L’intersaison a ses avantages et ses inconvénients. Beaucoup profitent de cette période pour se reposer après une longue saison de NBA ou d’Euroleague. D’autres, au contraire, sont en manque de basketball pendant cette période et attendent avec impatience le retour de la NBA.
Mais pour certaines personnes, comme moi, cette période creuse représente surtout une véritable aubaine pour se consacrer au scouting des jeunes prospects à travers les différentes compétitions internationales.
Cet été, nombreux sont les jeunes talents qui se sont illustrés sur la scène internationale. Lors de la coupe du monde U17, plusieurs joueurs ont notamment attiré l’attention, à l’image de Joaquim Boumtje Boumtje, Nikola Kusturica, Messi Yangala ou encore Omer Kutluay.
À l’Eurobasket U18, d’autres prospects ont également marqués les esprits. Parmi eux, Stefan Joksimovic présenté comme l’un des gros espoirs slovènes post Luka Dončić, mais aussi Hugo-Yimga Moukouri, considéré comme l’un des meilleurs prospect français pour les années à venir avec Nathan Soliman. Il y a aussi l’allemand Fabian Kayser, l’italien Cheickh Niang et j’en passe.
Tous les noms que je viens de citer sont déjà bien connus dans le monde du scouting, ou le sont presque pour la plupart. Mais le joueur que je vais vous présenter est d’un tout autre registre. Il a littéralement fait grimper sa cote de popularité lors d’une compétition qu’il a dominé de A à Z, en s’imposant comme l’une des révélations majeures de l’été.
Ce joueur n’est autre que Benjamin Berrouet.
Qui est cette nouvelle pépite européenne ?
Benjamin Berrouet est un Letton-Américain, d’origine lettone du côté de sa mère. Il a grandi à Mckinney, au Texas, une ville située à environ 52 kilomètres de Dallas (tiens tiens). Il n’est âgé que de 16 ans, c’est un ailier mesurant 6’8” (2m03) et 109 kg. Son envergure n’est pas encore connue, mais une chose est certaine : sa longueur de bras est particulièrement impressionnante.
Éligible à la draft 2028 qui s’annonce déjà être une très grosse draft, Berrouet figure sur les tablettes de nombreuses grandes universités américaines. Il a déjà reçu près de 35 offres, notamment de Houston, Texas, Alabama, Arkansas, Kansas, Louisville et bien d’autres.
Le jeune prospect évolue actuellement à Dynamic Prep, à Irving, au Texas. Il est classé comme le 13e meilleur prospect au niveau national selon le 247 Sports Composite, le 2e parmi les power forward et le 3eme meilleur joueur de l’état du Texas pour la draft 2028. ESPN l’a également placé 5ème de sa classe.
Comme évoqué précédemment, les plus grands programmes universitaires du pays commencent déjà à tâter le terrain afin de le recruter l’un des plus gros prospect internationaux de sa génération, à l’exception de Nikola Kusturica qui lui est âgé de 17 ans.
Kentucky a notamment formulé une première offre le 7 juillet. Trois mois plus tard, Berrouet a programmé une visite officielle à Lexington. Il sera donc particulièrement intéressant de voir si l’université de Kentucky parviendra à devancer les nombreux programmes Texans, l’état d’origine de Berrouet.
Si toutes les fac du pays ont manifesté autant d’intérêt pour Berrouet, c’est avant tout parce que son profil et sa mentalité sont impressionnants pour un joueur de son âge. De surcroît, son été a encore d’avantage attiré les projecteurs sur lui, confirmant de prospect à suivre attentivement au CROUS des prochaines années.
Il a participé au FIBA U16 Eurobasket avec la Lettonie cet été, où il a affiché des statistiques monstrueuses tout au long de la compétition, avec une domination hors norme pour un joueur de son âge.

23,8 points par match, meilleur scoreur de la compétition, 15,3 rebonds par match, meilleur rebondeur du tournoi, 4,3 assist par match, 3,7 BLK par match, meilleur contreur de la compétition.
Mais la statistique la plus impressionnante reste sans doute son d’efficacité : 36,3 d’EFFPG. Berrouet a été le joueur le plus efficace du tournoi et a littéralement pulvérisé le record absolu d’efficacité dans la compétition !
