What if, c’est quoi ? Simple comme bonjour. Il s’agit de reprendre un fait historique de l’histoire NBA, un trade, une blessure, une fin de carrière, un shoot, une action, et d’en changer le cours. Pourquoi ? Pour raconter des histoires, déjà. Pour revisiter les coulisses de certains moments-clés de l’Histoire de la balle orange et les faire découvrir à ceux qui les ignorent, ensuite. Aussi pour faire prendre conscience que la NBA que l’on connait aujourd’hui est le résultat d’un nombre incalculable de facteurs différents, et qu’elle aurait pu être toute autre si l’on touche à un seul d’entre eux. Bienvenue dans le monde de What if !


What if – Shaq, l’étoile filante de Disney

Au début de la saison 2016-17, Shaquille O’Neal a été intronisé dans la cour des Grands de ce jeu qu’est le basketball : le Hall of Fame. Aucun humain normalement constitué et mentalement stable ne peut contester l’intronisation du pivot le plus dominant de son époque au sein de cette prestigieuse institution : Rookie de l’année en 1993, MVP de la saison 1999-00, 15 fois All Star, 3 fois MVP du All Star Game, quadruple champion NBA, 3 trophées de MVP des Finales consécutifs, 2 fois meilleur scoreur de la Ligue, plus de 28.000pts et de 13.000 rebonds… Et vous n’avez ici que les grandes lignes.

Shaq a laissé son empreinte dans la grande Ligue comme rarement un joueur a pu le faire avant lui. Le joueur était un animal, une force de la nature, une montagne de muscles, un athlète. Il terrassait les pivots adverses par sa puissance, détruisait littéralement les paniers, démontait les défenses, Shaq était une montagne infernale pour les équipes adverses. Plus encore que le joueur, l’homme est resté comme une légende dans la NBA : entre les surnoms qu’il s’auto-attribuait, ses réactions sur le terrain, les shows auxquels il s’adonnait pour les All Star Game, il a dépassé la sphère privée de la NBA pour s’inviter à la table des basketteurs les plus connus du grand public. Bref, le Big Diesel est une légende vivante.

Si on retient souvent de lui ses années californiennes au sein des Lakers, où il a formé l’un des duos les plus forts de l’histoire NBA en compagnie de Kobe Bryant, l’homme aux 36 surnoms a commencé sa longue carrière en Floride, à Orlando. A son arrivée dans la franchise floridienne, le Shaq ne va pas tarder à prendre la mesure de la NBA et va directement se poser dans les tops joueurs à son poste. Accompagné de son acolyte Penny Hardaway, il permet à la franchise du Magic de progresser d’années en années, jusqu’à la saison 1994-95, alors que Jordan est dans sa première retraite sportive. Le Magic profite de cette phase pour se glisser cette saison-là en Finales NBA contre les Rockets d’un autre illustre pivot, Hakeem Olajuwon. Sweepé, le Magic dira au revoir à la bague. La saison suivante, Jordan est de retour, et le Magic se fera à nouveau sweepé, par les Bulls cette fois-ci, en Finales de conférence.

A l’été 1996, O’Neal est free-agent. Alors qu’il souhaite reste en Floride et que tout Orlando s’attend à une signature expresse et sans bavures, le front-office du Magic se fait dessus. Sur le bureau de Shaq, c’est une offre en-deçà de ce qu’espérait le pivot niveau salariale. La raison ? Orlando a des doutes sur la défense de Shaq et aussi sur ses capacités au rebond. Si, si j’vous jure, ils ont osé. Du coup, déçu mais pas con, O’Neal fait ses bagages direction Los Angeles pour y rejoindre les Lakers. Là-bas, après une période de doute, il gagnera 3 titres de suite, en étant à chaque fois MVP des Finales, et en étant MVP de la saison régulière en 1999-00 aux termes d’une saison historique. Il formera un duo magique avec Kobe, laissant des regrets amers à ceux qui voyaient la possibilité d’un duo du même calibre avec Penny Hardaway à Orlando.

