What if, c’est quoi ? Simple comme bonjour. Il s’agit de reprendre un fait historique de l’histoire NBA, un trade, une blessure, une fin de carrière, un shoot, une action, et d’en changer le cours. Pourquoi ? Pour raconter des histoires, déjà. Pour revisiter les coulisses de certains moments-clés de l’Histoire de la balle orange et les faire découvrir à ceux qui les ignorent, ensuite. Aussi pour faire prendre conscience que la NBA que l’on connait aujourd’hui est le résultat d’un nombre incalculable de facteurs différents, et qu’elle aurait pu être toute autre si l’on touche à un seul d’entre eux. Bienvenue dans le monde de What if !


What if : Finales 2013, un shoot pour l’Histoire.

2013, Finales NBA entre les Spurs et le Heat. Les Spurs mènent la série 3 victoires à 2 et mènent également de 5 points à 28 secondes de la sirène du game 6. A 28 secondes d’un nouveau titre NBA. L’ambiance est pesante au sein de l’American Airlines Arena. La bande à LeBron va échouer, c’est quasiment sûr. Les Spurs ont pour eux l’expérience des grands rendez-vous, l’expérience d’un groupe, ils savent quoi faire et quand le faire. Tim Duncan a 37 ans mais défie le temps, Tony Parker est bien là aussi, tout comme Manu, héros du game 5 qui a précédé. La balle est en jeu. Tir forcé de LeBron mais rebond offensif de ce dernier, qui ne se fait pas prier cette fois et transforme : 95-92. Arrive alors l’action que tout le monde connaît, celle que les fans des Spurs ne veulent plus revoir et qui ne lassent jamais les fans du Heat.

Les Spurs sont à +3 et Popovich fait sortir Duncan pour permettre aux Spurs d’avoir plus de mobilité afin de suivre les joueurs de Miami au large. Pop ne demande pas la faute, ses joueurs écoutent. Le Heat joue et LeBron loupe son tir. La balle revient dans les bras de Chris Bosh, qui se saisit du rebond offensif et offre le cuir à Ray Allen. Ce dernier recule dans le corner, tir et transperce le filet sur la tête de TP.

Avec moins de 5 secondes au chrono, Tony Parker tentera un tir miracle mais sans succès. Le Heat arrache une prolongation miraculeuse et l’on peut désormais revenir d’un déficit de 5 points en 28 secondes dans un game 6 de Finales NBA. La suite ? Le Heat ira chercher la victoire en prolongation tout d’abord, puis le titre dans un game 7. Par son shoot, Ray Allen vient de renverser le cours de l’Histoire.

Forcément, l’action relatée plus haut est celle qui, encore aujourd’hui, soulève son lot de questions pour les fans de San Antonio. Pourquoi Popovich n’a pas demandé à ses joueurs de faire faute ? Pourquoi sortir Duncan ? Pourquoi il fallait que la balle aille dans les mains d’un des meilleurs shooteurs de l’Histoire ? Et en même temps, qui d’autre aurait été capable de prendre ce tir ce soir-là ? Qui d’autre que l’homme qui a forgé sa carrière et sa réputation derrière cette fameuse ligne ? Ce tir de Ray Allen restera le facteur X de la série, le moment où tout a basculé et l’action des Finales 2013. Un moment que les joueurs sur le parquet ce soir-là ne pourront jamais oublier, d’un côté comme de l’autre. Tony Parker l’avouera quelques temps plus tard lui-même, il n’oubliera jamais et regrettera toute sa vie ce game 6.

Si Ray Allen avait eu le poignet qui tremble sur ce tir, quelles en auraient été les conséquences ? Aujourd’hui exceptionnellement, il n’y aura pas de grande histoire de plusieurs pages. Ce shoot a changé bien des choses et soulève bien trop de questions, alors on va y aller un par un, en mélangeant le fictif et l’actuel, pour bien se rendre compte de la portée d’un simple tir qui a changé l’ordre des choses.

What if Ray Allen avait loupé ce fameux tir ?


I.

Premier acteur présent sur le parquet sur qui l’on peut se pencher… Ray Allen. Le pistolero lui-même, celui qui a allumé ladite mèche et qui a fait mouche.

