What if, c’est quoi ? Simple comme bonjour. Il s’agit de reprendre un fait historique de l’histoire NBA, un trade, une blessure, une fin de carrière, un shoot, une action, et d’en changer le cours. Pourquoi ? Pour raconter des histoires, déjà. Pour revisiter les coulisses de certains moments-clés de l’Histoire de la balle orange et les faire découvrir à ceux qui les ignorent, ensuite. Aussi pour faire prendre conscience que la NBA que l’on connait aujourd’hui est le résultat d’un nombre incalculable de facteurs différents, et qu’elle aurait pu être toute autre si l’on touche à un seul d’entre eux. Bienvenue dans le monde de What if !


What if – Yao Ming, colosse aux pieds d’argile

Que diriez-vous si demain, dans votre franchise favorite, un joueur de 2 mètres 29 sous la toise et plus de 140kg sur la balance débarquait ? C’est plutôt pas mal non ? Non, pas convaincu ? Bon, alors disons que ce pivot (oui, à 2m29 on est pivot) serait un joueur technique, mobile, imposant, intelligent et adroit dans le mid-range en plus ? Ah vous voyez que ça donne envie ! Et bien ce sentiment-là, certains fans l’ont connu.

L’arrivée de Yao Ming en NBA en 2002 ne passe pas inaperçue. Premier joueur non-américain à être sélectionné en première position à la draft, le pivot chinois débarque en NBA tel un OVNI. Issu de la formation chinoise, Yao fait ses gammes dans le championnat national du pays au sein des Shanghai Sharks. Lors des derniers playoffs qu’il y disputera, Yao tournera à 38.9 points et 20.2 rebonds de moyenne par match, le tout à plus de 75% aux tirs. Alors oui, le championnat chinois n’est pas réputé pour être le plus compétitif à l’époque, mais tout de même. En Chine, l’attente autour du pivot chinois est énorme depuis ses plus jeunes années. Chez les scouts NBA c’est l’effervescence, et la curiosité aussi, devant un tel phénomène. A l’occasion de la draft 2002, ce sont les Houston Rockets qui vont en profiter avec leur premier choix. Comme en 1984 où ils sélectionnèrent un pivot qui marquera leur histoire en la personne d’Hakeem Olajuwon, les Rockets jettent leur dévolu sur la pépite Yao Ming en espérant réaliser le même coup.

David Stern, à la tête de la NBA à l’époque, voit directement le potentiel économique et marketing qu’offre l’arrivée de Yao pour la NBA : avec un tel phénomène dans les rangs, c’est tout le marché chinois qui s’ouvre à la Ligue. En ajoutant le mandarin dans les langues pour les votes du All Star Game, Stern savait ce qu’il faisait. Le pays entier va l’aduler et se mettre à consommer de la NBA jour et nuit pour suivre ses exploits : oui, car Yao n’est pas une bête de foire, c’est une bête de joueur. Yao Ming ne semblait avoir aucune limite dans sa progression et dans son jeu. Dès sa première saison, il tourne à plus de 13 points et 8 rebonds de moyenne, avec des pics à plus de 30 points certains soirs. Il est titulaire au All Star Game, poussant le Shaq sur le banc, notamment grâce au soutien massif qu’il recevra du public chinois. Très vite, le 20-10 deviendra une routine pour Yao. Impossible à contrer lorsqu’il lève la balle, impossible à stopper au poste bas, capable de shooter à mi-distance de manière très correcte, plus de 80% sur la ligne des lancers-francs, intimidant en défense près du cercle, … Yao est une galère pour les équipes adverses.

Un pivot surdimensionné, avec de tels fondamentaux offensifs, de telles mains et une telle mobilité, peu de choses pouvaient l’arrêter. En fait, son seul obstacle, c’était lui-même. Oui, car traîner une telle carcasse n’est pas de tout repos pour les articulations et les os, et ce sont les blessures qui viendront gâcher la carrière du numéro 11 des Rockets. Dès la saison 2005-06, Yao va connaître des difficultés et ne jouera que 57 matchs lors de la saison régulière. Il se reblessera moins d’un an après durant la saison 2006, et cette fois-ci le géant sera forcé à l’arrêt complet pendant 6 mois. Toujours en 2006, en décembre, une nouvelle blessure le guette et frappe son genou droit : il ne reviendra qu’en mars. En 2008, alors qu’il était revenu en forme sur les parquets NBA, une énième blessure au pied gauche le met sur la touche pour le reste de la saison et des playoffs. En 2009-10, c’est encore une saison blanche après une nouvelle fracture au pied. En juillet 2011, après une autre saison gâchée par les blessures, Yao Ming, tout juste âgé de 30 ans, annoncera sa retraite.

