Que ressent-on lorsqu’on est choisi en premier ? Quel effet cela fait-il d’être perçu comme le meilleur joueur de sa draft ? La pression sur les épaules de ces jeunes joueurs est énorme. Ils ont appris à faire avec, ils ont l’habitude, mais cela ne doit pas nous faire oublier à quel point ce qu’ils affrontent est dur, ce qu’ils endurent est exigeant. Lorsqu’on entend son nom sortir de la bouche d’Adam Silver, à ce moment précis, tous les efforts qui ont été consentis sont-ils déjà récompensés ? Est-ce finalement la fin du voyage ?

Il est évident que non. Même s’il est désormais acquis pour les trente premiers noms qu’un contrat leur sera offert, que des salaires plus que confortables leurs seront octroyés, le plus dur reste à venir. Il faudra justifier les espoirs et les attentes placées en eux le soir de la Draft. Et les numéros 1 sont plus que les autres sous le feu des projecteurs.

Y a-t-il finalement un lien entre le numéro 1 et le futur meilleur rookie de la saison suivante ? Entre ces différentes récompenses et le statut de meilleur joueur de son année ? Ce n’est bien sûr pas une obligation mais c’est assez fréquent que le choix numéro 1 soit le Rookie de l’année, notamment ces dernières années comme nous le verrons par la suite. En revanche, il n’est pas nécessaire que le Rookie de l’année soit le meilleur joueur in fine de la sélection. Par exemple, Harden, Curry, George ou encore Anthony Davis n’ont pas été de ces élus-là, bien que pour le Pelican ait été le premier choix de la draft 2012.

Au soir de la Draft

Le 21 juin 2018, tard dans la nuit, mais pas assez pour décourager les passionnés, les regards se sont tournés vers DeAndre Ayton lorsqu’Adam Silver a prononcé son nom. Pas ou peu de suspens à cet instant tant l’idylle entre le pivot et les Suns semblait écrite. Malgré les interrogations légitimes sur le fait de se priver d’un phénomène comme Luka Doncic, le choix semblait acté depuis plusieurs jours. Ayton rejoint donc le club très fermé des premiers choix de Draft. Une étiquette parfois lourde à porter pour des joueurs aussi jeunes.

La draft est un système censé apporter un équilibre dans la ligue afin que les équipes ayant le moins bien réussi la saison précédente aient les meilleures chances de récupérer un talent lors de la cuvée suivante. Par raccourci, on pense souvent que le choix numéro un représente le meilleur joueur. C’est en partie vrai. Il faut également tenir compte des besoins de la franchise qui sélectionne mais généralement prendre le meilleur joueur, ou celui qui est supposé l’être, fait partie des choix les moins risqués. Ce n’est pas pour rien que cette pratique est devenue la norme en NBA dans les années 2000.

DeAndre est donc le meilleur joueur de cette draft ? Il est bien évidemment trop tôt pour le dire mais si on se penche sur le passé proche, il est possible de tirer des enseignements enrichissant concernant le devenir possible du nouveau joueur de Phoenix. Choisir le joueur sur lequel on va peut être poser les bases d’une franchise pour les années à venir est complexe. Il ne s’agit donc pas forcément de parier sur le meilleur joueur au soir de la draft mais sur celui qui le deviendra à maturité.

En effectuant un retour en arrière sur 10 ans, nous allons pouvoir jauger les différents choix numéro 1, leur carrière, leur trajectoire.

A la DeLorean Marty !

2008, Derrick Rose.

Le meilleur joueur de la draft ? Incontestablement sur trois ans. Après ? Difficile à dire. Le plus jeune MVP de l’histoire de la grande ligue a en effet un sérieux concurrent en la personne de Russell Westbrook, drafté en 4ème position. Cette année-là a fourni de très bons joueurs, avec notamment Kevin Love, Brook Lopez, Georges Hill, DeAndre Jordan et… JaVale McGee.