Et si l’on ajoute à cela le fait qu’il est également le joueur ayant passé le plus de temps sur le parquet, avec 33 minutes de moyenne par match, le bilan devient tout simplement phénoménale. Être capable de maintenir une telle efficacité tout en assumant autant de minutes et de responsabilités est particulièrement remarquable pour un joueur de 16 ans !
Sans surprise, Berrouet a été élu MVP de la compétition. Il a également figuré dans le meilleur cinq du tournoi, aux côté de son coéquipier letton Markuss Jahovics.


Je n’ai pas vu un joueur aussi dominant dans les compétitions de jeunes depuis longtemps, hormis l’anomalie Wemby. La prise de responsabilités de Berrouet, à seulement 16 ans, tout au long du tournoi, a été impressionnante. Il a fait vivre un véritable calvaire à toutes les défenses et attaques du tournoi ! Il sait littéralement tout faire et possède déjà cette gravité que l’on retrouve chez les plus grandes stars de NBA, mais nous y reviendrons plus tard.
Son premier match face à l’Italie, en phase de poule, m’a particulièrement impressionné. Il a terminé la rencontre à 25 points, 15 rebonds, 5 assists. Son combo taille + footwork, particulièrement intriguant pour un intérieur, lui permet d’aller au cercle quand il le veut.
La Lettonie a d’ailleurs pas mal fait des “Empty actions” afin de lui offrir des lignes de drives sur un côté vide. D’où le terme “Empty”. Le but de ce système est d’empêcher les stunts, c’est-à-dire une aide d’un adversaire depuis le côté fort (côté ballon) afin de l’empêcher d’aller jusqu’au panier lorsqu’il drive, tout en libérant le corner pour lui offrir le maximum d’espace afin de finir près du panier.
Un drive prometteur ?
Un ailier porteur de balle, qui peut jouer pivot efficacement à haut volume : à l’heure actuelle, ce profil on n’en trouve pas au quatre coin de la rue. Pourtant, Berrouet possède déjà cet arsenal. Il a affiché 26% d’usage durant l’Eurobasket U16. Je ne dispose malheureusement pas des statistiques de drives, par manque de data dans ce type de compétitions, mais une chose est certaines : sur chacun de ses drives qu’il faisait, c’était un LF généré ou un panier marquer car il mettait systématiquement la défense sous pression.
Berrouet n’a également aucune peur de prendre les choses en mains dans les moments importants, ce qui témoigne d’une sérénité et d’un sang froid remarquables pour un joueur âgé de seulement 16 ans.
Dans la vidéo ci-dessous, la Lettonie mène de 4 points à 1 minute de la fin en finale de l’Eurobasket U16 contre la France. Le coach letton demande alors une isolation pour Berrouet. On vide l’aile côté fort (côté ballon) pour éviter les aides de ce côté.
Ce qui frappe immédiatement sur cette action, c’est la fluidité de son footwork et de ses hanches pour se débarrasser de Cam Nonga Drieux lors de son spin move. Son dribble est puissant de la main gauche, ses appuis sont bas et son dos est droit.
De surcroît, aussi fascinant qu’il puisse paraître, il tue son dribble très tôt, à hauteur de la tête de raquette. Observez bien ensuite ses foulées pour éviter le stunt, il allonge ses foulées au moment où le stunt arrive ce qui lui permet de prendre de vitesse Nonga Drieux. Il maîtrise très bien la technique du « Push Cross » (pousser le ballon loin devant au moment du drive). Ce qui est notable, c’est qu’il sépare bien le ballon de son corps pendant ses pas, puis finis au cercle grâce à son envergure positive.
Mais quand une isolation fonctionne à ce point, tout simplement parce que Berrouet est inarrêtable, pourquoi ne pas le refaire ? C’est exactement ce que font les Lettons. Littéralement, dès l’action suivante, ils ressortent le même playbook pour Berrouet : une nouvelle isolation.
Cette fois-ci, les lettons placent un joueur à 45 afin de punir une éventuelle aide défensive si la France décide de dézoner pour venir aider sur le drive de Berrouet. Afin de l’empêcher d’accéder au panier et forcer le kick out.