Les traces laissées par le phénomène Yao Ming en NBA sont indélébiles. Il a su s’attirer le respect des plus grands, lui qui à son arrivée avait pu susciter quelques doutes et moqueries. Enchaînant les double-double comme des perles, participant à la mondialisation de la NBA, bousculant la hiérarchie des pivots à la fin des années 2000, Yao Ming a marqué la NBA. La muraille de Chine avait un pied en Amérique, dommage qu’il ait été si fragile.

What if … Yao Ming n’avait pas été si blessé ?


I.

Fin mars 2006, saison régulière 2005-06.

30. C’est le nombre de victoires cumulées par les Rockets en ce soir du 31 mars. Yao Ming vient de boucler le match avec 38pts, 11 rebonds, le tout en shootant à 60% pour permettre à son équipe de l’emporter sur les Wizards. La saison est longue pour Houston.

Tracy McGrady n’a joué que la moitié de saison en raison de blessures répétées au dos. Yao quant à lui a loupé quasiment une trentaine de matchs à cause d’une blessure au pied, qui a nécessité une intervention chirurgicale. Après le All Star Game, il a enfin pu revenir sur les parquets à son plus haut niveau. Depuis, il tourne à 25.5pts par match, quasiment 11 rebonds, et shoote à plus de 55% aux tirs et 85% aux lancers-francs. Tous les soirs, le pivot enchaine les performances de haut vol et porte sur ses épaules le reste de son équipe. Mais le duo tant rêvé par le front-office des Rockets bat de l’aile cette saison, Yao et T-Mac ne jouant que 31 matchs ensemble. Avec 30 pauvres victoires à 15 jours de la fin de la saison régulière, les texans ne jouent plus rien, ni les playoffs, ni le tanking.

Jeff Van Gundy, de concert avec son pivot, va alors prendre une décision radicale. Pour les dix derniers matchs de la saison, Yao Ming sera en civil. Le géant chinois a beaucoup pioché dans ses réserves dans les derniers mois pour tenter de ramener les Rockers à un niveau digne, et après avoir subi une opération en décembre, rien ne sert de tirer sur la carcasse plus longtemps alors que plus rien n’est jouable. Yao part en vacances prématurées pour reposer son corps : il faut qu’il revienne plus en forme que jamais dès l’année prochaine, hors de question pour Houston de revivre une saison comme celle-ci.

A l’intersaison, les Rockets mettent la main sur Shane Battier. L’ailier, qui peut couvrir aussi bien le poste 2, 3 ou 4 si nécessaire, est venu apporter sa constance et sa régularité à un groupe en mal dans ce domaine. Battier va directement intégrer le 5 majeur, qui voit s’en aller David Wesley en partance pour Cleveland, aux côtés de Rafer Alston, Tracy McGrady, Juwan Howard et Yao Ming. Sur le papier, ces noms sont assez séduisants, et si tous les joueurs sont en pleine possession de leurs moyens, Houston a les moyens de retrouver un rang plus digne que le cap des 30 victoires en cette saison 2006-07.  L’objectif est clairement affiché : retrouver les playoffs. Mais plus encore, les Rockets veulent laver le dernier affront subi en postseason : une élimination au game 7, contre Dallas… en perdant de 40 points. Trois ans après la formation du duo T-Mac-Yao Ming, il est temps de passer une étape.