Son début de carrière est all time. Les fans des Bulls ont vu débarquer ce jeune meneur explosif, aux chevilles élastiques et aux dunks ravageurs. Ils ont senti une vibration dans l’estomac, comme un souvenir qui essaie de remonter. Les plus belles heures de leur histoire sur le retour ? Le devant de la scène ? La lumière ? Lors d’une troisième saison d’anthologie, le jeune Derrick sera justement récompensé par le titre de MVP de la saison régulière, plus jeune de l’histoire à acquérir le trophée.

Malheureusement pour l’histoire, pour les fans des Bulls et bien sûr pour le joueur lui-même, ses genoux ne suivront pas le rythme de ses virevoltantes courses. Ils l’abandonneront en pleine ascension, laissant au rayon de l’hypothétique toutes les prévisions qui avaient été faites pour ce joueur si spectaculaire. Le débat reste ouvert quant à savoir s’il était le meilleur joueur de la draft de 2008. Le phénomène Westbrook aurait-il pu rivaliser face à son concurrent Bulls ? Le joueur du Thunder n’est pas le premier venu et reste un monstre statistique. Couronné à son tour MVP en 2017 au terme d’une saison incroyable en triple-double de moyenne, l’affrontement de ces deux phénomènes n’aura pas eu lieu, à notre grand regret.

Rose sera bien sur élu Rookie of the Year lors de sa première saison en NBA. La précocité de ce joueur et le plafond qu’il pouvait atteindre laisse rêveur pour les uns, amers pour les autres.

2009, Blake Griffin.

Choisi en première position par les Clippers de Los Angeles, il ne jouera pas la première année pour ne pas risquer d’aggraver une blessure de fatigue au genou. Qu’importe, le natif d’Oklahoma City est prêt, ça ne fait aucun doute. Son arrivée en 2010 confirmera les espoirs placés en lui : il va littéralement tout écraser sur son passage. Il sera élu ROY à l’unanimité, une première depuis 1990 et un certain David Robinson, excusez du peu. L’ailier fort est un joueur explosif. Ses surnoms parlent pour lui : EarthQuake, The Beast, The Human Highlights Film, The Dunk Master. Tous les superlatifs lui sont offerts, et il les mérite. Le joueur fait se lever les fans des Clippers, moribonds après plusieurs saisons difficiles.

Mais l’idylle ne se transformera finalement jamais en passion dévorante. Griffin sera l’exemple-type du joueur brillant mais qui n’a pas eu la petite étincelle qui fait des Jordan, James, Bryant, Duncan, des joueurs capables de changer l’histoire d’un match, d’une équipe, d’une franchise.

Mal entouré ? Les Clippers auront lors des années précédentes une armada qui aurait dû leur permettre de briller plus qu’ils ne l’ont fait. L’équipe était talentueuse et selon les témoignages d’anciens, le roster vivait bien en dehors du parquet. Mais une fois dessus, les égos reprenaient leurs droits et chacun voulait attirer la lumière plus que les autres. Souvent mentionné comme prétendant majeur dans la course au titre final, ce roster ne fera jamais mieux qu’une demi-finale de conférence.

Là encore, le numéro 1 de l‘année 2009 aura du mal à prétendre être finalement le meilleur de sa cuvée : Harden et Curry, respectivement MVP et double MVP de saison régulière (et triple champion NBA pour le second) se disputant ce titre de plein droit. Même s’il reste un joueur de grande qualité, une superstar de la ligue, la comparaison avec ses concurrents de 2009 n’est pas à son avantage tant ces derniers sont parvenus à hisser leur niveau de jeu jusqu’à l’excellence, entraînant leurs franchises dans leurs sillages.

2010, John Wall.

Direction Washington pour le gamin de Raleigh. Son début de carrière a vraiment fait saliver les Wizards. En effet, très tôt, il s’approche de nombreux records, comme celui du plus jeune joueur – derrière LeBron – à accomplir un triple double. Il ratera cette performance de peu mais finira par l’atteindre quelques semaines plus tard, tombant de la deuxième marche du podium à la troisième. Wall effacera également un autre record, celui de Chris Paul, pour le nombre de passes décisives réalisées lors du match des rookies aux All Stars Games de 2011. Dès sa première année, il apparaît donc aux cotés de noms ronflants, de joueurs d’élite, laissant présager une carrière prometteuse.

