Qualifier l’intersaison des Wolves de « mouvementée » est un euphémisme. Si les derniers étés ont été rythmés par la draft et quelques ajustements, Minny n’avait plus connu de tels remous depuis le transfert de Kevin Love en échange d’Andrew Wiggins. A l’époque, ce mouvement annonçait un nouveau départ dans le Minnesota. Aujourd’hui, les dirigeants accélèrent clairement le processus, avec les sommets en ligne de mire. Zoom une franchise en pleine hype.

Un été de folie

Oui, les Wolves ont la hype. Depuis deux ans déjà, les fans ont repris espoir, à juste titre. L’arrivée de Wiggins, annoncé comme un pur talent, et surtout la draft de Karl-Anthony Towns. Le KAT s’est affirmé comme un futur monstre de la Ligue, affichant des moyennes statistiques impressionnantes. Rookie de l’année, il a confirmé ses prédispositions cette saison. Avec ces deux premiers choix de draft consécutifs, accompagnés de Rubio et Lavine, et surtout l’arrivée de Tom Thibodeau l’été passé, la franchise suscitait déjà un intérêt particulier. Et à l’aube de cette intersaison, le management a décidé de passer la quatrième. La soirée de la Draft s’annonçait agitée, elle l’a finalement été en bonne partie grâce aux Wolves. Dans un élan de générosité, John Paxon et Gar Forman acceptent la proposition des Wolves : récupérer Zach LaVine, Kris Dunn, et le 7ème choix 2017 en échange de leur franchise player Jimmy Butler, avec le 16ème choix en cerise sur le gâteau. Celui-ci sera utilisé pour sélectionner Justin Patton. Si l’on considère le trade en lui-même uniquement, cela ressemble à un pur cadeau de la part des dirigeants de Windy City, et on comprend pourquoi Thibs a fait péter les pizzas dans les bureaux de la franchise lors de cette folle soirée.

Une grosse semaine plus tard, à seulement quelques heures de l’ouverture de la Free Agency, ce qui est annoncé depuis des années finit par arriver : Ricky Rubio est transféré. Le meneur est envoyé au Jazz en échange du premier tour de draft 2018. Sujet aux rumeurs de départ depuis son arrivée ou presque, l’espagnol n’aura cette fois pas survécu. D’ailleurs, on lui souhaite bonne chance dans sa nouvelle aventure dans l’Utah, car il aura tout de même beaucoup apporté aux Timberwolves.

La suite ? La signature de Jeff Teague (57 millions sur 3 ans) pour remplacer Ricky à la mène, accompagnée de celle d’un autre ex Bull, Taj Gibson (28 millions sur 2 ans). En parvenant à récupérer Butler et Gibson, Thibodeau est allé chercher deux soldats qui composaient sa belle équipe des Bulls. Le cinq de départ des Wolves est donc connu : Teague-Butler-Wiggins-Gibson-Towns. Sur le papier, ça a de la gueule. Sur le banc, quelques vides sont à combler rapidement. Le secteur intérieur est déjà fourni, avec Dieng (et ses 14 millions la saison…), Aldrich, Bjelica, et le rookie Patton. Nikola Pekovic a lui été coupé pour cause de blessures à répétition et son salaire ne pèsera plus dans le cap. Malheureux pour un joueur apprécié des fans et qui avait encore beaucoup à apporter. C’est donc au niveau des extérieurs que les trous restent à combler. Quoiqu’il en soit, cet été est crucial du côté de Minneapolis. La hype est là, mais de nombreuses interrogations l’accompagnent.

Des questions légitimes – Les titulaires

Dans une NBA sur laquelle règne le tir à trois points, le cinq proposé par les Wolves soulèvent d’importantes problématiques. Un manque de spacing évident tout d’abord : si les titulaires (hormis Gibson qui n’en prend quasiment jamais) ne présentent pas des pourcentages ridicules (aux alentours des 35%), aucun n’est un spécialiste du tir extérieur. Cette réussite relative se fait sur un volume de tir assez peu important. La saison passée, les Wolves étaient bons derniers de la NBA en termes de tirs à 3 points tentés et réussis. Et 25ème au pourcentage de réussite. Dans le 5, Teague remplace Rubio. Un tout petit peu plus de shoot, mais des profils finalement similaires : organisateur, passeur, slasher. Pour un salaire plus important, on peut se demander si le choix est le bon du côté des dirigeants, même si l’on sait que Coach Thibs n’est pas un grand fan de l’espagnol. Sur le poste 2, LaVine était un bon shooteur, certes encore irrégulier mais en pleine progression. Butler n’a pas du tout la même qualité de tir derrière l’arc. Sur le papier donc, le cinq semble encore affaibli sur ce point, ou en tout cas ne pas progresser.