Durant l’été Yao et T-Mac se remettent d’aplomb. Pour les deux joueurs, la saison passée a été tronquée. Pour celle qui se profile, Houston a besoin de ses deux joueurs phares à 100% de leurs moyens. Sans eux, Houston n’a pas les armes pour se battre dans la cour des grands. Yao passe donc un été studieux, mais aussi réparateur. Le moindre bobo est soigné avec précaution, et le corps est préparé à une nouvelle saison éprouvante. Du côté de T-Mac, même chose : on remet le dos droit et ça repart.

Les Rockets montrent leurs intentions pour la campagne 2006-07 très tôt, et démarrent la saison pied au plancher en remportant 10 de leurs 12 premiers matchs. La belle série va se poursuivre, et à Noël, les Rockets sont 4ème de la conférence Ouest. Dans le quatuor de tête, Mavericks, Suns, Spurs et Rockets se tiennent dans un mouchoir de poche. Les derbys texans ont tous cette année-là un goût encore plus particulier. Quand Houston affronte San Antonio ou Dallas, l’ambiance monte d’un cran, voire deux. Ce n’est plus une simple question de domination territoriale, c’est une histoire d’égo, de domination dans la course aux playoffs et de mainmise sur la Conférence. Au All Star Break, les Rockets pointent à la 3ème place, à 1 victoire des Spurs et devant les Suns.

Yao Ming et T-Mac sont une nouvelle fois conviés au All Star Game, Yao devançant encore une fois tous ses collègues en tête des votes. Le pivot ne chôme pas depuis le début de la saison et n’est pas étranger au succès des Rockets : 24.3pts, accompagnés de plus de 9.5 rebonds et 2 contres par match, et toujours avec plus de 85% de réussite sur la ligne des lancers-francs. Yao est monstrueux soir après soir. Son corps – son pied surtout – semble être enfin d’aplomb, ce qui lui permet d’exprimer son potentiel au maximum. Dans le jeu à proprement parler, Yao se démultiplie. Capable de jouer les points de fixation sur les attaques placées et de servir des caviars quand il le faut, il se montre tout aussi redoutable quand c’est à lui de finir le travail. Mi-distance, jeu posté, rebond offensif, alley-oop, tout y passe. Quand Yao lève la balle au-dessus de sa tête au poste ou pour tirer, aucun de ses adversaires directs ne peut espérer se saisir de la gonfle. Défensivement, ses 2m29 dissuadent plus d’un extérieur adverse de s’approcher trop facilement du cercle. En dehors de la raquette, les choses sont forcément plus compliquées quand il s’agit de défendre sur des intérieurs fuyants, mais même une fois dépassé, il peut gêner la finition avec son envergure phénoménale. Son compère T-Mac n’est pas en reste, lui qui tourne en 25-5-5 au All Star break. Les douloureux souvenirs de l’infirmerie de la saison passée semblent bel et bien derrière les hommes de Jeff Van Gundy, et c’est tout Houston qui en profite.

Tout ça va se confirmer après la trêve du match des étoiles, les Rockets continuant d’aligner les bonnes prestations autour de leur axe phare T-Mac-Yao. A la fin de la saison régulière, Houston a réussi son objectif de retrouver les playoffs. Mieux encore, en finissant 3ème de la Conférence derrière leur voisin texan de Dallas et derrière les Suns, ils s’offrent le privilège d’avoir l’avantage du terrain au premier tour. Pour ce premier round de playoffs, les Rockets héritent des Nuggets de Denver.

II.

Pour les hommes de Van Gundy, l’échéance est capitale. Capitale, car à plusieurs égards, Houston a des comptes à rendre. A ses fans tout d’abord, car la saison précédente a été désastreuse et que ceux-ci n’ont toujours pas oublié la correction de 40 points subie deux ans auparavant au game 7 du premier tour contre les Mavericks. A eux-mêmes ensuite, car depuis deux ans, ils trainent ce boulet. Yao et T-Mac, de même que leurs coéquipiers, savent bien qu’en cas de nouvel échec au premier tour, une étiquette de loser peut très vite leur être collée. Hors de question pour la troupe de Houston d’accepter de revêtir un tel rôle. Après une saison pleine de satisfaction, il faut concrétiser, franchir un palier.