Il ne sera cependant pas élu Rookie of the Year, battu par un Blake Griffin tonitruant pour sa première saison après un an d’absence. S’il est difficile de parler d’échec pour John Wall, il est cependant légitime de regretter que les blessures l’aient à ce point handicapé dans sa progression. Les premières années n’ont pas mené sa franchise en Playoffs, il faudra attendre la saison 2013-14, avec une défaite contre les Pacers au second tour. Paroxysme de la progression des Wizards, deux demies finales de conférence, contre les Hawks tout d’abord lors de la saison 2014-15 perdue au game 6 suite à une fracture de Wall, puis deux ans plus tard contre les Celtics lors du game 7.

Avec la blessure de Blake Griffin, qui ne jouera pas en 2009 (situation similaire à celle de Ben Simmons cette année) John Wall n’obtiendra pas la récompense du meilleur jeune de l’année. Situation pénalisante, mais il est probable que si Griffin n’avait pas été blessé, Wall aurait été un prétendant plus que sérieux à la victoire finale du ROY.

Si on se penche maintenant sur le meilleur joueur de cette cuvée 2010, on peut voir que la draft a apporté son lot de joueurs All Star avec notamment DeMarcus Cousins, Paul George et Gordon Hayward. Wall a pour l’instant du mal à justifier son statut de numéro 1, comparativement à ces joueurs. On peut penser que Paul George, voire DeMarcus Cousins, auraient été plus légitimes sur la plus haute marche. Le débat est ouvert, en tout cas.

2011, Kyrie Irving.

Enfin un partenaire de choix pour LeBron à Cleveland. Manque de bol, ce dernier est parti la saison précédente. Ce ne sera que partie remise. Cette cuvée est disputée également, notamment en raison de la présence de Kawhi Leonard et de Jimmy Butler, sélectionné à la 30è place et qui s’apparente ici à un sacré steal de la part des Bulls.

Ici aussi il y aura matière à débat pour certains mais pour d’autres le joueur des Celtics est bel et bien le meilleur joueur de cette draft, statut confirmé par son pick numéro 1. Moins récompensé individuellement que son rival qui cumule les récompenses (Kawhi Leonard), il remporte néanmoins la Finale NBA 2016 en compagnie de LeBron James.

Le palmarès de Kawhi Leonard parle pour lui. MVP des Finales, deux fois meilleur défenseur de la Ligue, présent dans les NBA Defensive Team depuis 2014, il attire les louanges de ses collègues superstars. On peut citer notamment LeBron James quand il parle de l’ex Spurs : « Il est solide. Il est très costaud de ce coté du terrain. Il est très solide. Je l’adore, j’adore ce gamin ». Doté de mains gigantesques et de capacités athlétiques impressionnantes, Kawhi n’est pas seulement un bon défenseur. Il est également capable de joueur de l’autre coté du terrain et d’être un atout offensif de poids pour son équipe. Choisi seulement en 15ème position, il est clairement le steal de cette draft et postule tout bonnement au titre de meilleur joueur de cette cuvée.

En face, Kyrie Irving. Ce dernier a prouvé qu’il pouvait être un lieutenant d’élite aux cotés de LeBron James. Leur duo a fait basculer l’histoire de la NBA pour venir couronner la franchise de Cleveland en 2016. Balle en main, c’est un magicien capable de fracasser les défenseurs qui lui font face en virevoltant, insaisissable, entre tous ces grands gaillards. Son handle est autant un régal pour les yeux des spectateurs qu’il est un calvaire pour les reins des défenseurs adverses. Malheureusement, l’année de son trade vers Boston a été raccourcie par des blessures et nous n’avons pas pu voir s’il avait les épaules pour être le franchise player du TD Garden. La saison qui arrive apportera, sauf blessure là-encore, les réponses qui manquent.

