En 1799 l’inspecteur Ichabod Crane est mandaté d’une mission dans la bourgade de Sleepy Hollow : Stopper le tueur qui décapite et emporte les têtes de ses victimes avec lui. Lors de son arrivée au village, les notables lui parlent d’un cavalier sans tête surgissant des enfers pour commettre les crimes.

En 2018, presque 220 ans plus tard, Tyronn Lue va coacher l’équipe des Cavaliers amputée de sa tête pensante : LeBron James parti faire le joueur/producteur sous le soleil de Californie. Coïncidence? Bah oui évidemment mais bon j’avais pas d’accroche pour entamer la preview donc il faut savoir ruser.

La saison 2017-2018 des Cavs a été un véritable rollercoaster comme disent les Ricains. Trade forcé de Kyrie, non retour en forme d’Isaiah Thomas, trade deadline en mode reset, titulaires pas au niveau, PO des plus laborieux et enfin JR Smith qui ne sait plus par où aller sur un terrain de basket. Résultat (ça et d’autres éléments hors de maîtrise de Cleveland) LBJ se casse chez les Lakers.

Dans le foutoir de l’Ohio le mot qui aura prédominé est inconstance. Tous ? Non ! Un ailier de 2.03m pour 113kg résiste encore et toujours à l’envahisseur Romain. Le King a été l’auteur d’une saison simplement impensable pour un joueur de son âge 27.5 pts, 8.6 rbd et 9.1 ast tout ça en 82 matchs sur 82 possible. Jésus est supposé être mort à 33 ans, LeBron a visiblement choisi un autre chemin au même âge. S’il avait été dans une équipe plus stable, nul doute que le titre de MVP aurait été pour sa majesté. Mais non, il a du se farcir du boulet jusqu’au dessert avec un 4-0 en finale contre les Warriors. Je pourrais parler du reste de la troupe dans le détail mais comme je l’ai dit plus haut l’inconstance a fait que personne n’est sorti du lot. Certains ont mis le nez à la fenêtre par moment mais sont tous repartis au purgatoire de la médiocrité presque tout aussi vite.

Toujours favori mais impensable de les voir champions, je pense que cette phrase résume toute la saison de Cleveland.

Résumé de l’été

J’ai déjà écrit un long article sur le départ de LBJ donc je vous propose de regarder aux autres mouvements estivaux.

Le 1er juillet, un certain numéro 23 (aujourd’hui Los Angeles Lakers), Jeff Green (aujourd’hui Washington Wizzards) Jose Calderon (aujourd’hui Detroit Pistons) et Rodney Hood (aujourd’hui rien du tout) sont devenus agents libres non restreints. A l’exception de Hood, dont les droits ont été scellés par la volonté des Cavaliers qui souhaitaient en tout logique pouvoir avoir la possibilité de s’aligner sur une autre offre venue d’une autre franchise. La situation coince un peu parce que les Cavs jouent la montre. Hood voudrait du cash comme tout le monde mais Cleveland a la main. Dans tous les cas, il devrait rester dans l’Ohio.

Le 4 juillet, Collin Sexton, l’ex meneur des Crimson Tide d’Alabama, signait son contrat rookie jusque 2023. Le 8ème choix de la draft a tapé dans l’oeil des dirigeants et ils ne semblaient avoir d’yeux que pour lui. Ses prestations en Summer League ont été encourageantes et on est curieux de voir comment ce poste 1 polyvalent des 2 côtés du terrain va pouvoir s’adapter en NBA.

Le 6 juillet, Billy Preston signe un two-way contract. Histoire intéressante que celle de l’ailier de Redondo Beach. Il devait évoluer aux Jayhawks de Kansas mais un accident de voiture sur le campus a fait ouvrir une enquête sur le financement de cette même voiture. Lassé de la situation il a quitté l’université en plein milieu de saison. On ne sait donc pas réellement ce qu’il a dans son moteur mais son parcours à l’étage inférieur de l’éducation américaine laisse entrevoir de belles choses puisqu’il a fini son collège à Oak Hill Academy qui a vu passer des grands noms de la NBA en son sein. Sa Summer League fût bonne et c’est ce qui a incité les Cavs à lui offrir un two way.

Le 17 juillet, Kendrick était placé sur la liste des waivers. Lamar? Mais non Perkins, l’homme qui a tenu tête à Draymond Green en finale NBA… Bon il était sur la touche en costard/short mais le coeur y était. Bon vent camarade.

Le 19 juillet, c’est le retour de Channing Frye au bercail après un exil de 6 mois à peine en Californie. Un contrat d’un an à 2.3 millions pour apporter de l’expérience, un peu de shoot et un poste 4 (ou 5 c’est Tyronn Lue après tout) en rotation.

Le 24 juillet, Kevin Love signe une extension de contrat avec les Cavs. 4 ans avec une seule année de revalorisation salariale et même la dernière en dévalue. Prompt à se blesser, les Cavs n’ont pas pris de risque et se retrouve avec un franchise player pour assurer une certaine continuité et ne pas repartir de rien. De plus il pourra être assez facile à trader si jamais le besoin s’en fait ressentir vu les termes de cette prolongation. Un bon coup de Koby Altman.