Mais le problème pour la France, c’est que la Lettonie était la deuxième meilleure équipe de la compétition à 3pts, avec un pourcentage de 32,5%, juste derrière la Lituanie. En plaçant 2 shooteurs à une passe près de Berrouet en tant que stunt beater, les lettons posent posent donc un véritable dilemme à la défense française. Destom Alger fait un pas de côté avant de revenir sur son joueur, mais ne stunt pas = ligne de drive ouverte pour Berrouet.
Par ailleurs, ce que je trouve intéressant dans son profil, c’est qu’il peut à la fois jouer avec et sans ballon ce qui est un réel avantage. Il lit très bien le jeu et sait couper au bon moment, grâce à son sens du timing, quand il voit l’espace dès qu’il y a une rotation mal effectuée.
Selon moi, la qualité qui pousse à penser que Berrouet sera un excellent driver à terme est sa capacité à se montrer agressif près du panier. Il n’a pas peur d’aller au contact avec son défenseur. Il a provoqué 50 lancers francs durant la compétition, soit le 2ème total du tournoi ! Cela témoigne de son envie permanente d’initier le contact avec son adversaire, tout en conservant une excellente maîtrise de ses appuis. Cette capacité à absorber le contact dénote un très bon body control.
Sur l’action ci-dessous, on peut notamment observer la manière dont il l’utilise pour se protéger du défenseur. Il place bien son corps en écran avec l’épaule droite et son dos entre le défenseur et le ballon afin de faire barrage. Son “grip” est également très intéressant : il tient fermement le ballon des deux mains, ce qui lui permet de mieux le protéger au moment du contact.
S’il fallait toutefois apporter un bémol, je dirais qu’il ne maîtrise pas encore parfaitement le savoir-faire pour bien maintenir son buste en l’air. On le voit sur cette séquence : au moment du choc, son buste part légèrement trop en arrière. Il doit encore progresser dans sa capacité à maintenir son axe et son contrôle du haut du corps lorsqu’il quitte le sol.
Cela demande notamment une excellente stabilité du tronc et une forte capacité à contrôler son corps en suspension. Il faut une très forte contraction abdominale dès que le joueur quitte le sol. C’est précisément ce qui rendait des joueurs comme Kyrie Irving ou Michael Jordan si exceptionnels dans ce domaine : leur capacité à rester parfaitement maîtres de leur corps dans les airs leur permettait d’ajuster leur tir en plein vol, même après avoir subi un contact.
Qui dit power forward de 6’8 dit forcément un centre de gravité très haut. Certes, j’ai vu des flashs de création avec un bon handle, mais selon moi, il n’est pas encore parfait et c’est totalement logique.
Je trouve notamment son dribble très haut, ce qui peut devenir problématique si l’on se projette sur son potentiel futur en tant que créateur primaire ou secondaire.
On le voit ici faire monter le ballon au-dessus de sa poitrine, ce qui permet au défenseur de glisser sa main pour tenter l’interception, qui se solde finalement par une action sans perte de balle.
De surcroît, par moments, il dribble encore un peu trop avec la paume de sa main, ce qui lui fait perdre en fluidité au moment de son dribble et lui offre très peu de contrôle sur la trajectoire du ballon.
En revanche, je trouve qu’il possède une excellente coordination main-oeil à la réception des passes, que ce soit en mouvement ou statique. Sa synergie gestuelle est épatante.
Cette coordination lui permet d’avoir une parfaite synchronisation entre son regard et l’action de sa main, afin d’ajuster aussi bien la trajectoire que le timing de ses mouvements.
Quid du shoot extérieur ?
On sait qu’un intérieur moderne dans la NBA actuelle doit être capable d’apporter du spacing, notamment en s’écartant au périmètre afin d’éloigner le pivot adverse le plus possible du panier, à l’image des joueurs comme Chet Holmgren, Victor Wembanyama, Kristaps Porzingis, etc. Malheureusement, il est encore trop tôt pour déterminer si Berrouet sera capable de devenir un véritable un ailier stretch, car l’échantillon reste trop faible pour tirer une conclusion définitive.