2012, Anthony Davis.

Unibrow himself. Dans la course du MVP cette saison en compagnie de James Harden et LeBron James, et membre le plus jeune de ce trio, il semble promis à la récompense individuelle suprême dans les années qui viennent si les blessures l’épargnent.

La saison 2017-18 du Pelican a été fantastique, tant sur le plan individuel que sur le plan collectif, avec en point d’orgue un sweep des Blazers de Lillard et une série honorable contre les futurs vainqueurs en demi-finale de conférence. Il a également sorti deux performances extraordinaires en saison régulière, avec peu de temps d’intervalle, écrasant les Suns et le Heat à lui tout seul.

Lors de son année rookie, il verra le trophée de ROY gagné par Damian Lillard, malgré une saison solide (et émaillée de blessures) : 13.5 points de moyenne, 8.2 rebonds et 1.5 contres par match. Le joueur de Portland éclipsera son concurrent de Louisiane avec une saison rookie époustouflante, effaçant de nombreux records des tablettes et compilant pas moins de 19 points de moyenne. La cuvée de 2012 a également amené un autre All-Star en la présence de Draymond Green, futur triple champion NBA avec les Warriors.

Là encore, le débat est compliqué tant les joueurs issus de cette classe sont différents. Draymond Green est un parfait complément aux monstres statistiques que sont les Curry et les Durant, apportant une énergie défensive qui ferait défaut en son absence. Il est plus un joueur de collectif qu’un performer quand ses deux concurrents, Lillard et Davis, sont des joueurs dominants de l’autre coté du parquet, leur impact offensif étant plus que fondamental pour leurs franchises respectives.

Néanmoins, il n’est pas aberrant de penser que Davis pourra un jour être MVP de régulière tant son potentiel est impressionnant. Le titre de meilleur joueur de la Draft 2012 lui reviendrait alors sans réelle contestation possible. Avec deux saisons consécutives à plus de 28 points de moyenne, la montée en puissance d’Unibrow semble compliquée à interrompre. Loin d’être affecté par la blessure en janvier de DMC, le franchise player des Pels a porté son équipe avec l’aide de Rondo et Holiday. Oui, Davis est bien le meilleur joueur de cette draft.

2013, Anthony Bennett.

Drafté par les Cavaliers de Cleveland. Le bust de la décennie, de l’Histoire même pour certains. Rarement un numéro 1 de draft aura connu telle déchéance. A vrai dire, à peine trois ans plus tard, il avait déjà disparu des radars. Certes, certains des premiers picks de draft auront eu des soucis dans leur carrière, notamment liés aux blessures à l’instar de Greg Oden, mais rares sont ceux dont on s’interrogera autant que pour Bennett sur leur réelle capacité à s’adapter en NBA.

Une première saison statistiquement très pauvre : 51 matchs joués, environ 12 minutes de jeu et un bilan bien maigre de 4 points, moins de 3 rebonds et une réussite à 35%. Une seconde du même acabit, chez les Wolves cette fois, où il est tradé et où il connaitra une « réussite » similaire. Coupé dans la foulée, il tentera de se relancer au Canada chez les Raptors. Malheureusement pour lui, ce sera une nouvelle fois un échec et il quittera la NBA lors de la saison 2016-17 après une ultime pige dans le Bronx, avec là encore des résultats très en dessous des attentes placées en lui.

Si les observateurs sont restés stupéfaits d’une telle incapacité à performer, les difficultés psychologiques et mentales ont été mis en avant depuis pour expliquer pourquoi ce jeune joueur avait été incapable de faire face à la pression et aux exigences du plus haut niveau.