Au moment de son intronisation au Hall of Fame, le Big Diesel s’est confié sur d’éventuels regrets au sujet de son départ d’Orlando en 1996 :

« Je n’ai pas une réponse arrêtée. Parfois, oui. J’aurais aimé qu’il y ait une règle qui veuille qu’un joueur drafté doit rester dans sa franchise toute sa carrière. Mon regret vient du fait qu’on avait une équipe fabuleuse et jeune. C’est dommage qu’on ait cassé ça. Je ne vis pas sur des « si » mais je regrette d’être parti en 1996. ».

« J’aurais aimé être plus patient. Je voulais me protéger des critiques et gagner. Même à Los Angeles, on m’a critiqué. J’ai encore mis quatre années pour gagner. J’ai été réellement impatient, jeune. Je suis plus vieux maintenant et j’espère que les jeunes seront plus patients. »

Alors aujourd’hui, on redonne sa chance au gros bébé au sein du Magic d’Orlando, et on redonne aussi une chance à Orlando de ne pas laisser filer sa poule aux œufs d’or du côté de la West Coast. Qu’est-ce que vous voulez, on est généreux. Allez, en route.

What if … Shaq avait resigné à Orlando ? 


I.

Été 1996. Fatigué par une saison éprouvante pour le Magic, Shaq réfléchit à son avenir. Il est officiellement agent libre depuis 24h, et a déjà reçu de belles offres. Les négociations avec le Magic avancent mais pas autant qu’il le faudrait, ce qui ouvre évidemment la porte à d’autres écuries. Orlando sort d’une belle saison régulière, terminant avec 60 victoires – meilleur bilan de sa récente histoire. Mais face à eux se sont dressés les Bulls de Chicago, menés par Michael Jordan, de retour aux affaires.  Intraitables, les troupes de Phil Jackson ont sweepé sans état d’âme les joueurs du Magic, pourtant finalistes NBA l’an passé. Un sweep en forme de revanche et de correction, alors qu’Orlando avait sorti Chicago des playoffs l’année précédente. La conférence Est semble être redevenue le territoire de Jordan, comme une fatalité pour ses adversaires…

Au milieu de tout ce méli-mélo de pensées, Shaq vient de recevoir sur la table une proposition des Lakers. Partir pour la conférence Ouest, après tout pourquoi pas ? Los Angeles est un gros marché, une ville à la dimension de son talent et de sa personnalité. Plus encore on lui propose un salaire énorme, ce que tarde à faire Orlando. Le projet est assez ambitieux, puis il serait la seule star à bord, … Alors pourquoi pas ?

Penny Hardaway, son complice au sein du Magic, sent bien que Shaq est à un tournant de sa jeune carrière. Les deux joueurs mènent Orlando d’une main de maître depuis quelques années ensemble et leur association marche à la perfection. Le duo qu’ils représentent à eux deux, c’est l’avenir de la Ligue. Hardaway le sait : sans Shaq, mener la barque d’Orlando serait trop difficile, aussi talentueux soit-il. Après de longues heures à parler ensemble, Penny arrive à convaincre O’Neal de laisser une seconde chance aux dirigeants de la franchise, d’écouter une dernière proposition, avant qu’il ne se décide définitivement. La balle est dans le camp du front-office d’Orlando et sous la pression d’un Penny Hardaway qui a su réparer les erreurs et maladresses commises jusqu’alors. Après un nouveau tour de table, une offre est proposée à Shaq, à hauteur de ses espérances. Cette proposition, ainsi que l’implication de son coéquipier pour le conserver détermineront le choix du mastodonte : le Shaq resigne à Orlando pour 4 ans. Il ne fuira pas la conférence Est, ni les Bulls de Jordan pour se dorer la pilule à Los Angeles. S’il doit gagner un jour, il veut le faire en priorité dans la franchise qui a su lui confier les clés de son avenir le premier jour où il est arrivé dans la Grande Ligue.

II.