Le 5 août après Perkins c’est Okaro White qui est waivé juste avant que Cleveland soit obligé de garantir une partie de son contrat. Il était arrivé en toute fin de saison pour faire le nombre comme on dit et voilà qu’il s’en va comme il est venu.

Le 7 août Sam Dekker (ex Houston) est tradé en provenance des Clippers contre des droits sur des joueurs EU et du cash.

Roster :

Meneurs : George Hill, Collin Sexton, Isaiah Taylor

Arrières : J.R Smith, Jordan Clarkson, David Nwaba, John Holland (two way contracts)

Ailiers : Cedi Osman, Sam Dekker, Rodney Hood (toujours en prolongation), Kyle Korver

Ailiers forts : Kevin Love, Channing Frye, Larry Nance Jr.

Pivots : Tristan Thompson, Ante Zizic

Jeu & Coaching

Le seul avantage qu’à Cleveland dans le départ de LeBron c’est qu’ils vont pouvoir se réinventer en terme de tactique que ce soit en attaque ou en défense. Si en défense la faiblesse des Cavs l’an passé faisait peine à voir on ne peut pas dire que LBJ y changeait grand chose (PO non compris). On lui demandait de jouer un rôle hybride entre la défense sur l’homme et épouvantail de raquette qui a laissé trop souvent la place à des hésitations sur les aides, des rotations bancales et des joueurs adverses en mode détente à 3 points. De plus lorsqu’on joue le King on aime se montrer et il n’était pas rare de voir des joueurs se changer en torche humaine. Dans ce cas-ci plus personne ne pourra se cacher derrière l’ombre de roi. On verra de suite qui flemmarde sur ses appuis bas et qui n’a pas switché.

En terme d’attaque là par contre ça va être beaucoup plus compliqué sans Bronbron qui était remarquable pour faire sauter les verrous des coffre forts de la ligue. La perte de Jeff Green est aussi en ce sens dommageable. J’ai du mal à imaginer Kevin Love refaire le piquet au poste 5, surtout que l’équipe aura besoin de spacing pour Collin Sexton afin de faciliter ses drives au maximum. Il reste quelques beaux artificiers chez les Wine and Gold et ils seront bien utiles l’année à venir. L’équipe ne pourra plus non plus prendre autant de temps en possession en se disant qu’à la fin il n’y a qu’à passer la balle à l’aile et attendre. Le pick’n’roll, un jeu de passe rapide et bien rôdé seront des atouts indispensables à la survie des Cavs.

De son côté l’ami Tyronn va devoir refondre ses rotations et les équilibrer au mieux en trouvant une bonne balance entre spacing, expérience et jeunesse. En draftant Sexton on imagine que Cleveland avait un plan en tête. Georges Hill devrait garder des minutes assez conséquentes mais Sexton sera aussi bien mis en avant. Cedi Osman auteur d’une bonne saison rookie et d’une Summer League de haut vol sera surement aussi de la partie pour récupérer du temps de jeu. Larry Nance Jr a montré de belles choses et a tout pour devenir un chouchou de la Q. L’originaire d’Akron aura sans doute à cœur de porter sur ses épaules l’héritage de papa dans l’Ohio.

Cleveland doit encore s’occuper du cas Rodney Hood qu’il faudrait pouvoir conserver car s’il a affiché certaines limites, on sent aussi des qualités naturelles chez l’ancien du Jazz qui pourrait convenir au jeu des Cavs.

Korver et Jr Smith reste deux points non clairs dans le tableau. Si le 1er devrait selon moi rester ne fût ce que pour l’aspect mentoring au shoot, on se demande quoi faire du second. Si au début, et ce jusqu’aux finales 2016, on pouvait trouver Gérard sympa/utile, depuis lors, des problèmes personnels ont changé le joueur. Celui qu’on a connu bon défenseur/sharp shooter, ne sort que trop peu souvent du bois. Cependant, aucun trade n’est obligatoire et le buyout clôturera tristement l’aventure avec les Cavs.

Quel 5 majeur ?

Tout dépend de l’état d’esprit que l’équipe souhaite montrer. On risque fort d’avoir une saison coupée en 2. Avant et après trade deadline. Avant, j’imagine l’équipe jouer au max de son potentiel avec probablement Hill à la mène, JR, Cedi Osman ou Kyle Korver au poste 3, Kevin Love en 4 stretch et Tristan Thompson en 5. Bref une équipe plutôt orientée expérience mais tout de même avec des grosses minutes pour le banc. En seconde partie de saison, pour assurer le pick, je vois bien Sexton, Clarkson, Osman, Love, Nance JR en 5 de départ pour préparer la saison à suivre.

George Hill – JR Smith – Cedi Osman – Kevin Love – Tristan Thompson

De toute manière Cleveland doit faire illusion mais pas trop (impératif de ne pas retomber trop bas versuss pick de draft à sécuriser).