Allen débarque à Miami au cours de l’été 2012, alors qu’il était free-agent. A l’époque, la nouvelle provoque un petit séisme. Oui, car Ray Allen vient de passer 5 saisons sous le maillot vert et blanc de Boston. Boston qui s’est fait éliminer quelques semaines plus tôt en Finales de conférence… par les gars de Miami. Certains diront qu’Allen était frustré par sa dernière saison chez les Celtics, d’autant plus lorsqu’on a commencé à lui faire comprendre que le petit Avery Bradley pourrait bien lui piquer la place dans le cinq majeur à court terme. Alors que les Celtics lui proposent un nouveau de contrat de 2 ans, Allen file chez l’ennemi, ravissant par la même occasion LeBron James :

On comprend le sentiment du King à l’annonce de cette nouvelle. Voir s’ajouter dans le roster champion en titre le futur meilleur marqueur à 3 points de l’Histoire était un beau cadeau pour aller chercher le back-to-back. Déjà auréolé d’un titre dans la maison celte en 2008 aux côtés de Paul Pierce, Kevin Garnett et Rajon Rondo, Allen débarque à Miami avec l’objectif d’obtenir une seconde bague et d’aider LeBron dans sa quête. Pour ses anciens coéquipiers de Boston, Ray Allen est désormais un traître qui a rejoint le camp adverse, une défiance sans égale pour les Paul Pierce, Kevin Garnett et autres Rajon Rondo. Et pour ce qui est d’aider LeBron dans la quête d’un back-to-back, Ray Allen n’aura sûrement pas pu mieux faire. En inscrivant ce panier décisif, devenu légendaire, Allen permettra au Heat de rester en vie.

Âgé de 37 ans, et alors qu’il aurait pu arrêter sa carrière sur cette magnifique sortie, le sniper va décider de poursuivre l’aventure un an de plus. Mais à la fin de la saison, aux termes des Finales 2014 perdues et avec le départ de LeBron pour Cleveland à la free-agency, Ray Allen décidera d’arrêter l’aventure Miami, sans pour autant officialiser la fin de sa carrière. Ce n’est que deux ans plus tard, en 2016, qu’il l’annoncera officiellement à 41 ans. Si ce soir de juin 2013, le poignet de l’ailier du Heat flanche, qu’en est-il de la suite de sa carrière ?

Avant tout motivé par le fait d’aller conquérir un back-to-back personnel et un three-peat pour le Heat, Allen a poursuivi l’aventure aux côtés de LeBron James et Dwyane Wade pour la saison 2013-2014. Si la défaite avait pointé le bout de son nez un an plus tôt, est-ce que Ray Allen aurait eu l’envie de puiser dans ses réserves un an de plus ? Rien n’est moins sûr. On aurait alors pu assister à un retrait de la légende du tir plus tôt que prévu, même s’il aurait sans doute procédé comme il l’a fait en réalité, sans l’annoncer franchement, au cas où…

II.

Deuxième focus : les Spurs. Après quatre titres NBA remportés à cheval sur deux décennies et un dernier titre remporté six années auparavant, les Spurs étaient cette année-là de retour sur la scène des Finales NBA, après s’être fait barrer la route par le jeune Thunder de Kevin Durant, Russell Westbrook et James Harden en 2012.

L’équipe des Spurs est désormais celle de Tony Parker, première arme offensive de Gregg Popovich depuis quelques années déjà. La légende Tim Duncan est toujours présente, dans un rôle différent des années précédentes évidemment, mais toujours en tant qu’élément central du système Spurs. Le collectif texan tourne toujours bien, l’équipe réalise une saison régulière hyper correcte en termes de résultats comme elle sait le faire, et le collectif est en place avec 6 joueurs à plus de 10 points de moyenne sur la saison. Le jeune Kawhi Leonard se développe aux côtés des futurs Hall of Famers qui l’entourent et incarne la future génération dorée de San Antonio.

Les Spurs, encore aujourd’hui, sont hantés par ce game 6 des Finales 2013 à n’en pas douter. Quelques jours après la défaite, Tony Parker avait eu ces mots dans un interview accordée au Point, en réponse à une question où on lui demandait le sentiment qui prédominait après la défaite au game 7 :

« La déception, mais pas autant qu’après le game 6. C’est là qu’on a vraiment laissé passer une belle occasion. On doit le gagner tous les jours ce match-là, on ne va pas l’oublier de sitôt. Il n’y a pas à rougir de perdre contre Miami, c’est une grosse équipe, mais on peut avoir beaucoup de regret sur ce game 6. On avait 99 % de chances de gagner, avec cinq points d’avance à 28 secondes de la fin, c’est ça qui fait mal. Ce sixième match, c’est la plus grosse défaite de ma carrière. »

Eux qui étaient si proches du but vont devoir patienter un an de plus et la saison 2013-14 pour pouvoir reposer leurs mains sur le trophée Larry O’Brien. Lors de cette campagne 2014, et surtout à l’occasion des Finales en forme de revanche face au Heat, les Spurs vont atteindre un niveau de perfection basketballistique telle que les coéquipiers de Lebron et Wade ne feront même pas illusion, les Spurs dominant leur sujet de A à Z. Et justement…

Allez, on se pose un peu, on ferme les yeux et on les rouvre parce que sinon on peut pas lire, et on imagine deux secondes ce qu’auraient pu être les choses si Allen avait eu le poignet qui tremble lors de ce fameux game 6.