A l’intersaison, peu de mouvements dans le roster d’Orlando. La prolongation d’O’Neal renforce à elle-seule l’effectif pour les années à venir et c’est toute la ville qui pousse un ouf de soulagement. Avec lui, Penny Hardaway, Nick Anderson, Horace Grant et Dennis Scott composent le 5 majeur, inchangé, le tout commandé par Brian Hill. L’objectif est le même lui aussi : un retour en Finales NBA, et le titre. Avant cela, il faut toutefois gérer la saison régulière correctement en évitant les grosses blessures et en terminant avec le meilleur bilan possible pour s’assurer un avantage du terrain décisif en playoffs, surtout pour le Magic.

Pourquoi ? Parce qu’en face des floridiens s’érige un adversaire de taille : Chicago, évidemment. Les deux équipes sont à l’unanimité favorites pour terminer en tête de la conférence Est, bien que les spécialistes mettent tous Chicago en tête de liste. Hakeem Olajuwon et les Rockets avaient dû attendre le break de Jordan pour pouvoir gratter deux bagues de champion. O’Neal arrive lui dans la lutte pour le titre au moment où MJ est de retour à son meilleur niveau, après avoir repris possession de son trône et de son précieux. Contester la suprématie de Jordan sur la NBA et dominer la conférence Est, voilà le défi qui se dresse pour le Magic et pour le gros Shaq : rien de moins.

La saison se déroule comme souhaitée du côté d’Orlando. Collectivement, la franchise réussit à se remobiliser malgré la déception du sweep des derniers playoffs et parvient à terminer avec un bilan de plus de 55 victoires une nouvelle fois. Le duo Hardaway-O’Neal continue de parfaire son entente. Penny Hardaway développe son potentiel de joueur All Star en drivant la franchise avec brio – 21.5pts, 5 rebonds, 5 passes décisives de moyenne sur la saison – et son association avec Shaq fait pâlir les défenses de la Ligue entière. De son côté, O’Neal continue d’écrire les premiers chapitres de sa légende de force de la nature, enchainant les double-double à coup de dunks, d’alley-oop reçus de son acolyte Penny, de claquettes, de rebonds, et parfois de quelques coast-to-coast dont il a le secret. Les deux joueurs sont d’ailleurs sélectionnés au All-Star Game en guise de première récompense. Derrière ce duo énergisant et plein de promesses, qui confirme en cette saison 1996-97, les role players et les cols bleus que sont entre autres Brian Shaw, Nick Anderson ou Horace Grant assurent leur part du boulot. Bref, Orlando tourne bien.

Si tous les matchs sont joués avec application, les confrontations avec les Bulls ont une odeur particulière. Bien que n’importe quelle équipe devant affronter le trio Jordan-Pippen-Rodman s’apprête à jouer le match de sa vie à chaque instant, Orlando est animé d’un sentiment de revanche en mémoire du sweep infligé l’année précédente. Le retour de Jordan a fait beaucoup de victimes, parmi lesquelles Orlando. Le premier affrontement de saison régulière à Chicago sera d’ailleurs l’occasion de rappeler que le chemin est encore long pour les floridiens pour faire tomber le Maître du jeu qu’est Jordan : 43 pions sur leurs têtes, et une victoire de 15 pts sans appel. Jordan a tapé du poing sur la table, le Magic vacille. Les Bulls passent la barre des 60 victoires cette saison-là, sans donner l’impression de forcer outre mesure leur talent. Des petites défaites par-ci par-là, mais rien ne semble pouvoir ébranler la domination des Taureaux.

Les pronostics de début de saison se confirment. En tête de la conférence Est, Chicago domine suivi par Orlando, Miami et Atlanta. A l’Ouest, le duo Stockton-Malon amène le Jazz en tête de conférence, avec les Rockets et les Sonics dans leur dos. Shaq termine dans la All-NBA First Team avec près de 28pts, 12 rebonds et quasiment 3 contres par match. Le pivot floridien confirme sa domination sur le poste de pivot, et ses adversaires directs commencent à comprendre qu’il faudra se lever tôt pour le détrôner. Son compère Hardaway termine lui dans la seconde All-NBA Team, tout sauf un hasard tant le duo semble indissociable. L’heure des playoffs a sonné.