Forces du roster

Bizarrement je dirais la jeunesse et le talent potentiel de celle-ci. Cela semble étrange après les années LeBron qui aimait s’entourer de vieilleries mais entre Sexton, Osman, (Hood), Nance JR, Zizic il y a une ossature qui pourrait, si elle est complétée par une autre star, devenir relativement dangereuse. Des gars qui aiment bosser et n’ont pas l’air de compter les heures passées en salle.

Faiblesses du roster

Le poste 3 bien entendu avant toute chose. On ne peut pas remplacer LeBron à l’époque actuelle. On pourrait tenter de le compenser si les Cavs arrivent à récupérer un gros agent libre en 2019 ou 2020 mais il faut prendre conscience que c’est largement plus qu’un joueur qui est parti cet été.

L’inexpérience aussi. Si on cite la jeunesse dans les forces, le revers de médaille est très simple à trouver. L’avantage c’est qu’il n’y a pas d’objectif précis cette année. Si un gros calibre revient lors d’une free agency prochaine, là on pourra voir si cette jeunesse a du cran et peut réaliser quelque chose d’intéressant.

Le joueur clé : Collin Sexton

J’ai failli mettre Kevin Love pour d’évidentes raisons mais le poste à pourvoir d’idole de l’Ohio va plus avec le caractère et le jeu du rookie. Love n’est pas du genre à être très expansif donc je miserai sur la hargne, le trashtalking et le jeu spectaculaire de Sexton pour entraîner dans son sillage toute la Q Arena.

La problématique de l’équipe : Comment allier compétitivité et tanking ?

Tout est là. Comment faire croire au public qu’on est pas mort après avoir perdu une seconde fois le GOAT et en même temps sécuriser son pick au risque de le voir partir à Atlanta ? Aussi prometteurs soient-ils, les jeunes Cavs ne pourront pas prester à un niveau suffisant pour atteindre les PO selon moi donc autant leur donner des minutes. De plus, le public sera plus clément avec eux et la sympathie qu’ils ont auprès des supporters devraient faire le taff niveau affluence. Mais combien de temps l’illusion peut-elle durer ? Et si Cleveland rate complètement son début de saison ? Parce que c’est là qu’il faudra prendre des victoires, lorsque les équipes ne sont pas encore bien en place. A la manière de Détroit l’année passée qui avait super bien démarré avant de sombrer complètement, il faudra commencer fort et puis relâcher doucement la pression et se laisser glisser vers la 10/11ème place à l’Est. Ne pas couler comme les Pistons mais en perdant par des écarts assez restreints. La solution est probablement là. Avec le pick soit il faudra monter un trade pour récupérer une star parce que l’argent ne suffira peut-être pas à faire venir une star dans l’Ohio, soit drafter malin si une opportunité se présente.

Pronostic

11eme à l’Est (Entre 30 et 35 victoires)

Ces Cavaliers peuvent prendre des matchs, c’est indubitable. Si l’équipe n’est pas flamboyante, elle a un équilibre jeunesse/expérience qui devrait la mettre dans des conditions suffisantes pour s’imposer à l’Est. Si elle sait prendre ses matchs en début de saison, en profitant pour battre de bonnes équipes qui tardent à se mettre en place, elle pourra tranquillement voguer vers la bonne trentaine de victoire d’ici la fin de la saison. L’objectif sera évidemment de développer la jeunesse, et si la mayonnaise prend, il y aura de quoi encaisser un peu mieux le nouveau départ du King. Mais ne perdons pas de vu que, à la fin, l’important sera la draft, alors profitons du spectacle : en espérant revoir un Kevin Love avec autant d’ampleur qu’à Minnesota, pour le spectacle !

Avis du Compte FR (@CavsFRA)

Quel bilan tires-tu de la saison passée ?

Sportivement la saison est plutôt une réussite. Il n’y a que les Warriors qui ont fait mieux que nous et personne ne peut battre ces Warriors. Tout le reste a été catastrophique. Entre l’équipe qui joue sans meneur pendant 3 mois. IT de retour diminué puis trader. Wade-Crowder-Rose qui n’ont fait que 4 mois, les blessures à répétition et le coaching de Lue… rien a été dans le bon sens.

Que penses-tu de l’été de la franchise ?

Le Board a très bien travaillé. Après la perte de LeBron ils ont travaillé dans le bon sens avec la re-signature de Love principalement. Il faudrait essayer de bouger JR Smith et Hill d’ici le début de la saison. Une tâche qui ne s’annonce néanmoins pas des plus faciles.

Quelles sont les attentes pour la saison prochaine ? Quel scénario te convient pour l’équipe actuelle ?

Développer les jeunes tout simplement !!! Ne pas privilégier Hill-Korver-JR-Thompson et se focaliser sur Sexton-Osman-Nance Jr. Le scénario parfait : l’équipe a de la peine au niveau des résultats mais les jeunes progressent beaucoup. Sexton-Osman-Nance sont dans le 5. À la trade deadline JR et Hill sont tradés contre 3 fois rien. A partir de ce moment c’est full jeunesse et Love qui peut se reposer ! On finit dans les 5 derniers de conférence ce qui nous permet de garder notre pick et en plus d’avoir de quoi offrir des beau contrat pour la Free Agency 2019.