Bien entendu il ne sera pas dans les favoris du trophée pour le Rookie de l’année, remporté finalement par Michael Carter Williams. Parmi les autres joueurs issus de la cuvée 2013 concourant au titre de meilleur joueur de cette promotion, on peut évidemment citer Victor Oladipo, auteur d’une saison 2017-18 incroyable avec les Pacers. Oladipo a vaincu la morosité ambiante du départ de Paul George et hissé son niveau de jeu à un point pour le moins inattendu. Comment ne pas parler évidemment du Greek Freak, Giannis Antetokoumnpo, promis à une destinée dorée et dont on parle déjà comme un concurrent sérieux au titre de MVP pour la saison à venir. Petite fierté nationale également, le tout récemment nommé défenseur de l’année Rudy Gobert, qui faisait également parti de cette draft 2013, historiquement reconnue comme étant l’une des plus faibles, avec un très peu de gros prospects, ce qui tend à expliquer « l’anomalie » Bennett.

2014, Andrew Wiggins.

Un potentiel à confirmer. Second first pick canadien – de suite s’il vous plait – voilà maintenant quatre saisons que Wiggins arpente les parquets de NBA. Un laps de temps suffisant pour tirer les premières conclusions de son début de carrière. Et on peut dire que le garçon fait une entrée remarquée : meilleure lycéen de l’année tous sports confondus, meilleure recrue universitaire et premier pick de la draft 2014. Autant dire que tout le monde attendait un phénomène. Il ne passera d’ailleurs pas à coté de la récompense du Rookie de l’année.

Et ensuite ? Et bien… Peut-on dire qu’Andrew a déçu ? Si on regarde d’un point de vue purement statistique, il est compliqué de répondre oui. En effet, le jeune ailier tourne en 4 saisons à près de 20 points de moyenne par match, moyenne en baisse l’an dernier liée à l’arrivée de Jimmy Butler chez les Wolves et à une répartition des tirs différente. Hormis cela, première saison à 17pts de moyenne, puis 20.7 puis 23.6. Les promesses sont là.

Mais alors d’où vient cette impression d’inachevé lorsqu’on évoque les cas Wiggins ? D’une part, une implication défensive que l’on pourrait qualifier de faible. D’autre part, un hustle et un état d’esprit qui laisse clairement à désirer. De quoi faire dégoupiller certains partenaires par exemple… Si on a beaucoup parlé de lui ces derniers temps, et de son compère du paragraphe suivant, c’est principalement dans le cadre de l’actualité liée au départ de Jimmy Butler. Les informations qui ont fuité concernant Wiggins ne sont pas flatteuses : manque de motivation, d’implication défensive, une tendance à se reposer sur ses lauriers, … Le premier choix de 2014 a dû avoir les oreilles qui sifflent en cette fin d’été. Et c’est normal lorsqu’on porte autant d’espoirs sur ses épaules : les attentes le concernant étaient énormes et finalement son niveau de jeu s’est révélé en deçà de la superstar qu’il était censé être. Victime de la hype ? Peut-être.

Intéressons nous à la bande qui accompagne le canadien au sein de cette promotion 2014. Qui seront les joueurs majeurs de cette cuvée ? Qui en sera l’incontestable leader ? Wiggins peut-il prétendre à cela ? Il semblerait pour l’instant que ce ne soit pas le cas. En effet, de solides rivaux se dressent entre lui et le titre de meilleur joueur de son année. Au premier rang desquels nous trouvons évidemment Joël Embiid et Nikola Jokic. Les prochaines saisons seront décisives pour tous ces joueurs. Les contrats rookies sont pour eux terminés, les gros chèques sont à justifier, et l’heure de la jeunesse et de l’insouciance est finie : place à la confirmation.

2015, Karl Anthony Towns.

Un joueur dominant. Encore un membre des Timberwolves de Minnesota. Le jeune pivot sélectionné en numéro 1 lors de cette année 2015 a rapidement porté les habits du franchise player des Timberwolves. Bientôt âgé de 23 ans, le garçon a pris les choses en main comme l’aurait fait un vétéran. Il empile les prestations hallucinantes, 56 points contre le Hawks, 47 contre les Knicks de Melo, les records, plus jeune joueur de l ‘histoire à atteindre les 25 points et 10 rebonds de moyenne en saison régulière, et sa progression ne semble pas s’arrêter. Lors de sa première saison, il culminera à plus de 18 points de moyenne et plus de 10 rebonds.