Orlando débarque en playoffs la bave aux lèvres, après s’être préparé toute la saison durant pour ce moment où le jeu s’endurci, où les espaces sont plus réduits, où la tension est présente continuellement et où seules les grandes équipes survivent.

Passés deux premiers tours relativement tranquilles, le Magic se retrouve en Finale de conférence pour affronter les Bulls de Chicago, enfin. Shaquille O’Neal a survolé les deux premiers tours de postseason et aligne 27.3 pts et 13.1 rebonds de moyenne. Galvanisé par l’ambiance des playoffs, le numéro 32 du Magic confiera aux journalistes qu’en réalité, à l’heure de la postseason c’est une évolution de lui-même que le public peut voir chaque soir, « Shaqinator ». Un peu d’humour dans ce monde de brutes. Elevant son niveau de jeu lui aussi, Penny Hardaway navigue dans les mêmes eaux que son collègue, alignant plus de 21pts, 8 passes et 5 rebonds par match. Le duo tourne à plein régime au moment d’affronter le trident tant redouté des Bulls, qui mène une route toute aussi paisible que les floridiens pour le moment. Orlando tient son opportunité de revanche tant attendue et peut compter sur un duo O’Neal-Hardaway qui semble capable de tout ensemble, avec un an d’expérience en plus dans les valises.

Toutefois, Chicago est tout simplement trop fort. Trop talentueuse, trop forte, trop complémentaire et tellement plus expérimentée. Les Bulls ne balayeront pas le Magic cette fois, qui s’incline 4-2, mais ces deux victoires sonneront creuses vu le résultat final. A la tête des Bulls, Jordan est au sommet, trop fort, trop intouchable. Il enquille 34.8 pts de moyenne contre les floridiens, qui ne seront jamais en mesure de l’arrêter dans ces coups de chaud. Rodman déploiera toute son énergie pour contrarier les plans offensifs du Magic et gêner le Shaq, malgré les kilos et les centimètres rendus. Pippen joue sa partition de lieutenant de la meilleure manière possible, épaulant le numéro 23 offensivement pour mettre à terre le Magic, et s’occupant par séquences de contrôler, voire d’éteindre, Penny Hardaway. Le duo O’Neal-Hardaway est fort, c’est indéniable, mais le duo Jordan-Pippen l’est encore plus incontestablement.

III.

Touché par ce nouvel échec face aux Bulls et surtout affecté par la manière dont la série a tourné, le Shaq et avec lui toute la franchise, est en plein doute. A quoi bon lutter contre la machine des Bulls au regard du niveau qu’elle a atteint ? Faut-il se battre en vain pour accéder aux Finales ou patienter, prendre des coups, et attendre que l’orage passe ? D’autant que la pression se fait de plus en plus ressentir sur les larges épaules du numéro 32 d’Orlando : lui qui domine maintenant son poste depuis quelques temps est attendu à un stade plus élevé en matière de leadership. L’excuse de la jeunesse valait pour les Finales de 1995, mais deux ans après, l’exigence demandée au Shaq commence à se faire plus pesante. On connait la chanson : après une élimination, des doutes emplissent les vestiaires, et les premières critiques de l’extérieur commencent à fuser

Dans le viseur notamment, la flemmingite aigüe dont semble victime le garçon : irréprochable d’énergie et d’efforts sur le terrain, la franchise aimerait voir O’Neal se donner la peine de faire les mêmes efforts lors des entrainements et des périodes de break. Dominant le jeu sans forcer son talent et en déployant au maximum sa force physique, Shaq sait qu’en peu d’efforts il peut mettre la concurrence à terre. Mais si cela est suffisant pour battre 95% des équipes, face aux Bulls de Jordan, leur principal adversaire leur barrant la route de nouvelles Finales NBA depuis 2 ans, ça ne suffit manifestement pas.