Autre problématique, la complémentarité du 5. Défensivement, cela risque d’être impressionnant. Si Thibodeau parvient à mettre en pratique sa défense (qu’il a conçue et théorisée lui-même rappelons le), Butler sera le guide défensif en relai du Pingouin, ce qui profitera au passage à Wiggins. On a déjà pu noter les progrès des jeunes Wolves de ce côté du terrain la saison dernière (2e défense de la ligue contre l’iso par exemple) et la venue de Butler ne peut que les aider à franchir un nouveau palier sur ce point. Seul gros point noir, largement imputable à la jeunesse de l’effectif, la défense sur transition et sur les coupes, surtout ligne de fond. La venue de vétérans aguerris tels que Butler et Gibson ne peut faire que le plus grand bien aux jeunes Wolves à ce niveau.

C’est bien en attaque que la complémentarité pourrait devenir un problème. Outre le souci de spacing déjà évoqué plus haut, l’association Butler-Wiggins soulève également quelques questions. Ce sont deux joueurs aux profils très similaires : athlétiques, adroit à mi-distance et très dangereux en pénétration pour finir près du cercle. A priori, Wiggins devrait jouer poste 2, mais les deux hommes ne vont-ils pas se marcher sur les pieds ? A Thibodeau de trouver les bons réglages. Quoiqu’il en soit, la venue de Butler chez les Wolves présente énormément d’avantages : leadership (malgré les doutes qui entourent l’ancien Bull dans ce domaine), gestion des fins de matchs, habitude des grands rendez-vous et notamment expérience des Playoffs.

Le secteur intérieur est quant à lui très rassurant. La paire Gibson-Towns semble complémentaire.. sur le papier. Par ailleurs, attention à ne pas forcer KAT à s’exiler souvent derrière l’arc ou pire encore, à faire les poubelles au rebond offensif. Si l’on connait ses aptitudes à tirer de loin, il serait scandaleux vraiment dommage de se priver d’un joueur aussi fort poste bas. Enfin, pour driver tout ce beau monde, Jeff Teague et son sens de l’organisation. Le meneur a réalisé une bonne saison du côté d’Indiana, mais est-ce qu’il apportera vraiment plus que Rubio ? Dernier point, le partage du ballon et du scoring. Teague porte la balle en tant qu’organisateur, mais Butler est un joueur qui porte énormément la balle, surtout sur demi-terrain où il est toujours le principal ball handler. A voir donc si une association à la LeBron/Kyrie ou Batum/Kemba est possible avec un Teague qui viendrait en seconde lame. Pour ce qui est du scoring, Wiggins devrait logiquement être le plus impacté, KAT restant le visage de la franchise. En fin de match en revanche, reste à voir qui de lui ou Butler aura le dernier tir. Dans tous les cas, le cinq de départ des Wolves a fière allure.

