « tall ball » dans quelques mois ?

C’est bel et bien une expérience que la cité de l’amour fraternel nous offre et comme tout plan, il ne révèlera sa vérité que lorsqu’il sera mis en œuvre. La saison s’est terminée il y a peu et une chose est sûre : vivement la reprise.