La décision est donc prise dans le front-office du Magic de faire bouger les choses. Une dizaine de jours après l’élimination des playoffs, Orlando dit ainsi au revoir à Brian Hill et son staff. Chuck Daly débarque et pas pour prendre sa retraite paisiblement au soleil. Pourquoi Daly ? Déjà car le Monsieur a réussi à battre les Bulls de Jordan à la fin des années 90 et qu’il se voit bien remettre ça 10 années plus tard. De plus, le Monsieur est disponible et a envie d’une dernière expérience. Et surtout, parce qu’il est potentiellement le coach qui peut faire comprendre à Shaquille O’Neal l’empreinte que peut laisser le géant prend plus au sérieux tout le travail en amont du terrain et qu’il développe d’autres aspects de son jeu.

L’effet Daly va tout de suite se ressentir au sein de la franchise. Le nouveau coach, fort de son expérience et homme de poigne, s’entretient dès son arrivée avec le duo Hardaway-O’Neal. Les trois acteurs sont conscients du potentiel de leur duo, mais Daly va directement leur faire constater l’ampleur du travail qu’ils doivent encore accomplir pour décrocher un jour un titre NBA. La pression médiatique, il s’en charge. Eux ne doivent se préoccuper que du terrain et de leurs coéquipiers. Surtout, Daly va faire prendre conscience au Shaq qu’avoir avec lui un atout comme Penny Hardaway à ses côtés tout en ne tirant pas le maximum de cette relation est un immense gâchis. Quelque peu rebuté par ce coach qu’il voit débarquer chez lui et lui infligeant dès les premiers instants des leçons de morale, O’Neal ne réagit pas directement et laisse même penser que l’arrivée de Daly lui déplait. Dans le microcosme NBA, tout va très vite, et les premières rumeurs s’agitent déjà. Il faut dire que l’animal n’a pas l’habitude de se faire bouger comme ça…

Toutefois, à force d’échanges, Daly parviendra à diffuser le deuxième effet Kiss Cool de son arrivée envers son intérieur. Shaq comprend le message de son nouvel entraineur au fur et à mesure de ses sessions estivales. Chuck suit le travail de son nouveau protégé avec attention. Le géant travaille sur tout ce qu’il avait l’habitude de délaisser à cette période d’intersaison : sa condition physique, ses lancers francs, son hygiène de vie, … Tout en restant lui-même, et en s’autorisant quelques jours de break pour aller se faire un petit barbecue entre potes sur la plage. « Je ne peux pas faire d’un dauphin un requin » commentera Daly, un brin taquin mais quand même heureux de voir que le message passe.

Si sur le terrain Shaq sera l’arme fatale numéro 1, en coulisses Daly va laisser Penny Hardaway devenir son principal relais. Si son pivot est dominant, son meneur l’est tout autant, et il doit lui aussi se développer une âme de leader. Hardaway va donc devenir le relais principal entre le coach et les joueurs, une sorte de coach de terrain, qui remobilisera les troupes en temps voulu, qui orchestrera la machine, gérera le tempo, et qui souvent fera soulever les foules. Ainsi, en déterminant d’entrée les rôles de chacun et en réussissant comme peu de coachs savent le faire à gérer l’égo de deux superstars, le nouveau coach réussit à séduire l’équipe et ses fans en peu de temps.

IV.

Orlando va surfer sur cette vague positive pour une nouvelle fois produire une saison de haut niveau. Egalant le record de victoires établi deux ans auparavant, Orlando termine avec 60 victoires. Comme un symbole, Chicago termine avec 62 victoires, trustant encore une fois la première place de la conférence Est. Le signe encourageant pour le Magic ? La victoire au United Center, après prolongation, lors du match de Noël. Dans ce match aux allures de playoffs, Shaq est intenable et tient un duel à distance avec MJ, tous deux évidemment dans deux registres opposés. O’Neal terminera le match avec 51 points, 19 rebonds et 6 contres : un match de mammouth, une présence de tous les instants, un poids permanent pour les Bulls qui ont fini par rompre sous les coups de l’animal. Accompagné d’un Penny Hardaway en mode distributeur de bonheur, avec 19 points et 16 caviars avec seulement 1 perte de balle, O’Neal a tout démonté. Orlando décroche une victoire au goût particulier : oui, ils peuvent battre les Bulls, chez eux.

