Tancrède Adnot /  CONTRIBUTEUR

Aujourd’hui nous allons mettre fin à l’un de ces débats qui déchirent les fans et nourrit les haines inutiles.

Les années 80 et 90 avaient autant marqué l’histoire de la NBA que son empreinte sur la planète. Après Jordan, l’homme qui faisait l’unanimité (quasiment), ce fut la recherche de l’héritier, de la relève, du chosen one qui serait la nouvelle icône et représenterait la NBA dans toute sa splendeur, dans tout son défis…Et un seul homme semblait remplir ce contrat : la même envie que Jordan, le même potentiel, la même hargne, la même détermination à vaincre, cet homme c’était Kobe. « Avec lui dans l’équipe, les Lakers pourraient gagner 5 ou 6 titres d’ici 2010 » prophétisait George EDDY en commentant le All Star Game 1998 alors que le gamin de 19 ans, bien que All Star, n’était à l’époque qu’un sixième homme.

Quelques années plus tard arriva un autre jeune lycéen qui allait lui aussi se trouver en chosen one : Lebron James. Sur ces deux gamin, la NBA a misé gros, très gros, au point qu’avec le temps, vers la fin des années 2000 est apparu un débat sur qui était le véritable héritier, sur qui était l’image de la ligue, et au final, ce débat créa la « rivalité » entre Kobe et Lebron.

Aujourd’hui Kobe à pris une retraite amplement méritée, 25% de ses saisons en NBA se sont terminées sur un titre, rien que ça. Lebron lui chasse encore les bagues à coup de big three, prépare une 7e finale d’affilée, sa huitième au total. Dans les arènes de fans NBA qui ressemblent de plus en plus à un Fight Club, le débat fait encore et toujours rage. Alors…si vous me posez la question, et on l’a tous posé un jour, qui de Lebron ou Kobe est le meilleur, qui à le dessus dans cette rivalité ? Je vous répondrai ceci :

Bill Russel ou Wilt Chamberlain ? Ça c’est un débat. Larry Bird ou Magic Johnson ? Ça c’est un débat. Shaquille O’Neal ou Hakeem Olajuwon ? Ça c’est un débat ! Tim Duncan ou Kevin Garnett ça aussi, c’est un débat. Brian Scalabrine ou Adam Morrison, ça c’est le plus grand débat de l’histoire. LeBron James ou Kobe Bryant ? Ça n’est pas un débat, ni une rivalité, ni même une concurrence.

Même si en soit tout est comparable, il faut en finir avec cet absolutisme exigeant de choisir officiellement l’un aux dépends de l’autre. Voici plusieurs points qui démontrent pourquoi cette guerre est aujourd’hui inutile, et que la quête pour savoir de qui Kobe ou Lebron est le meilleur, n’est en réalité qu’une illusion qui cache une simple question de générations.

Alors, on oublie les stats, les moyennes, le temps de jeu, les PER, le nombre de bagues de trophées individuels…soyons objectifs : Lebron et Kobe ne sont en rien des rivaux.

Deux Lycéens, des attentes différentes :

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Lorsque Kobe décide de se présenter à la Draft à la sortie de Lower Merion, il est déjà un joueur explosif, spectaculaire et athlétique. Mais en aucun cas il n’est considéré comme le grand représentant du futur de la ligue, en aucun cas il n’est attendu comme le messie de sa ville, en aucun cas il n’est considéré même comme un top pick fiable. La décision de Kobe est un risque, un pari. On connaît la suite, le fils de Jellybean Joe Bryant est pris en 13e pick de la Draft 1996 par les Charlotte Hornets qui, conscient de l’immense talent qu’ils ont entre les mains, décident bien naturellement de l’échanger contre un pivot vieillissant nommé Vlade Divac. Les Lakers proposeront alors à Kobe un superbe temps de jeu de 6 minutes pour sa première saison NBA, en sortie de banc.