Des questions légitimes – Le banc

Pour ce qui est du banc, il reste encore du boulot aux dirigeants, comme évoqué précédemment. Tyus Jones restera le back-up de Teague, et semble pouvoir donner satisfaction dans ce rôle. Le secteur intérieur est suffisamment étoffé, mais les postes 2 et 3 ne sont pas doublés. Et avec seulement 2 millions à dépenser sous le cap, plus la Mid Level Exception (4,2 millions), la tâche ne s’annonce pas des plus simples. Parmi les agents libres restant, plusieurs pistes ont été évoquées. CJ Miles aurait apporté shoot et expérience mais a filé aux Raptors. L’option Vince Carter (qui m’aurait d’ailleurs beaucoup plu) s’est envolée avec sa signature chez les Kings. Sur le poste 2, un nom est sorti dans les rumeurs ces dernières heures : Rodney Stuckey. Sa fiabilité au tir est assez douteuse, et pour ma part, je lui préférerais dans ce cas Arron Afflalo. Mais la meilleure option serait sans doute Thabo Sefolosha. Grosse défense et adresse extérieure, l’arrière passé par le Thunder et les Hawks apporterait beaucoup à cette équipe. Mais cette solution risque d’être assez chère, en plus de l’incertitude sur le fait qu’elle puisse intéresser le joueur. Finalement, pour que le banc puisse être renforcé (et il doit vraiment l’être), un cadeau du ciel serait de se débarrasser du contrat de Cole Aldrich (un peu plus de 7 millions). Sa présence n’est pas indispensable dans la rotation, et évacuer son salaire permettrait de libérer du cap pour signer un des joueurs évoqués plus haut. Par ailleurs, son contrat est dégressif et ne dure plus que deux ans, ce qui pourrait faciliter un trade (en ajoutant pourquoi pas un tour de draft).

Les lignes extérieures sont donc la priorité du front office des Wolves. Tyus Jones a montré ses qualités de meneur, et la paire intérieure Bjelica-Dieng, si elle ne fait pas rêver, offre tout de même des certitudes. Sur le plan offensif du moins, car il est vrai que les qualités défensives des deux hommes n’en font pas une assurance tout risque.

La jungle de l’Ouest

Sur le papier, les Wolves ont toutes les armes pour retrouver enfin les Playoffs, après 13 années de disette. Il faudra en revanche renforcer le banc pour être vraiment compétitif. Dans les faits, cela passera par les bons ajustements tactiques de Coach Thibodeau pour coordonner tout ce petit monde. Le Pingouin a décidé de prendre la NBA à contrepied, en proposant un jeu basé sur une défense infranchissable et une attaque tourné vers l’intérieur et le tir à mi-distance. La complémentarité et l’efficacité du roster seront la clé de la réussite des Wolves, dans une conférence Ouest impressionnante.

Car c’est bien là que se situe la dernière interrogation concernant la franchise de Minny. L’effectif aura beau être alléchant, l’Ouest est devenu une jungle encore plus redoutable. Les Warriors et les Spurs restent des cadors et surtout des équipes rodées et appliquées. A leurs côtés, les Rockets et le Thunder se sont incroyablement renforcés avec les arrivées de Chris Paul et Paul George. Et même si quelques doutes les entourent, l’avis général leur donne énormément de crédit car les joueurs majeurs qui composent ces équipes ont infiniment plus d’expérience que les jeunes Wolves. Portland et Dallas, malgré leur manque de défense pour l’un et de talent brut pour l’autre sont en embuscade, Denver s’est considérablement renforcé avec la venue de Paul Millsap. Enfin, les Pelicans vont s’appuyer sur leur monstre à deux têtes Davis-Cousins (tout en ayant conservé Holiday). A la marge, on pourrait même devoir encore compter sur les Grizzlies, certes sur le déclin et considérablement affaiblis par les pertes de Z-Bo et Vince Carter mais qui auront encore leur place dans la discussion. Enfin, on n’est jamais à l’abri d’une surprise venue de derrière, de Californie par exemple avec les Kings.  Ou des Lakers, si on croit aux miracles. Et encore. Enfin, le Jazz et les Clippers seront de vraies interrogations, les deux équipes ayant perdu leur star et connu de profonds changements cet été.

Dans ces conditions, comment garantir une place au soleil pour les Timberwolves ? L’intégration du duo Teague-Butler sera évidemment déterminante. L’ancien Bull représente un apport considérable, et beaucoup d’attentes reposent sur ses épaules. Towns, s’il n’a plus à prouver ses qualités, devra en revanche faire gagner ses Wolves. Avec un joueur du calibre de Buckets à ses côtés, on ne peut qu’être confiant. Thibodeau aura également de grandes (les plus grandes ?) responsabilités dans la réussite de ce groupe. La saison s’annonce palpitante dans le Minnesota. Il y a bien longtemps que la franchise n’a pas suscité un tel intérêt, et franchement, c’est un gros kiff de voir autant de hype autour des Wolves !