Le parcours de playoffs est une sorte de déjà-vu pour Orlando. Le premier tour ainsi que la demi-finale de conférence sont des formalités pour les hommes de Chuck Daly, le duo O’Neal-Hardaway marche encore sur leurs adversaires, avec une complémentarité qui ressemble de plus en plus à l’un des meilleurs duos que la NBA ait connus. Shaq explose tout en augmentant encore ses standards : quasiment 30 pts et 14 rebonds de moyenne sur le premier tour, 28 et 12 sur le deuxième, Shaqinator est en forme.

En Finale de conférence, un scénario qui ressemble de plus en plus à une rivalité : Chicago-Orlando. Un doux souvenir pour Jordan, cet affrontement ayant pour lui l’odeur matinale des vagues floridiennes qui viennent s’échouer sur la plage pendant l’été. Deux fois de suite les Bulls ont tapé le Magic, s’ouvrant la porte des Finales NBA : un sweep, un 4-2 et deux titres derrière. Retrouvailles pour l’acte 3, avec une franchise d’Orlando qui ne se prépare que pour ça, chaque année, depuis deux ans.

Et cette fois-ci, le plan ne se déroulera pas sans accro pour Chicago. Après deux victoires à domicile, les choses se corsent quand les floridiens l’emportent au match 3, par ce que certains qualifieront d’excès de confiance de la part de Jojo et ses potes. Les choses se compliquent davantage lorsqu’au game 4, Hardaway et O’Neal volent une nouvelle fois la vedette au trio des Bulls, bien épaulés par leurs coéquipiers du 5 qui tiennent le choc face à la machine de l’Illinois. O’Neal continue sur le même rythme que les deux premiers tours, multipliant ses efforts pour peser de tout son poids (c’est dire) sur chaque possession. La transformation souhaitée par Chuck Daly et l’ensemble de la franchise semble se finaliser lors de cette confrontation. Sur les 4 premiers matchs et malgré les deux défaites inaugurales, le numéro 32 du Magic aligne de 27.4 pts de moyenne accompagnés de 11.5 rebonds et quasiment 4 contres par match. Le pivot au physique le plus dominant de la Ligue depuis bien longtemps assoit ainsi sa domination sur la peinture de Chicago. Et il peut compter sur un soutien de taille : Penny Hardaway virevolte dans la défense pourtant réputée très solide des Bulls. Hardaway marche sur Ron Harper et Steve Kerr, qui ne peuvent rien face à l’arrière aux qualités physiques et basketballistiques bien supérieurs à eux deux. Virevoltant au milieu de la défense pourtant réputée solide des Bulls, le numéro 1 du Magic s’illustre tantôt en chef d’orchestre, tantôt en électron-libre sur transition en venant fracasser les cercles.

Après une nouvelle défaite au United Center de Chicago lors du match 5, le Magic revient à la maison pour disputer un match 6 déterminant pour la suite des playoffs et plus largement du roster floridien. Quitte ou double : l’opportunité d’un match 7 sur lequel tout peut basculer, ou l’élimination à 4-2. Portés par un O’Neal monumental, qui sera galvanisé par le public d’Orlando et caviardisé par Hardaway plus que jamais, le Magic s’adjuge la sixième manche de cette Finale de conférence. 32 pts, 16 rebonds, 6 contres et 4 passes décisives, voilà la ligne de stats de Shaq dans ce match décisif. Mais plus que les stats c’est la concentration du bonhomme, l’écoute dans les consignes et le travail défensif auquel il s’est tenu tout le match qui frappe les observateurs. La transformation du joueur dominant au leader semble désormais achevée. Shaqinator 2 est de sortie.