C’est donc face aux Nuggets de Carmelo Anthony et d’Allen Iverson qu’il faudra faire ses preuves pour les texans. Denver a un effectif assez séduisant, avec de bons cols bleus et role players comme Marcus Camby, Andre Miller, JR Smith ou encore Kenyon Martin. L’année a toutefois été difficile pour les hommes de George Karl, qui ont dû composer avec les blessures et une certaine instabilité tout le long de la saison. Melo et Iverson sont les deux armes principales des Nuggets, comme le sont Yao Ming et T-Mac à Houston. Avec ces deux joueurs dans l’équipe, Denver n’a pas à aller chercher d’autres solutions pour scorer en masse : à eux deux, Melo et AI rapportent quasiment 60pts tous les soirs.

Si l’affiche est alléchante, c’est en grande partie grâce au duel qui va opposer Melo à T-Mac. Les fans s’attendent déjà à assister à un fabuleux mano a mano entre deux des joueurs à la panoplie offensive la plus complète de la Ligue. A cela, il faut rajouter Iverson, qui a marqué le début des années 2000 par son personnage, tout comme T-Mac à son époque Magic. Au milieu de tout ça, Yao Ming serait presque oublié. Et pourtant…

Très tôt dans la série, le géant pivot chinois va poser d’énormes difficultés à la défense de Denver et à Marcus Camby. Ce dernier n’est pas déméritant, surtout qu’il est reconnu pour être un très bon défenseur intérieur, mais Yao est en grande, grande forme. Sur les deux premiers matchs de la série à domicile, il compile 26.7pts et 12.5 rebonds par match. Plus encore, il se montre à son avantage dans un rôle d’intimidation défensive qu’on l’a encore peu vu maîtriser à ce point. Une fois planté dans la raquette en aide les bras levés, impossible pour Iverson ou Melo d’éviter le contact ou de ne pas changer la trajectoire de leur tir : un séquoia géant dans le Texas, qui l’eut cru.

Mais les Rockets vont se faire peur, très peur. Après les deux victoires initiales, ils vont faire preuve d’un relâchement assez troublant au match 3 dans le Colorado. Le contraste sera flagrant, entre des joueurs de Denver qui vont réagir à l’ego et à la fierté, et les joueurs de Houston qui joueront les sénateurs et les suffisants. Avec un tel état d’esprit, il y a peu à espérer en playoffs. Le game 3 sera sans appel, une défaite de 18 points des Rockets. Comme si la leçon n’avait pas été suffisante, les choses se réitèrent au match suivant. Les joueurs de George Karl, avec une confiance retrouvée, montrent une nouvelle fois un visage beaucoup plus séduisant que ceux de Jeff Van Gundy. Carmelo Anthony s’en donne à cœur joie, et plante pion après pion sur la défense hagarde des Rockets. Alors qu’il avait été décisif dans ce domaine sur les deux premiers matchs, Yao Ming ne semble plus en mesure de peser autant défensivement. Surtout qu’il doit multiplier les efforts en attaque afin de se faire de la place entre Marcus Camby et Kenyon Martin, qui prennent à cœur leur mission de faire déjouer le géant en lui rentrant dedans fréquemment. Nouvelle défaite pour les Rockets, et les Nuggets recollent à 2 partout dans la série.

De retour à la maison, Houston doit se remettre la tête à l’endroit. Après une remise en question collective et un bref rappel sur la nécessité d’effacer la déconvenue d’il y a deux ans, tout l’effectif se remet sérieusement au boulot. En premier rôle dans ce regain de forme, Shane Battier. L’ailier à tout faire de Houston va multiplier les actions de hustle pur, de combat, notamment en tentant d’empêcher Melo de prendre une nouvelle fois feu. Dans son sillage, Yao va retrouver son niveau. Au Toyota Center, Yao est à la maison, et à la maison le pépère se sent très bien : 31pts à 11/15 aux tirs et 9/9 aux LF, le tout avec 12 rebonds. Yao domine son sujet et remet les Rockets en tête dans la série, 3-2.