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Lorsqu’il quitte le Lycée pour la NBA, le destin de Lebron est tout indiqué : il sera l’élu, le King. Il emmènera les Cavs sur le chemin des Finals. Son visage fait la une des journaux, il pose pour Sports Illustrated, il est déjà une superstar nationale avant même d’avoir posé sa casquette de premier pick de draft sur la tête. Les espoirs sont nombreux autour de lui, et il ne va pas décevoir (pas tout de suite en tout cas). Car le gamin répond aux attentes immédiatement, et enchaînera les performances et les saisons spectaculaires, animé par la certitude que les bannières vont se faire nombreuses au plafond de la Quicken Loans Arena.

Kobe a du se battre pour devenir ce qu’il est là où LeBron était prédestiné à l’être. Là ou James avait le pont en or marqué des espoirs de l’Ohio, Bryant à surpris tout le monde par sa détermination, sans laquelle il aurait pu être un joueur totalement anonyme et rapidement tradé.

Un poste et un style différent

Kobe est avant tout un arrière, et accessoirement, un meneur, Lebron est un ailier qui peut aussi jouer au poste 4 si le besoin s’en fait sentir. Même si les deux hommes défendaient l’un sur l’autre lors de leurs oppositions, leurs façons d’attaquer et de défendre ne s’alignaient pas sur les mêmes concepts.

Kobe est avant tout un finisseur, il sait passer et prendre le rebond, mais son pédigré jordanesque fait de lui le scoreur ultime qui l’a fait entrer dans le top trois des meilleurs marqueurs de l’histoire de la ligue. Sa fonction principal est le shoot, mais aussi parfois la création et la récupération, ce qui le rend aussi parfois passeur (il est aussi le meilleurs passeur des Lakers) et si besoin il viendra au rebond. Kobe c’est aussi une défense rugueuse et affinée qui lui a permis de prendre le dessus sur son adversaire des deux côtés du terrain, ce qui lui vaudra de multiples sélections dans la all defensive team. Sa technique et ses fondamentaux sont d’une rare qualité. Comme Jordan, Kobe a également su développer son fade away en partant d’une position en poste bas dos au panier, imparable !

Lebron est polyvalent, il sait tout faire. Sa position lui permet de venir rapidement s’imposer au rebond, remonter la balle, prendre le shoot ou se lancer dans la raquette pour transmettre ou au contraire finir sur son iconique slam-dunk à une main que nous savourons encore aujourd’hui. Au contraire de Kobe, LeBron ne se place pas en priorité offensive systématiquement, et peut se mettre en valeur avec sa taille et sa force sur d’autres secteurs du jeux. C’est probablement la raison pour laquelle il a souvent cherché à s’entourer de grand joueurs, pour justement exploiter au mieux les capacités des autres. Sur le plan défensif, Lebron fait peur, il sait contrer avec force (pas vrai André Iguodala ?), mais il a parfois tendance à trop s’appuyer sur l’aide et offrir des espaces à son adversaire direct.

En somme, les deux joueurs n’utilisent pas leurs capacités athlétiques et leurs talents de la même manière. A cela ajoutons que Lebron culmine à 2,03m là ou Kobe reste jordanien dans son physique avec une taille et un poids similaire (1m98 et 96kg).

Une façon de gagner différente

Sur la manière de s’accorder avec un collectif capable de gagner un titre, Lebron est clairement plus proche de Kévin Durant ou même de Charles Barkley que de Kobe Bryant.

Kobe arrive en NBA dans une période où la meilleure méthode pour enchaîner les bagues reste celle d’un effectif globalement équilibré tournant autour d’un ou de deux super joueur, en s’inscrivant dans la durée. Ainsi, il fallu 4 saisons pour que les Lakers de Kobe et Shaq puissent trouver une alchimie dans le collectif Angelinos en recrutant petit à petit et comblant les manques avec soit des vétérans en quête d’action (Ron Harper, Horace Grant, Mitch Richmond, Glen Rice, Isaiah Rider) soit avec des jeunes qui ont su développer leur jeu au fil des saisons : Derek Fischer, Rick Fox, Devean George, Mark Madsen et bien entendu, avec l’apport de Robert Horry. Sans le Shaq, Kobe reproduira ce schéma en s’inscrivant dans une démarche de reconstruction progressive, bénéficiant du développement de Lamar Odom ou d’Andrew Bynum et bien entendu avec le soutien de Pau Gasol, puis de Ron Artest.