La balle de Bosh arrive dans les mains de Ray Allen, qui recule derrière la ligne et déclenche son tir. Sur le reculoir, Allen en met un peu trop pour compenser le recul et la balle vient frapper le côté opposé du cercle. La balle ressort à l’opposé du tir. Wade et Ginobili sont à la lutte pour récupérer le cuir. Les deux joueurs se disputent la balle, qui file en l’air et atterrit dans les mimines de Boris Diaw, bien placé. Il reste alors moins de 3 secondes à l’horloge. Bosh se jette sur Boris pour provoquer une faute et donne deux lancers-francs au français. L’American Airlines Arena, qui a retenu son souffle sur le tir de Ray Allen, est sous le choc. Pour les lancers de Boris, la bronca est de mise, mais le capitaine tricolore climatise la salle en transformant le premier. Il n’y a plus de temps-mort disponible pour le Heat, moins de 3 secondes à l’horloge et un déficit de 4 points minimum à remonter. Boris loupe le second, la balle est remontée sans faute de la part des joueurs des Spurs. Un tir est déclenché en prière par Wade alors que la sirène retentit. Les joueurs des Spurs exultent et crient de joie, les joueurs de Miami sont figés, genoux à terre et visages marqués.

Au regard du niveau de jeu atteint par les Spurs pour la saison 2013-14, difficile de ne pas imaginer que les Spurs réalise le back-to-back en suivant. L’opposition aurait certainement été différente en face de la part du Heat, encore que… Qu’est-ce qui est plus dur à affronter : un LeBron James qui mène le Heat dans une quête de back-to-back pour rejoindre le cercle des plus grands de son sport, ou un LeBron James et un Heat revanchard car défait en Finales la saison passée ? Difficile à dire, c’est vrai. Mais est-ce qu’une victoire en Finales 2013 aurait empêché le Spurs basketball d’atteindre son apogée en 2014? Pas sûr non plus. Disons qu’il y aurait eu de grandes chances pour que les texans décrochent enfin ce back-to-back qui leur échappe encore aujourd’hui. Et si les Spurs réussissent cet exploit, ça change pas mal de choses, notamment pour deux joueurs…

III.

Tout d’abord, LeBron James.

Le King a débarqué au Heat pour marquer l’Histoire et pour forcer son destin. Esseulé à Cleveland et n’arrivant pas à débloquer son compteur de titres NBA, il a fait le choix de rejoindre son pote Dwyane Wade sur les côtes floridiennes en compagnie de Chris Bosh pour créer une dynastie. Not one, not two, not three, … Après une première désillusion en Finales 2011, où il réalisera des Finales indignes de ses prétentions et en abandonnant le trophée aux Mavs de Dirk Nowitzki, LeBron réussira à décrocher sa première bague l’année suivante face au Thunder. La machine enclenchée, il est bien décidé à rééditer l’exploit, après avoir perdu deux fois en Finales. Il sait que s’il veut marquer l’Histoire de la Ligue à la hauteur de ses aspirations, les bagues sont un argument de poids. Concrétiser un back-to-back l’aiderait grandement dans sa quête vers les sommets. En réussissant le doublé en 2013, c’est chose faite. Évoluant à un niveau stratosphérique durant les Finales 2012 et 2013, LeBron décroche deux titres de MVP des Finales et débarque dans le cercle des plus grands de son sport. Ne comptant pas s’arrêter en si bon chemin, il veut aller chercher le three-peat en 2014. Mais après la défaite subie face aux Spurs, et après avoir réussi à remporter deux bagues, il décide lors de la free-agency de retourner sur ses terres natales de l’Ohio.

Ce shoot du game 6, qui ouvre la porte à un game 7 et sauve le Heat d’une élimination à laquelle il semblait promis, a donc une importance considérable dans la carrière de LeBron. Arrivé en 2010, LeBron repart en 2014 avec deux bagues aux doigts et deux trophées de MVP des Finales. Il aurait pu n’en n’avoir qu’un de chaque si le tir de Ray Allen avait manqué sa cible.

Sans ce shoot, de quoi l’avenir de LeBron aurait-il été fait ?

Premier scénario : on peut imaginer déjà que LeBron et ses amis auraient pu tout de même conquérir le titre en 2014 face à ces mêmes Spurs. Revanchards, le Heat aurait pu faire l’exploit et s’imposer. Dans ce scénario-là, LeBron serait-il alors parti à l’été, alors que la possibilité de conquérir un back-to-back se présentait à nouveau à lui, entouré de Wade et Bosh ? Le projet aurait été tentant… Quid alors du retour de l’enfant prodige à Cleveland lors de la free agency ? Pas sûr que dans ce cas-là, Andrew Wiggins et Kevin Love aient été tradé, et pas sûr non plus que Cleveland ait une bannière accrochée au plafond de la Q Arena.