Au game 6, ce sera à T-Mac de revêtir le costume de pompier. En feu dans le 1er quart-temps, qu’il boucle avec 23pts, il met les Rockets sur de très bons rails pour la suite du match. Mais avec 15pts d’avance à la pause, Houston va une nouvelle fois faire preuve de relâchement. Les Nuggets se retrouvent à seulement 6 petits points à 4 minutes de la fin de la partie, mais Yao et T-Mac feront les efforts nécessaires pour permettre à Houston de garder la tête froide. Une victoire dans la douleur, mais une victoire très symbolique pour les Rockets. Guidés par leurs hommes forts, ils parviennent finalement à franchir l’obstacle du premier tour. Quatre ans après la formation du duo tant rêvé par le front-office, une étape supplémentaire est enfin passée.

Au tour suivant, les Rockets doivent affronter les Suns de Phoenix, menés de main de maître par Mike d’Antoni … et Steve Nash. Le génial meneur, qui avait été dans la balance avec T-Mac quelques années auparavant dans la tête du front-office des Rockets, se débrouille plutôt bien dans l’Arizona. Entouré d’Amar’e Stoudemire, de Raja Bell, Leandro Barbosa et autre Boris Diaw, Nash mène les Suns quasiment aux sommets de l’Ouest. Le jeu développé par D’Antoni colle parfaitement à son roster, et les Suns sont un véritable régal à voir évoluer. De plus, pas d’avantage du terrain pour les Rockets sur ce tour, qui devront aller chercher une qualification en Finale de conférence à Phoenix s’ils souhaitent s’en sortir.

Mais la marche sera trop haute pour Houston. Les hommes de Jeff Van Gundy ne sauront jamais s’adapter au jeu trop plein de folie des Suns. Débordés par l’attaque à tout-va de Phoenix, organisée par Nash et conclue bien souvent par Stoudemire, les Rockets ne pourront que constater les dégâts. Ils ne parviendront à s’imposer que pour le game 4 à domicile, évitant ainsi l’humiliation d’un sweep en bonne et due forme. Sur la série, Tracy McGrady sera fantomatique, car en plus du système offensif mis en place par D’Antoni, celui-ci dispose également de défenseurs de premier rang en la présence de Leandro Barbosa et Raja Bell, qui vont mener la vie dure à l’arrière texan. Yao Ming quant à lui sera dans des standards corrects, mais souffrira grandement face au défi physique que lui imposera Amar’e Stoudemire. Si Yao est mobile, le Stoud est sur une autre planète dans le domaine. Et quand le passeur en titre sur pick’n’roll s’appelle Steve Nash, bonjour les dégâts… Les Rockets partent donc tête basse à l’issue du game 5 remporté par Phoenix sur ses terres et qui clôturera la série. Du côté de Houston, difficile de ne pas avoir le moral miné par la défaite. Après avoir enfin transpercé le plafond de verre du premier tour, les Rockets voyaient déjà grand. Peut-être trop d’ailleurs.

III.

A l’intersaison, les Rockets enregistrent l’arrivée, via la draft, d’Aaron Brooks et parviennent à faire signer le précieux Luis Scola. L’effectif ne bouge pas outre mesure sur le terrain, mais sur le banc, Jeff Van Gundy est prié de faire ses bagages. Pas satisfait de ce que JVG arrivait à tirer du groupe, le front-office décide d’installer Rick Adelman sur le banc de touche.

Les Rockets commencent la saison 2007-08 dans le même esprit que la précédente avec le top 4 en objectif. Mais très vite, Houston va déchanter… Un soir de décembre, T-Mac sort du parquet face aux Kings prématurément. Sur une contre-attaque qu’il menait alors, McGrady se bloque au moment de son envol vers le cercle. Comme frappé par la foudre, T-Mac s’effondre au sol et plonge le Toyota Center dans une ambiance glaciale. Le verdict tombera quelques jours plus tard : impossible pour T-Mac de remettre les pieds sur un terrain avant de longs mois, il faut revoir les plans du côté de Houston. Les Rockets sont alors à leur place, dans le top 5 de conférence, en suivant à peu près le même chemin que la saison précédente. Mais avec un arrière all-star, principale arme offensive de l’équipe, sur le flanc, la crainte de voir les poursuivants se rapprocher dans le rétroviseur est réelle.