Pour Lebron, la situation se résume à « The Decision ». Dans la dynamique des Celtics, James réalise que la technique classique de construction d’une équipe pour le titre ne lui convient pas. Sa finale en 2007 montrait avant tout que son effectif dépendait fortement de son talent, mais surtout que James ne pouvait pas être au sommet de son art si son entourage était limité. Aussi, il opta pour une stratégie que Kevin Durant reprendra en 2016 : composer un super-effectif, axé sur une association de superstars pour gagner tout de suite. Ça fonctionnera…plus ou moins. Mais the Decision provoquera un mouvement de panique face au « Mega three » Wade-Bosh-Lebron au sein de la ligue et des autres franchises qui vont alors investir très rapidement et parfois très maladroitement dans le modèle de réunion de stars dans des délais courts, avec certainement un succès bien plus mitigé. Les Knicks et les Clippers en seront le triste exemple, mais surtout les Lakers de Kobe qui tenteront de refaire le coup de la saison 2003-04, avec le même résultat : un désastre. Le Mamba est de la vieille école, il n’est pas fait pour les super-effectifs, il ne gagne pas comme ça.

Pas la même période

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Quand Lebron James arrive en NBA, Kobe a déjà hissé trois bannières de champions, il est 5 fois all star. Quand James atteint sa première finale, les 81 points de Bryant sont déjà passé. Enfin, lorsque James perd sa seconde finale NBA face aux Mavericks de Dallas, Kobe à 7 titres de Conférence Ouest, pour 5 finales gagnées, et les chances de le revoir au sommet s’amenuisent entre les déboires avec Mike D’Antoni et Dwight Howard, et les blessures à répétition.

Tout ce que Kobe à remporté se situe entre 2000 et 2010. Tout ce que Lebron à remporté se situe entre 2009 et aujourd’hui. Soyons honnête, on ne peux pas parler d’une réelle confrontation entre les deux hommes avec un gouffre de neuf années dans l’acquisition des trophées. On pourrait contrer ce point de vue en disant que Jordan gagne son premier titre quand Magic en a 5 et s’apprête à quitter les parquets. Mais Jordan et Johnson n’ont que 4 ans de différence entre les drafts !

Beaucoup argumentent que les confrontations entre Kobe et Lebron ont souvent tourné à l’avantage du King, ce qui n’est pas faux. Néanmoins c’est oublier rapidement que le moment ou James arrive à son sommet, Kobe est déjà sur la pente descendante. Et c’est très, très, très rapidement oublier aussi les confrontations entre Kobe et Jordan qui ont précédé celles avec Lebron. Vous en connaissez des gamins sous les vingt ans qui demandent à prendre Dieu en un contre un en personne et qui relèvent le challenge avec panache ? Kobe c’était ça. Enfin, l’équipe de James devient compétitive au moment ou celle de Bryant ne joue presque plus les premiers plans : 2007 et à partir de 2011.

Pas le même impact sur le jeu et sur les fans

Kobe colle à l’image de Jordan qui veut que l’on gagne en surmontant les obstacles, en prenant le dessus sur la compétition, la rivalité étant source de motivation. Le goût du challenge chez ces deux hommes était l’élément central de leur soif de vaincre. Kobe a prolongé la mentalité des années 90 pour ce qui est de la course au titre : il faut gagner avec son équipe, et tout faire pour mener son équipe au sommet.

Lebron lui à proposé une autre philosophie qui est celle de la victoire par la domination, mais il a fortement amorcé cette idée qu’on ne peut aller au bout sans une forte réunion de talents, immédiate, pour gagner rapidement. Lebron reproduira le même schéma à son retour de Cleveland, et la dernière trade-deadline de février dernier a encore confirmé cette stratégie. Comme nous l’avons dit, l’impact de The Decision se ressent encore aujourd’hui (demandez aux fans du Thunder…)

Dans le regard des fans, Kobe restera celui qui a voulu gagner, exploiter tout son talent, sacrifier toute son énergie à la quête du titre, mais en priorité en tant que scoreur. Lebron sera celui qui inspire l’envie de domination, de réussite en utilisant aussi les qualités des coéquipiers, en scorant, ou alors en passant, en prenant le rebond.