Le Magic s’offre ainsi un game 7 en terres jordanesques. Inutile de préciser que même si son équipe est malmenée, Jordan survole côté Bulls et se livre à quelques belles batailles, que ce soit avec Hardaway sur les lignes arrières, ou avec le Shaq quand Jordan décide d’aller manger de la viande dans la peinture. Tout le monde a encore en tête évidemment le match de Noël où Orlando avait réussi à s’imposer dans l’antre de MJ après prolongations, et du côté d’Orlando, si le contexte est bien différent, on capitalise sur cette victoire pour croire au miracle : faire tomber Jordan, chez lui, dans un game 7 de Finale de conférence.

Mais effectivement, le contexte n’est pas le même, et Michael Jordan est Michael Jordan. Quand Jordan décide de gagner un match, il se loupe rarement. Malgré un match très tendu, crispé et serré dans le moneytime, Jordan fera parler la foudre et étalera encore une fois sa classe aux yeux de tous. Sur une ultime pénétration à 1 minute du terme, Jordan monte au contact sur le Shaq. L’image restera gravée dans les mémoires pour de longues années. Un poster en bonnes et dues formes, comme Jordan en a tant mis. Le regard d’O’Neal après l’action en question en dira long. Oui, Orlando était prêt, évoluant sans doute à son meilleur niveau, mais ils ont eu le tort, ou le mérite, de pousser le plus grand joueur de tous les temps de ce sport dans ses derniers retranchements, là où il est injouable, là où il n’est attiré que par un seul but : la victoire. Assommés des 47 points que vient de coller Jordan, le Magic s’inclinera de 5 petits points seulement. A 5 points d’une Finale NBA.

Si la barrière des Finales de conférence n’a encore pas été franchie cette année-là, face à ces mêmes Bulls, la manière elle a évolué. Rien ne semblait pouvoir atteindre Jordan, qui ira décrocher un nouveau three-peat avec Chicago face à Utah, historique et unique. Le Magic est simplement tombé dans la mauvaise période, celle où sa Majesté avait décidé de rappeler à tout le monde qu’elle était indétrônable, sauf si elle quittait elle-même le trône. Mais les choses ont évolué au sein de la franchise d’Orlando. Passée la déception, force est de constater qu’en un an et sous l’influence de son nouveau coach, le Shaq est devenu un leader incontesté, incontestable. Son association avec Penny Hardaway, qui prolonge à l’été 1998, a encore de beaux jours devant elle. Le terrain de la conférence Est semble dégagé pour les deux comparses et leurs alliés avec le départ de Jordan, reste à le confirmer.

V.

10 ans plus tard, intersaison 2008.

Cette saison sera sa dernière, enfin, c’est ce qui se dit. En fin de contrat, il resigne une prolongation d’un an dans l’équipe de ses premiers amours pour finir sa carrière auprès des fans qui l’ont tant aimé. Depuis 1992, le Shaq et Orlando ne se sont jamais quittés. Après 16 ans de carrière, l’illustre pivot de la franchise pense de plus en plus à raccrocher et ce contrat court semble aller dans ce sens. Shaq débarque dans la salle de presse, pleine évidemment. La légende vivante est attendue par une flopée de journalistes, de médias, de photographes. Il s’assoit tranquillement, le sourire aux lèvres bien sûr, impeccable dans son costume bleu couleur Magic. Deux vannes balancées à des journalistes du premier rang, un bonjour général lancé avec un signe de la main, et le monstre s’assoit. A ses côtés, son GM, son coach, et le propriétaire de la franchise himself.

La première question fuse : « Après 16 ans de carrière, vous resignez à Orlando pour un an, est-ce que c’est le début de la fin ? Quel est votre rapport avec la franchise après tout ce temps ? ». La réponse sera à la hauteur de l’homme et du joueur. Une tirade en forme de déclaration d’amour, comme un discours d’adieu avant l’heure.