Pour éviter un tel recul au classement, Adelman va alors confier les clés de l’attaque à Yao Ming. Carte blanche pour le pivot, qui va devoir porter sur ses épaules le reste du roster. Entouré de joueurs de devoir comme Battier et Scola, qui s’avèrent également de très bons basketteurs, Ming ne va pas reculer devant les responsabilités. Yao est alors âgé de 27 ans, en plein prime. Déjà très impressionnant en temps normal, il va devenir irrésistible.

De janvier à avril, il va envoyer 26.4pts par match, culminer à plus de 12 rebonds, le tout à des pourcentages très au-dessus de la moyenne pour un pivot. Pour la première fois de sa carrière, il passe en fin de saison les 25pts de moyenne par match. Il termine la saison avec sa meilleure moyenne statistique en points, en rebonds et en contres. Dans son sillage, c’est tout Houston qui profite de la déferlante qu’inflige le pivot à la Ligue. Sa réputation de soft guy semble ne devenir qu’un argument sonnant creux. Non, Yao n’est pas de ces pivots qui abusent du poste bas, du contact, de la besogne, il n’exhibe pas ses muscles à outrance. Yao évolue dans une autre catégorie, celle des pivots soyeux, des ballerines de 140kg. Il est de ceux qu’on n’aperçoit que rarement sur des parquets NBA.  Son tir mi-distance est une arme qui laisse les réponses sans voix, son footwork ne cesse de progresser, sa technique est impeccable, irréprochable, indéfendable. Quand il se décide à jouer au poste, ses immenses segments lui permettent de dominer tous les pivots adverses. Même ses homologues les plus jeunes sont sans réponse, comme Dwight Howard, tout juste débarqué en NBA et qui représente le parfait contraire de Yao Ming. Yao est sans conteste possible le pivot le plus dominateur de NBA cette saison-là, et logiquement son nom apparaît dans la liste des candidats au titre de MVP.

Trois semaines avant le début de la postseason, T-Mac est à nouveau disponible. Si l’annonce du retour de l’arrière sera accueillie d’un très bon œil par Houston, très vite le manque de rythme et le dos meurtri de T-Mac l’empêchent de revenir à son meilleur niveau. Dans les couloirs du Toyota Center, on se dit alors que pour les playoffs aussi, Yao va devoir porter les Rockets seul ou presque… Oui, car les hommes d’Adelman sont parvenus à se qualifier pour la grande messe d’après-saison, en s’accrochant à la 5ème place de la conférence Ouest. Yao a poursuivi sa folle saison pour gagner une nouvelle fois sa place dans la All NBA 1st Team, et si le bilan des Rockets avait été un peu plus reluisant, nul doute que le trophée de MVP lui tendait les bras. Mais les distinctions individuelles ne sont pas ce qui motive le plus le géant chinois, ce que Yao veut, c’est avant tout gagner.

Le premier tour verra s’opposer les Rockets et le Jazz d’Utah. Et si Houston tentera tant bien que mal de tenir son rang, face à un Jazz doté d’un collectif huilé et redoutable, tout sera plus difficile. Yao se démultipliera encore une fois sur les 6 matchs que comptera la série, terminant celle-ci en 24-10 de moyenne, mais ne pourra rien faire pour contrer les assauts répétés de Deron Williams, Carlos Boozer, Andrei Kirilenko, Mehmet Okur et compagnie. Avec un T-Mac qui ne retrouve pas le rythme, encore moins celui nécessaire en playoffs, les Rockets sont trop courts. Ils accrocheront deux matchs pour s’incliner 4 à 2 face à la bande de Jerry Sloan. Retour au point mort pour Houston, incapable de confirmer son accès au deuxième tour la saison précédente. Pour Yao, c’est la douche froide. Après une saison de haute volée comme celle qu’il vient de produire, une élimination au premier tour des playoffs est difficile à avaler.