Plus de vécu ensemble que l’un contre l’autre

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James et Bryant ne se sont croisés que très rarement finalement, peut-être est-ce d’ailleurs ce qui a alimenté les fantasmes sur une prétendue supériorité de l’un sur l’autre. On attendait tous la confrontation en Finals, tout comme nous avions rêvé devant l’opposition entre Jordan et Magic. Mais voilà, ça n’est jamais arrivé, et ça n’arrivera jamais. Tout au plus nous avons pu nous contenter de 1 à 2 matchs par saison, plus un all star game qui, nous le savons tous, est le terrain le plus propice à la mise en valeur des rivalités entre joueurs (Si vous n’avez pas compris le sarcasme du débat Scalabrine-Morrisson, vous ne comprendrez pas non plus celui-là).

En revanche, Kobe avec Lebron, là nous avons de belles images et de beaux exploits. Les Jeux Olympiques de 2008 et 2012, nous ont clairement montré que ces deux ensemble transformaient n’importe quelle équipe en un véritable monstre. Kobe contre Lebron, c’est aucun titre, aucun trophée individuel. Kobe avec Lebron, ce sont 2 titres olympiques, avec la manière.

Les faits : les deux ont tout gagné

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Pourquoi nous sommes nous juré de ne pas se lancer sur une comparaison de palmarès ? Parce que les deux sont identiques : champions NBA, MVP des Finals, MVP de la saison régulière, MVP du All Star Game, Champions Olympiques, meilleurs joueur de leur génération, meilleurs joueurs de leur franchise. Kobe et Lebron représentent à eux deux 14 finales NBA, 8 titres, 5 trophées de MVP des Finals, 5 trophées de MVP de la saison régulière et près de 62 000 points marqué -still counting. Bryant et James ont TOUT gagné de ce qui peut se gagner dans une ligue où les sans-trophées représentent 99% des joueurs, dans une ligue ou certaines légendes n’ont aucune ligne à leur palmarès.

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Pour ma part, j’ai grandis avec Jordan, Barkley, Larry Johnson, Karl Malone, Pat Ewing, Shawn Kemp…j’ai découvert Kobe durant un sublime All Star Game à New York City en 1998, sur une piteuse cassette vidéo à la base destinée à enregistrer Pokémon. Son alley-hoop avec Kevin Garnett m’avait fait me lever de mon siège et depuis ce jour il est devenu mon joueur favoris avec Jordan. Et déjà à l’époque, tous ne parlaient que de ça : l’héritage de Jordan. Lorsque Lebron arrive en NBA, les fans de Kobe comme moi avaient déjà tout connu avec leur idole et lorsque James tiendra enfin le trophée Larry O’Brien dans ses mains, nous avions déjà le sentiment que les meilleurs moment de notre Mamba étaient bel et bien derrière nous et que cette ligue appartenait à d’autres superstars désormais

Au final, Kobe ou Lebron, Mamba ou King, Bryant ou James, c’est une simple question de générations, pas de style, pas de palmarès, pas de stats. Bryant est représenté à la fin des années 90 comme le futur maître de la ligue, et la question de gagner avec ou sans Shaq’ ne posait à l’époque aucun débat. James arrive quant à lui à une autre période, et gagnera dans une ligue qui n’aura rien à voir avec celle que connaît Kobe à son arrivée. Aussi chers amis fans de la NBA, jeunes ou vieux, cessez donc de vous déchirer sur cette futile question de qui est le meilleurs. Car au delà de l’amour subjectif du fan, il y la question de la pertinence d’une comparaison, il y a la réalité : une simple question de générations, de vécu et de mentalité.

Tancrède ADNOT


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