Il n’a tenté que 18 tirs à 3 pts sur l’ensemble du tournoi, soit 2,4 tentatives par match, pour une réussite de 39%. Pour évaluer le potentiel un bon shooteur chez un jeune on s’appuie généralement sur les Lancers-Francs. C’est un facteur important lorsqu’on cherche à identifier les futurs bon shooteurs : les shooteurs élites affichent généralement d’excellents pourcentages aux lancers francs, car cela témoigne notamment d’un bon toucher de balle.
Prenez Stephen Curry, qui est le meilleur shooteur de l’histoire : il a un FT% de 91% en carrière, mais en NCAA on savait déjà que le shoot était élite car il tournait à 87,6% à Davidson.
Mais si on continue à ce jeu-là, je peux vous en citer plein d’autres, mais ce n’est pas le sujet.
Pour en revenir à Berrouet, il a affiché un FT% de 76% pendant l’Eurobasket, un chiffre inférieur à la barre symbolique des 80%. MAIS, il faut replacer cette donnée du pourcentage à 3 pts dans son contexte : Berrouet a pas été utilisé comme un shooteur big pendant la compétition. Il a essentiellement été utilisé comme roll man sur P&R et non pas comme un joueur du Pick&Pop, ce qui explique en partie son faible volumes de tirs à 3pts.
Il plus pris de short mi-distance et de long 2, avec une réussite impressionnante de 65,4% sur 81 tentatives au total ! Cela le classe au 5e rang de la compétition au pourcentage à 2pts. Donc de ce côté-là, son toucher de balle est donc particulièrement encourageant et laisse présager qu’il pourrait, à terme, devenir au minimum un shooteur fiable.
En revanche, il lui reste encore beaucoup de choses à régler dans sa mécanique de tir et posture. Sur catch and shoot, il manque notamment d’équilibre, ce qui l’amène à partir vers l’arrière au moment de déclencher son tir. Il utilise également encore trop son haut du corps pour générer de la puissance pour propulser le ballon, notamment en raison d’une poussée de jambes insuffisante.
De plus, je trouve sa mécanique segmentée : son tir manque de fluidité et la coordination entre le bas et le haut du corps n’est pas encore optimale. Le mouvement du bas et du haut du corps semblent parfois dissociés, ce qui limite pour l’instant la fluidité et la reproductabilité de son geste.
Je le trouve plus à l’aise sur pull-up que sur C&S. Son point de relâchement est extrêmement haut, ce qui rend son tir impossible à contrer. C’est particulièrement criant sur les situations de pull-up.
Sa trajectoire de tir est tendue, comme celle de nombreux pivots shooteurs, mais elle reste néanmoins efficace.
Un passing déjà fabuleux à cet âge
L’autre grande qualité de Berrouet, outre son efficacité au scoring, et celle qui fait de lui un joueur à part, est sans aucun doute son passing, que je trouve génialissime. Il possède une vitesse de processeur très rapide et repère très vite les joueurs démarqués. Sa prise de décision est remarquable car il sait choisir instantanément s’il faut shooter, passer ou dribbler, le tout dans un laps de temps très court.
Sur l’action ci-dessous, lors d’une remise en jeu, la Lettonie place Berrouet dans l’Elbow afin de profiter de ses qualités en post-up. Ils vont d’ailleurs énormément exploiter cette situation durant tout le tournoi, et à juste titre, car Berrouet possède de tels atouts physico-athlétiques que les adversaires ne voulaient pas le laisser en situation de 1v1.
Dès la réception du ballon, Berrouet tourne la tête et repère son coéquipier complètement seul dans le corner grâce sa vision périphérique. Il le sert avec cette skip pass parfaitement exécuté : 3 pts générés et inscrits, en grande partie grâce à la gravité sur post-up de Berrouet.
Mais l’arme qui permet véritablement de débloquer son jeu de passe, c’est sa gravité sur post-up.
Berrouet effectue une coupe ligne de fond pour venir s’installer près du panier, entry pass (passe faites pour le joueur placé au poste bas) pour le servir, il attire instantanément une trap, que les américains appellent généralement “Trap the box”. Il voit évidemment le blitz arriver sur lui et réalise la bonne lecture en passant à deux mains à son coéquipier qui cut vers le panier. Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est un blitz, c’est une prise à deux faites sur un joueur qui crée un moment de surprise pour le joueur.