« C’est dingue. Rien n’a changé en 16 ans. Il y a toujours la même odeur dans les vestiaires et tous les chewing-gums que j’ai collé pendant toutes ses années sous encore sous mon box. Mon rapport avec Orlando ? Tellement intense mec. C’est la maison ici. Tout est décoré avec goût, surtout les bannières de champions au-dessus du terrain, c’est vraiment classe. D’ailleurs, j’ai hâte qu’on y mette mon maillot juste à côté, hein boss ? C’est la maison, c’est l’école, c’est tout pour moi. Ouais, en fait c’est vraiment ça je pense, c’est l’école. Non mais vraiment les mecs, je déconne pas ! Je suis arrivé ici, j’étais un jeune petit con, sacrément beau gosse certes, mais jeune. Puis, rapidement, j’ai pris un sweep par Hakeem, puis Michael a décidé qu’il était trop bon pour le baseball et est revenu jouer au basket : super idée MJ, vraiment, merci pour tous ces moments de merde. Les premières années étaient dures, vraiment, comme à l’école quoi. J’étais un peu surdoué. Je savais ce qu’il fallait que je fasse, mais j’avais la flemme. J’avais trouvé un ami qui allait me suivre partout en la personne de Penny, tout comme on trouve un camarade de classe qu’on ne quitte jamais. Vous vous rendez compte que j’ai passé plus de temps dans une chambre d’hôtel avec ce gars qu’avec ma femme dans ma propre chambre ? Sérieux ! Penny, tu dois encore être en train de shooter des lancers francs à la salle, mais bon, pour l’éloge que je viens de te faire tu me dois 100$. Ensuite, on a eu un maître d’école assez strict, mais qui m’a fait aimer le travail, c’était Chuck. Un grand homme. Une coiffure étrange, mais un grand homme. Il m’a fait comprendre que je n’étais pas surdoué, mais que j’étais juste une grosse feignasse. Puis un peu plus tard, Michael est parti, et ça bon Dieu que c’était bon : MJ honnêtement si tu me regardes en ce moment je veux que tu saches que ok, tu as pris beaucoup de décisions dans ta vie, mais celle-ci était la meilleure. C’était un peu comme si le mec qui t’empêchait d’avoir la meilleure note à l’école se barrait enfin, la libération ! Puis on a eu une année bizarre, où Penny et moi avons connu des blessures, des galères, mais où nous avons su nous remobiliser pour gagner ce putain de titre contre Utah. C’était tellement bon. Mon moment préféré, juste après mon premier Big Mac. Puis tout s’est enchainé. Le retour sur Terre avec la défaite en Finales contre San Antonio l’année suivante, puis le second titre, puis le troisième. C’était dingue. Après, il y a eu la grosse blessure de Penny qui a rendu l’équipe un peu orpheline et moi aussi, forcément. Le temps a été long sans lui, et on a galéré : Penny, 100$ de plus. Puis il est revenu en forme et la machine était relancée. Deux ans après, nous gagnons un nouveau titre, le dernier, en 2004 face aux Lakers. Alors après 16 ans à Orlando et même en ayant tout connu ici, je me voyais mal partir ailleurs. Honnêtement, Orlando serait situé en plein milieu de notre pays, je me serais tiré au soleil. T’imagine, genre à Denver. Attention je respecte beaucoup Denver hein, j’ai adoré venir me geler le cul chez vous les gars, mais oh, la neige, sérieux ? Non, non, là au moins je sais que je passe mes journées au soleil, Shaqinator est bien chez lui. Le renouvellement de l’équipe se fait petit à petit et je dois encore transmettre tout ce que j’ai appris et vu aux petits jeunes qui nous rejoignent. Et leur rappeler qui est le boss à la maison, aussi. J’ai bien répondu ou tu veux que je développe encore ? ».

4 titres NBA, 4 fois MVP des Finales, 2 fois MVP de saison régulière, 15 fois All-Star, 2 fois MVP du All Star Game, 4 fois meilleur scoreur de la Ligue, nommé 12 fois dans la All NBA First Team, 5 fois dans la All NBA Defensive Team, médaillé olympique, un statut de légende vivante de la NBA, une association formidable avec Penny Hardaway et surtout l’incarnation incontestée de la franchise d’Orlando : le Shaq à Orlando, c’est ça.


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