Deuxième scénario : une défaite en 2013, suivie d’une nouvelle en 2014. Ce scénario est très probable, car le niveau affiché par les joueurs de Popovich en 2014 ne doit rien au hasard. Si le sentiment de revanche qui les animaient a sans doute permis aux coéquipiers de Tim Duncan de rendre l’histoire encore plus belle, le basket proposé par San Antonio cette année-là avait quelque chose en lui d’inévitable. Victoire ou défaite en 2013, le Spurs Basketball arrivait à son apogée en cette saison, et LeBron aurait bien eu du mal à se faire de la place en Finales NBA, comme les choses l’ont prouvé en réalité. Ce scénario nous laisse donc un LeBron James qui arrive à l’été 2014 avec seulement un trophée dans la poche pour trois Finales perdues.

Qu’aurait-il fait ? Aurait-il pris la décision de rentrer tout de même chez lui à Cleveland ou aurait-il poussé l’aventure à Miami encore quelques saisons pour tenter à nouveau sa chance ? Son niveau de jeu, ses qualités n’auraient évidemment pas été altérées par ces deux défaites coup sur coup en Finales, mais qu’en serait-il de sa place, aujourd’hui, dans l’Histoire de notre sport ? Serait-il élevé tout de même à la table des plus grands ou aurait-il hérité de l’image de looser magnifique ?

IV.

Autre joueur dont le sort aurait pu être modifié par ce shoot de Ray Allen : Tim Duncan.

Au moment des Finales 2013, Tim Duncan a 36 ans. Avec plus de 17 points de moyenne et plus de 9 rebonds par match, il continue d’être un rouage essentiel du navire Spurs. Il a depuis longtemps et tout naturellement accepté de laisser les clés de l’équipe à la génération qui le suit et qu’il a formé toute sa carrière durant, notamment à Tony Parker. Chaque été, il se déleste de quelques kilos pour trouver un peu plus de mobilité et pour que son corps puisse tenir le choc toute la saison et plus encore. En playoffs, Timmy est toujours aussi important, avec plus de 18 points, 10 rebonds et 1.5 contre de moyenne par match. Il défie le temps en même temps que ses détracteurs. Lui a déjà remporté plusieurs titres, 4 pour le moment, éparpillés sur 8 ans. Il a également remporté trois fois le trophée de MVP des Finales et il est déjà considéré comme le meilleur ailier fort de l’Histoire à cette époque-là. En quoi le shoot de Ray Allen aurait pu influencer la suite de la carrière de celui qui était déjà une légende ?

Et bien, parce que comme dit précédemment, les Spurs n’ont jamais réussi à faire le doublé malgré tous les trophées récoltés. Certains usent de l’argument pour dire que la dynastie Spurs n’est pas complète à cause de ceci… Érudits.

Si en 2013 le tir d’Allen manque sa cible et que les Spurs file à la victoire, et qu’en 2014 les Spurs décrochent la timbale à nouveau, Duncan n’aurait pas pris sa retraite, il aurait continué de jouer, tout simplement parce qu’il le pouvait encore et qu’il n’avait pas fini son travail de formation. Mais sa place dans l’Histoire aurait été encore plus grande. Réussir à être un joueur capital et encore performant au sein d’une équipe qui remporte un back-to-back à plus de 36 ans, ça aurait été du jamais vu, tout simplement.

Tim Duncan a 5 titres, un paquet de records et de récompenses individuelles et pourtant, dans les débats sur les grands joueurs de notre sport, son nom n’est pas dans les premiers à être mentionnés. Il intervient à un moment ou à un autre, évidemment, sauf chez les plus allumés d’entre nous, mais ce n’est jamais le premier nom que l’on cite. Avec un back-to-back et 6 titres, la place de Duncan dans l’Histoire NBA aurait été encore plus importante, plus incontestée, surtout que son rôle était loin d’être celui d’un gratteur de bagues.

V.

En conclusion, on voit bien à quel point les choses auraient pu être différentes dans notre NBA actuelle, si ce simple shoot avait été soit trop long, soit trop court. LeBron pourrait avoir un tout autre statut, Duncan pourrait être dans la discussion pour le GOAT, et les bannières auraient pu changer de plafond, … Mais la réalité en a décidé autrement et la balle envoyée par Ray Allen a transpercé le filet. LeBron a eu son back-to-back, et est retourné à Cleveland après la défaite de 2014 et le titre perdu face à ces mêmes Spurs.

Qu’importe ce qu’on peut raconter, l’Histoire est tout de même belle.


Et en bonus, le même article est disponible en PDF, suffit de cliquer ici : What if – Finales 2013, un shoot pour l’Histoire