Écrasant la concurrence sur son passage, il sera très logiquement couronné en fin de saison du titre de rookie of the Year. Là encore, nous ne disposons que de quelques saisons pleines pour tirer un premier bilan des joueurs issus de cette draft, mais il semblerait que KAT soit dans la discussion du meilleur d’entre eux, avec notamment Devin Booker et Kristaps Porzingis.

Si cet étonnant trio constitue à n’en pas douter le podium de l’année 2015, KAT doit encore prouver qu’il a les épaules pour le costume qu’on lui prête. Le retour en Playoffs de sa franchise lors de la saison dernière a été salué mais en est-il le principal artisan ? L’arrivée de Jimmy Butler, qui s’est rapidement imposé comme le patron de l’équipe, a privé le numéro 1 d’une partie de la lumière qui lui été due. Si Wiggins et lui ont nécessairement baissé statistiquement en raison des tirs octroyés au transfuge des Bulls et à Jeff Teague, c’est surtout à propos de l’attitude des deux jeunes joueurs que les critiques ont fusé. D’ailleurs, le conflit larvé a éclaté au grand jour avec la récente demande de trade de Butler. Si ce dernier vient à partir avant le début de la saison, la paire formée par les deux numéros 1 de draft devra montrer qu’elle est capable de performer et de prendre les choses à leurs comptes et qu’ils ont les capacités de mener leur franchise en Playoffs sans l’apport d’un troisième joueur majeur comme l’était Butler.

2016, Ben Simmons.

Les fruits de la patience avec une explosion que beaucoup d’observateurs avaient vu venir. Après avoir raflé de très nombreuses distinctions durant ses années au lycée, Simmons était vu par beaucoup comme l’évident choix numéro un de son année. Malheureusement, et comme son futur partenaire Markelle Fultz, il ne jouera pas durant la saison 2016/2017 en raison d’une fracture contractée quelques semaines avant le début de la saison régulière. Pour ne pas prendre risque d’une guérison incomplète, il sera préservé et ne jouera pas avant la saison suivante. L’attente était donc énorme autour de ce joueur aux dimensions hors normes pour un meneur, athlétique au possible et pour le moins spectaculaire. La patience de tous les fans de NBA et de la franchise de Philly a été récompensée puisqu’il sera l’auteur d’une saison tonitruante couronnée par un titre de Rookie of the Year après un mano a mano avec Donovan Mitchell, issu de la cuvée 2017.

N’ayant pas joué durant la saison au cours de laquelle il a été sélectionné, le titre du ROY de 2016 a échu à Malcolm Brogdon, auteur d’une excellente saison. On peut cependant penser que si Simmons avait joué, le duel n’aurait pas eu lieu tant l’australien est un phénomène. Simmons n’ayant qu’une seule saison complète à son actif, il est plus compliqué pour l’année de 2016 de dégager une première tendance concernant le futur meilleur joueur de cette année. Ses camarades de promotion ont achevé pour la plupart d’entre eux leur seconde saison. Le podium de cette cuvée semble avoir un temps d’avance sur le reste de leurs concurrents. En effet, qu’il s’agisse d’Ingram à Los Angeles ou de Jaylen Brown à Boston, nous pouvons voir deux joueurs importants qui ont su s’imposer et qui seront de vraisemblables titulaires au sein de leurs franchises respectives pour leur troisième année au sein de la grande ligue.

2017, Markelle Fultz.

L’attente. Comme beaucoup de joueurs avant lui, le joueur drafté par les Sixers n’aura pas fait ses premiers pas l’année de sa Draft, la faute à une blessure qui l’aura tenu éloigné des terrains pendant de nombreux mois. Qu’à cela ne tienne, il en aura profité, notamment au cours de l’été 2018, pour améliorer son tir et son handle, afin de devenir encore plus redoutable offensivement. Il a été supplée cette année par son partenaire Ben Simmons venu mettre au chaud le trophée ROY de 2017 dans l’escarcelle des Sixers.