Mais Yao, encore une fois, se détache du commun des mortels du monde NBA. Les déclarations tapageuses, les coups de poing sur la table du front-office, les ultimatums, les frustrations publiques, tout ça ce n’est pas pour lui. Pour le pivot taiseux, seul le travail produit par son équipe et l’abnégation de tous les joueurs vers le même but comptent dans la conquête d’un titre. Le remède, pour celui qui est à n’en pas douter le franchise player des Rockets, c’est le travail. Alors quelques semaines après l’élimination, le numéro 11 montre l’exemple, remet le bleu de travail et est déjà de retour au centre d’entrainement. Yao sait que s’il doit gagner un jour, cela n’arrivera que par le travail et l’acharnement. Durant l’intersaison, T-Mac fera ses valises, quittant la fusée de Houston pour celle des Knicks de New-York, dans un nouvel échange XXL orchestré par le front-office texan. De nouveaux joueurs débarquent, de nouvelles habitudes sont à prendre, un nouveau jeu va devoir s’organiser, une nouvelle dynamique va devoir être créée, un nouvel équilibre trouvé et au milieu de tout ça, un homme, inébranlable, indéboulonnable, imperturbable, maintient le navire à flots.

IV.

2 juillet 2015, salle de presse de Houston.

Toute la salle trépigne d’impatience. Depuis quelques jours, la saison 2014-15 vient de prendre fin. La free agency estivale a ouvert ses portes depuis quelques heures. Pourtant ce jour-là à Houston, l’impatience des premières signatures n’est pas le sentiment qui prédomine, loin de là. Un seul homme est attendu dans la salle de presse, mais il ne s’agit pas d’une nouvelle recrue fraîchement signée. Quelques jours auparavant, les Rockets ont publié sur les réseaux sociaux un communiqué officiel, donnant rendez-vous à tous les journalistes du coin le 2 juillet pour une annonce exceptionnelle. Très vite, les bruits ont commencé à courir. Près de 13 ans jour pour jour après son premier match au sein de la Grande Ligue, Yao Ming, bientôt âgé de 35 ans, s’apprêterait à annoncer sa retraite. D’un simple bruit de couloir, la nouvelle va se confirmer rapidement : en NBA, tout va beaucoup, beaucoup trop vite.

Les journalistes sont entassés dans la salle, les micros et téléphones sont dégainés, prêts à capter le moindre son et la moindre image de l’annonce. En coulisses, on s’active tout autant. Tout est réglé au millimètre près. 15h pétantes, l’icône débarque. Yao Ming entre par la grande porte, qui parait pourtant minuscule au regard des dimensions du bonhomme. Le pivot a beau être dans la ligue depuis 2002, on ne s’habitue jamais à ses mensurations hors du commun. Habillé dans un costume un poil trop grand pour lui – un comble – Yao s’installe au centre de la table, entouré par son propriétaire, son general manager, et son coach.

Yao est un taiseux de nature, jamais dans les déclarations tapageuses, pas un grand fan des micros, des caméras ou de tout le show médiatique qu’est la NBA. Mais il s’est plié, des années durant, à l’exercice. Il sait que tout cela fait partie du jeu. Et aujourd’hui, une fois de plus, Yao se dévoue à la tâche. Il faut dire que l’occasion est particulière. Car oui, Yao est venu annoncer qu’il raccrochait ses larges baskets.

Le 30 octobre 2002, Yao Ming disputait son premier match sous les couleurs des Houston Rockets. Le 27 mai 2015, dans le match 5 de la Finale de conférence opposant Houston aux Golden State Warriors, Yao disputait son dernier match, sans que la foule de fans des Rockets ne soit au courant. Le pivot avait pris sa décision depuis un petit moment déjà, mais n’avait souhaité la communiquer qu’à un petit comité de proches. Pour ne pas faire trop de bruit, mais surtout pour préserver Houston de toute la pagaille qui aurait pu potentiellement venir troubler la belle saison réalisée. Quelques jours après l’élimination en playoffs, Yao a réuni ses coéquipiers ainsi que tout le staff de la franchise, afin de leur annoncer la nouvelle en personne, à chacun. Tout est ensuite allé très vite, et le voici en plein milieu d’après-midi, à Houston, dans la salle de presse, devant une foule de journalistes prêts à l’écouter. Alors Yao prend une grande inspiration, déclenche un sourire timide, et se lance.

« Merci à tous d’être venus ici aujourd’hui. Je voulais avoir un petit effet de surprise, mais je crois que c’est manqué non ? Avant de commencer, je voudrais remercier le coach, le general manager et le propriétaire d’être présents à cette table, c’était pour moi quelque chose de très important.

