Lorsqu’il est évoqué dans les journaux politiques ou dans les débats économiques, le libéralisme est aussi bien souvent confondu sur la forme du terme que sur son fond. Le sens commun tel que nous l’entendons est celui du modèle économique reconnu principalement en occident. Les Etats-Unis en sont le fervent exemple. L’Etat n’est pas en mesure d’intervenir sur les marchés financiers, ce qui amène davantage de marge de manœuvre pour les entreprises, l’accroissement des richesses, mais en contrepartie le salarié autour duquel périclite son bien-être, ses droits et ses libertés sont oubliés.
Déposons ceci sur les parquets NBA : les acteurs mis en avant plus tôt peuvent se retrouver ici, l’association nationale de basket, NBA, incarnerait l’Etat. Les franchises joueraient le rôle des entreprises chargée de faire vivre l’économie de la NBA, et enfin les joueurs NBA seraient considérés ici comme les salariés de ces franchises. Nous avons donc un système qui s’assimile sur la forme au modèle économique libéral occidental, mais dans les faits c’est loin d’être le cas. Voyons ça en détails.

Juste

Intéressons-nous au plus petit élément du système NBA, les joueurs. Ils sont payés chers, très chers me direz-vous, mais au-delà des chiffres il existe toutes sortes de modalités protectrices pour le salarié NBA.
En effet il existe un salaire minimum qui oblige l’employeur, ici les franchises, à respecter un plancher sous peine d’être dans l’illégalité. Cette règle instaurée par l’Etat NBA ressemble beaucoup à notre SMIC national. En parallèle et toujours dans cette optique de protéger le joueur, un salaire maximum est aussi instauré et enfle en fonction du Salary Cap. Cela permet de repartir d’une manière plus équitable les fonds alloués par la NBA , le Salary Cap étant lui-même égalitairement distribué.
La NBA tel un Etat providence protège ses joueurs et leurs droits, mais elle n’oublie pas cependant les franchises.

Équitable

Si la NBA protège les salaires des joueurs et assure une juste répartition des deniers entre franchises, la finance n’est pas son seul champ d’intervention. En effet la DRAFT a été créée dans le but de rééquilibrer le système sur un tout autre domaine : le champ du sportif.
La balle orange se trouve impactée par le parti pris d’offrir aux plus faibles équipes la possibilité de recruter les meilleurs espoirs. On a tous cette image de ces trois personnes debout chacune sur un monticule pour voir de l’autre côté du mur. La plus petite personne possède le plus grand monticule, la plus grande personne le plus petit monticule. Chacune a la chance de pouvoir regarder au-dessus du mur. Ainsi les plus petites franchises peuvent avoir la chance de changer de dimension d’une saison à l’autre par le recrutement d’un jeune joueur au fort potentiel.

Cependant comme dans tout système il existe des vices par lesquels les acteurs pourront employés des stratégies afin de mieux détourner le système.
Le Tanking ou l’art de se laisser perdre afin de bénéficier d’un meilleur tour de DRAFT en est la parfaite illustration (San Antonio 99 qui après le blessure de Robinson met ses titulaires au repos afin d’obtenir le first pick et de recruter Duncan). Là encore l’Etat NBA intervient en vue de limiter les franchises. L’instauration d’une Loterie avant la DRAFT permet de ne pas figer les postions de sélections en miroir aux positions sportives.
La NBA est donc protectionniste à la fois avec les joueurs et leurs droit, mais aussi avec les franchises et leur niveau sportif. Cependant ces dernières restent malgré tout tenues de respecter certaines règles anti libérales.

Main de fer dans un gant de velours

La répartition su Salary Cap permet aux franchises de gérer avec beaucoup de souplesse la répartition des fonds alloués. Nous sommes dans ce que l’on appelle un Soft Cap, c’est-à-dire que les franchises peuvent dépasser le budget initial de plus de 10 millions de dollars. Cette limite de 10 millions peut elle aussi être dépassée, mais avec des conséquences très sévères sur la franchise.

Au-delà de ces 10 millions supplémentaires, on atteint le seuil de la taxe de luxe. Pour chaque dollar au-dessus du seuil, celui-ci sera automatiquement redistribué à l’ensemble des 29 autres franchises, ce qui engendre une dette de 29 dollars. On comprend donc ici qu’une franchise NBA qui dépasse le seuil de la taxe de luxe devra absolument se débarrasser de ses gros salaires pour pouvoir repasser en dessous du seuil et donc ne pas faire faillite. Le cas des Nets 2013 avec Pierce Garnett et Williams montre qu’il vaut mieux avoir un propriétaire richissime pour mettre l’argent sur la table quand on paye trop cher ses joueurs. Aujourd’hui les Cavs se trouvent dans la même situation, ce qui laisse présager quelques départs important en cas de nouveau succès. En effet le titre NBA passe malgré tout avant les dettes.

La NBA se montre donc sous deux visages : celui d’un Etat providence, socialiste et protectrice envers ses adhérents, les joueurs, en instaurant un salaire minimum, une option joueur pour que ce dernier valide ou non sa dernière année de contrat. Mais elle peut également se montrer plus souple avec les franchises en leur laissant la gestion de leur budget, et en amenant un renouvellement par cycle des équipes dominantes de la Ligue.

Cette ambivalence est finalement bien transcrite par le Salary Cap et ses exceptions : une dizaine de millions supplémentaires pour payer ses joueurs (avec notamment l’exception Bird qui permet de renouveler ses joueurs en dépassant donc le Salary Cap), mais instauration d’une sanction financière extrêmement lourde en cas de dépassement du seuil de la taxe de luxe.

La NBA providence est donc bien réelle, paradoxe assez étonnant dans un pays ultra libéral économiquement parlant. Il fait bon d’être joueur NBA aujourd’hui, et cela s’accorde à un degré d’engagement et de prises de positions du plus en plus prégnant de la Grand Ligue qui déborde bien souvent dans le monde de la Politique. Adam Silver qui critique ouvertement le candidat Trump, un signal assez fort d’une NBA qui se décomplexe et qui sait se faire entendre dans le paysage médiatique des Etats Unis.