Résultat : 2 LF provoqués, grâce à une excellente lecture et anticipation de Benjamin Berrouet.

C’est pour cela que je trouve son passing fabuleux lorsqu’il est cumulé à sa gravité. Il lit extrêmement bien les couvertures défensives, notamment parce qu’il possède à la fois le cerveau et la taille pour passer par-dessus des joueurs. De plus, vu que sa prise de décision est très rapide, ce qui lui permet de réagir immédiatement lorsqu’une prise à deux arrive sur lui.
Pour l’instant, je l’ai principalement vu passer à deux mains, et généralement sur des passes haute, que ce soit en mouvement ou statique.
À cela, il faut également ajouter qu’il constitue un moteur de transition intéressant. Lorsqu’il a le ballon entre les mains, il sait quand accélérer le jeu et quand, au contraire, ralentir le tempo pour s’installer dans une attaque placée.
Cependant, ce qui freine encore sa progression reste son dribble. C’est notamment l’une des raisons pour lesquelles on le voit encore très peu passer à une main, que ce soit de la main gauche ou de la main droite ; il n’est tout simplement pas encore suffisamment à l’aise dans ce registre.
Un futur protecteur de cercle élite ?
On a parlé de l’attaque de Berrouet en long, en large et en travers, mais qu’en est-il de sa défense ? Généralement, un intérieur doit être viable défensivement pour pouvoir s’imposer en NBA. Alors, Berrouet peut-il devenir un futur défenseur de haut niveau ?
Pour commencer, Berrouet est avant tout un ailier. Cependant, en FIBA, les jeunes ailiers forts évoluent souvent au poste de pivot lorsqu’ils possèdent les qualités athlétiques nécessaires ainsi qu’une capacité à protéger le cercle. La Lettonie a donc fait jouer Berrouet pivot tout au long du tournoi. Sachant qu’il fait 6’8” de taille et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il s’est montré tout aussi impressionnant en défense qu’en attaque.
Je trouve sa protection de cercle véritablement excellente. Son combo taille + envergure y joue évidemment un rôle important, mais sa détente verticale et sa vitesse d’élévation lui permettent également de s’élever très haut et très rapidement, notamment lorsqu’il saute sans élan. À cela s’ajoutent un excellent sens du timing et une bonne l’anticipation, qui lui permettent de sauter au moment idéal, juste après l’impulsion de son attaquant, comme on peut le voir sur l’action ci-dessous.
Il faut également comprendre que défendre des situations de 1 contre 2 lorsqu’on joue le rôle de safety défensif est l’une des tâches les plus difficiles à réaliser au basket, particulièrement lorsque l’équipe en face joue en transition. Il faut alors être capable de contenir le joueur qui coupe dans son dos tout en continuant à défendre le porteur de balle adverse. Sur le papier, c’est mathématiquement impossible à couvrir parfaitement.
Le seul joueur capable de rendre ce genre de situation presque normale est Victor Wembanyama, car il est une anomalie absolue.
L’autre corde à son arc, c’est sa mobilité, qui lui permet littéralement de switcher de 1 à 5.
La qualité qui me fait croire qu’il pourrait devenir, in fine, un protecteur de cercle élite, c’est sa dissuasion défensive, une caractéristique que l’on retrouve chez quasiment tout les grands protecteurs de cercle élite en NBA.
Sur cette action, la France joue une Zoom Action, c’est-à-dire un DHO (dribble hand-off, ou main à main) accompagné d’un écran pour le porteur de balle. Berrouet va alors changer sur Ramphort, qui est un arrière, et va suffisamment contenir l’action pour forcer le à ressortir dans le corner. Et, bien entendu, juste derrière il va venir en second rideau venir contrer le lay-up de Toholin.
Je trouve cette séquence impressionnante, car elle illustre à quel point Berrouet pourrait devenir une véritable licorne défensive à terme, à l’image Chet Holmgren ou de Victor Wembanyama. Sa polyvalence défensive et ses qualités athlétiques sont suffisamment rares pour qu’il soit déjà pertinent de se projeter sur ce qu’il pourrait devenir au plus haut niveau.
Rajouter à cela, que Berrouet est également un rebondeur élite. Il a été le meilleur rebondeur de l’Eurobasket U16, avec un total de 105 rebonds sur l’ensemble du tournoi !