Je suis venu vous annoncer la fin de ma carrière NBA. A presque 35 ans, j’ai pris la décision de me retirer des parquets. Il est temps de ranger les chaussures au placard et de laisser définitivement la place aux plus jeunes. Force est de constater que je ne peux plus leur courir après !

Depuis 2002, depuis mon arrivé à Houston, j’ai été gâté chaque jour. Je ne connaissais rien à ce pays, à ses habitudes, au fonctionnement de la NBA. Je m’excuse auprès de tous mes coéquipiers des premières années pour ma maîtrise de l’anglais, notamment Steve Francis qui m’a beaucoup aidé à mon arrivée : désolé Steve, mais je ne comprenais vraiment pas grand chose. J’ai appris peu à peu à me faire ma place dans cet univers si spécial. Je remercie pour cela tous ceux qui ont su m’accompagner et qui m’ont guidé, tous les anciens joueurs qui ont voulu me prendre sous leur aile, Bill Russel, Bill Walton, Dikembe, … Leur aide et leur expérience y ont été pour beaucoup dans ma progression et mon bien-être.

Plus les années ont passées, plus je me sentais chez moi à Houston. Merci à toute l’organisation, à tous les fans et à tous les joueurs qui sont passés par ici à mes côtés. J’ai une pensée particulière pour certains d’entre eux, avec qui j’ai tissé des liens qui vont au-delà du jeu. Steve Francis, Cuttino Mobley, ces deux-là ont été mes repères lors de mon arrivée, je ne pourrais jamais oublier ce qu’ils ont fait pour moi. T-Mac je ne t’oublie pas non plus, à ton arrivée nous avons passé un cap en tant qu’équipe, et j’ai également passé un cap en tant que joueur. Tu es l’un des plus doués de ta génération, et merci pour ces années. Je remercie également mes coachs, merci de m’avoir fait confiance et de m’avoir laissé sur le terrain. Sans vous, ma carrière n’aurait pas été la même.

Je remercie également mes adversaires, car j’ai joué contre certains des meilleurs athlètes au monde. Et un grand athlète n’a pas que de grands coéquipiers, il a aussi de grands adversaires. Des adversaires qui vous poussent à tout donner, comme Shaquille O’Neal et contre qui on se rappelle le fameux dicton “ce qui ne te tue pas te rend plus fort”. Merci à eux, à chacun d’entre eux.

Ma carrière a été belle, très belle. Si je devais avoir un regret, ça serait celui de la terminer sans titre. J’aurais aimé amener le trophée au sein de la franchise plus que quiconque, elle le mérite tellement. Mais je pars en paix, car j’ai tout donné, chaque minute, pour pouvoir réaliser ce rêve. L’adversité a été rude, mais je ne rougis pas de la carrière que j’ai fait ici. Au contraire, j’en suis plus que fier. Encore une fois merci à tous. »

Sur ces mots, le grand Yao se lève, se dirige vers les journalistes et les salue une dernière fois. Il se retire des parquets NBA avec une carrière formidable derrière lui, malheureusement sans bague.

Yao à Houston, c’est 13 ans de mariage. Le pivot est rentré depuis un petit moment dans le cercle assez fermé des joueurs avec plus de 20.000 points et 10.000 rebonds, en compilant plus de 23.000 pions et 12.000 prises de balle. Un peu moins de 1000 matchs joués, un paquet de shoots mi-distance rentrés, de lancers francs compilés, d’adversaires dégoûtés. Il y a eu ces matchs, où Yao semblait inarrêtable et au-dessus de la mêlée, il y a eu ces moments où Yao portait toute l’équipe sur son dos. Plus encore, Ming a permis à Houston et à la NBA toute entière de s’émanciper à l’international et de s’ouvrir sur le continent asiatique. Arrivé avec un statut de potentiel flop, le désormais légendaire numéro 11 de Houston s’en va avec le statut de légende de la franchise. Clap de fin pour Yao.


Et en bonus, le même article est disponible en PDF, suffit de cliquer ici : What if – Yao, colosse aux pieds d’argiles