Difficile avec le peu de recul dont nous disposons pour réellement jauger la cuvée de 2017. Néanmoins, de belles promesses ont été faites, des révélations ont émergées et il est déjà possible d’entourer certains noms parmi les jeunes qui ont fait leurs premiers pas cette année. Comment ne pas parler de Jayson Tatum, de Lonzo Ball, de Donovan Mitchell, Lauri Markkanen ou encore de Kyle Kuzma ? Cette année devra être celle de la confirmation pour bon nombre d’entre eux. S’il est important de faire bonne impression lors de ses premières sorties il est surtout primordial de progresser et de maintenir le niveau de performance entrevu durant sa saison rookie.

2018, DeAndre Ayton.

Quel avenir attend le géant bahaméen ? Sera-t-il une étoile filante à l’instar de Derrick Rose, un bust comme Anthony Bennett, un joueur majeur mais inconstant comme Blake Griffin ou une future superstar comme Kyrie Irving ou Anthony Davis ?

La carrière universitaire du jeune Ayton a été scrutée. Une fois la menace Michael Porter Jr écartée du podium pour cause de blessure, l’évidence s’est imposée en un duel de joueurs que tout oppose pour le fameux sésame de numéro 1 de draft. D’un coté un prodige européen déjà occupé à martyriser l’Europe et de l’autre, un joueur aux qualités athlétiques surpuissantes, dominant offensivement et dont le potentiel fait peur.

Le début de saison approche et les fans des Suns trépignent d’impatience à l’idée de voir leur pépite à l’œuvre. La pré-saison a déjà confirmé le potentiel offensif impressionnant du jeune Ayton. Cependant, les premières prévisions d’ESPN ne le donnent pas gagnant concernant le trophée de ROY, qui devrait selon eux échoir à Luka Doncic. Le grand rival européen du joueur des Suns sera incontestablement intéressant à voir jouer. Hormis ces deux monstres, les autres membres du top 10 de la draft 2018 se partagent les miettes : Jarren Jackson Jr qui complète le podium n’est crédité que de 6% de chances de remporter le titre de ROY. Si rien n’est jamais couru d’avance dans le sport de haut niveau, si les blessures épargnent Doncic et Ayton, il est probable que le mano a mano qui se profile soit des plus passionnants et que ces deux ovnis se rendent coup pour coup.

Rangeons la boule de cristal.

Lorsque l’on regarde la récompense du Rookie of the Year, la place de numéro 1 de draft revient fréquemment. Les espoirs sont donc confirmés pour ces joueurs qui atteignent le niveau que les observateurs leur avaient prédit. Malgré cela, il est difficile d’affirmer qu’ils sont systématiquement les meilleurs joueurs de leur cuvée sur du long terme : il faut faire attention aux conclusions hâtives et c’est sur la durée que se vérifieront les pronostics et les espoirs placés sur ces différents jeunes . Il ne faut pas oublier que certains peuvent avoir besoin de plus de temps et de maturité pour développer leur potentiel ou que d’autres ont été bloqués dans leur progression par la présence à leur poste d’un titulaire indéboulonnable.

Néanmoins, certains d’entre eux font une telle première impression à leur arrivée sur les parquets que les projecteurs se braquent sur eux et qu’il est humain de s’emballer. Il ne faut alors perdre de vue que les destinées de beaucoup de ces recrues se feront et se déferont aux rythmes des blessures, des coups de chaud et du hasard. L’équipe dans laquelle ils ont été drafté, le contexte, le roster qu’ils rejoignent sont autant de variables qui rendent les prévisions complexes voire impossibles.

La seule chose à faire est peut être de s’asseoir, de lancer son NBA League Pass et de contempler le spectacle.