Finissant à 11,1 de rebonds défensifs par match, 4 rebonds offensifs par match, pour un moyenne impressionnante de 15 rebonds par match.

Son sens du rebond est un atout majeur dans la bataille de la possession, qui constitue l’un des enjeux actuel de la nouvelle révolution du jeu en NBA. Il sait repérer les angles de tir afin d’anticiper l’endroit où le ballon va rebondir. Ses appuis au sol lui permettent d’avoir une excellente stabilité sur ses jambes au moment de l’impact et de l’impulsion. Il sait également mettre son corps en opposition pour bloquer l’adversaire et l’empêcher de passer devant lui.
De facto, sa taille et son envergure, couplées à son agressivité et à sa ténacité, font de lui une véritable menace au rebond !
Cependant, sa défense est loin d’être parfaite, et c’est tout à fait normal. Il commet encore pas mal d’erreurs d’indiscipline visuelle et de placement défensif.
Sur cette action, par exemple, il regarde trop le ballon et ne focalise pas suffisamment sur le centre de gravité bas de l’attaquant. En plus de cela, il mord à la feinte et saute, alors qu’il ne fléchit pas suffisamment les genoux pour conserver un centre de gravité bas et rester équilibré face à son adversaire.
Je rajouterais même que son plus gros point faible à l’heure actuelle est son manque de puissance. À plusieurs reprises, je l’ai vu se faire enfoncer par des jeunes plus costauds que lui.
Sur l’action ci-dessous, il se fait bully par Iwani lors de son drive et concède le and-one. Cela est en partie dû au fait qu’il possède un centre de gravité très haut. Dans cette situation, il doit d’avantage fléchir les genoux et abaisser ses hanches afin de mieux résister à la puissance de son adversaire.
Il souffre également d’un manque de force au niveau du bas du corps, ce qui lui fait perdre le duel d’ancrage au sol. Il devra donc travailler son gainage et renforcer sa sangle abdominale afin de gagner en stabilité et en puissance dans les contacts.
Conclusion
Benjamin Berrouet possède tous les ingrédients pour devenir une future star au cours des prochaines années. De mon côté, il ne fait pas l’ombre d’un doute : c’est un compétiteur acharné qui n’hésite pas à prendre ses responsabilités, déjà comme un véritable franchise player. Je pense qu’à terme, on aura une vrai licorne défensive élite. Et s’il parvient à perfectionner son dribble, on peut très bien imaginer des séquences où il évolue comme créateur primaire sur des P&R inversés.
En fait, il a une telle vitesse de processeur et un cerveau hyper-développé sur son passing. Cette combinaison pourrait devenir une arme redoutable, y compris en NBA.
Son combo taille, envergure, footwork, verticalité, mobilité, vitesse de processeur rapide et toucher fait de lui un joueur à suivre de très près dans les prochaines années.
Concernant les doutes physiques que j’ai évoqué précédemment, je ne me fais pas trop de soucis à ce sujet. Il devrait naturellement s’étoffer physiquement au fur et à mesure de sa croissance et de son développement. Je suis, par ailleurs, très impatient de suivre la suite de son parcours et de voir dans quelle université il décidera de poursuivre son développement.
Je ne serait totalement pas surpris de le voir rejoindre Kentucky, une université historiquement connue et statistiquement pour le développement de joueurs dotés de qualités de dribble et de création. Pour un joueur comme Berrouet, qui possède déjà un bon handle mais doit encore le perfectionner, cela pourrait représenter un excellent environnement pour poursuivre sa progression.

Seul l’avenir nous dira, dans six ans, si j’avais raison ou tort lorsque je prédis qu’il deviendra une superstar. C’est aussi ça, le jeu du scouting : on a plus souvent tort que raison, peut-être même dans 90% des cas, et c’est ce qui rend cet exercice aussi passionnant.
Alors souvenez-vous de ce nom que vous allez beaucoup entendre parler dans les prochaines années. Et lorsque Benjamin Berrouet deviendra le franchise player de sa future franchise NBA, vous ne serez pas surpris. Vous pourrez simplement dire « On le savait déjà. »




