Le CBA, convention collective régissant la NBA, est complexe. Le lire n’est pas toujours suffisant pour comprendre toutes ses subtilités, son vocabulaire riche et ses nuances. Beaucoup d’interprétations qui sont réalisées par l’environnement constitué des fans et des médias tendent à le rendre d’autant plus opaque que de fausses informations circulent et que de nombreuses approximations voire inventions se répandent. Dans cette série d’articles « CBA Rules », nous allons essayer de revoir et démêler des règles les plus simples aux plus alambiquées. C’est parti !

La luxury tax et la super luxury tax

Une équipe qui dépense vraiment trop sera pénalisée via le mécanisme de la luxury tax. Il est donc possible de dépasser le salary cap, mais cela a un prix, et il peut être des plus élevés.

La luxury tax est comme son nom l’indique une taxe à vocation punitive. Elle fonctionne de manière exponentielle, via un système de paliers. Le seuil de cette taxe est fixé à 119M cette saison (123 l’année prochaine).

– Entre 0 et 5 millions au dessus du seuil, les propriétaires versent 1,5 dollars par dollar dépassé.

– Entre 5 et 10 millions, cela monte à 1,75 dollars.

– Entre 10 et 15 millions, 2,5 dollars.

– Entre 15 et 20 millions, 3,25 dollars.

– Au dessus de 20 millions, la NBA applique 0,5 dollars supplémentaires par tranche de 5 millions de dollars.

Ce n’est pas tout. Pour chaque année passée au dessus du seuil de la luxury tax, on rajoute 1 dollar à chaque palier. C’est ce que l’on appelle la super luxury tax (aussi appelée repeater luxury tax).  Par exemple, si la première année vous avez 3 millions au dessus du seuil, vous paierez 4,5M à la ligue (3×1,5). Si vous le restez l’année suivante, vous paierez cette fois 7,5M (3×2,5). 

Pour y voir plus clair, voici un petit tableau.

Team salary above tax level Non-repeater Repeater
Lower Upper Tax rate Incremental maximum Tax rate Incremental maximum
$0 $4,999,999 $1.50 $7.5 million $2.50 $12.5 million
$5,000,000 $9,999,999 $1.75 $8.75 million $2.75 $13.75 million
$10,000,000 $14,999,999 $2.50 $12.5 million $3.50 $17.5 million
$15,000,000 $19,999,999 $3.25 $16.25 million $4.25 $21.25 million
$20,000,000 N/A $3.75, and increasing $.50 for
each additional $5 million.
N/A $4.75, and increasing $.50 for
each additional $5 million.
N/A

Prenons un cas plus complexe avec les Warriors. Cette année, sans payer la repeater luxury tax, il paient en tout 137M de salaires. Rangez vos calculettes, cela donne 30,3M de luxury tax pour une addition de 165,7M au total. 

L’année prochaine, il faudra prendre en compte le contrat max de Kevin Durant. Fort heureusement les Warriors ont quelques contrats expirants qui limitent un peu la casse. Cette fois ci, avec le jeu de cette repeater luxury tax, ils paieront 16,1M de plus, pour une charge totale de 181,8M à payer.. Autant dire que lorsque les prolongations de Klay Thompson et Draymond Green viendront, à moins que les propriétaires n’acceptent de débourser des quantités d’or à faire pâlir Midas d’envie, il faudra faire des choix.

Pas convaincus ?

Sur la saison 2020-2021, les Warriors cumuleront environ 200M de masse salariale. Or comme ils auront donc déjà payé la luxury tax, l’addition s’élèvera alors à 575M de dollars par an. On le voit, le phénomène Golden State se retrouvera forcément limité dans le temps, même avec une rentabilité énorme. Fans des Warriors ne vous faites pas trop d’illusions, jamais les propriétaires n’accepteront de payer 1/2 milliard de dollars par an pour conserver un effectif. Passionnés sans doute, généreux peut-être, fous à lier certainement pas. Business is business.

Terminons avec les mécanismes du salary floor et du shortfall.

Le salary floor

Le salary floor existe aussi en NFL.  Il correspond à la masse salariale minimale devant être dépensée. Dans les deux ligues il correspond à 90% du salary cap. Cette règle existe pour la bonne et simple raison que l’accord collectif entre la NBA et le syndicat des joueurs prévoit un partage des recettes de la ligue à hauteur de 50% entre joueurs et propriétaires. Si les GMs ne dépensent pas l’argent, les joueurs ne touchent pas leur part du butin. Il est donc évident qu’il faut imposer une dépense minimale. 

Le salary cap est fixé à 99M. 102 l’année prochaine. Quid donc de la zone entre cette limite et le seuil de la luxury tax ?

Il s’agit tout simplement d’une zone tampon destinée à permettre les dépassements « sans gravité » afin de laisser une marge de manœuvre aux franchises quand elles resignent leurs joueurs. 21M de marge, à l’échelle d’un effectif, est une somme raisonnable.

Le salary floor, tout comme le salary cap, n’est pas contraignant strico sensu. Si en haut on trouve la luxury tax, en bas il y a le shortfall, qui a des conséquences plus larges encore. La NBA a en effet mis au point un système de redistribution très bien huilé.

Le shortfall

Chaque été, les franchises qui disposent de cap space; de flexibilité financière entre le niveau de leur masse salariale et le maximum imposé, dépensent cet argent sur le marché des agents libres. Cette manne est constituée des contrats expirants et de la hausse éventuelle du salary cap.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir à l’été 2015. Cet été là, comme tous les ans, les GMs font chauffer la planche à billets pour resigner leurs joueurs et signer des agents libres, pour un total d’1,4 milliard de dollars. Sauf qu’il y avait alors une donnée fondamentale : l’entrée en vigueur du nouvel accord TV, qui allait faire exploser les recettes de la ligue l’année suivante… et donc le salary cap. Les différents front office n’ont donc pas hésité à signer d’énormes contrats, sachant que leur impact serait grandement atténué par la hausse du salary cap l’année suivante et qu’ils pourraient bénéficier des effets de ces bons contrats pendant plusieurs années.

A l’été 2016, la NBA va reverser 1,4 milliard aux franchises en plus de ce qu’elle leur versait déjà. Cela semble à première vue être une opportunité absolument fabuleuse pour tout GM : même les prétendants au titre pouvaient quasiment tous donner un contrat max.. dont les Warriors, avec les conséquences que l’on sait.

Sauf que voilà. En 2016, à l’exception de Kevin Durant, la classe d’agents libres est d’une qualité extrêmement médiocre. On a donc là un terrain ultra propice à la signature de contrats extrêmement toxiques.

En théorie, n’importe quel GM avec deux sous de logique se coucherait, toutefois… Les choses ne sont pas aussi simples qu’il y paraît.

Comme expliqué plus haut dans la partie sur le salary floor, chaque équipe doit utiliser 90% de son salary cap afin de garantir l’équilibre des gains prévu par le CBA. Si ce niveau n’est pas atteint, alors la NBA versera la différence au syndicat des joueurs, qui répartira la somme entre tous. C’est ce que l’on appelle le shortfall.

Lorsque cette différence est entre 60 et 120M, rien de bien grave, ce n’est jamais qu’entre 2 et 4M par franchise à reverser. Par contre, si l’on parle de 800M… Sachant qu’on parle là d’une forme de dead money, il est assez compliqué pour un GM de dire à son propriétaire qu’il va passer son tour et jeter l’argent par les fenêtres sans tenter d’améliorer l’équipe.

Le CBA prévoit que le montant du shortfall divisé par le nombre de franchises sera ajouté au salary cap de l’année suivante. On peut faire l’analyse qui consiste à dire qu’il faut dépenser au maximum, quitte à réduire sa flexibilité pour éviter d’en accorder une trop grande aux autres l’année suivante.

Imaginez un cas extrême avec 900M de shortfall. Divisé par 30 cela donne rien de moins qu’une hausse de 30M du salary cap l’année suivante ! Or à quoi la NBA s’exposait en 2016 ? 500M de shortfall si la planche à billets ne chauffait pas à blanc… et donc une hausse de 16,7M en 2017, en plus de ce que le système de redistribution prévoyait déjà.

Certaines franchises ont cru flairer le bon coup en dépensant sans compter, pariant sur le fait que les autres ne le feraient pas, donc que le salary cap explose de nouveau l’année suivante et ainsi resigner tous ses joueurs à un prix dérisoire au regard du prix du marché. Ce fut notamment le calcul de Neil Olshey, le GM des Portland Trail Blazers.

Le salary cap en 2016 était de 92M et il était prévu qu’il monte à 108M en 2017.

Bien mal lui en aura pris car le problème, c’est que beaucoup d’autres ont également fait ce calcul et ont aussi dépensé sans compter. Résultat, 200M de trop donnés aux joueurs qui accouchent de 180M en moins à dépenser l’année suivante. Au lieu des 16,7M d’augmentation prévus, il n’y en eut donc que 10.

Résultat des courses, les franchises ont à la fois dilapidé leur cap space dans des joueurs moyens, anéanti toute flexibilité pour plusieurs années avec des contrats longs et quasiment réduit à néant l’augmentation du salary cap.  

Quelles conséquences à cela ?

A l’été 2017, des joueurs qui n’auraient eu en temps normal absolument aucune difficulté à trouver un contrat se sont retrouvés à galérer car beaucoup d’équipes étaient cap out… Et cet été sera pareil en pire : 12 franchises sont déjà au dessus du salary cap prévu, 6 ont moins de 10M à offrir et seulement 6 peuvent offrir un contrat max, dont 5 équipes de bas de tableau. Ces équipes seront d’ailleurs selon toute probabilité les grands gagnants de la free agency : grâce à la faible concurrence ils pourront faire pression à la baisse sur les salaires accordés à leurs recrues. Il est possible que cet été voie une prolifération de « bons » contrats qui deviennent de très bons assets à l’avenir. Un symptôme ? La resignature de Lou Williams pour seulement 7M. Aurait-il pu avoir plus ailleurs ? Sans doute. Mais si on prend en compte le fait qu’il ne désirait pas être à nouveau baladé d’un bout à l’autre des Etats-Unis et avait l’intention de jouer pour une franchise relativement bien placée, on s’aperçoit que la fenêtre de tir est en réalité beaucoup plus réduite qu’il n’y paraît.